Librairie de Sauvaignat (p. 90-93).


 
Oh ! that the desert were my dwelling place
With one fair spirit for my minister,
That I might all forget the human race,
And hating no one, love but only her !
(BYRON.)

Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années,
Pour m’avoir fui si vite et vous être éloignées,
Me croyant satisfait ?
Hélas ! pour revenir m’apparaître si belles,
Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,
Que vous ai-je donc fait ?
(V. HUGO.)



Ami, la nuit, souvent, aux heures d’insomnie,
Quand je rêve attristé,
Des lointains souvenirs le mystique génie
S’assied à mon côté.


Des savanes, des pins, des ondes du vieux fleuve
J’entends la grande voix,
Et mon âme renaît à la vie et s’abreuve
Aux sources d’autrefois,

A ce passé lointain de la belle jeunesse
Qui ne laisse, après lui,
Que désenchantement, amertume, tristesse,
Immense et morne ennui.

A mes yeux éblouis mille beautés créoles
Apparaissent en chœur :
L’imaginaire écho de leurs douces paroles
Fait tressaillir mon cœur.

Une surtout…Hélas ! ami, qu’elle était belle
Quand je la vis, un soir !
Quels doux rayons tombaient de la vive prunelle
De son limpide œil noir !

Je me disais : C’est là ma créole inconnue,
La femme de mes vœux !
Dans mes songes d’amour je t’avais entrevue,
O vierge aux noirs cheveux !


Oh ! que ne puis-je vivre avec toi, solitaire,
Près d’un bayou sans nom,
Et là, réaliser, une fois sur la terre,
Le rêve de Byron !

Que ne puis-je… Le Temps a fait un pas… Sa vie
A coulé comme l’eau.
Sous le saule qui pleure, on lit : « Amazilie »,
Au marbre d’un tombeau







Paris, juillet 1838.