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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol2.djvu/107

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il lui plaît, et il est aussi en son pouvoir de le faire. En ces exemples, il y a relation de la possibilité au pouvoir. Mais on sait aussi qu’il est possible qu’un homme vive soixante ans, et que cependant il n’est au pouvoir de personne, non-seulement d’arriver à cet âge, mais de s’assurer d’un instant de vie ; qu’il est possible qu’un prince du sang, quoique le dernier de la maison royale, devienne roi légitime, sans qu’il soit toujours en son pouvoir de le devenir, etc. Et ainsi il est aussi simple et aussi ordinaire de voir que cette relation ne se rencontre pas, que le contraire ; d’où il paroît assez qu’elle n’est pas perpétuelle et nécessaire.


Règle pour discerner en quelles circonstances il y a relation de la possibilité au pouvoir.

Il est facile de déterminer, par une règle générale, en quelles circonstances cette relation de la possibilité au pouvoir se rencontre. Celle-ci y satisfait : toutes les fois que la cause par laquelle un effet est possible est présente et soumise au sujet où il doit être produit, il y a relation de la possibilité au pouvoir ; c’est-à-dire que l’effet est au pouvoir de ce sujet. et non pas autrement. C’est ainsi qu’il est au pouvoir de ce légitime héritier du royaume, reçu avec applaudissement de tous ses sujets, d’être roi ou non ; parce que toutes choses étant disposées à le reconnoître, sa seule volonté est cause et maîtresse de l’événement ; et comme sa volonté est en sa disposition et dans lui-même, l’effet est dit être en sa puissance. Il n’en est pas de même d’un captif retenu dans les fers : sa liberté est bien possible, mais elle n’est pas en sa puissance, parce que la rupture de ses chaînes, qui est la cause capable de la lui donner, n’est pas en sa dépendance ; et ainsi on ne peut dire que sa sortie soit en sa puissance, quelque possible qu’elle soit en elle-même. Selon cette règle, on peut toujours dire que l’observation des préceptes est au pouvoir de tous les hommes. Ainsi, quoiqu’elle semble d’abord éloigner du pouvoir de tous les hommes cet accomplissement, elle l’en approche au contraire, et l’y soumet : car, comme la cause immédiate de l’observation des préceptes est la volonté de l’homme, de sorte que, comme nous avons déjà dit, on les observe quand on veut, et qu’on les enfreint quand on le veut, il est manifeste que cette cause résidant toujours dans l’homme, et dépendant de lui, on ne peut refuser de dire, selon cette règle, que l’observation des préceptes ne soit toujours au pouvoir des hommes.

Mais ce qui est étrange, c’est que, selon cette même règle, l’observation des préceptes n’est pas toujours au pouvoir des hommes. Car encore qu’il soit véritable que la cause immédiate de l’observation des commandemens soit la volonté de l’homme, il y en a néanmoins une autre cause et une première dominante, maîtresse elle-même de la volonté de l’homme, qui est la grâce et le secours actuel de Dieu. De sorte que cette cause première et principale n’étant pas résidante dans l’homme mais dans Dieu, ni dépendante de l’homme, mais de Dieu, il est manifeste en ce sens que l’observation des commandemens n’est pas toujours au pouvoir de l’homme. Et ainsi ceux-là mêmes desquels on peut