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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/222

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DIX-HUITIÈME LETTRE.


Écrite au R. P. Annat, jésuite. — On fait voir encore plus invinciblement, par la réponse même du P. Annat, qu’il n’y a aucune hérésie dans l’Église ; que tout le monde condamne la doctrine que les jésuites renferment dans le sens de Jansénius, et qu’ainsi tous les fidèles sont dans les mêmes sentimens sur la matière des cinq propositions. On marque la différence qu’il y a entre les disputes de droit et celles de fait, et on montre que, dans les questions de fait, on doit plus s’en rapporter à ce qu’on voit qu’à aucune autorité humaine.
Du 24 mars 1657.
Mon révérend père,

Il y a longtemps que vous travaillez à trouver quelque erreur dans vos adversaires ; mais je m’assure que vous avouerez à la fin qu’il n’y a peut-être rien de si difficile que de rendre hérétiques ceux qui ne le sont pas, et qui ne fuient rien tant que de l’être. J’ai fait voir, dans ma dernière lettre, combien vous leur aviez imputé d’hérésies l’une après l’autre, manque d’en trouver une que vous ayez pu longtemps maintenir ; de sorte qu’il ne vous étoit plus resté que de les en accuser, sur ce qu’ils refusoient de condamner le sens de Jansénius, que vous vouliez qu’ils condamnassent sans qu’on l’expliquât. C’étoit bien manquer d’hérésies à leur reprocher que d’en être réduits là : car qui a jamais ouï parler d’une hérésie que l’on ne puisse exprimer ? Aussi on vous a facilement répondu, en vous représentant que, si Jansénius n’a point d’erreurs, il n’est pas juste de le condamner ; et que, s’il en a, vous deviez les déclarer, afin que l’on sût au moins ce que c’est que l’on condamne. Vous ne l’aviez néanmoins jamais voulu faire ; mais vous aviez essayé de fortifier votre prétention par des décrets qui ne faisoient rien pourvous, puisqu’on n’y explique en aucune sorte le sens de Jansénius, qu’on dit avoir été condamné dans ces cinq propositions. Or, ce n’étoit pas là le moyen de terminer vos disputes. Si vous conveniez de part et d’autre du véritable sens de Jansénius, et que vous ne fussiez plus en différendque de savoir si ce sens est hérétique ou non, alors les jugemens qui déclareroient que ce sens est hérétique, toucheroient ce qui seroit véritablement en question. Mais la grande dispute étant de savoir quel est ce sens de Jansénius, les uns disant qu’ils n’y voient que le sens de saint Augustin et de saint Thomas, et les autres, qu’ils y en voient un qui est hérétique, et qu’ils n’expriment point, il est clair qu’une constitution. qui ne dit pas un mot touchant ce différend, et qui ne fait que condamner en général le sens de Jansénius sans l’expliquer, ne décide rien de ce qui est en dispute.

C’est pourquoi l’on vous a dit cent fois que votre différend n’étant que sur ce fait, vous ne le finiriez jamais qu’en déclarant ce que vous entendez par le sens de Jansénius. Mais comme vous vous étiez toujours opiniâtré à le refuser, je vous ai enfin poussé dans ma dernière lettre, où j’ai fait entendre que ce n’est pas sans mystère que vous aviez entre-