Marie-Claire/25

Eugène Fasquelle (p. 86-88).



Le dimanche suivant, comme nous prenions nos rangs pour la messe, Madeleine entra comme une folle dans la salle ; elle leva les bras en criant :

— Monsieur le curé est mort.

Et elle s’abattit en travers de la table qui était auprès d’elle.

Tous les bruits s’arrêtèrent, on courut à Madeleine qui poussait des cris aigus. On voulait tout savoir. Mais elle se berçait sur la table en disant d’une voix désolée :

— Il est mort, il est mort.

Je ne pensais à rien ; je ne savais pas si j’avais de la peine, et, pendant tout le temps de la messe, la voix de Madeleine sonna comme une cloche à mes oreilles.

Il ne fut pas question de promenade ce jour-là ; les plus petites même restèrent silencieuses. Je me mis à la recherche de sœur Marie-Aimée. Elle n’avait pas assisté aux offices, et je savais par Marie Renaud qu’elle n’était pas malade.

Je la trouvai dans le réfectoire. Elle était assise sur son estrade, sa tête était appuyée de côté sur la table, et ses bras pendaient le long de sa chaise.

J’allai m’asseoir assez loin d’elle ; et d’entendre sa plainte si profonde, je me mis à sangloter aussi, en cachant ma figure dans mes mains. Mais cela ne dura pas longtemps, et je sentis bien que je n’avais pas de chagrin. Je fis même des efforts pour pleurer, mais il me fut impossible de continuer à verser une seule larme. J’avais un peu honte de moi parce que je croyais qu’on devait pleurer quand quelqu’un mourait ; et je n’osais pas découvrir mon visage dans la crainte que sœur Marie-Aimée crût que j’avais mauvais cœur.

Maintenant, je l’écoutais pleurer. Ses longues plaintes me rappelaient le vent d’hiver dans la grande cheminée. Cela montait et descendait comme si elle eût voulu composer une sorte de chant ; puis cela se heurtait, se cassait, et finissait en notes basses et tremblées.

Un peu avant l’heure du dîner, Madeleine entra dans le réfectoire. Elle emmena sœur Marie-Aimée en la soutenant avec précaution.

Dans la soirée, elle nous raconta que M. le curé était mort à Rome, et qu’on allait le ramener pour le mettre dans son caveau de famille.