Maison rustique du XIXe siècle/éd. 1844/Livre 5/ch. 1

Texte établi par Jacques Alexandre Bixiola librairie agricole (Tome quatrièmep. 1-15).
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CHAPITRE 1er. — des pépinières.

* Sommaire des sections de ce chapitre *
Sect. ire. Choix et préparation des terrains. 
 ib.
§ 1er. Nature, fertilité, profondeur du sol. 
 ib.
Sect. ii. Des semis. 
 2
§ 1er. Avantages et inconvéniens. 
 ib.
§ 2. Disposition du terrain. 
 3
§ 3. Époque des semis. 
 ib.
§ 4. Manière d’effectuer les semis. 
 ib.
Sect. iii. Des marcottes. 
 4
§ 1er. Avantages et inconvéniens. 
 ib.
§ 2. Des divers marcottages. 
 5
Sect. iv. Des boutures. 
 ib.
§ 1er. Avantages et inconvéniens. 
 ib.
§ 2. Boutures des tiges. 
 ib.
§ 3. Boutures des racines. 
 7
Sect. v. Des greffes. 
 ib.
§ 1er. Avantages et inconvéniens. 
 ib.
§ 2. Description des principales greffes. 
 8
§ 3. Choix des sujets. 
 9
§ 4. Choix des greffes. 
 ib.
§ 5. Temps propres à effectuer les greffes. 
 10
§ 6. Manière d’assurer le succès des greffes. 
 10
Sect. vi. De la taille des jeunes arbres. 
 ib.
§ 1er. Habilage. 
 ib.
§ 2. Taille en crochet. 
 ib.
§ 3. Du recepage. 
 12
§ 4. De l’élagage. 
 13
Sect. vii. Des transplantations. 
 ib.
§ 1er. Du repiquage. 
 ib.
§ 2. De la transplantation. 
 14
Sect. viii. Des assolemens dans les pépinières. 
 ib.


Section 1re. — Choix et préparation des terrains.

§ 1er. — Nature, fertilité, profondeur, exposition et situation du sol.

Nature du sol. — Le terrain qui convient le mieux à l’établissement d’une pépinière, est celui que nous avons déjà désigné sous le nom de terre franche, ou sous celui de terre sablo-argileuse. Trop compact, il serait peu favorable à la végétation de la plupart des arbres ; il rendrait les travaux de culture matériellement difficiles, exigerait des labours et des binages trop fréquens, et, chose également fâcheuse, en retenant outre mesure l’humidité et en se pénétrant difficilement de la chaleur, il retarderait les progrès de la végétation. — Trop léger, il aurait l’inconvénient non moins grave de nécessiter, dans plusieurs circonstances, des arrosemens trop abondans et trop multipliés.

Fertilité du sol. — Aux yeux du pépiniériste, la richesse du sol n’est jamais trop grande. Plus les arbres végètent avec vigueur, mieux et plus tôt il en trouve le débit : or, c’est en renouvelant le plus possible les productions de chaque parcelle de ses cultures qu’il cherche à en augmenter le revenu. — Les propriétaires ont le plus souvent des intérêts différens. A moins qu’ils ne puissent planter en des fonds excellens, ils trouvent, comme la théorie l’indique et comme la pratique le démontre tous les jours, du désavantage à acheter des arbres sortis d’un terrain trop fécond ; en effet, ces mêmes arbres, qui ont pris, pendant leurs premières années, un développement proportionné à la nourriture abondante qui leur était fournie, lorsqu’ils changent de position, surtout après une transplantation qui diminue nécessairement le nombre et l’action vitale de leurs racines, ne trouvent plus les alimens suffisant pour fournir, je ne dirai pas seulement à leur luxueux accroissement, mais au seul maintien de l’existence dans toutes leurs parties. — Il est donc désirable que le sol d’une pépinière soit d’une fertilité moyenne. — Mieux vaudrait certainement qu’il fût trop fertile que trop pauvre.

Profondeur du sol. — Il est indispensable, pour la culture des grands végétaux ligneux, que la couche de terre végétale ait une certaine profondeur. En général, plus cette profondeur est considérable, mieux ils réussissent. Cependant, 5 à 7 décimètres (de 18 po. à moins de 2 pi.) peuvent rigoureusement suffire.

Exposition et situation.Quoique l’exposition et la situation dussent à vrai dire varier en raison de l’espèce et de l’état particulier de chaque culture, on doit préférer, en général, celles qui sont naturellement a britées contre les vents violens qui pourraient briser ou déraciner les arbres, les vents froids qui arrêteraient la marche de la végétation, et les vents desséchans qui pourraient l’entraver d’une manière fâcheuse au moment de son développement ; — celles qui ont le moins à redouter, dans le midi, la sécheresse produite par une excessive évaporation, et, dans le nord, l’humidité froide qu’on ne peut éviter dans les localités trop couvertes ; — celles enfin qui procurent les eaux les plus abondantes et de meilleure qualité dans le premier cas, et qui se prêtent le mieux à l’absorption et à l’écoulement des eaux surabondantes dans le second.

Quelles que soient les terres qu’on veut transformer en pépinières, la première chose à faire est de les défoncer convenablement au moyen de la pioche ou du pic et de la bêche. Ce que j’ai déjà dit de la profondeur du sol doit servir de guide dans cette opération. — S’il est de bonne nature, on se rappellera que les labours les plus profonds sont les meilleurs, et qu’une faible augmentation de dépense produira plus tard une notable augmentation dans les produits. — Si le sous- sol est de mauvaise qualité, il faudra, au contraire, éviter de l’entamer, ou, tout au moins, de le ramener en trop grande épaisseur à la surface, à moins de nécessité absolue. — Enfin, comme les meilleures terres, pour devenir productives, ont besoin d’être plus ou moins longtemps exposées au contact immédiat de l’air, et à l’action directe des divers météores atmosphériques, le défoncement devra être fait généralement le plus longtemps possible avant l’époque des semis ou des plantations.

Quoi qu’il en soit, le terrain ayant été ainsi remué, ameubli, débarrassé des pierres et des racines qui pourraient nuire à sa fertilité, ou gêner plus tard les travaux de labours, de plantations ou d’arrachages, il ne reste plus qu’à le diviser de manière à faciliter chaque sorte de culture et à éviter pour les ouvriers toute perte de temps.

Le professeur Thouin, dont le beau nom doit trouver si souvent place dans un ouvrage de pratique, proposait pour cela d’établir dans les pépinières six carrés principaux destinés : le premier aux semis, — le second aux repiquages, — le troisième aux transplantations, — le quatrième aux sauvageons et autres porte-greffes, — le cinquième aux marcottes, — et le sixième aux boutures.

Lorsque la qualité variée du sol ne conduit pas à adopter une division moins régulière, mais plus en harmonie avec les habitudes des différens végétaux, chacun de ces carrés peut encore être subdivisé en deux, trois ou quatre parties d’étendue calculée d’après les besoins de l’agriculture et de l’horticulture du pays, consacrées alternativement à la propagation particulière des arbres forestiers à feuilles caduques, des arbres verts, des arbres fruitiers, et des arbres et arbrisseaux d’ornement.

Nous n’aurons pas à nous occuper ici de ces derniers, et je ne devrai parler des autres qu’autant qu’ils font ou devraient faire partie de la culture des champs.

Section II. — Des semis.

§ Ier. — Avantages et inconvéniens

Les semis ont sur les marcottes et les boutures l’avantage à peu près incontesté de produire des individus d’une plus belle croissance et d’une plus grande longévité ; — ils servent à propager la plupart des espèces de nos arbres forestiers. — Les graines récoltées sur des variétés donnent naissance à de nouvelles variétés parfois préférables à celles dont elles proviennent. Une fois qu’elles se sont écartées des types, elles tendent à varier continuellement de nouveau. — C’est ainsi que nous avons obtenu et que nous obtenons encore divers fruits améliorés inconnus de nos ancêtres.

Les espèces présentent à la vérité moins Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/17 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/18 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/19 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/20 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/21 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/22 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/23 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/24 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/25 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/26 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/27 Page:Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, IV.djvu/28 nablement défoncé et labouré le sol. — Si l’on n’était pas trop pressé par le temps, il serait sans nul doute avantageux d’adopter un assolement de trois ou quatre ans analogue à ceux dont on fait usage sur les défrichemens et dans lesquels l’avoine et les blés alternent avec des racines alimentaires qui exigent de fréquens binages et des buttages.

Dans quelques parties de l’Angleterre, d’après Sang, lorsqu’on veut améliorer le terrain appauvri d’une pépinière, au lieu de le fumer pour lui confier directement des graines forestières, on profite de l’engrais répandu pour obtenir une première récolte de plantes potagères ou fourrageuses. On a remarqué que les fèves, les pois, les ognons, les choux, les raves et particulièrement les laitues, sont en pareils cas les meilleures cultures intercalaires. — La conséquence nécessaire de cette excellente coutume est d’interrompre de loin à loin la succession des végétaux ligneux.

Le même auteur a, je crois, entièrement raison, lorsqu’après avoir recommandé de choisir pour l’emplacement d’une pépinière de petite étendue un terrain qui puisse être partiellement et alternativement occupé par des cultures de jeunes arbres et de légumes, il ajoute que c’est un moyen à la fois sûr et profitable de faire prospérer les unes et les autres.

Dans l’état actuel de nos connaissances, il serait difficile de dire précisément quels arbres doivent se succéder de préférence, quoiqu’il soit bien démontré que tous ne réussissent pas aussi bien les uns après les autres. — Il en est, comme le chêne, qui paraissent nuire assez généralement aux cultures qui leur succèdent ; — d’autres, comme l’ormeau, qui semblent détériorer beaucoup moins le sol. — Quelques-uns réussissent assez bien, même dans les terres usées ; — quelques autres ne prospèrent au contraire que dans des terres neuves ou renouvelées, et je connais tel pépiniériste, habile observateur, qui attribue surtout à l’application suivie d’une telle remarque le succès complet de ses boutures de cognassier.

La théorie et l’observation tendent également à faire croire que, pour l’assolement des pépinières, il est avantageux,comme pour celui des champs, d’avoir égard aux rapports naturels des végétaux ; — d’éloigner le plus possible sur le même terrain le retour des mêmes espèces, des mêmes genres, des mêmes familles ; — de faire succéder les petits aux grands arbres ; — les essences à racines traçantes à d’autres essences à racines pivotantes ; — de changer successivement la destination de chaque carré, de manière que les transplantations fassent place aux repiquages, et ces derniers aux semis, etc., etc.

Du reste, cette partie de la science du pépiniériste est encore peu avancée. Je craindrais de rencontrer trop d’exceptions si je cherchais à déduire de faits épars et particuliers des principes ou trop généraux ou trop précis. Un ouvrage de pratique doit finir là où commence le doute.

Oscar Leclerc-Thouin.