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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/377

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Bethléem. Ils devoient mieux prendre garde s’il n’en étoit pas. Car ces miracles étant convaincans, ils devoient s’assurer de ces prétendues contradictions de sa doctrine à l’Écriture ; et cette obscurité ne les excusoit pas, mais les aveugloit. Ainsi ceux qui refusent de croire les miracles d’aujourd’hui, par une prétendue contradiction chimérique, ne sont pas excusés.

Jésus-Christ guérit l’aveugle-né, et fit quantité de miracles, au jour du sabbat. Par où il aveugloit les pharisiens, qui disoient qu’il falloit juger des miracles par la doctrine.

« Nous avons Moïse : mais celui-là, nous ne savons d’où il est[1]. » C’est ce qui est admirable, que vous ne savez d’où il est, et cependant il fait de tels miracles.

Jésus-Christ ne parloit ni contre Dieu, ni contre Moïse. L’Antéchrist et les faux prophètes, prédits par l’un et l’autre Testament, parleront ouvertement contre Dieu et contre Jésus-Christ. Qui seroit ennemi couvert, Dieu ne permettrait pas qu’il fît des miracles ouvertement.

[2]S’il y a un Dieu, il falloit que la foi de Dieu fût sur la terre. Or les miracles de Jésus-Christ ne sont pas prédits par l’Antechrist, mais les miracles de l’Antéchrist sont prédits par Jésus-Christ ; et ainsi, si Jésus-Christ n’étoit pas le Messie, il auroit bien induit en erreur[3] ; mais l’Antechrist ne peut bien induire en erreur. Quand Jésus-Christ a prédit les miracles de l’Antechrist, a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles ? Moïse a prédit Jésus-Christ, et ordonné de le suivre ; Jésus-Christ a prédit l’Antechrist, et défendu de le suivre.

Il étoit impossible qu’au temps de Moïse on réservât sa croyance à l’Antechrist, qui leur étoit inconnu ; mais il est bien aisé, au temps de l’Antechrist, de croire en Jésus-Christ, déjà connu.

Il n’y a nulle raison de croire en l’Antechrist, qui ne soit à croire en Jésus-Christ ; mais il y en a en Jésus-Christ, qui ne sont pas en l’autre.


6.

Les miracles sont plus importans que vous ne pensez : ils ont servi à la fondation, et serviront à la continuation de l’Église, jusqu’à l’Antechrist, jusqu’à la fin.

Ou Dieu a confondu les faux miracles, ou il les a prédits ; et par l’un et l’autre il s’est élevé au-dessus de ce qui est surnaturel à notre égard, et nous y a élevés nous-mêmes.

Les miracles ont une telle force, qu’il a fallu que Dieu ait averti qu’on n’y pense point contre lui, tout clair qu’il soit qu’il y a un Dieu ; sans quoi ils eussent été capables de troubler.

Et ainsi tant s’en faut que ces passages, Deut., xiii, fassent contre l’autorité des miracles, que rien n’en marque davantage la force. Et de même pour l’Antechrist : « Jusqu’à séduire les élus, s’il étoit possible. »

  1. Jean, ix, 29.
  2. Avant ces mots, on lit dans le manuscrit : « Fondement de la religion. C’est les miracles. Quoi donc ! Dieu parle-t-il contre les fondemens de la foi qu’on a en lui ? »
  3. Bien induit, c’est-à-dire, induit par bonnes et justes raisons.