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Mon village/Préface

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Préface (1860)
Mon villageMichel Lévy frères (p. 3-5).
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Quand notre curé dit la messe, il n’oublie jamais la préface. Je vas faire comme monsieur le curé : une fois n’est pas coutume.

M’est avis qu’il y a trop longtemps qu’on raconte des histoires de furolles, de loups-garous, de voleurs et puis de revenants.

Je m’illusionne à croire que ce que nous faisons et disons au village pourrait intéresser quelque peu les gens lettrés et bien intentionnés à l’égard de nous autres paysans. Assuré que je m’illusionne ; mais fût-ce[1] ! il en sera ce qu’il en sera.

Je commence d’abord par apprendre à un chacun que je ne passe point, dans notre pays, pour être ce que nous appelons un homme de plume ; d’autre part, que je suis né en pleine Picardie. Fût-ce encore ! je prétends être Français comme personne, et je me charge, à moi tout seul, de le prouver avant une heure d’ici.

Pour finir, je fais savoir que j’ai toujours été tisserand de mon état, et que je reste dans la maison où restait mon père, à Saint-Brunelle, près Morlincourt, Oise ; de plus, que Fructueux Cellier est mon nom.


  1. Cette locution, très-usitée en Picardie, signifie tour à tour et souvent tout à la fois : Quand même ce serait ! Tant pis ! Qu’importe ! Après tout ! etc.