Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/155

Cette page n’a pas encore été corrigée


Victor Hugo était expulsé de Belgique ; genre de voie de fait qui n*a d’importance que pour ceux qui la commettent. Les gouvernements peuvent mettre un homme hors d’un pays , mais ils ne peuvent le mettre hors du devoir. Ce que Victor Hugo venait de faire en Belgique, il fallait le continuer en France. Il rentra en France. L’état de siège, les conseils de guerre, les déportations, les condamnations à mort, créaient une situation poignante et tragique. Il fallait protéger la liberté, dire la vérité, faire justice et rendre justice. Les gouvernements, tels qu’ils sont aujourd’hui, ne savent pacifier qu’avec violence ; il fallait combattre cette pacification fausse, et réclamer la pacification vraie. En outre, dans toute cette ombre, la France s’éclipsait ; il fillait défendre la France. Tout bon citoyen sentait la pression de sa conscience. Le devoir était impérieux et urgent. Ajoutons qu’aux devoirs politiques se mêlaient les devoirs littéraires.

AUX REDACTEURS DU RAPPEL.

Paris, 31 octobre 1871.

Mes amis.

Le Rappel va reparaître. Avant que je rentre dans ma solitude et dans mon silence, vous me demandez pour lui une parole. Vous, lutteurs généreux, qui allez recommencer le rude effort quotidien de la propagande pour la vérité, vous attendez de moi, et avec raison, le serrement de main que l’écrivain vétéran, absent des polémiques et étranger aux luttes de la presse, doit à ce combattant de toutes les heures qu’on appelle le journaliste. Je prends donc encore une fois la parole dans votre tribune, pour en redescendre aussitôt après et me mêler à la foule. Je parle aujourd’hui, ensuite je ne ferai plus qu’écouter.

Les devoirs de l’écrivain n’ont jamais été plus grands qu’à cette heure. Au moment où nous sommes il y a une chose à faire $ une seule. Laquelle ?

Relever la France.

Relever la France. Pour qui ? Pour la France ? Non. Pour le monde. On ne rallume pas le flambeau pour le flambeau.

On le rallume pour ceux qui sont dans la nuit -, pour ceux qui étendent les mains dans la cave et tâtent le mur funeste de l’obstacle j pour ceux à