Marie, vous passez en taille, et en visage

Les Amours
Texte établi par Hugues VaganayGarnier (2p. 409).

Marie, vous passez en taille, et en visage,
En grace, en ris, en yeus, en sein, et en teton
Vostre plus jeune sœur, d’autant que le bouton
D’un rosier franc surpasse une Rose sauvage.
Je ne sçaurois nier qu’un rosier de bocage
Ne soit plaisant à l’œil et qu’il ne sente bon :
Aussi je ne dy pas que votre sœur Annon
Ne soit belle, mais quoy ! vous l’estes davantage.
Je sçay bien qu’apres vous elle a le premier pris
Et que facilement on deviendroit épris
De son jeune en-bon-point si vous estiez absente.
Mais quand vous paroissez lors sa beauté s’enfuit,
Ou morne elle devient, par la vostre presente,
Comme les astres font, quand la lune reluit.