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Édition du Centenaire (p. 154-156).

La République
(1870-1900)

Les trente dernières années du xixe siècle français appartiennent à la République. Au soir de sa journée, ce siècle agité a procuré à la France la paix et la stabilité. Une colossale Exposition universelle attirant à Paris des foules cosmopolites a marqué l’ouverture du xxe siècle. Noue ne tenterons pas d’analyser ici l’« évolution de la France républicaine » puisque tel est l’objet du chapitre suivant. Nous nous bornerons à indiquer les principales caractéristiques de l’œuvre accomplie par le gouvernement républicain entre 1870 et 1900.

C’est d’abord dans le domaine constitutionnel le retour au régime parlementaire pratiqué de 1814 à 1848, c’est-à-dire avec un chef d’État irresponsable, deux Chambres et des ministres responsables devant les Chambres. Il est à remarquer que les trois constitutions parlementaires de 1814, de 1830 et de 1875 représentent sur l’ensemble du siècle une durée totale de plus de soixante années, alors qu’aucun des autres régimes du type qu’on pourrait appeler consulaire, n’a vécu plus d’une dizaine d’années sans subir de changements.

Le second point qui attire l’attention, c’est le développement de l’empire colonial français accru à partir de 1880 dans des proportions inattendues ; la Tunisie, l’Annam et le Tonkin avec leurs dépendances, les vastes territoires de l’Afrique Occidentale, le Dahomey, le Congo, Madagascar y entrent successivement et la force du mouvement colonial ne cesse de croître malgré les obstacles et les oppositions.

Au point de vue militaire cette période accuse un effort ininterrompu de réfection de l’armée nationale dont les effectifs augmentent et dont le matériel se perfectionne. Toutefois, vers la fin du siècle, sous l’action des idées pacifistes et en raison du fardeau budgétaire devenu de plus en plus pesant, il y a tendance à renoncer à la « course aux armements » à laquelle les puissances européennes se sont trouvées entraînées. Cette tendance est encore plus sensible dans le domaine maritime : la France s’y laisse distancer de façon sérieuse.

Le fait principal en matière économique est le retour au protectionnisme. Les travaux publics ont reçu à plusieurs reprises une vive impulsion. Les progrès agricoles, industriels et commerciaux auraient pu s’accuser, semble-t-il, de façon plus complète, eu égard aux ressources dont disposait le pays. Avant 1900, deux Expositions universelles avaient en lieu à Paris, en 1878 et en 1889.

La courbe diplomatique est constante ; elle est dirigée vers l’alliance franco-russe qui lentement se prépare, puis se scelle, s’affirme, se consolide. Après des hésitations et des reculs, une détente se produit dans les rapports avec l’Italie et l’Angleterre. Cette dernière puissance rapprochée de la France semble même s’acheminer vers la formation d’une nouvelle triplice anglo-franco-russe. Les relations avec l’Allemagne sont parfois tendues, parfois courtoises, mais jamais confiantes.

L’instruction publique progresse dans le sens des idées laïques et même anticléricales. Toutefois, la réforme pédagogique la plus importante est étrangère à toute préoccupation philosophique ; c’est la reconstitution des universités régionales détruites par la Révolution et qui, sagement réorganisées, recommencent à prospérer.

Le mouvement d’émancipation ouvrière a pris dans les dernières années du xixe siècle une extension considérable. Le droit de grève et l’intervention des syndicats dans les conflits du travail ont été admis pratiquement bien que les efforts pour les réglementer n’aient pas abouti. Le système des retraites ouvrières a été adopté. Les organisations socialistes ont augmenté en nombre et en puissance.

Aux approches de 1900, deux grandes réformes apparaissaient prochaines et probables : l’étblissement de l’impôt sur le revenu et la séparation de l’Église et de l’État.