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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/15

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AVERTISSEMENT.


Presque tous les détails que l’on connaît sur la personne de Pascal sont dus à la biographie écrite par sa sœur, Mme Périer, et que l’on trouvera en tête de notre édition. Nous n’avons donc pas à faire ici l’histoire de Pascal ; mais nous ferons en quelques mots l’histoire de ses œuvres.

Il est vrai que pour un tel homme, ces deux histoires ne se séparent guère. Vivre, pour lui, c’était penser. A douze ans, il avait trouvé, sans livres, les trente-deux premières propositions d’Euclide. Il composa, à seize ans, un Traité des sections coniques ; à dix-huit ans, il inventa sa machine arithmétique, tour de force inutile, mais qui, à cet âge et avant le dernier perfectionnement des méthodes, prouve une force de combinaison extraordinaire ; ses expériences sur le vide, son Traité de l’équilibre des liqueurs, l’invention du haquet et de la brouette, la théorie de la roulette, quelques aperçus féconds d’où sortit plus tard le calcul des probabilités, occupèrent son âge mûr. Il avait trente-trois ans, lorsqu’il publia pour la première fois un livre étranger aux études mathématiques ; et ce livre, dû presque au hasard, dont l’idée lui vint à la suite d’une conversation, et dont il ne voulait faire d’abord qu’une courte brochure, n’est rien moins que les Provinciales. Voilà, par ce grand coup, le géomètre qui s’improvise un des créateurs et des maîtres de la langue française, un des plus puissants théologiens, et sans comparaison le plus redoutable polémiste de son siècle. Il eut en un instant toute la gloire qui s’attache au génie, et toute celle qui suit le courage. Quand on était Pascal, on ne se mêlait pas à la lutte contre les jésuites, on s’en chargeait. Ce qui le rendait un lutteur si terrible, c’est qu’il combattait en homme de foi profonde et non en sceptique. Nous ne comprenons pas aujourd’hui, avec notre triste indifférence des questions religieuses, qu’en écrivant un pamphlet contre les jésuites et une apologie du christianisme, Pascal obéissait à la même pensée et à la même foi. Cette apologie, qui remplit les dernières années de sa vie, demeura à peine ébauchée, Pascal étant mort à trente-neuf ans. Il avait contre lui les jésuites, Rome qui condamna les Provinciales en 1657, une santé perdue, un esprit hanté par des terreurs, des doutes, des scrupules, et une passion toujours bouillonnante. Telle