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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/382

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2.

Croyez-vous qu’il soit impossible que Dieu soit infini, sans parties ? Oui. Je vous veux donc faire voir une chose infinie et indivisible : c’est un point se mouvant partout d’une vitesse infinie ; car il est en tous lieux et est tout entier en chaque endroit.

Que cet effet de nature, qui vous sembloit impossible auparavant, vous fasse connoître qu’il peut y en avoir d’autres que vous ne connoissiez pas encore. Ne tirez pas cette conséquence de votre apprentissage, qu’il ne vous reste rien à savoir ; mais qu’il vous reste infiniment à savoir.


3.

La conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l’esprit par les raisons, et dans le cœur par la grâce. Mais de la vouloir mettre dans l’esprit et dans le cœur par la force et par les menaces, ce n’est pas y mettre la religion, mais la terreur, terrorem potius quam religionem.

Commencer par plaindre les incrédules ; ils sont assez malheureux par leur condition. Il ne les faudroit injurier qu’au cas que cela servît ; mais cela leur nuit.


4.

Toute la foi consiste en Jésus-Christ et en Adam, et toute la morale en la concupiscence et en la grâce.


5.

Le cœur a ses raisons, que la raison ne connoît point ; on le sait en mille choses. Je dis que le cœur aime l’être universel naturellement, et soi-même naturellement, selon qu’il s’y adonne ; et il se durcit contre l’un ou l’autre, à son choix. Vous avez rejeté l’un et conservé l’autre : est-ce par raison que vous aimez ? C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison.


6.

Le monde subsiste pour exercer[1] miséricorde et jugement, non pas comme si les hommes y étoient sortant des mains de Dieu, mais comme des ennemis de Dieu, auxquels il donne par grâce, assez de lumière pour revenir, s’ils le veulent chercher et le suivre ; mais pour les punir, s’ils refusent de le chercher ou de le suivre.


7.

On a beau dire, il faut avouer que la religion chrétienne a quelque chose d’étonnant. « C’est parce que vous y êtes né, » dira-t-on. Tant s’en faut ; je me roidis contre, par cette raison-là même, de peur que cette prévention ne me suborne. Mais, quoique j’y sois né, je ne laisse pas de le trouver ainsi.

8.

Il y a deux manières de persuader les vérités de notre religion : l’une par la force de la raison, l’autre par l’autorité de celui qui parle. On ne se sert pas de la dernière, mais de la première. On ne dit pas : « Il faut

  1. «Pour que Dieu puisse exercer.»