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Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/30

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Chacune de ces deux écoles a son livre ; le livre de Paris, c’est la Déclaration des Droits de l’Homme ; le livre de Rome, c’est le Syllabus. Ces deux livres donnent la réplique au Progrès. Le premier lui dit Oui ; le second lui dit Non.

Le progrès, c’est le pas de Dieu.

Les révolutions, bien qu’elles aient parfois l’allure de l’ouragan, sont voulues d’en haut.

Aucun vent ne souffle que de la bouche divine.

Paris, c’est Montaigne, Rabelais, Pascal, Corneille, Molière, Montesquieu, Diderot, Rousseau, Voltaire, Mirabeau, Danton.

Rome, c’est Innocent III, Pie V, Alexandre VI, Urbain VIII, Arbuez, Cisneros, Lainez, Grillandus, Ignace.

Nous venons d’indiquer les écoles. À présent voyons les élèves. Confrontons.

Regardez ces hommes ; ils sont, j’y insiste, ceux qui n’ont rien ; ils portent tout le poids de la société humaine ; un jour ils perdent patience, sombre révolte des cariatides ; ils s’insurgent, ils se tordent sous le fardeau, ils livrent bataille. Tout à coup, dans la fauve ivresse du combat, une occasion d’être injustes se présente ; ils s’arrêtent court ; ils ont en eux ce grand instinct, la révolution, et cette grande lumière, la vérité ; ils ne savent pas être en colère au delà de l’équité ; et ils donnent au monde civilisé ce spectacle sublime qu’étant les accablés, ils sont les modérés, et qu’étant les malheureux, ils sont les bons.

Regardez ces autres hommes ; ils sont ceux qui ont tout. Les autres sont en bas, eux ils sont en haut. Une occasion se présente d’être lâches et féroces ; ils s’y précipitent. Leur chef est le fils d’un ministre ; leur autre chef est le fils d’un sénateur ; il y a un prince parmi eux. Ils s’engagent dans un crime, et ils y vont aussi avant que la brièveté de la nuit le leur permet. Ce n’est pas leur faute s’ils ne réussissent qu’à être des bandits, ayant rêvé d’être des assassins.

Qui a fait les premiers ? Paris.

Qui a fait les seconds ? Rome.

Et, je le répète, avant l’enseignement, ils se valaient. Enfants riches et enfants pauvres, ils étaient dans l’aurore les mêmes têtes blondes et roses ; ils avaient le même bon sourire ; ils étaient cette chose sacrée, les enfants ; par la faiblesse presque aussi petits que la mouche, par l’innocence presque aussi grands que Dieu.

Et les voilà changés, maintenant qu’ils sont hommes ; les uns sont doux, les autres sont barbares. Pourquoi ? c’est que leur âme s’est ouverte, c’est que leur esprit s’est saturé d’influences dans des milieux différents ; les uns ont respiré Paris, les autres ont respiré Rome.