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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol2.djvu/96

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autre chose que nier ce qui étoit affirmé, et dans le même sens précisément, c’est-à-dire qu’ils auront établi qu’il n’est pas impossible qu’on observe les préceptes, » et qu’il sera ridicule de dire que cette décision enferme un pouvoir continuel et accompli pour les observer actuellement.

Car n’est-il pas visible que si quelqu’un, par exemple, dit qu’il est impossible que l’on vive cinquante ans sans maladie, celui qui dira simplement au contraire qu’il n’est pas impossible que l’on vive cinquante ans sans maladie, n’a fait autre chose que de nier ce qui étoit affirmé, et dans le même sens, c’est-à-dire que de nier cette impossibilité absolue, sans néanmoins établir par là un pouvoir continuel et entier de vivre tout cet âge sans indisposition ? Cela étant posé généralement, il n’est plus question sur ce sujet que de faire voir que les Pères et le concile ont eu cette erreur à combattre, que les commandemens sont impossibles aux justes, d’une impossibilité invincible, pour faire entendre à tout le monde que la proposition contraire qu’ils ont établie n’a d’autre sens que celui-ci, qu’il n’est pas impossible que les hommes observent les commandemens.

Je ne m’arrêterai pas à montrer que le concile de Trente avoit à réfuter des hérétiques qui étoient dans cette erreur, puisqu’on sait que c’est celle de Luther. Ces hérétiques étant encore vivans, on ne peut en avoir aucun doute ; aussi on ne conteste plus que le sens de cette décision du concile ne soit opposé à celui de Luther, et qu’il ne nie l’impossibilité d’observer les préceptes, au sens de cet hérésiarque, c’est-à dire au premier sens ; mais on prétend qu’on ne peut pas dire la même chose de cette même décision qui se trouve dans les Pères, parce qu’on dit qu’il n’y avoit pas alors d’hérétiques qui fussent dans ce sentiment ; et qu’ainsi ayant parlé avant la naissance de cette erreur, leur expression ne peut être restreinte à ce sens par aucune circonstance : de sorte qu’elle doit être prise généralement et entendue au second sens, c’est-à-dire à celui-ci, que les justes ont toujours le pouvoir entier d’accomplir les commandemens.

Voilà de quelle sorte on entreprend d’expliquer le sens des saints Pères, et l’on fait un si grand état de ce raisonnement, qu’il importe extrêmement de le ruiner, pour renverser par là le seul fondement de cette interprétation.

Ce discours suppose trois choses : la première, que les Pères n’avoient pas en tête des hérétiques qui soutinssent l’impossibilité invincible des préceptes ; la seconde, que n’ayant point d’hérétiques qui soutinssent cette erreur, ils n’ont pu avoir aucun autre sujet de s’y opposer ; la troisième, que n’ayant aucun sujet de la ruiner, ils n’ont pu l’entreprendre, puisqu’ils auroient combattu des chimères, en réfutant des erreurs que personne ne soutenoit.

Et c’est à quoi il faut repartir, et renverser ces trois fondemens par trois réponses particulières : la première, qu’encore que personne ne parlât de cette erreur les Pères n’auroient pas laissé de la condamner, si l’occasion s’en fût offerte, sans qu’on puisse dire pour cela qu’ils eussent combattu des chimères ; la seconde, qu’encore qu’il n’y eût point