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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/397

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on ne veut au moins mourir chrétiennement : or, il ne pense qu’à mourir lâchement et mollement par tout son livre.


63.

Sur les confessions et absolutions sans marques de regret. — Dieu ne regarde que l’intérieur : l’Église ne juge que par l’extérieur. Dieu absout aussitôt qu’il voit la pénitence dans le cœur ; l’Église, quand elle la voit dans les œuvres. Dieu fera une Église pure au dedans, qui confonde par sa sainteté intérieure et toute spirituelle l’impiété intérieure des sages superbes et des pharisiens : et l’Église fera une assemblée d’hommes, dont les mœurs extérieures soient si pures, qu’elles confondent les mœurs des païens. S’il y en a d’hyprocrites, mais si bien déguisés qu’elle n’en reconnoisse pas le venin, elle les souffre ; car, encore qu’ils ne soient pas reçus de Dieu, qu’ils ne peuvent tromper, ils le sont des hommes, qu’ils trompent. Et ainsi elle n’est pas déshonorée par leur conduite, qui paroît sainte. Mais vous voulez que l’Église ne juge, ni de l’intérieur, parce que cela n’appartient qu’à Dieu, ni de l’extérieur, parc-e que Dieu ne s’arrête qu’à l’intérieur ; et ainsi, lui ôtant tout choix des hommes, vous retenez dans l’Église les plus débordés, et ceux qui la déshonorent si fort, que les synagogues des juifs et les sectes des philosophes les auroient exilés comme indignes, et les auroient abhorrés comme impies.


64.

La loi n’a pas détruit la nature ; mais elle l’a instruite : la grâce n’a pas détruit la loi ; mais elle l’a fait exercer. La foi reçue au baptême est la source de toute la vie du chrétien et des convertis.

On se fait une idole de la vérité même ; car la vérité hors de la charité n’est pas Dieu, c’est son image, et une idole, qu’il ne faut point aimer, ni adorer, et encore moins faut-il aimer et adorer son contraire, qui est le mensonge[1].


65.

Tous les grands divertissemens sont dangereux pour la vie chrétienne ; mais, entre tous ceux que le monde a inventés, il n’yen a point qui soit plus à craindre que la comédie. C’est une représentation si naturelle et si délicate des passions, qu’elle les émeut et les fait naître dans notre cœur, et surtout celle de l’amour : principalement lorsqu’on le représente fort chaste et fort honnête. Car plus il paroît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d’en être touchées. Sa violence plaît à notre amour-propre, qui forme aussitôt un désir de causer les mêmes effets, que l’on voit si bien représentés ; et l’on se fait en même temps une conscience fondée sur l’honnêteté des sentimens qu’on y voit, qui éteint la crainte des âmes pures, lesquelles s’imaginent que ce n’est pas blesser la pureté, d’aimer d’un amour qui leur semble si sage. Ainsi

  1. On lit encore à la même page du manuscrit : « Je puis bien aimer l’obscurité totale ; mais, si Dieu m’engage dans un état à demi obscur, ce peu d’obscurité qui y est me déplaît, et, parce que je n’y vois pas le mérite d’une entière obscurité, il ne me plait pas. C’est un défaut, et une marque que je me fais une idole de l’obscurité, séparée de l’ordre de Dieu. Or il ne faut adorer que son ordre. »