Page:Œuvres complètes de Delphine de Girardin, tome 5.djvu/258

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
250
LE VICOMTE DE LAUNAY.

aucun danger. En lisant ces lignes, ils vont hausser les épaules, jeter les hauts cris, pousser de grands éclats de rire, et ils n’y verront que du feu, c’est-à-dire un paradoxe plus ou moins extravagant.

Mais les Françaises ! les Françaises ! elles comprendront l’origine de la loi salique et le secret de la neutraliser, sans paraître jamais l’enfreindre. Quant aux femmes célèbres, elles vous diront qu’elles ne rêvent nullement les dignités académiques ; l’art pour elles n’est pas une profession, mais une religion ; leur talent n’est pas un trésor qu’elles exploitent, comme les hommes, par intérêt et par orgueil, c’est un don du ciel qu’elles cultivent avec amour et respect. Gardez pour vous le docte fauteuil, messieurs ; aux femmes modestement résignées, le trépied suffit.


LETTRE QUATRIÈME.

Une explication avec le monde. — Fausse terreur cachant un vrai dépit. — Les gens dont on ne parle jamais criant à l’indiscrétion. — Ils dénoncent l’écho pour se venger de son silence. — Des critiques qui sont des aveux.
30 mars 1844.

Avant de vous raconter ce que fait le monde, nous voulons un peu nous expliquer avec lui.

Nous commencerons par lui apprendre que depuis un an notre position comme feuilletoniste s’est singulièrement modifiée : nous ne sommes plus un feuilletoniste… Voilà une modification qui n’est pas sans importance.

Nous leur avouerons ensuite que notre point de vue a complètement changé : nous n’écrivons plus pour ceux qui nous lisent… Voilà encore un changement qui doit influer d’une manière étrange sur les idées d’un écrivain.

Il est arrivé ceci : Un éditeur audacieux… il pouvait faire une mauvaise affaire… a imaginé de réunir en volumes ces feuilletons éphémères, griffonnés à la hâte, et que nous croyions destinés au plus favorable oubli. Cette collection de commérages a obtenu un succès inespéré. Un homme d’esprit, après l’avoir parcourue, en a fait un éloge mémorable : « C’est éton-