Ode (Gilbert)

Ode (Gilbert)
Œuvres complètesDalibon (p. 134-135).






ODE IX[1],
IMITÉE DE PLUSIEURS PSAUMES.

J’ai révélé mon cœur au Dieu de l’innocence ;
Il a vu mes pleurs pénitents ;
Il guérit mes remords, il m’arme de constance :
Les malheureux sont ses enfants.

Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colère :
Qu’il meure, et sa gloire avec lui !
Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père :
Leur haine sera ton appui.

À tes plus chers amis ils ont prêté leur rage :
Tout trompe ta simplicité :
Celui que tu nourris court vendre ton image,
Noire de sa méchanceté.

Mais Dieu t’entend gémir, Dieu vers qui te ramène
Un vrai remords, né des douleurs ;
Dieu qui pardonne enfin à la nature humaine
D’être foible dans les malheurs.

J’éveillerai pour toi la pitié, la justice
De l’incorruptible avenir ;

Eux-même épureront, par leur long artifice,
Ton honneur qu’ils pensent ternir.

Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre
L’innocence et son noble orgueil ;
Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre,
Veillerez près de mon cercueil.

Au banquet de la vie, infortuné convive,
J’apparus un jour, et je meurs :
Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j’arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.

Salut, champs que j’aimois, et vous, douce verdure,
Et vous, riant exil des bois !
Ciel, pavillon de l’homme, admirable nature,
Salut pour la dernière fois[2] !

Ah ! puissent voir long-temps votre beauté sacrée
Tant d’amis sourds à mes adieux !
Qu’ils meurent pleins de jours ! que leur mort soit pleurée !
Qu’un ami leur ferme les yeux !

  1. Composée par l’auteur huit jours avant sa mort.
  2. Cette strophe est rapportée ainsi par Palissot :
    Adieu, champs fortunés, adieu, douce verdure,
    Adieu, riant exil des bois !
    Ciel, pavillon de l’homme, admirable nature,
    Adieu pour la dernière fois !