Modèles de serrurerie choisis parmi ce que Paris offre de plus remarquable/Planche 52

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Planche 52.

Des objets réunis sur cette planche, le plus intéressant est la serrure gothique offerte ici comme exemple des ouvrages d’adresse et de patience, que les aspirans à la maîtrise étaient tenus jadis d’exécuter pour obtenir leur admission. À la vue de ce que la curiosité a conservé de ces sortes d’ouvrages, on doit conjecturer que le goût, la science du dessin étaient comptés pour bien peu de chose par ceux qui devaient prononcer sur le mérite des objets présentés au concours, et que la difficulté vaincue était pour eux le point important. On conviendra qu’un tel usage, qui existait déjà au temps de Charles V, et qui n’a reçu de modifications favorables aux progrès de la science qu’en 1699, était bien ridicule, puisqu’il ne tendait qu’à produire des artisans plus adroits que savans. La serrure que nous donnons, a été exécutée il y a environ un siècle, par un nommé Bridou. On en trouve la gravure, avec tous les détails de construction, dans l’Art du Serrurier, publié en 1767 par l’Académie : nous y renvoyons ceux qui voudront en savoir davantage que ce que le plan de notre ouvrage nous permet d’en donner. Cette serrure est celle d’un coffre-fort, dans l’épaisseur duquel toutes les garnitures doivent être logées, puisqu’elle doit être présentée en dehors. Elle y est attachée au moyen d’un moraillon fixe sur le couvercle du coffre, et qui se rabat au moyen d’une charnière. Deux auberons entrent dans la serrure, où ils sont retenus par deux pênes marchant conjointement en sens contraire. Comme cela doit être dans toutes les serrures qui se placent en dehors de l’objet qu’elles doivent fermer ; la palâtre de celle-ci est extérieure ; l’entrée pour la clef est cachée derrière la petite figure de saint, laquelle se baisse en avant au moyen d’une charnière, et se tient ensuite relevée sur la palâtre par un petit ressort placé au haut. On voit, par la forme de la clef, quel soin on mettait dans ces sortes d’ouvrages, et combien ils exigeaient de dextérité et de patience. On voit aussi par les garnitures qu’elle indiqué, combien l’art était peu avancé sous ce rapport, puisque de semblables serrures ne pouvaient se fermer qu’à un demi-tour, et que peu de chose suffisait pour les déranger. Ce que ces serrures offrent de plus remarquables, c’est la manière dont les ornemens à jour sont travaillés et disposés. Trois lames minces différemment évidées, et toutes davantage l’une que l’autre, se glissaient dans des coulisses destinées à les recevoir, la plus largement ouvragée au-dessus, et la moins au-dessous, de manière que l’on apercevait au travers de la première le travail de la seconde et de la troisième, ce qui produisait, au premier aspect, un effet de refouillement étonnant. Cette disposition sera suffisamment sentie par les détails gravés à côté.

Sur la même planche sont deux autres entrées de serrures gothiques. L’une, qui se voit aux petites portes latérales de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, est ornée de deux figures ; l’autre vient de l’église Saint-Eustache : sa décoration pourrait faire croire qu’elle est consacrée à Saint-Hubert.

Au haut de la planche est une serrure moderne à tour et demi, avec son loquet ; le reste est occupé par une poignée, une agrafe de volet, un fragment d’espagnolette, qui méritaient d’être admis dans ce recueil d’objets choisis.