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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/351

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Christ fait. Joseph demande à celui qui sera sauvé qu’il se souvienne de lui quand il sera venu en sa gloire ; et celui que Jésus-Christ sauve lui demande qu’il se souvienne de lui quand il sera en son royaume.


3.

La synagogue ne périssoit point parce qu’elle étoit la figure ; mais, parce qu’elle n’étoit que la figure, elle est tombée dans la servitude. La figure a subsisté jusqu’à la vérité, afin que l’Église fût toujours visible, ou dans la peinture qui la promettoit, ou dans l’effet.


4.

Preuve des deux Testamens à la fois. — Pour prouver tout d’un coup les deux Testamens, il ne faut que voir si les prophéties de l’un sont accomplies en l’autre. Pour examiner les prophéties, il faut les entendre : car, si on croit qu’elles n’ont qu’un sens, il est sûr que le Messie ne sera point venu ; mais si elles ont deux sens, il est sûr qu’il sera venu en Jésus-Christ.

Toute la question est donc de savoir si elles ont deux sens.


5.

Figures. — Pour montrer que l’Ancien Testament n’est que figuratif, et que les prophètes entendoient par les biens temporels d’autres biens, c’est, premièrement, que cela seroit indigne de Dieu ; secondement, que leurs discours expriment très-clairement la promesse des biens temporels, et qu’ils disent néanmoins que leurs discours sont obscurs, et que leur sens ne sera point entendu. D’où il paroît que ce sens n’étoit pas celui qu’ils exprimoient à découvert, et que, par conséquent, ils entendoient parler d’autres sacrifices, d’un autre libérateur, etc. Ils disent qu’on ne l’entendra qu’à la fin des temps. Jér., xxx, ult.

La troisième preuve est que leurs discours sont contraires et se détruisent, de sorte que, si on pense qu’ils n’aient entendu par les mots de loi et de sacrifice autre chose que ceux de Moïse, il y a contradiction manifeste et grossière. Donc ils entendoient autre chose, se contredisant quelquefois dans un même chapitre.


6.

Figures. — Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu’ils plaisent à Dieu, et qu’ils ne lui déplaisent point. S’ils sont figures, il faut qu’ils plaisent et déplaisent. Or, dans toute l’Écriture, ils plaisent et déplaisent.

Il est dit que la loi sera changée, que le sacrifice sera changé ; qu’ils seront sans roi, sans prince et sans sacrifice ; qu’il sera fait une nouvelle alliance ; que la loi sera renouvelée ; que les préceptes qu’ils ont reçus ne sont pas bons ; que leurs sacrifices sont abominables ; que Dieu n’en a point demandé.

Il est dit, au contraire, que la loi durera éternellement ; que cette alliance sera éternelle ; que le sacrifice sera éternel ; que le sceptre ne sortira jamais d’avec eux, puisqu’il ne doit point en sortir que le Roi éternel n’arrive. Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité ? Non. Marquent-ils aussi que ce soit figure ? Non : mais que c’est réalité, ou figure. Mais les premiers, excluant la réalité, marquent que ce n’est que figure.