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Nouveau règlement général sur toutes sortes de marchandises et manufactures qui sont utiles et nécessaires dans ce royaume

Nouveau Reglement general sur toutes sortes de marchandises et manufactures qui sont utiles et necessaires dans ce royaume, representé au roy pour le grand bien et profit des villes et autres lieux de la France.
le marquis de la Gomberdière

1634



Nouveau Reglement general sur toutes sortes de marchandises et manufactures qui sont utiles et necessaires dans ce royaume, representé au roy pour le grand bien et profit des villes et autres lieux de la France ; par M. le M. de la Gomberdière.
À Paris, chez Michel Blageart, ruë de la Calandre, à la Fleur de lys.
M. DC. XXXIV. In-8.

Sire,

Dieu a tellement et abondamment versé ses sainctes benedictions sur vostre royaume, qu’il semble qu’il l’aye designé pour avoir de l’authorité et du commandement sur tous les autres de l’univers, l’ayant si bien constitué et pourveu de tout ce qui est utile et necessaire pour la vie et l’entretien de vos peuples, et en telle abondance, que l’on peut veritablement dire que c’est la seule monarchie qui se peut passer de tous ses voisins, et pas uns ne se peuvent passer d’elle.

Par exemple, Sire, il est très necessaire de considerer le peu de commoditez que tous vos sujets en general reçoivent des estrangers, et encore de se peu de chose ils peuvent leur en passer.

D’autre part, les grands moyens que nous avons en France de tirer des nations estrangères leur or et leur argent (et non pas eux le nostre, comme ils font tous les jours) par les ventes de nos bleds1, vins, sels, pastels2, toilles, draps3, et d’un nombre infiny de diverses marchandises et manufactures, desquelles vostre royaume peut facilement (et sans s’incommoder en aucune façon que se soit) les secourir, et desquelles marchandises et manufactures ils sont en nécessité.

Neantmoins, depuis quelques années la grande negligence des François a fait desbaucher les ouvriers, desquels les estrangers se servent maintenant, comme de la drapperie de laines, toilles, gros cuirs, cordages4, bonnetteries et autres diverses manufactures, qu’à présent ils nous apportent en telle quantité, qu’ils enlèvent la plus grande partie de l’or et argent de vos subjects, et icelles marchandises et manufactures se faisoient par cy-devant en vostre royaume, ce qui maintenoit vos peuples argenteux, faisoit vivre et employer les pauvres, si bien qu’à présent il s’en voit une si grande abondance de toutes parts5.

Nous avons les moyens plus faciles que toutes les nations du monde pour manufacturer toutes sortes d’estoffes et marchandises qu’elles nous sçauroient fournir, et de les réduire à meilleure condition, d’autant que nous pouvons prendre tout ce qui est necessaire pour cet effet sur nous, sans les requerir d’aucunes choses, ce qu’elles ne peuvent faire.

L’Italie nous envoye et apporte une infinité de diverses sortes de draps de soye, comme toilles d’or et d’argent6, sarges de Florence7, et de Rome et autres marchandises, de toutes lesquelles les François se peuvent très facilement passer.

Dans Paris8, Tours, Lyon, Montpellier9, et autres villes de ce royaume, se trouvent d’aussi bons et meilleurs ouvriers qu’il s’en puisse rencontrer pour faire des velours, satins, taffetas et autres marchandises de soye, autant belles et bonnes qu’il s’en puisse faire dans l’Europe.

L’Allemagne nous fait amener des buffles10, chamois, fustaines11, bouccasins12 et grand nombre de quincaillerie et autres diverses denrées.

Nous avons dans Poictiers nombre d’ouvriers qui accommodent les peaux de bœufs, vaches, chèvres, moutons et autres en façon de buffles13 et chamois14, qui sont tous bons et de meilleur service que ceux qui nous viennent d’Allemagne et autres lieux15.

D’autre part, le Limosin et le pays de Forest sont plus que suffisants à fournir vostre royaume de toutes sortes de quincaillerie aussi belles, bonnes et bien faictes que l’on nous sçauroit apporter. Les Espagnols (meilleurs mesnagers que nous), pour trouver le bon marché, se viennent fournir de quincaillerie en ces deux provinces, pour porter aux Indes et autres lieux16.

La Flandre, avec grand profit qu’elle gaigne sur nous par la vente de ses tapisseries, peintures, toilles, ouvrages et passements, dans lesquels il se fait une excessive despence (à quoy Vostre Majesté a sagement et prudemment pourveu17), camelots, sarges, maroquins et autres marchandises, toutes lesquelles nous doivent estre comme indifferents.

Paris, dis-je, est maintenant sans pair par la manufacture des plus belles et riches tapisseries du monde et pour les tableaux les plus exquis. Nous avons aussi Sainct-Quentin, en Picardie ; Laval, au Maine ; Louviers, en Normandie, et autres lieux qui sont remplis d’un nombre infiny d’ouvriers, autant parfaicts en cet ouvrage qu’il s’en puisse trouver dans l’Europe, et de present il se fait des toilles aussi belles, bonnes et fines que celles qu’on apporte d’Hollande et autres endroits18, et aussi qu’il y a dans les provinces de vostre royaume quantité de lins et chanvres plus commodement que dans la Flandre et Pays Bas.

Pour les ouvrages et passemens, tant de point-couppé19 qu’autres, dont l’excessive despence, ainsi que dit est, a porté judicieusement Vostre Majesté, pour oster le cours d’icelle (dont la despence pouvoit avec le temps incommoder plusieurs familles20), d’en deffendre l’usage, par vostre Declaration du dix-huictiesme novembre 1633, verifiée en vostre Parlement de Paris le douziesme decembre ensuivant21 ;

Pour empescher icelle despence, il y a toute l’Isle de France22 et autres lieux qui sont remplis de plus de dix milles familles dans lesquelles les enfans de l’un et l’autre sexe, dès l’âge de dix ans, ne sont instruits qu’à la manufacture desdits ouvrages, dont il s’en trouve d’aussi beaux et bien faits que ceux des estrangers ; les Espagnols, qui le sçavent, ne s’en fournissent ailleurs23.

Amiens peut aussi fournir de camelots24, serges, toilles, et d’un grand nombre de diverses sortes de marchandises25, dont les manufactures donnent les moyens de vivre à un grand nombre de familles qui sont residentes dans ladite ville, et fait que les nations estrangères viennent en icelle faire de grandes emplettes, ce qui rend ladite ville riche, et seroit à desirer, Sire, que les autres villes de vostre royaume fissent le semblable.

Dans les villes de Roüen et La Rochelle, pour ce qui est des maroquins, il s’y en fait d’aussi bons et beaux que ceux qui nous viennent de Flandres, et les pouvons avoir à meilleur marché, si les ouvriers qui sont dans lesdites villes estoient employez26.

L’Angleterre nous envoye tous les ans plus de deux mille tans navires que vaisseaux, chargez de diverses marchandises manufacturées, comme draps, estamets, sarges, bas de soye et d’estames, fustaines27, burals28 et autres denrées29.

Le Berry30 et la Normandie31 nous peuvent fournir de draps aussi fins et de meilleurs services que ceux d’Angleterre.

Sommières, Nismes32, Sainct-Maixant, Chartres, et plusieurs autres villes de ce royaume, fabriquent des sarges aussi fines et meilleures que celles que les estrangers nous sçauroient fournir, et à beaucoup meilleur marché.

La duché d’Estampes et pays de Dourdan est remply d’un nombre infiny de personnes qui s’occupent journellement de mieux en mieux à travailler en bas de soye et d’estame33, dont la plus grande partie surpassent ceux de Milan, de Gennes, d’Angleterre et autres lieux.

Et ainsi, Sire, de tout ce qui est utile, tant pour les grands que pour les petits, vostre France est plus que suffisante d’en fournir tous vos sujets et les estrangers aussi, sans les requerir d’aucunes choses, et aussi qu’il n’y a ouvrages que ce soit que les François (s’ils veulent) ne contrefacent et rendent plus à la perfection que ne sçauroient faire toutes les nations du monde.

Le commerce ne laisseroit d’aller de part et d’autre ; les estrangers nous apporteroient de leurs marchandises et viendroient prendre en contreschange des nostres, et, par ce moyen, en chasque chose, chacune leur prix, nos marchands pourroient gagner reciproquement sur les marchandises estrangères, comme celles qu’ils auroient fabriquées, et, ce faisant, le tout seroit reduit à meilleure condition, et ne se verroit des banqueroutes si ordinaires34.

Mais, Sire, vostre royaume auroit beau estre le plus beau, le plus fertile et le plus opulent de l’Univers (ainsi que veritablement il est), si les François (vos sujets) ne remettent en valleur les travaux dans les manufactures, et d’employer eux-mesmes les biens que Dieu leur donne.

Pour ce faire, il est donc très-necessaire de nous passer de tout ce que nous prenons des estrangers, et les faire fabriquer et manufacturer parmy nous, ayant (comme dit est) les ouvriers et les matières en abondance dans vos provinces pour ce faire. Ce faisant, on employra le pauvre peuple, et le profit de leur employ les retirera de la grande pauvreté qu’ils souffrent, et leur donnera les moyens de subvenir à leurs necessitez.

Soubs le bon plaisir de Vostre Majesté, l’on establira dans les principales villes et autres lieux de vostre royaume des bureaux et maisons communes pour y faire travailler continuellement dans les manufactures, et commencer à celles qui nous sont plus utiles, employer en icelles nos laines et les soyes que nous peuvent fournir les provinces de Tourraine, Lionnois, Provence35, comté d’Avignon36 et autres endroits de ce royaume ; faire choix des plus capables ouvriers pour les establir dans lesdits bureaux et maisons communes, pour que chacun d’iceux puissent monstrer et enseigner leurs arts et mestiers aux peuples, qui seront destinez selon à quoy on les trouvera capable d’estre employez.

Et, de cette façon, la France (vostre royaume), avec le temps, sera remply et augmenté de toutes parts d’ouvriers qui se rendront parfaits dans les ouvrages et manufactures, ce qui obligera les estrangers à nous venir revoir (ainsi qu’ils faisoient le passé). En cette sorte, l’or et l’argent des François ne passera les frontières, et demeurera parmy nous pour subvenir aux necessitez du peuple.

Les villes et autres lieux où seront establis lesdits bureaux et maisons communes, par le travail et desbit des marchandises, deviendront riches et oppulents, par le moyen du grand abbord des peuples qui arrivera de toutes parts pour le trafic desdites marchandises ; l’argent sera commun par tout ; les peuples (pauvres par faute d’employ) seront soulagez, et vivront des travaux qu’ils pourront faire selon leurs forces et capacités, ainsi qu’il sera advisé par personnes judicieux, qui auront à leur rang l’administration desdits bureaux.

Si bien, Sire, que cet advis est le seul moyen de ne plus faire sortir l’or et l’argent de vos sujets hors de vos frontières, de reduire les estoffes et autres marchandises à bonnes conditions, et aux pauvres peuples les moyens de leur subvenir, qui seront delivrez des pauvretez qui les accablent, et tous vos sujets, en general et en particulier, rendront graces à Dieu de cet heureux establissement, prieront sa divine bonté pour la conservation et prosperité de Vostre Majesté et des ministres de vostre Estat, comme fait de tout son cœur celuy qui est en toute humilité,

Sire,

Vostre très-humble sujet et très-fidèle obligé serviteur,

De la Gomberdière.



1. Alors la France produisoit assez de blé pour en pouvoir exporter à l’étranger. On en a la preuve non seulement par ce passage, mais par plusieurs autres écrits du temps. Palma Cayet, dans sa Chronologie septennaire (1602, édit. Michaud et Poujoulat, p. 208), nous montre la France abondant « en blés, vins, huiles, fruits, légumes, guèdes ou pastels, outre les grandes et foisonneuses nourritures de bétail et haras. » Isaac de Laffemas, dans son Histoire du commerce de France, est plus explicite : « Il me semble, quant à moy, dit-il, que nous avons icy quantité de fer, de papier, de pastel, de bleds et de vins pour envoyer aux pays estranges, et que cela nous peut apporter un grand revenu. » (Archives curieuses, 1re série, tome 14, page 429.)

2. La culture du pastel étoit une immense richesse pour les environs de Toulouse, et surtout pour le pays de Lauraguais. On exportoit chaque année deux cent mille balles de ces coques par le seul port de Bordeaux. « Les étrangers en éprouvoient un si pressant besoin, que, pendant les guerres que nous avions à soutenir, il étoit constamment convenu que ce commerce seroit libre et protégé, et que les vaisseaux étrangers arriveroient désarmés dans nos ports pour y venir chercher ce produit. Les plus beaux établissements de Toulouse ont été fondés par des fabricants de pastel. Lorsqu’il fallut assurer la rançon de François Ier, prisonnier en Espagne, Charles-Quint exigea que le riche Beruni, fabricant de coques, donnât sa caution. » (Chapsal, Chimie appliquée à l’agriculture, t. 2, p. 352.) — Le pays de la richesse par excellence, le pays de Cocagne, n’étoit autre que le Lauraguais, l’opulente contrée des coques de pastel. (Crapelet, Dictons du moyen âge, 1re édit., p. 47.) Quand on vouloit montrer qu’un homme étoit riche et cossu, on disoit qu’il étoit bien guédé, c’est-à-dire semblable à quelque marchand de guède ou pastel. Peu à peu l’indigo finit par détrôner ce riche produit. (Savary, Dict. du commerce, aux mots Cocaigne, Pastel.)

3. Malheureusement, l’exportation des draps étoit interdite. « Il ne nous est permis, dit Montchrestien, de porter en Angleterre aucune draperie, à peine de confiscation ; au contraire, les Anglois, en pleine liberté, apportent en France toutes telles draperies qu’il leur plaist, voire en si grande quantité, que nos ouvriers sont maintenant contraints pour la plupart de prendre un autre mestier, et bien souvent de mendier leur pain. » (Traicté de l’économie politique, s. d., in-4, 2e partie, p. 92.)

4. Sous Louis XIV, nous manquions tellement d’ouvriers cordiers, dans nos ports, que Colbert fut obligé d’en faire venir, ainsi que des tisserands, de Hambourg, Dantzig et Riga. (Cheruel, Hist. de l’administr. monarch. en France, t. 2, p. 235.)

5. V., dans l’avant-dernière note, ce que dit Montchrestien de cette misère des ouvriers sans travail.

6. Dès le règne de Henri II, des fabriques de draps d’or et de soie avoient été établies à Lyon. (Anc. lois franç., t. 13, p. 374.) — Mais sous Henri IV, à Paris même, cette industrie avoit pris une bien plus grande extension : « L’establissement de filer l’or, façon de Milan, qui se void introduit en la perfection et en grande quantité dans l’hôtel de la Maque, soubz le sieur Tirato, Milanois, qui faict espargner et fournir dans le royaume plus de douze cent mille escus par an, qui se transportoient pour avoir dudit fil d’or de Milan, pour ce qu’il est plus beau et à meilleur marché que celui qui se faisoit en France, en ce qu’on y employe la moitié moins d’or. » (Recueil présenté au roy de ce qui se passe en l’assemblée du commerce, au Palais, à Paris, faict par Laffemas, contrôleur général dudit commerce, Paris, 1604, in-8, § 6.) Palma Cayet (Chronol. septennaire, 1603, édit. Michaud, p. 253) parle aussi des sieurs Dubourg père et fils, établis comme Tirato, et pour la même industrie, dans la Maque. Cette immense manufacture étoit rue de la Tixeranderie (voy. notre Paris démoli, 2e édit., p. 333), et c’est sans doute avec intention qu’on avoit établi dans ce quartier de la misère une industrie capable, dit Laffemas le fils, « de faire vivre un nombre infini de pauvres. » (Hist. du commerce, loc. cit., p. 420.)

7. La serge de Florence étoit une sorte d’étoffe de soie épaisse dont on faisoit de grands manteaux et des mantelets. Elle étoit fort employée sous Henri III. V. L’Estoille, Journ. de Henri III, 24 juin 1584.

8. On y fabriquoit, dès 1602, toute espèce d’étoffes de soie, mais surtout des satins, façon de Gênes. (Laffemas, Lettres et exemples de la feue royne mère, Archiv. cur., 1re série, t. 9, p. 131.) Quant aux villes de Tours et de Lyon, on sait de reste que la fabrication des soieries y étoit, dès lors, très florissante.

9. C’est vers 1592 qu’on avoit commencé d’y fabriquer « des velours, satins, taffetas, et autres marchandises de soie. » (Laffemas, Règlement général pour dresser des manufactures en ce royaume, etc., Paris, 1597, in-8, fol. 25.)

10. On faisoit avec le buffle tanné d’excellents justaucorps de guerre. On connoît la chanson de Bussy :

Buffle à manches de velours noir
Portoit le grand comte de More.

11. Les meilleures se faisoient, en effet, en France. « Et, quant aux futaines et autres manufactures de cotton, dit Laffemas le fils (loc. cit.), nous ne devons point permettre que les estrangers nous en fournissent. » Montchrestien dit d’une façon plus ferme encore : « Toutes les futaines et camelots se doivent fabriquer en ce royaume, où l’industrie en est fabriquée aussi bien et mieux qu’ailleurs, où la commodité est pareille et possible plus grande… On parle parmy nous de futaines d’Angleterre et de camelots de l’Isle ; mais on nous impose le plus souvent par l’estrangeté, car toutes ou la plupart de ces estoffes sont de la façon de France, et n’en sont pas pires. » (Traicté de l’œconomie polit., in-4, 1re partie, p. 102-103.)

12. C’étoit une espèce de camelot, ordinairement noir, qu’on employoit comme doublure des manteaux de soie. Cette étoffe étoit déjà connue au moyen âge. (Fr. Michel, Recherches sur le commerce… des étoffes de soie, in-4, t. 2, p. 47.)

13. « Un homme de Nerac, écrit Laffemas le fils, a endurcy les buffles et chamois à l’espreuve de la pique et de l’espée. » (Hist. du commerce, p. 419.)

14. Ce n’est pas seulement à Poitiers, mais aussi à Niort, qu’on faisoit d’excellents chamois. V. Savary, Dict. du commerce, à ce mot.

15. Laffemas le fils se plaint fort de ce que les cuirs de France « ont esté alterez de leur bonté. » Montchrestien s’en montre plus satisfait : « J’oubliois à parler de la tannerie, dit-il, art aussi necessaire que commun, lequel, pour le grand profit qu’il apporte, ne seroit point demeuré entier, comme il a fait jusqu’à present, en la main des François, si ceux qui l’exercent n’en avoient retenu, principalement dans les principales villes, la propriété libre et franche par le moyen de leurs exactes visitations sur les apprests des cuirs estrangers. » (Loc. cit., p. 107.)

16. Les Espagnols emportoient des cargaisons de cette quincaillerie du Forez, dont le bon marché fut toujours proverbial, pour faire des échanges avec les nègres du Sénégal et des côtes d’Afrique.

17. « Les marchands de Flandre faisoient avec nous de si gros profits que Henri IV avoit defendu, sous peines corporelles, toutes relations commerciales avec eux. » (Palma Cayet, 1604, loc. cit., p. 285–287.) Il paroît que Louis XIII avoit maintenu cette prohibition rigoureuse. C’est surtout à l’occasion de l’établissement à Paris de la fabrique de tapisserie des sieurs Laplanche et Comans que Henri IV prit de sévères mesures contre les importations flamandes. (Extraits des registres de l’Hôtel-de-Ville, Biblioth. imp., fonds Colbert, vol. 252, p. 533–534.) On menaça d’expulsion « les tuisliers et tapissiers flamands qui ne vouloient laisser le secret de leur industrie en France. » Ceux qui se soumirent obtinrent seuls des lettres de naturalité. (Laffemas, Recueil présenté au roy, etc., § 10.)

18. Ce passage prouve que ce que Laffemas ne faisoit qu’espérer en 1604 s’étoit réalisé. « La manufacture nouvelle de toilles fines et façon d’Hollande, et autres semblables, qui sont si chères, dit-il, ne s’est faite jusqu’à present en France, et sommes contraints de les achepter des estrangers, où il se transporte une grande quantité d’or et d’argent, combien que nous en ayons les lins et autres principales étoffes abondamment en France plus que lesdits estrangers, qui les viennent prendre et achepter de nous pour les nous remettre manufacturés incontinent après, et y gagnent le quadruple et plus ; ce qui ne procède que de la seule industrie de les blanchir, façonner et polir. Mais il s’est trouvé deux riches marchandz qui ont entrepris de les faire filer, manufacturer, blanchir et façonner dans les faubourgs de la ville de Rouen, en telle quantité qu’ils en fourniront la France. Leurs memoires et propositions out esté examinés et deliberés en la compagnie desditz sieurs commissaires par commandement et renvoy à eux faict par Sa Majesté. Ils en ont donné leur advis soubz le bon plaisir de sa dite Majesté, duquel ils espèrent qu’il parviendra un grand tresor à la France quand il sera executé. » (Recueil présenté au roi… § 24.)

19. C’étoient des passements de fil très délicatement travaillés et fort chers, pour lesquels nous étions encore tributaires de la Flandre. (P. Paris, Manuscrits françois de la Biblioth. du roi, t. 4, p. 379.)

20. Laffemas (Règlement général, etc.) évalue à huit cent mille écus la dépense annuelle de ces passements de toutes sortes, des bas de soie, etc. Montchrestien l’estime plus d’un million. (Traicté d’œconomie polit., 1re partie, p. 102.)

21. C’est un édit dans le genre de celui précédemment rendu (voy. Caquets de l’Accouchée, édit. Jannet, p. 181–182) et de cet autre qui donna lieu à la Révolte des passements, pièce que nous avons publiée dans notre tome 1er, p. 224.

22. Il y en avoit surtout un grand nombre à Paris même, dans le faubourg Saint-Antoine. (V. Révolte des passements, loc. cit., p. 240.) Sous Louis XIV, cette colonie s’augmenta beaucoup encore lorsque la nourrice du comte d’Harcourt, Mme Dumont, arrivant de Bruxelles avec ses quatre filles, eut obtenu par privilége le droit d’établir dans le même faubourg des ateliers de dentelles. « Seize cents filles, dit Voltaire, furent occupées des ouvrages de dentelles. On fit venir trente principales ouvrières de Venise et deux cents de Flandre, et on leur donna trente-six mille livres pour les encourager. » (Siècle de Louis XIV, ch. 19.) — À Louvres-en-Parisis, à Villiers-le-Bel, on faisoit des dentelles de soie. (Savary, Dict. du commerce, au mot Dentelle.)

23. Les Espagnols, on l’a déjà vu, se fournissoient de beaucoup de choses en France. Les magnifiques pannes dont les plus riches se faisoient des manteaux, ils les achetoient à Tours. (Richelieu, Maximes d’Etat, chap. 9, sect. 6.)

24. Les camelins d’Amiens étoient déjà célèbres au moyen âge. (Ducange, au mot Camelinum ; le Roman du Renart, édit. Méon, t. 4, p. 56.)

25. Il y avoit aussi d’excellents tisserands et musquiniers. V. leurs statuts (1502), Aug. Thierry, Hist. du tiers-état, t. 2, p. 490–493.

26. C’est à peu près ce que dit Laffemas le fils pour tous les cuirs en général. « Nous avons, écrit-il, s’adressant au roi, nous avons encore les cuirs, qui s’offrent (si on remet les tanneries en leur ancien estat) de rendre une incroyable richesse à vos sujets. » (Hist. du commerce, Arch. curieuses, 1re série, t. 14, p. 419.)

27. Il a déjà été parlé plus haut de ces futaines d’Angleterre. Nous ajouterons ici ce qu’en dit Laffemas : « Les futaines d’Angleterre sont ainsi appelées, combien qu’elles soient manufacturées en France, en Italie et en Allemagne en bien plus grande perfection qu’audit pays d’Angleterre, où il ne s’en fait quasi point ; mais elles y sont toutes portées pour un secret qu’ils avoient seuls au pays d’Angleterre de les sçavoir teindre, apprester et friser en perfection ; mais ce secret est descouvert et introduit en France… » (Recueil présenté au roi…, §23.)

28. Buraux, bures.

29. Il n’y avoit guère que la moire qu’on ne faisoit pas encore aussi belle qu’en Angleterre. (Richelieu, Maximes d’Etat, chap. 9, sect. 6.)

30. À Bourges, avec les laines du Berry, « fines et luisantes comme de la soye » (J. Toubeau, les Institutes du droit consulaire, 1678), on fabriquoit de fort bon drap, façon d’Elbeuf. V. Dict. de Savary, art. Drap.

31. La réputation des draps d’Elbeuf et de Louviers étoit déjà commencée.

32. On y fabriquoit de belle écarlate. Monteil possédoit l’original d’une ordonnance de l’intendant Baville, commandant à Fraisse, fabricant de draps a Nîmes, deux pièces de drap écarlate pour Louis XIV. (Hist. des Français des divers états, 3e édit., XVIIe siècle, notes, p. 61, nº 43.)

33. Laffemas, dans le Règlement général pour dresser les manufactures en ce royaume… (1597), parle de ces fabriques de bas de soie et d’estame, qui, depuis quelques années, s’étoient établies à Dourdan. — Dans le Recueil présenté au roi…, § 5, il rappelle aussi « les statutz et reglements faictz sur la manufacture des bas d’estame et de soye pour arrester les abbus et malversations qui s’y commettoient, et donner ordre à l’advenir que le public en soit mieux servy, et qu’elle se puisse continuer en la France en telle perfection que nous en puissions fournir aux pays estrangers. »

34. Laffemas avoit déjà parlé, dans son Recueil présenté au roi… (1604), § 20, des moyens à prendre contre « les frauduleuses banqueroutes qui se font et desseingnent si communement aujourd’hui par la France. »

35. L’assemblée du commerce de 1604 avoit été saisie par « homme qualifié et bien cautionné » du projet « d’establir en Provence… l’art de la soye avec cent atelliers des principalles manufactures d’icelle. » (Laffemas, Recueil présenté au roy…, § 19.) Nous ignorons quelle suite eut ce projet.

36. Avignon, en digne ville papale, avoit fabriqué de tout temps des ornements d’église. (J. Chartier, Hist. de Charles VII, in-fol., p. 83 [1435].) — Sous Henri III, on y fabriquoit du velours commun. V. Archives curieuses, 1re série, t. 9, p. 211.