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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/347

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promesses spirituelles, et qu’ils les eussent conservées incorrompues jusqu’au Messie, leur témoignage n’eût pas eu de force, puisqu’ils en eussent été amis. Voilà pourquoi il étoit bon que le sens spirituel fût couvert. Mais, d’un autre côté, si ce sens eût été tellement caché qu’il n’eût point du tout paru, il n’eût pu servir de preuve au Messie. Qu’at-il donc été fait ? Il a été couvert sous le temporel en la foule des passages, et a été découvert si clairement en quelques-uns : outre que le temps et l’état du monde ont été prédits si clairement, qu’il est plus clair que le soleil. Et ce sens spirituel est si clairement expliqué en quelques endroits, qu’il falloit un aveuglement pareil à celui que la chair jette dans l’esprit quand il lui est assujetti, pourne le pas reconnoître.

Voilà donc quelle a été la conduite de Dieu. Ce sens est couvert d’un autre en une infinité d’endroits, et découvert en quelques-uns rarement, mais en telle sorte néanmoins que les lieux où il est caché sont équivoques et peuvent convenir aux deux ; au lieu que les lieux où il est découvert sont univoques, et ne peuvent convenir qu’au sens spirituel. De sorte que cela ne pouvoit induire en erreur, et qu’il n’yavoit qu’un peuple aussi charnel qui s’y pût méprendre.

Car quand les biens sont promis en abondance, qui les empêchoit d’entendre les véritables biens, sinon leur cupidité, qui déterminoit ce sens aux biens de la terre ? Mais ceux qui n’avoient de bien qu’en Dieu les rapportoient uniquement à Dieu. Car il y a deux principes qui partagent les volontés des hommes, la cupidité et la charité. Ce n’est pas que la cupidité ne puisse être avec la foi en Dieu, et que la charité ne soit avec les biens de la terre. Mais la cupidité use de Dieu et jouit du monde ; et la charité, au contraire.

Or, la dernière fin est ce qui donne le nom aux choses. Tout ce qui nous empêche d’y arriver est appelé ennemi. Ainsi les créatures, quoique bonnes, sont ennemies des justes, quand elles les détournent de Dieu ; et Dieu même est l’ennemi de ceux dont il trouble la convoitise.

Ainsi le mot d’ennemi dépendant de la dernière fin, les justes entendoient par là leurs passions, et les charnels entendoient les Babyloniens : et ainsi ces termes n’étoient obscurs que pour les injustes. Et c’est ce que dit Isaïe : Signa legem in electis meis[1], et que Jésus-Christ sera pierre de scandale. Mais, « Bienheureux ceux qui ne seront point scandalisés en lui[2] ! » Osée[3], ult., le dit parfaitement : « Où est le sage ? et il entendra ce que je dis. Les justes l’entendront. Car les voies de Dieu sont droites ; les justes y marcheront, mais les méchans y trébucheront. »

… De sorte que ceux qui ont rejeté et crucifié Jésus-Christ, qui leur a été en scandale, sont ceux qui portent les livres qui témoignent de lui et qui disent qu’il sera rejeté et en scandale ; de sorte qu’ils on marqué que c’étoit lui en le refusant, et qu’il a été également prouvé, et par les justes juifs qui l’ont reçu, et par les injustes qui l’ont rejeté, l’un et l’autre ayant été prédits.

  1. Is., VIII, 16.
  2. Matth, XI, 6.
  3. XIV, 10.