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Obscurément (Verhaeren)

PoèmesSociété du Mercure de France (p. 59-60).
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OBSCURÉMENT


Obscurément : ce sont de fatales tentures
Où griffes de lion et d’aigle et gueules d’ours
Et crocs et becs ; ce sont de roides contractures
Et des spasmes soudains au long de rideaux lourds.

Obscurément : un Achille de granit noir
Se rue en son amour et piétine son socle :
Sa peau de pierre allume éclair en un miroir,
Et l’on entend craquer les reins du beau Patrocle.


Obscurément : marteaux cassés ! mortes les heures !
Un soir immensément oppresse et s’établit ;
Et rien de Dieu n’ira jamais vers ces demeures
Clouer ses bras en croix, dans l’ombre, où sur un lit,

Obscurément, et nue, et, sous les langues d’or
D’un grand flambeau tordu comme un rut de sirènes,
Le ventre vieux et mort, Gamiani détord
Avec ses doigts d’hiver ses lèvres souterraines.