Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/332

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ces accommodemens, ou des miracles. Il n’est pas étrange qu’on se conserve en ployant, et ce n’est pas proprement se maintenir ; et encore périssent-ils enfin entièrement : il n’y en a point qui ait duré mille ans. Mais que cette religion se soit toujours maintenue, et inflexible, cela est divin.


7.

Il y auroit trop d’obscurité, si la vérité n’avoit pas des marques visibles. C’en est une admirable qu’elle se soit toujours conservée dans une Église et une assemblée visible. Il y auroit trop de clarté s’il n’y avoit qu’un sentiment dans cette Église ; mais pour reconnoître quel est le vrai, il n’y a qu’à voir quel est celui qui a toujours été ; car il est certain que le vrai y a toujours été, et qu’aucun faux n’y a toujours été.

Perpétuité. — Ainsi, le Messie a toujours été cru. La tradition d’Adam étoit encore nouvelle en Noé et en Moïse. Les prophètes l’ont prédit depuis, en prédisant toujours d’autres choses, dont les événemens. Qui arrivoient de temps en temps à la vue des hommes, marquoient la vérité de leur mission, et par conséquent celle de leurs promesses touchant le Messie : Jésus-Christ a fait des miracles, et les apôtres aussi, qui ont converti tous les païens ; et par là toutes les prophéties étant accomplies, le Messie est prouvé pour jamais.


8.

En voyant l’aveuglement et la misère de l’homme, en regardant tout l’univers muet, et l’homme sans lumière, abandonné à lui-même, et comme égaré dans ce recoin de l’univers, sans savoir qui l’y a mis, ce qu’il y est venu faire, ce qu’il deviendra en mourant, incapable de toute connoissance, j’entre en effroi comme un homme qu’on auroit porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s’éveilleroit sans connoître où il est, et sans moyen d’en sortir. Et sur cela j’admire comment on n’entre point en désespoir d’un si misérable état. Je vois d’autres personnes auprès de moi, d’une semblable nature : je leur demande s’ils sont mieux instruits que moi ; ils me disent que non ; et sur cela, ces misérables égarés, ayant regardé autour d’eux, et ayant vu quelques objets plaisans, s’y sont donnés et s’y sont attachés. Pour moi, je n’ai pu y prendre d’attache, et, considérant combien il y a plus d’apparence qu’il y a autre chose que ce que je vois, j’ai recherché si ce Dieu n’auroit point laissé quelques marques de soi.

Je vois plusieurs religions contraires, et par conséquent toutes fausses, excepté une. Chacune veut être crue par sa propre autorité, et menace les incrédules. Je ne les crois donc pas là-dessus ; chacun peut dire cela, chacun peut se dire prophète. Mais je vois la chrétienne où je trouve des prophéties, et c’est ce que chacun ne peut pas faire.


9.

La seule religion contre nature, contre le sens commun, contre nos plaisirs, est la seule qui ait toujours été.


10.

Toute la conduite des choses doit avoir pour objet l’établissement et la grandeur de la religion ; les hommes doivent avoir en eux-mêmes des