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bien elles nous ont satisfaits, qu’en te représentant la joie que tu recevrois si tu entendois dire de nous la même chose.

Nous n’avons rien de particulier à te dire, sinon touchant le dessein de votre maison. Nous savons que M. Périer prend trop à cœur ce qu’il entreprend pour songer pleinement à deux choses à la fois, et que ce dessein entier est si long, que, pour l’achever, il faudrait qu’il fût longtemps sans penser à autre chose. Nous savons aussi bien que son projet n’est que pour une partie du bâtiment ; mais, outre qu’elle n’est que trop longue elle seule, elle engage à l’achèvement du reste aussitôt qu’il n’y aura plus d’obstacle, de quelque résolution qu’on se fortifie pour s’en empêcher, principalement s’il emploie à bâtir le temps qu’il faudroit pour se détromper des charmes secrets qui s’y trouvent. Ainsi nous l’avons conseillé de bâtir bien moins qu’il ne prétendoit et rien que le simple nécessaire, quoique sur le même dessein, afin qu’il n’ait pas de quoi s’y engager, et qu’il ne s’ôte pas aussi le moyen de le faire. Nous te prions d’y penser sérieusement, de t’en résoudre et de l’en conseiller de peur qu’il arrive qu’il ait bien plus de prudence et qu’il donne bien plus de soin et de peine au bâtiment d’une maison qu’il n’est pas obligé de faire qu’à celui de cette tour mystique, dont tu sais que saint Augustin parle dans une de ses lettres, qu’il s’est engagé d’achever dans ses entretiens. Adieu. B. P. — J. P.

Post-scriptum de Jacqueline. J’espère que je t’écrirai en mon particulier de mon affaire, dont je te manderai le détail ; cependant prie Dieu pour son issue.

Si tu sais quelque bonne âme, fais-la prier Dieu pour moi aussi.


VI. Extrait d'une lettre à M. Périer.[1]


De Paris, le vendredi 6 juin 1653.

Je viens de recevoir votre lettre où étoit celle de ma sœur, que je n’ai pas eu le loisir de lire, et de plus je crois que cela seroit inutile.

Ma sœur fit hier profession, jeudi 5 juin 1653. Il m’a été impossible de retarder : MM. de Port-Royal craignoient qu’un petit retardement en apportât un grand et vouloient la hâter par cette raison qu’ils espèrent la mettre bientôt dans les charges ; et partant il faut hâter, parce qu’il faut qu’elles aient pour cela plusieurs années de profession. Voilà de quoi ils m’ont payé. Enfin, je ne l’ai pu, etc.


VII. Extrait d'une lettre à M. Périer.[2]


1659.

En gros leur avis[3] fut que vous ne pouvez en aucune manière, sans blesser la charité et votre conscience mortellement et vous rendre cou-

  1. Recueil ms. du P. Guerrier, p. 182.
  2. J'ai copie cet extrait sur l'original écrit de la main de M. Pascal ; il ne reste que la 4e et la 5e page de cette lettre ; les autres sont perdues. (Note du P. Guerrier.)
  3. De MM. de Singlin, de Sacy et de Rebours que M. Pascal consulta à Port-Royal. et qui furent tous trois du même avis. Ce fut M. de Singlin qui