Monuments du Mont-Royal : cimetière Notre-Dame-des-Neiges


MONUMENTS

DU

MONT-ROYAL


Par HILAIRE PAQUET
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Paquet - Monuments du Mont-Royal, cimetière Notre-Dame-des-Neiges, 1901 05-2.pngCIMETIÈREPaquet - Monuments du Mont-Royal, cimetière Notre-Dame-des-Neiges, 1901 05-2.png

NOTRE-DAME-DES-NEIGES


Les Fleurs Naturelles


disposées avec un goût des plus artistiques, près de l’entrée du cimetière Notre-Dame des Neiges, aussi bien que dans le voisinage de la chapelle et sur les tombes entourées de verdure, ne peuvent manquer de charmer le regard du visiteur. La Paquet - Monuments du Mont-Royal, cimetière Notre-Dame-des-Neiges, 1901 03.jpg richesse et la beauté de ces décorations ne le cèdent en rien, sous tous rapports, à aucun travail artistique du genre sur tout le continent. La décoration des concessions de famille, faite avec un goût non moins remarquable, est surtout frappante au regard du visiteur comme à celui de l’artiste. MM. P. McKenna & Son, fleuristes-décorateurs de parterres, paysages, etc., dont le vaste établissement est situé à quelques pas de l’entrée du cimetière, sur le chemin de la Côte-des-Neiges, font une spécialité de ce genre de décoration, depuis plus d’un quart de siècle et prêtent toujours la plus prompte attention aux nombreuses commandes qu’ils reçoivent pour la décoration des tombes, et pour le service de funérailles, chambres mortuaires, et leur travail est d’un goût irréprochable. MM. P. McKenna & Son font aussi un commerce important de pépinières et ont toujours en mains une quantité considérable de tout ce qu’on peut désirer en fait d’arbres d’arbrisseaux à fleurs et de plantes pour jardins et décorations de salons.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Entrée du Cimetière de Notre-Dame-des-Neiges
CIMETIÈRE


— DE —


NOTRE-DAME-DES-NEIGES


À toutes les époques, le culte des morts fut une des religions les plus sacrées des vivants, et les peuples les plus barbares, avec moins de pompes, sans doute, mais avec une même dévotion, surent entourer les tombes d’une vénération fidèle et d’un profond respect.

C’est ainsi qu’en Orient, les Musulmans viennent périodiquement déposer des fruits sur les tombes des parents défunts pour que leur ombre, disent-ils, viennent savourer encore ce qu’ils aimaient jadis, et les récents événements de la Chine sont en grande partie provenus de ce que les diables étrangers qui avaient obtenu, du gouvernement du Céleste Empire, le droit de construire des chemins de fer dans le pays, avaient profané la terre des morts en y faisant passer leurs tracés.

Les Romains eux-mêmes, en dépit du scepticisme qui finit par n’être plus que leur seule croyance, ont cependant conservé jusqu’à la fin de leur omnipotence cette vénération des morts, et, après avoir fait brûler leurs défunts sur des bûchers de bois aromatiques, ils en recueillirent précieusement les cendres en des urnes précieuses qui occupaient l’endroit le plus honorable de leurs princières demeures.

Il n’est pas jusqu’aux modestes Peaux-Rouges qui n’aient manifesté des sentiments analogues, et on retrouve encore, dans les solitudes de l’Ouest, des tombeaux suspendus où leurs défunts, parés de leurs plus beaux habits de guerre, dorment l’éternel sommeil.

Mais c’est surtout chez les peuples civilisés que ce sentiment se manifeste dans toute son intensité et la splendeur avec laquelle, dans les différentes parties du monde, sont parés les cimetières, témoignent de l’ardent désir que semblent avoir les mortels de se maintenir en quelque sorte en relation constante avec ceux qui les ont devancés dans la cité du repos sans réveil.

Or, au nombre de ces nécropoles qui méritent le plus incontestablement d’attirer l’attention du touriste, celle de Montréal peut, à juste titre, prétendre occuper une place d’honneur ; car, il en existe bien peu qui soient plus de nature a témoigner la vivacité de ce sentiment de compassion que, de tout temps, l’homme qui va mourir éprouve pour l’homme qui n’est plus.

Situé sur le flanc du Mont-Royal, dont la majestueuse beauté couronne d’une luxuriante verdure l’immensité de la métropole canadienne, le cimetière de Notre-Dame-des-Neiges couvre une étendue de plusieurs centaines d’âcres où se dressent les monuments les plus somptueux et les plus artistiquement travaillés : marbres et granits de toutes les nuances se confondent à toutes les expressions qu’a voulu leur imprimer le génie de l’homme, et leur rigide froideur ressort doucement, en une variété de teintes chatoyantes et douces, du sein des feuillages qu’agitent, sur cette colline du silence, tout un bosquet d’arbres majestueux.

Ajoutons qu’il n’est peut-être pas, sur les centaines d’âcres de superficie occupés par le cimetière de Notre-Dame-des-Neiges, un seul âcre de terrain qui ne soit semé d’herbes ou tout coloré de fleurs les plus rares dont les nuances polychromes mettent

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Décarie
une note d’espérance au sein des tristesses

qui semblent planer sur ces étendues. Un nombre considérable de tombes disparaissent même complètement sous des lits de fleurs superbes, dont les parfums flottent mollement dans l’air et y créent comme une atmosphère d’église en un jour de fête.

Les superbes monuments provenant des chantiers de M. Joseph Brunet, de Notre-Dame-des-Neiges, rehaussent encore le charme de cette nécropole par leur architecturale majesté, et les routes qui passent auprès d’eux permettent au touriste d’admirer toute leur élégance et leur imposante beauté.

Les stations du Chemin de la Croix, que termine un superbe calvaire dans le cimetière, ne laissent pas non plus de provoquer une puissante émotion, et la beauté de ces œuvres d’art mérite à bon droit d’attirer l’attention du visiteur.

Il serait superflu de vouloir énumérer ici tous les monuments qui méritent une mention et nous croirions manquer de délicatesse en nous laissant aller à des comparaisons qui pourraient froisser d’honorables susceptibilités.

Nous ne mentionnerons que quelques-uns de ces monuments, parce qu’ils revêtent un caractère plutôt historique ou mondain qu’individuel : le premier est le monument érigé à la mémoire de Ludger Duvernay, par la Société Saint-Jean-Baptiste.[1] Duvernay naquit à Verchères, le 22 janvier 1799, et mourut le 28 novembre 1852, au milieu des regrets de toute la population canadienne qui n’avait cessé de le regarder comme l’un de ses compatriotes les plus distingués et les plus utiles à la patrie.

Après avoir fondé successivement la Gazette de Trois-Rivières, le Constitutionnel et l’Argus, il vint en 1827 se fixer à Montréal et se joignit à l’un des plus grands patriotes et des hommes les plus remarquables de l’époque, l’hon. A. N. Morin, pour fonder la Minerve.

À partir de cette époque le nom de Duvernay est inscrit sur toutes les pages de l’histoire émouvante de nos luttes politiques. Emprisonné trois fois pour avoir eu le courage de publier dans son journal des articles énergiques à l’adresse des bureaucrates, sa popularité devint très-considérable et il ne s’en servit que pour faire triompher la cause de ses compatriotes. Il fut l’un des chefs du parti populaire, l’un des patriotes les plus ardents de cette époque.

Élu membre de la chambre par le comté de Lachenaye en 1837, il était obligé, quelque-temps après, de s’expatrier pour échapper à l’emprisonnement. Il se réfugia à Burlington où il fonda en mil-huit-cent-trente-neuf (1839) le Patriote. Il revint au Canada en 1842 et rétablit, grâce en grande partie à la générosité de son ami Fabre, la Minerve qu’il continua de publier jusqu’en 1852 dans l’intérêt de la cause libérale dont M. Lafontaine était alors le porte-étendard.

L’une de ses plus belles œuvres est la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste. Avec quelle satisfaction il doit contempler aujourd’hui de sa tombe les résultats admirables de son œuvre. C’est en 1833 que M. Duvernay jeta les fondements de cette noble société, et la Saint-Jean-Baptiste fut célébrée pour la première fois l’année suivante. C’est lui qui choisit la feuille d’érable comme notre emblème national.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument Duvernay
Voici les inscriptions gravées sur le monument Duvernay :
À LA MÉMOIRE DE
LUDGER DUVERNAY
Comme fondateur de la société
nationale canadienne de
SAINT-JEAN-BAPTISTE
Décédé le 28 novembre 1852, à l’âge de 53 ans et 10 mois
La Société Saint-Jean-Baptiste fut fondée en 1834
et incorporée en 1849
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Sur une autre face du monument, on lit les inscriptions suivantes :
Ce monument fruit de la
munificence et de la gratitude des membres de
l’Association Saint-Jean-Jean-Baptiste
de Montréal
a été érigé en 1855

Cette pyramide se trouve aussi le monument inaugural
de ce cimetière
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Voici maintenant les noms des anciens présidents de la Société Saint-Jean-Baptiste, qu’on a inscrits en lettres d’or sur le monument Duvernay, comme continuateurs de l’œuvre de l’illustre fondateur :
D. B. VIGER RODIER
JACQUES VIGER D. MASSON
J. MASSON BEAUBIEN
MORIN BOUTHILLER
QUESNEL TRUDEAU
CHERRIER CHAUVEAU
BOURRET LORANGER
CARTIER COURSOL
MEILLEUR ROLLAND
De BEAUJEU LEBLANC
BERTHELET DORION
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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Francis Prud’Homme

Le second monument, situé presqu’à l’entrée du cimetière, est une vaste colonne de pierre grise élevée à la mémoire des héros de la rébellion de 1837-38, et bien que les survivants de cette épopée soient aujourd’hui bien clair-semés et que les événements rappelés par ce monument soient bien loin, il arrive encore qu’une couronne de fleurs nouvelles se suspende au flanc du monument, auprès des débris de fleurs fanées qui y furent déposées les années précédentes et qui semblent redire silencieusement le motto de la province de Québec : Je me souviens.


Sur le flanc ouest du monument des patriotes, on lit les inscriptions suivantes ;


AUX VICTIMES POLITIQUES DE
1837-1838
RELIGIEUX SOUVENIR
Les 92 résolutions adoptées par la chambre d’assemblée
du Bas-Canada le 1er Mars 1834

Subsides refusés par la chambre d’assemblée
du Bas-Canada, le 23 février 1836

LORD GOSFORD
Dispose des deniers publics malgré le refus des subsides

Ce monument religieux et historique a été érigé sous
les auspices de
L’INSTITUT CANADIEN
En 1858
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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument des Patriotes de 1837-38

Le côté est du monument porte les inscriptions suivantes :


EXÉCUTÉS À MONTRÉAL
Par arrêts de la Cour Martiale le 21 décembre 1838
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JOS NARCISSE CARDINAL JOSEPH DUQUET
Notaire, M.P.P. Étudiant en Droit

LE 18 JANVIER 1839
PIERRE THÉOPHILE DECOIGNE
Notaire
JOSEPH ROBERT CHARLES SANGUINET
AMABLE SANGUINET F. X. HAMELIN
Cultivateurs

LE 15 FÉVRIER 1839
François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier
Notaire
FRANÇOIS NICOLAS AMABLE DAUNAIS
Instituteur Cultivateur
PIERRE-RÉMI NARBONNE CHARLES HINDELANG
Peintre Militaire

Sur les autres faces du monument, se lisent comme suit les noms des victimes qui ont succombé sur le champ de bataille :


BATAILLES


— DE —


ST-DENIS et ST-CHARLES


23 et 25 NOVEMBRE 1837

Charles-Ovide PERRAULT, Avocat, M.P.P.
Charles ST-GERMAIN Amable HÉBERT
François DUFAUX J.-Bte. HÉBERT
André MANDEVILLE Toussaint LOISELLE
Eusèbe PHANEUF Francois DUMAINE
Pierre MINET Olivier L’ESCAULT
Joseph DUDEVOIR Joseph COMEAU
Antoine AMIOT Henri CHAUME
J.-Bte. PATENAUDE Louis DAUPHINAIS
Cléophas BOURGEOIS Gabriel LUSIGNAN
Benjamin BOUTHILLER Toussaint PAQUET
ROMAIN dit MANDEVILLE Marc JEANNOTTE
Moise PARISEAU François DUBUC
Pascal DELISLE Hypolite SÉNÉCAL
Marie-Anne MARTEL —— LAMOUREUX
Pierre-Emery CODERRE, L. B. DUROCHER
et onze autres victimes non identifiées
BATAILLE de ST-EUSTACHE
14 DÉCEMBRE 1837

Jean-Olivier CHÉNIER, M.D.
(Ses restes reposent ici)
Joseph PAQUETTE Joseph GUITARD
J.-B. LAUZÉ Pierre DUBEAU
Nazaire FILION Joseph BOUVIETTE
Séraphin DORÉ J.-B. TOUPIN
François DUBÉ Alexis LACHANCE
L. GAUTHIER dit LAROUCHE Joseph LEDUC
J. L. CAMPEAU Eustache LAFLEUR
Amable LAUZON Augustin DORÉ
Jean MORIN Pierre GATIEN
Jean DORÉ J.-B. LEBRUN
Louis ROBERT dit TACHÉ

Leurs restes ainsi que ceux de plusieurs autres personnes non identifiées reposent dans les cimetières de St-Eustache et de Ste-Scholastique.

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ENGAGEMENT a ODELLTOWN
7 NOVEMBRE 1838
Au nombre des victimes se trouvent :
———BOYER et ———LANCTOT
de St-Philippe

Voici maintenant la liste de patriotes qui furent envoyés en exil et dont les noms sont inscrits sur le monument :

EXILÉS DES BERMUDES EN 1837
BOUCHETTE, R. S. M. DES RIVIÈRES, R.
GAUVIN, H. A. GODDU, J.-H.
MARCHESSAULT, S. MASSON, L. H.
NELSON, Wolfred VIGER, Benjamin

EXILÉS DES TERRES AUSTRALES EN 1838
ALARIE, M. BÉCHARD, T.
BERGEVIN, Charles BIGONESSE, Frs. B.
PARÉ, Jos. PINSONNAULT, R.
PINSONNAULT, Ls. PINSONNAULT, P.
PRIEUR, F.-X. PROVOST, F.-X.
ROBERT, Théophile ROCHON, Ed. P.
ROCHON, J.-E.-R. ROCHON Toussaint
ROY, Basile ROY, Charles
ROY, Joseph THIBERT, Jean-Ls.
THIBERT, Jean-M. TOUCHETTE, F. X.
TRUDEL, J.-B. TURCOTTE, Ls.
HÉBERT, Jos.-Jacq. HUOT, Chs., N.P.
LABERGE, Jean LANCTOT, Hyp., N.P.
LANGLOIS, Et. LAVOIE, P.M.
LEBLANC, David LEBLANC, Hubert D.
LEPAILLEUR, F. M. LONGTIN, Jacq.
LONGTIN, Moise MARCEAU, Jos.
MORIN, AchillE MORIN, P. H.
MOTT, Benjamin NEWCOMBE, Sam. M. D.
PAPINEAU, André-M. BISSON, Constant
BOUC, Chs. G. BOURBONNAIS, D.
BOURDON, Ls. BOUSQUET, J. B.
CHEVREFILS, I. G. COUPAL-LAREINE, Ant.
DESFAYETTE, Ls. DUCHARME, L.
DUMOUCHEL, Jos. DUMOUCHEL, Ls.
GAGNON, David GOYETTE, Jacques
GOYETTE, Jos. GUÉRIN-DUSSAULT, Ls.
GUERTIN, François GUIMOND, Jos.
HÉBERT, Jacq.-D.
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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Beaudry

Plus loin, se dresse le monument de Sir Georges-Étienne Cartier, qui fut aussi l’un des chefs de la rébellion, mais vécut assez longtemps pour devenir plus tard chef des conservateurs de la province de Québec, et recevoir de la reine Victoria un titre d’honneur en récompense de services rendus à la couronne britannique.

Nous mentionnerons aussi le monument érigé à la mémoire des pompiers qui sont morts victimes du devoir : superbe pyramide surmontée d’un pompier en tenue brandissant un boyau à incendie qui s’enroule au piédestal.

Cet endroit est annuellement le but d’un pèlerinage des pompiers de Montréal qui viennent en corps déposer des fleurs et des couronnes sur la tombe de leurs camarades, en attendant que leur tour vienne aussi, peut-être, de se dévouer jusqu’à la mort.

Au nombre de ces monuments qui méritent le plus d’attirer l’attention du visiteur est celui de l’honorable Honoré Mercier, ancien premier-ministre de la province de Québec.

C’est là que des milliers de personnes venues de toutes les parties de la province et d’ailleurs, profitent, chaque année, de l’occasion que leur fournit le pèlerinage annuel des catholiques au cimetière de Notre-Dame-des-Neiges, pour aller, en corps, rendre un suprême hommage à la mémoire d’un patriote sincère et d’un homme qui, s’il eut pu vivre assez longtemps pour réaliser les rêves de son cœur généreux, aurait concouru peut-être plus efficacement qu’aucun autre homme d’état à faire restituer à des compatriotes la part d’influence et de prestige que leur passé glorieux leur permet d’espérer.

C’est aussi dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges que dorment leur dernier sommeil nombre d’autres personnages illustres dans la politique canadienne et qui conservent jusque dans la tombe le respect de leurs compatriotes. Citons, entre autres : Sir Louis-H. Lafontaine, le père du gouvernement responsable au Canada, et l’honorable J-A. Chapleau, ancien secrétaire d’état, et, plus tard, lieutenant-gouverneur de la province de Québec.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille O’Neill
MONUMENT O’NEILL

De tous les monuments qui constituent la richesse et la beauté du cimetière de Notre-Dame-des-Neiges, nul n’est plus digne d’admiration que celui de la famille O’Neill. C’est une haute statue en granit provenant des chantiers de M. Joseph Brunet, de Notre-Dame-des-Neiges, et représentant saint François d’Assise, à l’attitude recueillie, extatique, les deux mains croisées sur la poitrine, les yeux levés vers le ciel. Saint François, tout à la fois prie et pleure, des larmes de granit perlent sur ses joues amaigries, ses lèvres entr’ouvertes semblent toujours dire au Ciel une fervente prière.

Si l’on s’arrête quelques instants devant ce chef-d’œuvre, on se sent immanquablement saisi d’étonnement et d’admiration à la vue d’un granit si dur, qui semble avoir été manié presque comme du plâtre pour représenter, aussi fidèlement que la photographie, toutes les expressions, toutes les nuances que le génie de l’artiste a su en faire ressortir.

Situé sur un socle où se marient le trèfle irlandais et l’érable canadien, le monument O’Neill provoque à bon droit le regard du touriste et fait honneur à son excellent auteur.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Tourville
MONUMENT TOURVILLE

L’honorable M. Louis Tourville, dont les cendres reposent depuis quelques années à l’ombre du monument reproduit ci-contre, a joué un rôle important dans le monde des affaires. Propriétaire de magnifiques scieries, il fonda en 1873 la banque d’Hochelaga, dont il fut président jusqu’en 1878. Il fut membre du conseil du Board of Trade, directeur honoraire de la compagnie d’assurance Equitable, de New York, président de la compagnie d’Exposition de Montréal, etc.

L’hon. M. Tourville possédait à un très haut degré le génie du commerce et à son décès il a légué une fortune considérable à ses héritiers. Il était hautement estimé de tous ses compatriotes. En 1889, il fut nommé conseiller législatif par le gouvernement Mercier, en reconnaissance de nombreux services rendus à son parti.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de l’Hon. C. S. Rodier
MONUMENT RODIER

Le sénateur C. S. Rodier naquit en 1818, à Montréal. Toute sa vie, il prit une part très-active dans les affaires publiques. Il était le petit-fils d’un chirurgien de l’armée française qui vint s’établir au Canada vers le milieu du xviiie siècle.

M. Rodier se fit élire échevin du quartier St-Antoine, charge qu’il occupa durant neuf années. Il fut aussi président de la Société Saint-Jean-Baptiste, marguiller de la paroisse Notre-Dame, président de la Société Saint-Vincent de Paul, lieutenant-colonel du 64ième bataillon de Beauharnois, et l’un des fondateurs de la banque Jacques-Cartier. C’est en 1888 que M. Rodier fut désigné pour représenter la division des Mille-Îles au sénat. Il mourut environ deux ans plus tard. Ses nombreux amis ont vivement ressenti sa perte. Généreux et charitable, M. Rodier n’a jamais refusé d’assister quiconque s’en montrait digne. Quatre fils et quatre filles lui survivent. Ce sont MM. le Dr. J. A., Charles, Edmond, Léopold, et Mmes la comtesse des Étangs, Dr. O’Leary, A. L. DeMartigny et A. A. Thibaudeau.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Valois
MONUMENT VALOIS

Tout à côté du chemin qui conduit à la chapelle funéraire ; presqu’à l’ombre de sa croix ; sur une colline, d’où il domine ce vaste champ de la mort, s’élève, dans son imposante beauté, le monument de la famille Valois.

Sur d’immenses blocs de granit, des colonnades et des chapiteaux aux diverses couleurs, d’une disposition et d’un travail des plus artistiques, supportent une superbe statue en bronze, œuvre de notre sculpteur canadien, M. Philippe Hébert. Cette statue représente la Foi. D’une main, elle tient la croix, signe de notre Rédemption ; de l’autre une couronne, récompense des croyants. Placée au-dessus du caveau souterrain, dans lequel dorment les êtres aimés, disparus, elle semble veiller sur eux.

Ce monument, suprême hommage de piété filiale, d’affection de sœur et d’épouse, a été élevé par Madame veuve Paul Lussier.

C’est là que repose, à côté de la digne compagne de ses jours, l’un des citoyens les plus marquants de son époque, feu M. Simon Valois. Sa vie, simple et modeste au milieu d’une grande fortune, et son dévouement généreux aux œuvres de charité et d’éducation, honorent sa mémoire.

Parmi les fondations nombreuses auxquelles il contribua largement, se place, en premier lieu, celle du pensionnat des Sœurs de Jésus Marie, à Hochelaga.

Dans ce même caveau sont inhumés M. l’abbé Valois qui, avec sa sœur Madame Paul Lussier, a établi le Monastère des Carmélites ; et M. Paul Lussier, avocat et seigneur de Varennes. M. Lussier, renonçant à la carrière du droit, dans laquelle il aurait pu occuper une position distinguée, continua les traditions de sa famille et se voua à l’agriculture.

Associé à toutes les bonnes et grandes œuvres de la famille Valois, durant la vie, il partage avec eux le lieu du suprême repos.

Les existences toutes de modestie, de dévouement et d’esprit patriotique et chrétien, des morts qui reposent sous ce monument, sont pour tous une belle et utile leçon.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Adolphe Roy
MONUMENT ROY

Feu M. Adolphe Roy, dont les restes reposent à l’ombre du monument reproduit ici, était un ancien marchand de nouveautés en gros. Il fit de brillantes affaires. Il mourut à un âge avancé, le 18 février de l’année 1899, pendant un séjour à Paris.

Après un service funèbre, a St-Roch de Paris, auquel assistait toute la colonie canadienne, la dépouille mortelle fut transportée de France à Montréal pour être inhumée au cimetière de Notre-Dame-des-Neiges.

Tel qu’il en a exprimé le désir par son testament, les funérailles de M. Roy ont eu lieu sans éclat et il n’y avait pas de porteurs.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Jas. McCready
MONUMENT McCREADY

M. James McCready, décédé en 1890, à l’âge de cinquante ans, environ, a brillé dans le monde des affaires. Alors qu’il était jeune, il ouvrit un commerce de cuir à son compte, et, plus tard, en 1868, il forma une société avec feu M. Mullarky pour l’établissement d’une fabrique de chaussures. La société ayant été dissoute le 1er décembre 1870, M. McCready continua son commerce avec son frère sous la raison sociale « Jas. McCready & Co. »

Feu M. James McCready naquit à Nenagh, Tipperary, Irlande, et arriva tout jeune au Canada, avec ses parents. Son établissement de commerce, bien que connu sous la même raison sociale, est aujourd’hui la propriété d’un riche syndicat.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Augé
MONUMENT O.-M. AUGÉ

Le joli monument qui orne la tombe de feu M. O.-M. Augé est fait d’après le même plan que celui érigé à la mémoire de l’honorable juge Plamondon, à Arthabaskaville. Ces deux monuments, qui sont d’une richesse et d’une beauté remarquables, font honneur à l’établissement de M. Joseph Brunet, d’où ils proviennent comme les autres monuments reproduits ici.

Celui qui nous rappelle la mémoire de M. Augé se trouve situé vers le centre du cimetière.

C’est le 22 juin 1897, à l’âge de cinquante-deux ans, que M. Olivier-Maurice Augé, avocat, conseiller de la reine et ex-membre de la chambre de Québec, est descendu dans la tombe, emportant l’estime et le respect de tous ceux qui l’ont connu. Il naquit à Joliette, où il fit ses études classiques. Il vint ensuite étudier le droit à Montréal où il devint une des lumières du barreau de notre ville. Il fut élu député de la division St-Jacques de Montréal en 1892 et défait en 1897 par M. Lomer Gouin, avocat, et aujourd’hui membre du cabinet de Québec.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Jarret
MONUMENT JARRET

Un autre monument remarquable est celui de la famille Jarret. Ce monument, fait d’une seule pièce de granit, est une superbe colonne de vingt pieds de hauteur, sur un vaste piédestal. Il fut érigé à la mémoire de feu Iréné Jarret, ancien associé à la maison Hudon, Hébert & Cie.

M. Jarret est décédé à l’âge de cinquante ans environ. Il était fils de cultivateur. Jeune homme, il entra en qualité de commis chez MM. Joseph Hudon & Cie., ancienne raison sociale de la maison Hudon, Hébert & Cie. En 1883, alors que la raison sociale de cette importante maison de commerce fut changée, M. Jarret en devint associé, après vingt à vingt-cinq ans de service dans ce même établissement. Il avait de grandes qualités commerciales et a contribué pour beaucoup au succès de la maison Hudon Hébert & Cie.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Mailloux
MONUMENT MAILLOUX

Il y a déjà quatre ou cinq ans, environ, que M. Pierre-Nicholas Mailloux est descendu dans la tombe, à l’âge de soixante-dix ans. Architecte et entrepreneur en construction, il fut, dans toute la force du terme, un self-made man.

Son épouse et deux de ses fils lui survivent. Un autre de ses fils, François-Ovide, l’a suivi dans la tombe à l’âge de quarante-cinq ans. Ce dernier était aussi architecte et c’est lui qui fit le plan du collège des Frères de la Doctrine Chrétienne, près de la ville de Maisonneuve, celui du presbytère de Ste-Cunéqonde et ceux de plusieurs autres édifices importants de Montréal. M. F.-O. Mailloux avait su, comme son père, conserver l’estime et la considération de ceux qui l’ont connu. Tous deux reposent à l’ombre du même monument, dont nous donnons ici une reproduction.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Kennedy
MONUMENT KENNEDY

Feu Patrick Kennedy fut l’un des citoyens les plus marquants de la société irlanlaise de Montréal. Né à Tipperary, Irlande, en 1832, M. Kennedy vint se fixer à Montréal à l’age de vingt-cinq ans. Il entra pour la première fois dans la vie publique en 1877, alors qu’il fut élu échevin du quartier Ste-Anne, de Montréal, charge qu’il occupa jusqu’à sa mort. En 1892, le suffrage populaire le désigna comme représentant de la division Ste-Anne, à la législature de Québec, sous M. de Boucherville. M. Kennedy fut directeur de l’asile des orphelins de St-Patrice, membre de plusieurs sociétés de la paroisse Ste-Anne, et l’un des plus dévoués apôtres de la tempérance. Il s’éteignit en 1895.

Son fils, Edward, ancien surintendant du canal Lachine, le suivit peu après dans la tombe, mais sa veuve et deux de ses filles, la sœur St-Patrice, de la Congrégation de Notre-Dame, et Mme C. A. McDonnell, lui survivent.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument des Familles Larocque-Ouimet
MONUMENT LAROCQUE-OUIMET

Le monument LaRocque-Ouimet, érigé en 1890, abrite les membres de la famille dont les noms suivent : François-Chartier-Alfred LaRocque, ancien échevin de la ville de Montréal et l’un des fondateurs de la banque d’Épargne de la Cité, dont il fut président. À ses côtés fut déposée la dépouille mortelle de son épouse, née Léocadie Boucher, fille du colonel Boucher, de Maskinongé ;

Marie-Auguste-Armand LaRocque et enfant ; Marie-Josephte-Thérèse LaRocque, épouse de l’hon. juge J.-Aldéric Ouimet, ancien ministre du parlement canadien, et sept enfants ;

Marie-Henriette-Kate, fille du capitaine T. Kinton, des Ingénieurs Royaux (Angleterre), épouse d’Alfred LaRocque, Chevalier Commandeur de l’Ordre de Pie IX, et deux enfants.

Dans le coin gauche, en entrant, reposent aussi les restes des vieux parents Berthelet-Chaboillez, transportés de l’ancien cimetière du square Dominion, lequel était situé vers l’endroit où se trouve aujourd’hui la statue Sir John A. Macdonald.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Sheridan
MONUMENT SHERIDAN

M. James Sheridan naquit à Cavan, Irlande, en 1820. Il immigra jeune au Canada. En 1842, il épousa Mlle Barbara Smith, de Bedford, P.Q., et alla plus tard s’établir à St-Jean, P.Q., où il obtint du gouvernement, avec son frère Thomas, le contrat pour la construction des casernes militaires, situées sur les bords du Richelieu, entre l’Île-aux-Noix et Sorel.

M. Sheridan vint, en 1847, se fixer à Montréal, où il se distingua comme entrepreneur en construction. C’est lui qui construisit tous les phares du St-Laurent jusqu’au golfe.

Il s’éteignit le 19 avril 1894, après une courte maladie. Son épouse bien-aimée le suivit dans la tombe le 7 février 1895. Onze enfants, dont les uns sont établis en Europe ou aux États-Unis et les autres au Canada, leur survivent.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Décary

✽ ✽

On conçoit que le site splendide d’un cimetière, sa proximité de la ville, son emplacement sur une montagne richement boisée et aménagée comme un parc public, fasse de cet endroit un de ceux que fréquentent le plus volontiers les Montréalais qui veulent se soustraire, pour quelques heures, aux tumultes de la vie et de la ville et le nombre est toujours considérable de ceux qui, aux jours de fête, vont ainsi faire le tour de la montagne et rendre en quelque sorte visite à ceux qui ne sont plus.

Aussi, ne saurions-nous mieux faire que d’inviter l’étranger qui vient passer quelques jours à Montréal, à visiter notre cimetière de Notre-Dame-des-Neiges, et nous sommes convaincu que cette promenade leur permettra d’admirer un des panoramas les plus grandioses de l’Île de Montréal et les travaux de nos artistes sculpteurs leur fera comprendre, plus profondément, toute la suave mélancolie contenue dans les strophes suivantes qu’écrivait jadis un de nos poëtes qui n’eut pas le bonheur de dormir son dernier sommeil dans la terre de sa patrie canadienne :

« Ô morts ! dans vos tombeaux vous dormez solitaires
Et vous ne portez plus le fardeau des misères
Du monde où nous vivons —
Pour vous, le ciel n’a plus d’étoiles ni d’orages,
Le printemps, de parfums, l’horizon, de nuages,
Le soleil de rayons.

Immobiles et froids, dans la fosse profonde,
Vous ne demandez pas si les échos du monde
Sont tristes ou joyeux ;
Car vous n’entendez plus les vains discours des hommes
Qui flétrissent les cœurs et qui font que nous sommes
Méchants et malheureux ;

Le vent de la douleur, le souffle de l’envie
Ne vient plus dessécher, comme aux jours de la vie
La moelle de vos os ;
Et vous trouvez ce bien, au fond du cimetière
Que cherche vainement notre existence entière,
Vous trouvez le repos.

Tandis que nous allons, pleins de tristes pensées
Qui tiennent tout le jour nos âmes oppressées,
Seuls et silencieux
Vous écoutez chanter des voix du sanctuaire
Qui nous viennent d’en haut et passent sur la terre
Pour remonter aux cieux.

Vous ne demandez rien à la foule qui passe
Sans donner seulement aux tombeaux qu’elle efface,
Une larme, un soupir ;
Vous ne demandez rien à la brise qui jette
Son haleine embaumée à la tombe muette ;
Rien, rien qu’un souvenir.

Octave Crémazie.

Au reste, cette visite du cimetière n’a rien qui soit attristant et si l’âme, en songeant à tous ceux qui ne sont plus, se sent envahir par une douce mélancolie, l’exubérante richesse du décor qui pare toutes ces tombes parvient rapidement à ramener la pensée vers des horizons plus souriants.

Ajoutons que les abords du cimetière et notamment la superbe promenade que constitue l’ascension de la montagne par les chemins ombrageux du parc Mont-Royal, sont incontestablement des plus agréables qui existent en Amérique. Et lorsque, parvenu à la hauteur de l’observatoire, le touriste voit le grandiose St-Laurent déployer à l’infini l’azur de ses flots bleus que tachètent de noir et de blanc toute une flotte de navires empanachés de fumée, les immenses arcades du pont Victoria, réunissant l’Île de Montréal à la terre ferme, les campagnes qui s’étendent à perte de vue, les vingt ou trente villages groupés autour d’autant d’églises dont les clochers brasillent au soleil, et les cimes élevées des montagnes qui se dressent vaguement à l’horizon, il ne peut s’empêcher de sentir l’enthousiasme s’emparer de son intelligence ni de reconnaître que la montagne de Montréal constitue un des sites les plus pittoresques qu’un touriste qui aime la grande nature puisse désirer visiter.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Vue Générale de la Carrière Granitique de St-Philippe d’Argenteuil
LE GRANIT
DES LAURENTIDES

À quelque distance de St-Philippe d’Argenteuil, dans les contreforts des Laurentides qui cachent encore tant de richesses aux générations à venir et où les chercheurs pourront trouver les métaux les plus précieux, le jour où des voies de communication confortables rendront ces travaux pratiques, se trouvent les carrières de granit de M. Joseph Brunet. Un coup d’œil sur les deux vignettes qui accompagnent notre récit permettra au lecteur de reconnaître que l’emplacement ne manque pas d’un certain pittoresque et s’il est vrai que la nature du sol ne permet pas aux luxuriantes végétations de s’épanouir en cette région, il n’en demeure pas moins vrai que de nombreux bosquets d’arbres résineux et de bois francs trouvent encore le moyen de mettre un peu de verdure dans le paysage et de voiler agréablement, de leurs frondaisons pâles ou foncées la nudité des collines environnantes.

Exploitée depuis quelques années à peine, la carrière de St-Philippe d’Argenteuil a jusqu’ici donné des produits qui sont dignes de l’admiration la plus impartiale et permet de présager les plus beaux résultats pour l’avenir.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Autre vue de la carrière de St-Philippe d’Argenteuil

On n’ignore pas, en effet, que les pierres granitiques sont d’autant plus dures et plus susceptibles d’atteindre un beau poli qu’elles sont plus enfoncées sous terre et conséquemment moins soumises à l’action désagrégeante des éléments.

Or, en dépit de ces circonstances qu’on croirait être à son désavantage, la carrière de St-Philippe a déjà donné des produits qui ont été déclarés, par d’habiles connaisseurs, supérieurs aux meilleurs granits des carrières les plus renommées de l’un et l’autre hémisphère.

On pourrait même citer à ce propos plusieurs personnes qui, ayant à faire un choix entre les granits d’Écosse et ceux des Laurentides, ont, sans hésiter, accordé leurs préférences à ces derniers.

C’est d’ailleurs ce que reconnaissent volontiers tous les spécialistes non seulement du Canada, mais encore des États-Unis, et M. Brunet reçoit déjà, de toutes parts, des commandes si nombreuses qu’il devra bientôt, pour les satisfaire toutes, songer à agrandir considérablement ses chantiers.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Autre vue de la carrière de St-Philippe d’Argenteuil

Ajoutons que cette carrière, qui n’est encore qu’effleurée, ne peut que donner des produits de plus en plus beaux à mesure que les travaux pénétreront sous terre, et les sondages effectués dans la région permettent de croire qu’il y a là des gisements de granit merveilleusement riches.

C’est de cette carrière qu’ont été extraits, entre autres, les blocs de granit qui ont concouru à faire le monument de la famille Valois. (Voir la vignette, page 30.)

Ce monument, qui mesure 37 pieds de hauteur, repose sur une première base de douze pieds carrés ; les trois parties qui le composent ont été prises dans un seul quartier de granit de la carrière St-Philippe, et malgré l’énorme dimension de ces pierres, aucune d’elles ne porte la moindre tache ou la moindre piqûre de rouille qui puisse en altérer la pureté.

Une des vignettes ci-jointes permet de voir un de ces immenses blocs de granit que des ouvriers sont en train de travailler : celui-là mesure 12 pieds par 22 pieds sur 60 pieds de longueur et le reste de la carrière aperçu dans la vignette permet au lecteur de calculer combien de millions de pieds cubes de granit peuvent bien encore dormir dans ce riche gisement.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
La résidence Robert
LA RÉSIDENCE ROBERT

À quelques arpents au nord de l’entrée principale du cimetière, au flanc de la montagne qui fait face au Mont-Royal, se trouve la résidence de M. Antoine Robert, financier. Cette résidence que l’on aperçoit très bien de la chapelle du cimetière, a plutôt les apparences d’un château que d’une maison ordinaire, tant son site est admirable et sa richesse, princière.

Cet édifice, qui mesure 54 x 54 pieds, à deux étages avec soubassement et vaste mansarde, fut construit en 1898, après l’incendie qui détruisit l’ancienne habitation élevée à cet endroit. La résidence Robert est la seule dont les matériaux aient été tirés des carrières granitiques de St-Philippe d’Argenteuil ; mais il est à croire que la magnificence de l’édifice ne tardera pas à déterminer un grand nombre de personnes fortunées à se payer un luxe de cette ampleur et à se construire des résidences semblables.

Sur le terrain Robert, subsiste encore un vieux caveau dont la construction remonte à la domination française et qui faisait probablement partie des dépendances d’un antique manoir élevé dans ces parages par les Messieurs de St-Sulpice il y a déjà deux siècles. La voute du caveau est en ovale et construite en brique ; les murs sont en maçonne faite de cailloux et de ciment.

Pour achever de démolir le manoir incendié, sur les ruines duquel a été construite la résidence Robert il a fallu recourir à la dynamite, tant la construction était solide.

Il y a déjà cinq ans que la résidence Robert fut construite, et le granit de ses murs, qui brasille au soleil comme l’or, est aujourd’hui, après avoir subi l’épreuve des intempéries, plus clair, plus net qu’il ne l’était lors de la construction. Si la qualité du granit des Laurentides, le plus dur du monde entier, était mieux connue, il serait beaucoup plus recherché, tant pour la construction des édifices publics et de résidences princières que pour la fabrication des monuments.

Cette vieille résidence, qui fut, ainsi que dit plus haut, construite par les Messieurs de St-Sulpice, seigneurs de Montréal, fut achetée le 3 mai 1698 par M. Jean des Forges dit St-Maurice, avec une langue de terre de 2 par 30 arpents. M. Blandeau devint acquéreur de cette propriété en 1716. Elle passa ensuite successivement entre les mains de Joseph Gontier en 1760, de Claude et Antoine Boudrias en 1763, de Jean Toupin en 1778, de Pierre Hay, de Rankin, de Chartrand Delisle, de M. Drake, de Jean-Louis Hoffstetter, de M. Barron, en 1815 ; de M. Dussy, de John O’Gilvie, le 27 octobre 1833 ; d’Andrew Porteous en 1832, de M. et Mme Peter Morgan et 1842 et 1844. Elle fut, de 1844 à 1855, la résidence de David Davidson, banquier, puis de Macduff Simpson, puis de David Tough. En 1890 elle devint la propriété de M. Robert.

Elle fut longtemps désignée sous le nom de « Airlie », en souvenir d’un château de ce nom que possédaient, en Écosse, la grande famille des O’Gilvie dont un des descendants était venu se fixer à la Côte des Neiges, dans le manoir dont nous parlons.

M. Robert a changé ce nom en celui de « Les Lilas. »

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Girard
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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille Laurent
L’ART
MONUMENTAL

À quelque pas, seulement, à l’est de la grande porte du cimetière catholique, sont les chantiers de M. Joseph Brunet, dont les vignettes ci-jointes donnent un aperçu.

C’est là que sont terminés les superbes monuments dont nous avons déjà parlé d’une façon succincte au cours de notre travail et où se préparent encore une foule de travaux artistiques de toute beauté, au nombre desquels nous signalerons un magnifique piédestal en granit destiné à supporter la statue de la reine Victoria, faite par notre artiste canadien, Philippe Hébert, pour être placée en face des bâtisses du parlement, à Ottawa.

On peut se faire une idée des dimensions de ce monument grandiose, en songeant que le piédestal seul absorbe 1600 pieds cubes de granit et que, pour transporter ces blocs à Ottawa, il ne faudra pas moins de neuf wagons de chemin de fer d’une capacité de vingt tonnes chacun.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Vue des Chantiers de M. Jos. Brunet, Manufacturier de Monuments

On admire encore, aux chantiers de M. Brunet, de superbes colonnes en granit poli qui décoreront la façade du bureau de poste d’Hochelaga, et toute une longue série de monuments funéraires de toutes les formes, de toutes les grandeurs et de toutes les teintes, et qui, en partie terminés, forment un ensemble dont le désordre pittoresque n’est pas sans attrait. C’est aussi de ces mêmes ateliers que sont sortis les piédestaux des statues des monuments de Maisonneuve, en face de l’église Notre-Dame, de Sir John A. Macdonald en face des bâtisses du parlement d’Ottawa, de Chénier, en face du Jardin Viger, etc., etc.

L’atelier lui-même est muni de tous les outillages les plus modernes et de machines perfectionnées qui, mises en mouvement au moyen d’appareils à air comprimé, donnent au granit un poli supérieur à tout ce qui peut s’exécuter à la main.

Ajoutons que M. Brunet est le seul au Canada qui fasse usage de ces machines, et c’est grâce à cette circonstance, jointe à l’habileté des ouvriers employés et à la supériorité des matières premières que la réputation de notre entreprenant compatriote a pu franchir les frontières et lui mériter des commandes qui lui viennent de toutes les parties de l’Amérique.

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(Photographie Laprés & Lavergne)
Monument de la Famille P. P. Martin

En se rappelant ce que nous avons dit des travaux qui s’exécutent aux mêmes chantiers pour le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, on peut conclure que M. Brunet n’a guère le temps de chômer et qu’il s’achemine à grands pas vers une prospérité qui sera la juste récompense de son activité, de son intelligence et de son esprit d’initiative ce qui prouve bien que les Canadiens possèdent tous les éléments voulus pour réussir et pour atteindre d’autant mieux la fortune que cet idéal demande, pour être atteint, plus de savoir faire et de jugement.

M. Brunet prêtera la plus prompte attention à toute commande qui lui sera adressée d’aucune partie du Canada comme de l’étranger.

À titre d’information, nous publions ici sa carte d’affaire :


bureau et atelier propriétaire de
burCÔTE-DES-NEIGES propcarrières de granit
bureaumontréal proprouge, rose et gris
J. Brunet
manufactutier et importateur de
Monuments en Marbre et Granit, Ouvrages de Bâtisses
et de cimetières, de toutes descriptions
estimations données
sur application

en gros et en détail

COTE-DES-NEIGES
MONTRÉAL
Tel. bell : up 1466 (connection gratuite pour montréal)
Chemin facile par les chars de la rue Guy
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(Photographie Laprés & Lavergne)
Étalage de Monuments aux Chantiers de M. Brunet

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Paquet - Monuments du Mont-Royal, cimetière Notre-Dame-des-Neiges, 1901 76-2.jpgimprimerie alphonse pelletier
36, rue saint-laurent, montréal

  1. Cette biographie de Duvernay est tirée en partie du livre des Patriotes par L. O. David.