Maison rustique du XIXe siècle/éd. 1844/Livre 1/ch. 2

Texte établi par Jacques Alexandre BixioLibrairie agricole (Tome premierp. 21-59).
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Chapitre second. — du sol, de ses propriétés et de la nature diverse des terres.

Les premiers objets, les premiers motifs d’étude dans la science agricole, sont les qualités du sol, question importante et l’une des plus difficiles de celles que présente l’agriculture, ces qualités variant en raison de la nature et de la composition des terres, de leurs propriétés physiques, de l’influence qu’exerce la couche inférieure, enfin de leur degré de fertilité. La connaissance de ce qui concerne les sols sera complétée par l’indication des moyens de juger des qualités des sols d’après l’aspect et les propriétés physiques, d’après les plantes qui y croissent spontanément, enfin par l’analyse chimique.

Sect. Ire. De la formation des sols. 
 ib.
Sect. II. Composition, qualités des différents sols. 
 ib.
§ Ier. Nature et qualités des sols. 
 ib.
§ 2. Composition des sols en culture. 
 22
§ 3. Substances contenues accidentellement dans les sols. 
 24
Sect. III. Des différentes sortes de terres et de leur classification. 
 ib.
§ Ier. Des sols argileux. 
 ib.
§ 2. Des sols sableux. 
 27
I. Terres sablo-argileuses. 
 29
II. — quartzeuses et graveleuses. 
 30
III. — granitiques. 
 ib.
IV. — volcaniques. 
 31
V. — sablo-argilo-ferrugineuses. 
 ib.
VI. — de sable de bruyère. 
 ib.
VII. — de sable pur. 
 32
De dunes. 
 ib.
Grêves ou sables des bords des fleuves. 
 33
§ 3. Des sols calcaires. 
 34
§ 4. Des sols magnésiens. 
 36
§ 5. — tourbeux et marécageux. 
 ib.
Sect. IV. Propriétés physiques des sols. 
 39
§ Ier. Densité ou poids spécifique des terres. 
 40
§ 2. Ténacité et qualité plastique. 
 ib.
§ 3. Perméabilité du sol. 
 ib.
§ 4. Faculté d’absorber de l’eau. 
 ib.
§ 5. — de se dessécher. 
 43
§ 6. Dimension de volume par la dessiccation. 
 ib.
§ 7. Effets de la capillarité des sols. 
 44
§ 8. Absorption de l’humidité de l’air. 
 45
§ 9. — des terres pour les gaz. 
 ib.
§ 10. Faculté d’absorber et de retenir la chaleur. 
 46
§ 11. Influence de l’état électrique des sols. 
 47
Sect. V. Du sous-sol et de son influence. 
 ib.
§ Ier. Notions de géologie et de géognosie. 
 ib.
§ 2. Imperméabilité du sous sol pour les racines. 
 49
§ 3. Mélange du sous-sol avec la couche végétale. 
 ib.
§ 4. Imperméabilité du sous-sol pour l’eau. 
 50
§ 5. Principaux sous-sols qu’on rencontre. 
 ib.
Sect. VI. Phorométrie, agronométrie ou appréciation du degré de fertilité des terres. 
 51
Sect. VII. Fonctions des sols dans la végétation. 
 54
Sect. VIII. Moyens d’apprécier les qualités des sols. 
 55
§ Ier. Par l’aspect et les propriétés physiques. 
 ib.
§ 2. Par les végétaux qui y croissent. 
 ib.
§ 3. Par l’analyse chimique des sols. 
 57


Section ire.De la formation des sols.

Le sol arable, c’est-à-dire la couche terreuse propre à la végétation, et qui se rencontre à la surface de notre globe, dans tous les lieux que n’occupent pas les eaux et les rochers, est composé d’une multitude d’élémens divers ; ce sol varie autant que les couches géologiques qui ont contribué à sa formation par leur décomposition plus ou moins rapide, plus ou moins complète, et il a la même nature, mais sous un autre état.

Les roches, à leur état primitif, se présentent sous la forme de masses très-solides, compactes, souvent pierreuses : transformées en terre, elles sont devenues friables, pulvérulentes, à un degré plus ou moins grand en raison des propriétés chimiques et physiques des élémens qui les composent, et du mélange de leurs diverses espèces.

La végétation elle-même contribue à la formation des terres : c’est ainsi que sur les rochers les plus nus il s’établit d’abord quelques lichens imperceptibles qui retiennent l’humidité, agissent sur le roc et contribuent, avec les variations du temps et les influences atmosphériques, à le décomposer peu-à-peu. Bientôt cette première décomposition, mêlée aux débris de cette première végétation, forme une petite couche de terre végétale ; c’est alors que naissent d’autres plantes plus fortes, telles que les grands lichens, les mousses, des graminées, etc., dont l’action plus puissante et les débris plus considérables accroissent avec plus de rapidité la couche de terre, et finissent par en faire un sol arable.

Tel a été, nous devons le croire, son premier mode de formation sur un grand nombre de terrains, et, si nous voyons encore aujourd’hui des rochers à nu, c’est que leur situation abrupte a empêché l’établissement de toute végétation, ou a laissé successivement entraîner par les pluies, dans les lieux plus bas, le produit de la décomposition des rocs et de la végétation des plantes. C’est par cette raison que le sol des vallées est toujours plus profond, d’une épaisseur inégale, et d’une composition très-variée, tandis que celui des plateaux offre peu de profondeur, mais beaucoup d’uniformité dans son épaisseur et sa composition.

Certaines couches géologiques sont naturellement à un état terreux qui rend leur désagrégation ou mélange bien plus facile. Ces couches peuvent généralement être rapportées à trois espèces d’après lesquelles les terres arables ont été divisées en trois classes, savoir : 1o les terres argileuses, plus ou moins compactes ; 2o les terres sableuses, plus ou moins légères, et 3o les terres calcaires, plus ou moins pures.

Le degré de fertilité de ces différentes espèces de terre dépend du mélange qui en a été opéré par la nature ou par la main de l’homme ; chacune d’elles isolément ne possède guère plus de propriétés végétatives que les rochers dont elles proviennent, tandis que leur mixtion constitue tous les sols, depuis les plus médiocres jusqu’aux plus riches, en raison de ce que l’une ou l’autre de ces terres domine, ou bien qu’elles sont combinées dans des proportions convenables. 14 janv. 1834. — L. Héricart de Thury.


Section ii.Composition, qualités des différens sols.

Les différens terrains propres à la culture offrent des variations très-nombreuses dans leur nature, leur composition et leurs qualités ; mais tous doivent réunir les conditions générales suivantes.

[2:2:1]
§ Ier. — Nature et qualités des sols.

1o Être assez divisées pour que les racines les pénètrent facilement, et que les plumules ou germes les soulèvent ; assez pesans pour que les tiges ébranlées par les vents résistent à l’aide de l’espèce de scellement des racines.

Ainsi, par exemple, si l’on considère une plante à tige haute et feuilles très-développées, comme le Soleil (Helianthus annuus) de la figure 19, on conçoit que le poids de toute cette partie volumineuse hors de terre, augmente par les mouvemens que l’air agité lui imprime, sera difficilement contrebalancé par le poids du volume de terre que comprennent les racines. Cette condition de stabilité ne sera donc pas remplie dans les sols trop allégés, soit par l’abondance du terreau, soit par des proportions trop fortes de calcaire magnésien, et un seul coup de vent pourra renverser une plantation de ces végétaux à haute tige. L’arrachage à la main de ces plantes et de diverses autres peut donner des indices sur la nature d’un sol, notamment sa ténacité, sa Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 22) - Fig. 19.jpg perméabilité aux racines, sa légèreté qui favorise le développement de celles-ci, etc.

2o Être assez perméables aux eaux pluviales et retenir l’eau, au point de se conserver humides à quelques pouces de profondeur, sans former, après les pluies, et d’une manière durable, une sorte de pâte ou bouillie qui chasse la presque totalité de l’air libre, et sans présenter pendant les temps secs de ces larges crevasses qui déchirent les racines, et les font souffrir en les mettant en partie à l’air libre.

3o Être assez légers pour absorber, contenir et exhaler sous certaines influences l’air atmosphérique et les gaz ou vapeurs des engrais.

4o Avoir, au moins près de sa superficie, une couleur jaunâtre, fauve, ou brune, assez foncée pour s’échauffer aux rayons solaires, et présenter aux plantes une chaleur humide (air et gaz chargés à une température douce de vapeur d’eau), circonstances qui excitent si puissamment la végétation.

5o Contenir de l’humus (débris organiques ou restes de végétaux et d’animaux morts, plus ou moins pourris ou consommés), susceptible, par une décomposition spontanée, de fournir aux plantes des alimens solubles ou volatils.

6o Renfermer de l’argile, du sable (argileux, siliceux ou calcaire), et de la chaux carbonatée en proportions telles que les caractères précédens soient ou puissent être réunis, et surtout assez de la dernière substance (carbonate de chaux) pour qu’il ne puisse s’y produire ou s’y perpétuer un excès d’acide.

7o Avoir les propriétés précédentes dans une profondeur égale au moins à celles que les racines des plantes en culture doivent habituellement atteindre. Ainsi, par exemple, les betteraves jaunes, dites de Castelnaudary (Beta major), exigeraient une profondeur d’environ 45 centimètres, ou 15 à 16 pouces de terre meuble, puisque leur racine charnue fusiforme A (fig. 20) peut atteindre facilement cette longueur, et que si le sous-sol, trop graveleux ou formé de tuf ou d’argile peu perméable, était plus rapproché, la racine pivotante se bifurquerait en radicelles sans valeur ou difficiles à utiliser. — Plusieurs variétés de betteraves blanches ou roses pyriformes, comme on le voit en B, s’enfoncent moins en terre ; une profondeur de 9 à 12 pouces (24 à 33 centimètres) leur suffit ; d’autres plantes, telles que les navets C, exigent moins encore ; enfin les céréales peuvent être cultivées sur un sol offrant, comme l’indique D, seulement 5 et 6 pouces (15 à 17 centimètres) de terre meuble.

Fig. 20

Lorsque la profondeur du sol est suffisante, mais que de très-nombreux fragmens de rochers, des pierrailles, cailloux, y sont interposés, on y peut cultiver diverses plantes dont les racines ne sont ni charnues, ni tuberculeuses, ou du moins dans lesquelles cette partie souterraine n’est pas le produit que l’on doive récolter. Il suffit, dans ce cas, que les intervalles entre les pierres offrent une terre perméable aux racines, à l’eau, et, en un mot, réunissant les propriétés ci-dessus indiquées, et mieux décrites plus loin.

8o Au-dessous de cette profondeur ne pas offrir un sol imperméable qui ne laisse aucun passage à l’eau.

[2:2:2]
§ II. — Composition des sols en culture ou des terres arables.

On rencontre généralement dans les terrains fertiles, de l’argile, du carbonate de chaux, du sable, de l’humus, des débris non entièrement déformés de végétaux, de l’oxide de fer, de l’eau, de l’air et différens gaz, et accidentellement du carbonate de magnésie, du mica, du sulfate de chaux, et plusieurs autres sels.

I. L’argile constitue souvent la moitié ou la plus grande partie du sol ; elle-même est formée de silice et d’alumine mélangées en différentes proportions. La silice domine généralement : elle forme souvent les 75 centièmes du mélange, et rarement moins des 40 centièmes.

La silice, que l’on croyait autrefois un corps simple, est véritablement un oxide métallique (oxide de Silicium), blanc, rude au toucher, qui peut se combiner comme un acide avec d’autres oxides ; ainsi, par exemple, unie à la soude (oxide de Sodium), ou à la potasse (oxide de Potassium), la silice forme des composés (silicates de soude ou de potasse) fusibles à chaud, blancs, diaphanes, que l’on connaît sous le nom de verres ou de glaces, et dont chacun sait quels sont les nombreux usages. La silice pure, ou presque pure, se montre dans le cristal de roche ; unie à la potasse et à l’oxide de plomb (silicate de potasse et de plomb), elle forme le cristal artificiel qui, soufflé, taillé ou moulé sous mille formes, se prête aux décors de nos tables et de nos appartemens.

L’alumine est aussi un oxide métallique (oxide d’Aluminium) blanc, insoluble, qui, uni naturellement avec la silice dans certaines argiles blanches ou très-peu colorées, comme dans le kaolin (argile maigre) de Saint-Yrieix, près de Limoges, forme la base de la fabrication de la porcelaine.

L’argile grasse, ou argile plastique, est compacte, douce au toucher, susceptible de former pâte avec l’eau, dont elle absorbe une si grande quantité, qu’en se desséchant ensuite elle diminue considérablement de volume et se fend à l’air comme au feu, toutes les fois que ce retrait ne peut s’opérer très-librement. — Chauffée au-dessous du rouge, et plongée dans l’eau, elle l’absorbe si rapidement, qu’elle tombe en poudre, qui aussitôt se réunit en pâte. — Chauffée au rouge, elle durcit de plus en plus, et cesse de pouvoir être délayée dans l’eau. C’est sur cette propriété que se fondent les arts du briquetier, du potier, du faïencier, du fabricant de porcelaine, qui tous moulent l’argile en pâte, la font dessécher, puis la durcissent au feu. Nous verrons que l’on essaie facilement ainsi les terres argileuses.

C’est en général l’argile plastique qui, par sa présence, rend les terres fortes, grasses, froides et humides.

Une argile qui intéresse beaucoup le cultivateur est connue sous le nom de marne ; elle est en général facile à délayer, se désagrège même en séchant, et se met dans l’eau en une bouillie qui n’a pas de liant ; mais ce qui surtout la distingue, c’est la grande proportion de carbonate de chaux (du quart aux deux tiers) qu’elle renferme et qui lui donne des propriétés utiles si remarquables, sur lesquelles nous reviendrons, et les moyens de la reconnaître et de la doser par sa facile dissolubilité par les acides et l’espèce de bouillonnement (effervescence) qu’elle forme dans ces liquides.

II. Le sable, dans les sols, est généralement formé de silice dont la cohésion est extrêmement forte, et de quelques traces de matières étrangères qui le colorent ; les cailloux, les pierres à fusil, la pierre meulière, les grès blancs, le cristal de roche, etc., offrent tous la composition siliceuse. Sous le rapport de leur utilité dans les sols, c’est bien plutôt leur dureté, leur résistance à tous changemens par l’humidité et la sécheresse qu’il faut considérer que leur nature chimique. Ainsi, les sables d’argiles maigres et dures, et les sables calcaires, produisent les mêmes effets ; toutefois, en se désagrégeant à la longue, ces derniers font partie de la terre divisée.

III. Le carbonate de chaux, dont la présence et les proportions déterminent la dénomination de calcaires donnée à divers sols, marnes, pierres, sables, albâtres, etc., est composé d’oxide de calcium (chaux), combiné à l’acide carbonique ; ce dernier acide étant susceptible d’être séparé et volatilisé par une haute température, permet d’obtenir la chaux par une simple calcination du carbonate.

Depuis les marbres qui présentent le carbonate de chaux presque pur, jusques aux mélanges en diverses proportions avec l’argile et d’autres corps étrangers formant les marnes calcaires et tous les sols fertiles, on rencontre le carbonate de chaux sous mille formes dans la nature. Ainsi, il se trouve dans ces bancs d’une immense étendue d’où l’on extrait les pierres de taille et les moellons à bâtir, dans ces diverses roches compactes qui donnent les pierres lithographiques, les pierres à chaux hydraulique et à chaux grasse, dans ces énormes dépôts de craie qui se rencontrent à diverses profondeurs.

Le carbonate de chaux, facilement décomposé par plusieurs acides, laisse alors dégager son acide carbonique et peut former d’autres sels plus solubles ; c’est ainsi que, passant dans la sève des végétaux, la chaux se retrouve dans leurs cendres. On trouve encore le carbonate de chaux dans les os des animaux.

Enfin la chaux, unie à l’eau (éteinte) et répandue sur les sols ou dans divers composts, absorbe l’acide carbonique de l’air et reproduit le carbonate de chaux. Nous verrons que soit dans ce dernier état, soit seulement hydratée (éteinte à l’eau), soit combinée à l’acide sulfurique (sulfate de chaux ou plâtre), la chaux est un des plus utiles agens de la végétation.

IV. L’humus, qui forme une partie des sols fertiles, est le résidu de la décomposition des végétaux et des animaux que les cultures et les engrais y ont déposés. Comme eux, il contient de l’hydrogène, de l’oxigène, du carbone et ordinairement de l’azote. — Cette substance est encore décomposable, même lorsqu’elle est devenue acide, et s’est fixée tellement que l’eau bouillante ne l’enlève pas à la terre. Elle forme souvent une sorte de sel (ulminate de chaux), résultant de l’acide ulmique qui se rencontre dans la plupart des détritus de végétaux pourris, les tourbières, etc. Dans cet état, elle peut fournir un aliment aux végétaux, à plus forte raison lorsque sa décomposition est moins avancée. Les débris des engrais et des plantes qui ont conservé une partie de leurs formes et de leur dureté sont utiles en se pourrissant peu-à-peu et laissant dégager des gaz qui nourrissent les plantes. Nous verrons comment on accélère cette décomposition, en prévenant une acidité nuisible.

Nous verrons aussi comment à l’aide de la chaux vive ou hydratée (éteinte), on sature non seulement l’excès d’acide que contiennent souvent les débris accumulés des plantes, mais encore on décompose les sels ammoniacaux, on dégage utilement de l’ammoniaque et l’on communique au résidu une alcalinité convenable.

[2:2:3]
§ III. — Substances contenues accidentellement dans les sols en culture.

La magnésie, le mica, l’oxide de fer, le charbon, le bitume, le sulfate de chaux et divers sels insolubles ou offrant une solubilité variable, se rencontrent accidentellement dans les sols : nous devons donc en dire un mot :

i. Magnésie. Cet oxide métallique (oxide de Magnésium), blanc, insoluble, uni à l’acide carbonique, forme un carbonate que l’on rencontre toujours accompagné de carbonate de chaux dans la nature. Les terrains ainsi magnésifères participent des propriétés du carbonate de magnésie : trop froids ou trop humides par la grande quantité d’eau qu’ils recèlent après les pluies, trop friables et arides par leur légèreté et la grande proportion d’air qui remplace l’eau après leur dessiccation, ils nuisent aux plantes dans chacune de ces alternatives.

ii. Mica. Cette substance est assez souvent répandue en très-petits feuillets minces, luisans, blancs ou jaunâtres, dans les terres arables. Le mica reste au fond des vases avec le sable lorsqu’on sépare les portions les plus fines en troublant et décantant l’eau dans laquelle la terre a été délayée ; la silice, l’alumine, la potasse et quelques centièmes de fer oxidé le constituent ordinairement ; quelque-fois il s’y joint un peu de chaux magnésifère. — Ce composé agit, en raison de sa forme et de sa cohésion, à peu près comme le ferait du sable de même grosseur ; cependant sa faculté pour absorber l’eau et la retenir est plus grande et son poids spécifique un peu moindre (terme moyen 2264), en sorte qu’il peut rendre un sol plus léger sans le rendre aussi chaud que le sable.

iii. Oxide de fer. C’est généralement à l’état de peroxide, c’est-à-dire contenant tout l’oxigène qui peut entrer dans sa composition, que le fer se trouve dans les terres en culture. Il communique à toutes une coloration qui contribue à leur faire mieux absorber la chaleur des rayons solaires ; il en retient d’ailleurs plus que le sable et rend les sols plus chauds. — Quant aux propriétés nuisibles de l’oxide de fer, elles ne se sont manifestées que lors d’une grande proportion de cette substance, et nous verrons que divers amendemens peuvent les faire disparaître.

iv. Charbon. Ce corps à l’état poreux et très-divisé est fort utile dans les sols arables ; son pouvoir très-remarquable d’absorption des rayons calorifiques et de condensation pour divers gaz, en font un puissant intermédiaire entre les agens extérieurs et les plantes ; il concourt à l’allégement de la terre et ralentit très-utilement la décomposition de certains détritus (urine, sang, matières fécales, etc.), trop altérables : nous y reviendrons plus loin en traitant des engrais.

v. Bitume. Diverses roches désagrégées, des schistes et certaines argiles sont imprégnées de bitume. Lorsque cette sorte d’huile ou de goudron minéral est assez peu abondante pour laisser les terres aisément divisibles, sa présence en petite quantité peut servir en colorant la superficie du terrain. Mais en trop forte proportion, et pour peu qu’il fasse adhérer entre elles les particules terreuses, il rend les sols impropres à la culture ; il peut quelquefois, dans ce dernier cas, servir de combustible et laisser un résidu propre à l’amendement des terres cultivées.

vi. Sulfate de chaux (plâtre cru, gypse). Ce sel, très-peu soluble, est composé d’acide sulfurique et de chaux (oxide de Calcium) ; il se trouve naturellement dans quelques sols en faible proportion, mais c’est surtout comme stimulant de la végétation de certaines plantes qu’il nous intéresse, et qu’on l’ajoute à dessein sur les trèfles, les luzernes et toutes les légumineuses : nous y reviendrons en parlant des sels stimulans.

Plusieurs autres sels offrent des stimulans spéciaux pour d’autres plantes : nous nous en occuperons plus loin. A. Payen.

Section iii.Des différentes sortes de terres et de leur classification.

Selon que l’alumine, la silice ou le carbonate de chaux domine dans la masse du sol arable, on distingue trois principales espèces de terres, auxquelles on a donné le nom d’argileuse, sableuse ou calcaire ; elles se subdivisent, comme nous allons le voir, en un grand nombre de variétés, dont la connaissance, assez difficile à acquérir dans un livre, est cependant d’une haute importance pour le cultivateur, puisque, d’après les proportions variables de chacune de leurs parties constituantes, elles exigent des travaux et donnent des produits parfois tout différens.

À ces trois sortes de terres s’en joignent quelques autres, moins importantes pour nous, parce qu’elles n’existent pas en France en masses aussi considérables, mais qui devront cependant fixer notre attention dans l’intérêt des localités où elles se rencontrent ; telles sont les terres tourbeuses, magnésiennes, etc.

[2:3:1]
§ Ier. — Des sols argileux.

Généralités. L’argile pure est composée de silice, d’alumine, et presque toujours d’oxide de fer, dans un état de combinaison assez intime pour qu’aucune de ces parties ne puisse être séparée des autres par suite de l’ébullition dans l’eau. — Celle qui a été analysée par Schubler contenait 58 pour 100 de silice, 36,2 d’alumine et 5,2 d’oxide de fer.

Par suite de leurs propriétés physiques, les sols dans lesquels l’argile se rencontre seule ou presque seule, sont tout-à-fait impropres aux cultures économiques. — Lorsqu’ils contiennent au plus un quinzième seulement de sable séparable par l’ébullition, l’auteur que je viens de citer leur donne le nom d’argileux auquel on substitue fréquemment celui de glaiseux. — En pratique, on reconnais à ces sortes de sols les inconvéniens suivans, qui s’étendent, à divers degrés, à toutes les terres dans lesquelles l’argile surabonde :

Les terres glaiseuses sont humides et froides pendant les trois quarts de l’année ; elles procurent parfois d’assez abondans produits, mais des produits tardifs et presque toujours de qualité médiocre. — Les arbres y donnent des bois moins durs, moins sains, conséquemment de moindre prix que partout ailleurs ; ils y sont plus impressionnables aux fâcheux effets des fortes gelées et de diverses maladies ; — les fromens, dans les années favorables, peuvent y végéter ; ils y présentent même parfois de belles apparences ; mais ils grènent peu, et leurs grains, gonflés d’eau avant la maturité, diminuent considérablement de volume à cette époque. — Certains herbages y croissent assez bien, mais leurs foins sont peu succulens. — Enfin, les racines, les légumes et les fruits y acquièrent du volume, mais ils sont d’ordinaire peu savoureux et peu nourrissans.

Les cultures qui conviennent le mieux aux sols argileux sont celles des grands végétaux ligneux, dont les racines, plus fortes que nombreuses, ont la propriété de s’étendre sans pousser, dans certains cas du moins, d’abondans chevelus ; celles des plantes annuelles ou vivaces qui jouissent de la même propriété, comme les fèves de marais, les luzernes, etc.

Du reste, des terres de diverses natures dont nous allons nous occuper, celles qui contiennent de l’argile en excès, moins que toute autre peut-être, se prêtent à l’adoption d’un bon système d’assolement, et plus que toute autre se montrent rebelles à la culture. — Il est presque toujours fort difficile de trouver le moment de les labourer. — En hiver, elles forment une pâte tenace, que la charrue soulève sans la diviser autrement qu’en longues lanières. — Le même inconvénient se fait sentir au printemps. — En été, elles deviennent d’une dureté souvent insurmontable, et lors même que les circonstances se montrent les plus favorables, les labours qu’elles exigent sont encore laborieux et très-coûteux.

Cependant un des meilleurs moyens de rendre les terres argileuses productives, c’est de les labourer fréquemment et de les diviser par tous les moyens possibles.

Tous les amendemens susceptibles de concourir physiquement à ce but sont bons. Le sable, les graviers, les marnes calcaires, la chaux, l’argile elle-même amenée à un état voisin de la calcination, peuvent être employés avec succès.

Les marnes calcaires qu’on peut répandre sur ces sortes de terres, en proportions considérables, agissent mécaniquement sur elle en les divisant. Elles agissent de plus chimiquement, comme tous les calcaires, par leur propriété stimulante.

Quant à la chaux, dont les effets remarquables sur la végétation devront nous occuper plus tard, il faut avoir été témoin de ceux qu’elle produit sur les sols argileux, pour concevoir toute son importance. Plusieurs de nos départemens lui doivent en grande partie la prospérité croissante de leur agriculture.

Les récoltes enfouies produisent un excellent effet sur les terres trop tenaces, parce qu’elles sont à la fois des engrais et des amendemens. — Les fumiers longs de litière présentent le même avantage. Cependant, comme il n’y a rien d’absolu en agriculture, il faut distinguer : lorsque les terres argileuses sont de nature humide et froide, ce qui arrive dans la plupart des cas pour peu qu’elles aient de la profondeur ou qu’elles soient situées dans les lieux bas, les engrais verts ou d’une décomposition peu avancée seraient insuffisans, parce qu’ils ne trouveraient pas dans le sol la chaleur nécessaire pour se transformer en humus. Ils agiraient à la vérité comme amendemens, mais fort peu comme alimens. Dans de telles circonstances, pour obtenir le double but qu’on se propose, on doit donc chercher à faciliter leur fermentation, en employant la chaux ou en les mêlant à d’autres engrais très-chauds, c’est-à-dire très-actifs, tels que celui de mouton, de cheval, le noir animal, etc. Lorsque les terrains argileux offrent au contraire peu de profondeur, qu’ils sont situés sur des hauteurs, l’emploi des engrais chauds pourrait devenir dangereux. Alors surtout les récoltes vertes, enfouies par un labour avant la floraison, sont particulièrement avantageuses.

Les travaux d’écoulement des eaux sont souvent indispensables dans les argiles. Malheureusement, s’ils donnent les moyens d’éviter une humidité excessive, ils ne peuvent remédier qu’à ce seul inconvénient. — Les pluies d’averse ne battent pas moins le sol de manière à le couvrir d’une croûte épaisse, compacte, imperméable aux gaz atmosphériques et à l’eau elle-même, lorsqu’elle tombe momentanément ou en faible quantité. — La chaleur solaire ne lui fait pas moins éprouver un retrait qui met à nu dans de larges crevasses ou qui comprime les racines outre mesure.

À ces graves inconvéniens, le jardinier trouve jusqu’à un certain point remède, par des paillages et de fréquens binages ; l’agriculteur, moins heureux, ne peut recourir qu’à de coûteux amendemens destinés à changer la nature même du sol. Encore ne le peut-il pas toujours avec profit.

Mais tous les terrains dans lesquels l’argile domine sont loin d’être aussi homogènes dans leur composition que nous les avons jusqu’ici supposés ; lorsqu’ils contiennent de l’oxide de fer en surabondance, du sable et de la chaux carbonatée en proportions plus appréciables, leurs propriétés se modifient. — De là ces diverses sortes de terres auxquelles on a donné les noms d’argilo-ferrugineuses, — argilo-calcaires, — argilo-sableuses, — argilo-ferrugino-calcaires, — argilo-ferrugino-siliceuses ou sableuses, — argilo-calcaro-sableuses, — argilo-sablo-calcaires, etc.

I. Terres argilo-ferrugineuses. Quelquefois les argiles contiennent une quantité si grande d’oxide de fer, qu’elles ressemblent à de véritables ocres rouges. — Dans cet état, à tous les défauts des argiles plus ou moins compactes, elles en joignent d’autres qui sont dus à la présence du métal. — Lorsqu’il surabonde, il les rend complètement impropres à la végétation. — Lorsqu’il est moins abondant et mêlé à du sable ou des graviers, il ne produit pas des effets si fâcheux. — On a cru même remarquer qu’une petite quantité d’oxide de fer favorise le développement des plantes, et on en découvre en effet, par l’analyse, quelque peu dans leurs divers tissus ; mais il n’en est pas moins vrai que les argiles ferrugineuses sont généralement très-peux favorables à la culture ; — à peine pourrait-on citer quelques végétaux qui puissent y croître médiocrement, à moins qu’elles n’aient été préalablement amendées avec des marnes ou toute autre substance calcaire, et richement fumées.

J’aurai occasion un peu plus loin de parler des terres sablo-ferrugineuses.

II. Les terres argilo-calcaires sont de plusieurs sortes, et peuvent présenter divers degrés de fertilité.

Lorsque le carbonate de chaux qu’elles contiennent se présente à l’état de sable ou de petits graviers, elles ne diffèrent pas beaucoup, sous le point de vue de la culture, des terres argilo-sableuses qui devront bientôt nous occuper ; — lorsque, par une combinaison plus intime, l’argile et le calcaire forment une masse en apparence homogène, comme on peut le remarquer dans certaines marnes, elles offrent des particularités remarquables.

Les argiles marneuses, autant au moins et plus peut-être que les sols glaiseux, conservent les eaux des pluies. Elles s’en pénètrent si facilement et à des profondeurs telles, qu’il n’est pas rare de les voir réduites en une sorte de bouillie, jusqu’au-delà de la portée des plus longues racines des plantes qui les couvrent. C’est assez dire que dans les années pluvieuses on ne peut guère compter sur leurs produits. — Les semis de printemps y sont le plus souvent impossibles ; — ceux d’automne doivent être faits de très-bonne heure ; malgré cette précaution, ils n’en sont pas moins trop fréquemment détruits, soit par l’humidité constante et surabondante de l’hiver, soit par l’effet des gelées qui se font sentir sur ces sortes de terres plus que sur d’autres. — Toutefois, après la mauvaise saison, lorsqu’elles ont été égouttées et qu’elles sont assez saines pour être travaillées, on peut encore, si les autres récoltes ont manqué, leur confier quelques plantes d’une végétation rapide ou susceptible de se prolonger après l’été, telles que le sarrasin, les pommes-de-terre, et parmi les fourrages, les navets, les vesces, etc., etc.

Dans certaines localités, les argiles marneuses servent de sous-sol à des sables presque purs. De deux terres à peu près improductives, il est alors possible, sans de grands frais, de composer un excellent sol, puis qu’il suffit de les mêler et d’attendre un ou deux ans les effets quelquefois prodigieux d’un tel amendement.

Depuis les argiles qui contiennent une faible quantité de carbonate de chaux, jusqu’à celles qui perdent ce nom pour prendre celui de terres calcaires proprement dites, il existe une foule de nuances impossibles à décrire utilement. — J’ai dû choisir les plus tranchées. J’ajouterai cependant, d’après Tillet et Bergmann, que deux sols d’une fertilité remarquable, l’un pour le climat de Paris, l’autre pour relui de la Suède, étaient composés :

Le 1er : 
 de 37,5 d’argile ;
 
 37,5 pierre à chaux pulvérisée ;
 
 25 sable quartzeux,
Le 2e : 
 de 40 argile ;
 
 30 calcaire ;
 
 30 sable quartzeux.

III. Les terres argilo-sableuses, dans leurs rapports avec l’agriculture, ont pu être divisées assez bien en terres fortes et terres franches qui correspondent à peu près, les unes : aux glaises grasses de Schubler ; c’est-à-dire qu’on peut en séparer jusqu’à un tiers environ et même plus de sable fin par l’ébullition et le lavage ; les autres aux glaises maigres du même auteur qui en abandonnent du tiers à la moitié et au-delà.

1o Terres fortes. Elles tiennent le milieu entre les terres vulgairement dites glaiseuses et les terres franches. — Elles partagent à un moindre degré les inconvéniens dont je viens de parler pour les premières, et les avantages que nous reconnaîtrons bientôt aux secondes. — Un sol de semblable nature susceptible de produire, année commune, d’assez beaux fromens, a donné :

Argile 
 50
Sable quartzeux 
 29
Calcaire dû en partie à l’usage fréquent de la chaux 
 16
Perte et humus 
 5
et sur une autre partie du même champ :
Argile 
 49,5
Sable 
 24
Calcaire 
 18
Perte et humus 
 8,5

Dans l’un et l’autre cas l’argile ne m’a paru qu’assez imparfaitement dépouillée du sable qu’elle contenait. Au reste, la moindre erreur en de semblables opérations peut changer tellement les résultats, les erreurs sont si faciles hors des laboratoires d’habiles chimistes, et tant de causes peuvent d’ailleurs changer les propriétés physiques de sols composés à peu près des mêmes élémens, que sans prétendre que les analyses ne puissent être parfois d’un grand intérêt, je les regarde en partie comme plus satisfaisantes pour l’esprit qu’utiles à la pratique. — Un réactif qui ne trompe jamais le laboureur, c’est sa charrue et le nombre d’animaux de labour qu’il est obligé d’employer pour la mouvoir.

Dans les années favorables, c’est-à-dire ni trop sèches, ni trop humides, lorsque les labours ont pu être convenablement effectués, que le terrain est suffisamment égoutté et ameubli à l’époque des semis ; que les pluies de printemps et d’été se succèdent à de courts intervalles sans tomber par averses avant que la végétation couvre complètement le sol, les terres fortes sont très-productives. Pendant les étés peu pluvieux, elles conservent même plus long-temps que d’autres une humidité favorable qui se fait remarquer de la manière la plus heureuse sur leurs produits. Mais le concours d’un si grand nombre de circonstances favorables est rare. Aussi peut-on dire, d’une manière générale, que ces terres, années communes, sont non seulement moins faciles et plus coûteuses à cultiver, mais d’un produit moins assuré que beaucoup d’autres. — Elles conviennent aussi à un moindre nombre de plantes ; toutefois, il en est quelques-unes qui ont la propriété de les améliorer, et qu’il est toujours facile de faire entrer dans un bon système d’assolement. La luzerne et le trèfle sont dans ce cas. Toutes deux, par leur racines, pénètrent et divisent le sol à diverses profondeurs, et le rendent plus léger pendant les années suivantes.

Parmi les céréales, le froment et l’avoine conviennent particulièrement aux terres fortes. — Pour peu qu’elles soient plus humides que sèches, ce qui est le cas le plus ordinaire, les graminées vivaces y forment de bonnes prairies naturelles. — Les fèves y réussissent de préférence. — Les pois, les vesces et les gesses, la chicorée, les choux y peuvent donner des fourrages foliacés ; — les rutabagas, les choux-raves, et même les betteraves, des racines alimentaires dont chacun connaît les divers usages ; — enfin, quelques plantes, telles que le colza, le pavot, la moutarde, des produits économiques ou industriels.

Quand les terres fortes sont situées dans des localités basses, elles deviennent excessivement humides, surtout si elles sont abritées du soleil du midi et des vents absorbans, par des montagnes ou des forêts ; elles prennent alors plus particulièrement le nom de terres froides. Lorsqu’on ne peut les débarrasser des eaux surabondantes de l’hiver, la chaleur les pénètre si lentement que la végétation n’y fait presque aucuns progrès. — Dans les climats chauds elles offrent à la vérité quelques chances favorables ; mais, dans le nord et le centre de la France, elles donnent des produits sans saveur, qui ne parviennent pas toujours à leur complète maturité, et qui sont fréquemment détruits par les gelées. — Le meilleur, parfois le seul moyen d’utiliser ces sortes de sols, c’est de les planter en arbres. Les bois blancs y réussissent généralement : conduits en taillis ou en têtards, comme cela se pratique pour les oseraies, ils rapportent beaucoup.

Les schistes argileux, très-abondans à la surface du globe, donnent naissance, par leur décomposition successive, à des sols d’une ténacité d’autant plus grande qu’ils contiennent moins de silice. — Ce sont de véritables terres fortes, mais qui, dans certains cas, avant d’arriver à cet état, présentent des particularités remarquables. Dans une partie de la Vendée, les métayers achetaient et achètent encore fort cher, malgré l’emploi du noir animal et de la chaux, les terres de jardin produites par la décomposition de ces schistes, dès qu’elles ont été améliorées par un certain nombre d’années de culture et des engrais suffisans. — Les vendeurs, ayant ainsi mis à nu le sous-sol, s’empressent aussitôt de le défoncer à une profondeur proportionnée aux cultures dont ils veulent le couvrir. — Le schiste se lève par plaques lamellaires, plus ou moins volumineuses, qu’ils concassent, sans beaucoup de soin, en très-grossiers fragmens ; de sorte qu’après cette opération, le sol présente plutôt l’aspect d’un résidu de carrière que d’une terre labourable. — Cependant, à peine les pluies et les gelées d’une seule année ont-elles fait effeuiller à leur surface celles de ces pierres qui se trouvent en contact avec l’atmosphère, qu’on recommence à cultiver. — On conçoit que ces rocailles soient pendant quelque temps peu propres à la culture des légumes et des plantes à racines chevelues ; mais, pour peu qu’elles soient mêlées à un reste de terre végétale, les arbres y prennent un développement remarquable. — En Maine-et-Loire, les schistes dont je parle, sous le nom de roc, sont habituellement employés pour l’amendement des vignes. Tant qu’ils ne sont pas complètement décomposés, ils divisent la terre, empêchent qu’elle ne se durcisse à sa surface par l’effet des pluies, et qu’elle ne soit trop promptement privée d’eau par les effets de l’évaporation. — Ils augmentent plus tard la couche de terre végétale. À la vérité, leur nature argileuse les rend peu propres alors à l’améliorer, et nécessite l’emploi de nouveau roc.

2o Les terres franches font le passage insaisissable en pratique, des sols argileux aux sols sableux, et semblent faire alternativement partie des uns et des autres. Les proportions de sable qu’elles contiennent varient, ainsi qu’il a déjà été dit, du tiers environ à la moitié et quelquefois au-delà. — J’en ai vu dont on pouvait extraire de 25 jusqu’à près de 40 pour cent de calcaire, d’autres qui, sans être sensiblement moins fertiles, en donnaient à peine 10.

Les terres franches conviennent au plus grand nombre de végétaux usuels. — Toutes les céréales y prospèrent ainsi que la plupart des plantes économiques. — Rarement elles ont besoin d’amendemens. — Elles s’accommodent de tous les engrais. — Elles partagent enfin presque tous les avantages des meilleures terres sablo-argileuses.

§ II. — Des Sols sableux.

Les terrains sableux offrent des inconvéniens et des avantages diamétralement opposés à ceux des argiles. — Ils ne peuvent retenir l’eau au profit de la végétation ; celle des pluies ou des arrosemens les traverse comme elle ferait d’un crible. — Ils s’échauffent à la vérité facilement au printemps, mais, par la même raison, ils se dessèchent promptement et deviennent brûlans en été. — Dans les contrées froides et pluvieuses ils sont parfois fertiles alors que les terres argileuses cessent de l’être ; dans les pays chauds ou tempérés sujets à des sécheresses de quelque durée, ils se dépouillent au contraire de toute végétation pendant le cours de la belle saison, tandis que les terres fortes sont encore couvertes de verdure.

Les terres sableuses changent d’aspect selon la nature du sable ou du sablon qui domine dans leur composition. — Leur couleur est ordinairement jaunâtre ou brunâtre ; parfois d’un blanc plus ou moins pur qui leur donne au premier aspect une apparence crétacée.

Leur culture est peu coûteuse. Il est toujours facile de trouver le moment de les labourer ; car, quelque humides qu’elles soient, elles ne forment jamais pâte comme les argiles, et quand elles sont sèches elles n’offrent pas une grande résistance.

Elles n’exigent pas d’ailleurs des labours aussi fréquens, parce qu’elles se laissent dans tous les cas facilement pénétrer par les gaz atmosphériques et par les racines ; mais aussi leur mobilité les rend peu propres à offrir à ces dernières un point d’appui de solidité convenable. — On peut presque toujours ne pas leur donner les hersages ou émottages qui doivent rigoureusement précéder les semis sur les terres fortes. Pour celles qui nous occupent maintenant la herse n’a d’autre usage que de recouvrir les semences ; encore lui substitue-t-on parfois assez maladroitement, pour cette opération, un simple fagot chargé de quelques pierres.

Les plombages sont plus nécessaires et doivent être plus pesans, en raison de la plus grande légèreté du sol. À la herse retournée les bons cultivateurs préféreront toujours, dans ce cas, des rouleaux d’un bois lourd, de pierre et même de fonte.

Une condition première de fertilité des argiles, c’est, en général, qu’elles soient débarrassées de leur humidité surabondante. Il est indispensable de procurer ou de conserver aux sables celle qui leur manque, ou qu’ils sont toujours prédisposés à perdre trop rapidement. — Avec des irrigations, la plupart des inconvéniens de ces sortes de terres disparaissent ; l’eau est pour elles plus que les engrais ; mais il faut pouvoir en donner d’autant plus souvent, qu’elles sont plus exposées aux effets de l’évaporation. De là, les soins qu’on doit prendre pour les abriter, par tous les moyens possibles, des rayons trop directs du soleil de l’été. — Les jardiniers font usage de paillis. Les agriculteurs ne peuvent malheureusement que bien rarement les imiter. Cependant, dans quelques parties du département du Gard, et notamment aux environs d’Aigues-Mortes, ils couvrent leurs champs de jonc qu’ils font piétiner par les moutons, de manière à le fixer sur le sol après l’époque des semailles, afin d’éviter en même temps le vent qui entraîne une partie du sable, et la sécheresse qui s’oppose à la germination des graines. — En Toscane, la culture des plantes économiques se fait pour ainsi dire à l’ombre des grands arbres, auxquels on marie la vigne. Pour les terrains sablonneux du midi de la France, la position est presque la même. Pourquoi ne pas recourir à des moyens analogues ? — Des palissades, des haies de végétaux à racines peu traçantes, devraient être multipliées parallèlement entre elles, et en regard du midi sur toute la surface du sol. — Les plantes cultivées devraient, autant que possible, être choisies parmi celles dont la végétation rapide s’achève avant les fortes chaleurs, ou dont les feuillages épais couvrent la terre complètement. — Enfin, des plantations par rangées, dirigées du levant au couchant, devraient être faites à des distances plus ou moins rapprochées, au moyen de végétaux annuels ou vivaces, dont les tiges parviennent une certaine hauteur, et peuvent procurer un ombrage salutaire, tout en donnant d’utiles produits, tels que le maïs, le sorgho, le millet, le topinambour, etc., etc.

Dans certaines localités, l’eau se trouve à une petite distance de la surface du sol. On peut alors, comme cela se pratique sur quelques points de l’Égypte, de l’Espagne, de l’Italie. (fig. 21) abaisser le niveau du terrain de manière à lui communiquer le degré d’humidité convenable à chaque localité, et même à chaque culture. — Par un semblable moyen mieux encore peut-être que par des irrigations, on peut quintupler les récoltes et couvrir des sables peu fertiles, des cultures propres aux meilleures terres.

Fig. 21.

La chaleur n’est pas seule à redouter dans ces sortes de sols ; par suite du peu de consistance de leurs parties, ils présentent quelquefois à la suite des gelées de graves inconvéniens : je veux parler du déchaussement des blés. — La glace qui s’y forme en longs filets perpendiculaires, d’autant plus fréquens et plus rapprochés que la terre est plus riche en terreau ou plus pulvérulente, la soulèvent parfois de plusieurs pouces, et mettent ainsi à nu les racines, ce qui entraîne habituellement la mort des tiges.

Il est dans certains cas assez facile d’amender les terrains sableux ; car fréquemment ils reposent, à une faible profondeur, sur une couche d’argile dont on peut ramener une partie à la surface, en donnant un second trait de charrue au fond de chaque sillon. — À la vérité, l’effet d’un pareil défoncement est ordinairement de rendre les terres moins productives, parfois même à peu près improductives, pendant un certain temps, jusqu’à ce que le sol nouvellement remué se soit pénétré des gaz atmosphériques et convenablement incorporé avec le sable ; mais l’avenir indemnisera amplement de cette courte non-valeur. — Si le sous-sol est à une plus grande profondeur, l’opération devient plus coûteuse ; car alors il faut extraire et transporter les amendemens, et il peut arriver que les frais s’élèvent au-delà de l’augmentation de produit qu’on est raisonnablement en droit d’attendre.

Tous les amendemens qui peuvent augmenter la consistance des sols sableux leur sont favorables. Il en est cependant qui conviennent plus que d’autres. Parmi ceux-ci, il faut citer les argiles marneuses, dont les effets dépassent pour ainsi dire toute croyance. J’ai vu par leur moyen de misérables cultures de sarrasin se transformer en peu d’années en de bonnes cultures de froment.

Les alluvions boueuses de la mer, dont les Hollandais savent depuis des siècles tirer un si bon parti, et que les habitans de certains comtés d’Angleterre recherchent à l’égal des engrais à la fois les plus actifs et les plus durales, pourraient à coup sûr être employées avec un égal succès sur quelques-unes de nos côtes et dans le voisinage des marais salans, comme amendement et comme fumure des terres trop légères.

Les fumiers qui conviennent le mieux dans ces sortes de terres sont en effet ceux qui contiennent et qui conservent le plus d’humidité. — C’est pour cela qu’on préfère à tous autres celui des bêtes à cornes, et qu’on a préconisé avec autant de raison, au moins, que pour les terres argileuses, l’enfouissement des récoltes vertes. — Les engrais très-actifs ont, en général, sur les sables une action d’autant moins favorable, que ces derniers sont plus secs et plus chauds. L’expérience de tous les temps est à cet égard d’accord avec la pratique de tous les lieux.

I. Terres sablo-argileuses. Elles viennent naturellement se placer à côté des terres franches, dont elles ne diffèrent que parce que la proportion du sable siliceux qu’elles contiennent l’emporte sur celle de l’argile.

En pratique, le passage des unes aux autres est inappréciable, et ce que j’ai dit des premières se rapporte encore aux secondes. Tant que le sable ne domine que faiblement, le mélange change à peine d’aspect ; mais, à mesure qu’on s’éloigne du point moyen, où les sols argilo-sableux se confondent avec les terres sablo-argileuses, il devient assez facile de distinguer ces dernières. Humides, elles sont moins boueuses ; — sèches, elles offrent moins d’adhérence. La simple pression des doigts peut les réduire en une poussière grenue et rude au toucher.

Tantôt, quelle que soit leur origine, elles sont éloignées des grands cours d’eau, ou, ce qui revient au même, insubmersibles par eux ; — tantôt elles proviennent d’alluvions récentes des rivières et des fleuves, et sont sujettes aux inondations.

Dans l’un et l’autre cas, elles doivent à leur légèreté plus grande quelques avantages de plus que les terres franches ; également favorables à toutes les cultures qui réussissent sur ces dernières, elles peuvent l’être encore à celles des chanvres, des lins, et de divers végétaux qui aiment comme eux les sols légers et pourtant substantiels. L’analyse d’un sol de cette nature qui venait de produire en Touraine un beau chanvre a donné :

Sable grossier 
 49
Argile 
 26
Calcaire 
 25

Ni trop compactes, ni trop meubles, ces terres sont également perméables aux pluies, à l’air atmosphérique et aux faibles chevelus des plantes délicates. — Elles absorbent l’eau, s’en pénètrent, sans jamais s’en imbiber outre mesure ou la retenir en nappes comme les argiles. — Elles s’échauffent au printemps moins promptement que les terres purement sableuses, mais plus facilement que les sols argileux, et, presqu’autant que ces derniers, elles conservent leur humidité à l’époque des chaleurs. — Enfin, pour citer encore un seul de leurs autres avantages, elles sont, par suite des propriétés que nous venons de leur reconnaître, dans l’état le plus favorable à la décomposition des engrais, puisqu’elles les entourent presque constamment pendant l’époque de la végétation, d’une humidité chaude et modérée, et qu’elles laissent l’oxigène de l’air pénétrer facilement jusqu’à eux. — Par cette dernière raison, elles exigent de moins fréquens labours. Ceux qu’on leur donne sont faciles, et l’on est presque toujours à même de les donner en temps opportun. — Tous les engrais conviennent à ces sortes de terres. Elles ne sont point assez froides pour retarder les bons effets des fumiers peu décomposés, pas assez chaudes pour rendre dangereux les effets des fumiers actifs. Pour peu qu’elles aient un peu de fond, elles se prêtent encore à l’emploi modéré de la chaux. En un mot, dans des circonstances favorables, on peut les regarder presqu’à l’égal des suivantes, comme types des meilleures terres.

Les terres sablo-argileuses d’alluvion récente et submersibles sont fréquemment recouvertes, à l’époque des inondations, d’une couche souvent assez épaisse, d’un limon qui a été tenu plus ou moins long-temps en suspension dans les eaux, et transporté par elles parfois à de fort grandes distances. — La nature de ce limon varie nécessairement en raison de celle des terrains que dépouillent les cours d’eau auxquels il doit sa formation. Onctueux, doux au toucher, il contient ordinairement, en quantité prédominante, de l’argile, d’autres fois du calcaire, toujours beaucoup d’engrais et de substances végétales à divers degrés de décomposition. En se mêlant progressivement par suite des labours aux sols qu’il recouvre, il leur communique en partie ses propriétés fécondantes, et conserve avec eux le nom de terres limoneuses, terres de vallées, etc.

Il n’est personne qui n’ait entendu vanter la fécondité prodigieuse des terres limoneuses des bords du Nil, et les effets remarquables des débordemens annuels de ce fleuve. — S’il menace de loin en loin de ne pas sortir de son lit, l’Égypte redoute une famine. — L’autorité prend des mesures extraordinaires pour prévenir les suites d’un tel événement. — En France, nous avons aussi des terres limoneuses d’une fertilité qui ne peut être bien appréciée que par ceux qui les ont vues couvertes de leur luxueuse végétation, et surtout qui ont été à même de les cultiver. — Telles sont celles de la plupart des îles et des rives de notre belle Loire. — Sur divers points, les cultures épuisantes du lin, du froment et du chanvre, peuvent s’y succéder sans interruption et donner constamment, à l’aide de fumures moyennes, d’admirables produits. — Aux céréales d’automne, qui sont fréquemment submergées et détruites par les inondations d’hiver, on est souvent dans l’obligation de substituer celles de printemps ; aussi en sème-t-on rarement au-delà du besoin de chaque famille, la terre étant plus avantageusement occupée par les plantes textiles. — Les lins y sont de qualité supérieure ; on a commencé à introduire ceux de Flandre, qui, loin de se détériorer, semblent au contraire s’améliorer. — Quant à la culture des chanvres, elle y prend annuellement plus d’extension à mesure que le commerce apprécie davantage la bonté de ses produits. — Dans ces sols favorisés le besoin des prairies artificielles se fait rarement sentir ; car chaque coin de terre, dès qu’il est abandonné sans cultures, se couvre de riches pâturages. Les graminées qui y croissent spontanément arrêtent, lors des grandes eaux, le limon fertilisant ; elles augmentent ainsi peu-à-peu l’élévation du sol et résistent aux efforts désastreux des forts courans. C’est pourquoi on laisse en pâture ou en prés les parties les plus exposées des rivages que l’on défend en outre par des plantations d’osiers et par le couchage périodique de celles de leurs branches qui se trouvent directement sur les bords du fleuve. — Les frênes, les ormeaux cultivés en têtards, donnent de trois en trois ans des coupes superbes, et produisent chaque été par leurs feuillages un riche supplément de fourrage. — Les peupliers croissent avec une rapidité remarquable. — Les arbres fruitiers, à pépins surtout, se couvrent d’abondans et d’excellens fruits. Les noyers, les châtaigniers, les mûriers blancs, etc., etc., ne prennent nulle part un développement plus grand et plus rapide. — Enfin, les légumes d’été et les racines alimentaires que chaque habitant cultive avec parcimonie dans son petit jardin, acquièrent un volume considérable sans rien perdre de leur goût : privilège particulier à ces sortes de terrains, dans lesquels l’humidité féconde qui développe, est combinée en de justes proportions avec la chaleur qui mûrit et qui donne la saveur.

Toutes les terres de nature sablo-argileuse sont faciles à travailler. Celles dont je parle actuellement sont tellement divisées entre les petits propriétaires ou leurs fermiers, que chacun cultive sa parcelle sans le secours de la charrue. — Les labours se font au moyen d’une large houe (fig. 22). — On dirait un vaste jardin entretenu avec le plus grand soin.

Fig. 22.

Tant que les sables sont mélangés à une certaine quantité de terre végétale, on peut leur demander d’utiles produits. — Nous venons de voir que leur fertilité augmente à mesure qu’ils prennent plus de consistance, jusqu’à former sans nul doute les meilleures terres connues. — Elle diminue au contraire à mesure qu’ils perdent trop de leur adhérence. — Le premier degré de cette progression décroissante, est le passage des terres à froment aux terres à seigle. — En pratique une telle modification en résume une foule d’autres.

Dans ces sortes de terres, les végétaux qui font la base des assolemens sont le seigle, l’orge, l’épeautre et le sarrasin, parmi les plantes panaires ; — le sainfoin, la lupuline, le mélilot, les cicers, les lentillons et quelques autres, parmi les fourrages verts ; — les raves ou turneps, et les navets, parmi les racines alimentaires ; — enfin la navette, la cameline, la gaude, etc., etc., parmi les plantes propres aux arts.

Au nombre des arbres qui y croissent le mieux, on peut citer, après le saule marsault, l’osier des sables, le peuplier blanc et le bouleau, les chênes et particulièrement le rouvre et le tauzin, l’orme, le charme, l’érable commun et celui de Montpellier, le frêne à fleur, le hêtre et la plupart des pins.

II. Terres quartzeuses et graveleuses. — Le quartz, pierre à base de silice, se rencontre dans une foule de roches, et par suite dans un grand nombre de terrains. — On donne le nom de quartzeux, non pas à tous ceux qui en contiennent, même en proportion assez considérable, des fragmens plus ou moins volumineux, mais à ceux qui en sont composés en majeure partie. Ils ne se distinguent pas alors sensiblement, sous le point de vue de la culture, des sols graveleux ; seulement les petites pierres roulées de la grosseur moyenne d’une noisette, qui composent ces derniers, ne sont pas toutes de même nature ; selon la formation géologique des montagnes dont elles ont été détachées, elles sont tantôt siliceuses, tantôt alumineuses, et tantôt calcaires. Cependant presque toujours les graviers siliceux prédominent dans la masse, et presque toujours aussi ils y sont mêlés à une certaine quantité d’argile, produite, soit par la propre décomposition des roches, soit par les sédimens entraînés par le cours des eaux. Les terrains graveleux doivent donc être considérés dans la plupart des cas, comme des sols sablo-argileux. Lorsque les cailloux qui les caractérisent sont volumineux, et qu’ils ne sont pas unis par une quantité suffisante de terre végétale, on ne peut guère les utiliser autrement que par des plantations. Les bouleaux, le saule marsault et quelques autres, l’orme, et, quand ils offrent un peu plus de consistance à une certaine profondeur, les chênes y réussissent communément. — À leur défaut, les conifères y croissent parfaitement. — Les arbres fruitiers y donnent des produits exquis. — La vigne à bonne exposition y procure en petite quantité un vin d’excellente qualité.

Si les sols graveleux sont composés de fragmens moins gros et mélangés à une plus grande quantité de terre, on peut leur confier diverses plantes annuelles parmi lesquelles on devra choisir de préférence celles qui arrivent à maturité avant la grande sécheresse, comme le seigle, l’orge, etc., etc., ou celles qui donnent des produits de jardinage d’un prix assez élevé pour indemniser des frais inévitables d’arrosement. — Du reste, les terres de graviers fins rentrent tout-à-fait, quant à leur culture, dans la classe des terres sablonneuses ou sableuses dont j’ai parlé au commencement de ce paragraphe avec des détails suffisans pour y renvoyer le lecteur.

III. Terres granitiques. — Elles sont encore à peu près dans le même cas. La décomposition du granite donne naissance à un sable argileux très-aride par lui-même et assez peu susceptible d’amélioration, à moins d’amendemens calcaires ou argilo-calcaires, et d’abondans engrais. — Le seigle, l’épeautre font la base de la grande culture des pays granitiques. — Il faut, pour que les prairies naturelles et artificielles y réussissent, qu’elles se trouvent dans les vallées, et par conséquent dans une position qui n’exclut pas toute humidité à l’époque des chaleurs estivales. Bosc, qui avait parcouru en tous sens la plupart des contrées granitiques de la France, recommandait le turneps comme une des plantes les plus propres à y donner aux bestiaux une nourriture à la fois abondante et très-succulente. « Ce qui doit encore plus engager à le semer dans ces sortes de sols, c’est, dit-il, que les bestiaux, quoiqu’en général de petite taille, y réussissent fort bien. Les chevaux y sont fins et vifs, voyez ceux du Limousin ; les bœufs ardens au travail, voyez ceux de l’Auvergne ; les moutons y ont la chair savoureuse, voyez ceux des Ardennes. Sous le double rapport de la production des engrais qui manquent surtout aux terres granitiques et de la valeur des animaux, les habitans de ces pays doivent donc se livrer de préférence aux spéculations qui ont pour but l’éducation des bestiaux, même des volailles, puisque, comme chacun sait, c’est du revers des Cévennes et du Limousin que sortent ces excellentes cuisses d’oies dont on fait un fort grand commerce. »

Presque toutes les montagnes granitiques de l’est de la France sont couvertes de beaux chênes et de châtaigniers dont les fruits font, pendant une partie de l’année, la base de la nourriture des hommes et de certains animaux, comme les cochons et la volaille, auxquels ils donnent en peu de temps une fort bonne graisse.

IV. Les terres volcaniques sont aussi plus communes dans l’est que dans toute autre partie de la France. C’est en Auvergne et en Languedoc, c’est-à-dire dans le Cantal, le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire, l’Hérault, etc. qu’il faut aller les étudier. Généralement ce sont encore des terres légères, faciles à distinguer par leur couleur noire ou noirâtre, souvent pulvérulentes, et qui exigent les mêmes cultures que les terres sableuses ou sablo-argileuses. — Jusqu’ici, sans qu’on ait pu se rendre bien compte du pourquoi, elles sont, lorsqu’on peut leur procurer en été une humidité suffisante, d’une fertilité qui dépasse de beaucoup, non seulement celle des sols granitiques avec lesquels elles offrent cependant d’assez nombreux rapports, mais encore celle de la plupart des autres sols connus. — Les cendres de laves, pendant long-temps impropres à toute végétation, acquerraient-elles, et conserveraient-elles après des siècles une propriété stimulante ? — Quoi qu’il en soit, dans des circonstances ordinaires, les céréales, les plantes fourrageuses, et tous les végétaux économiques des terres légères, croissent avec plus de vigueur sur les débris des anciens volcans que partout ailleurs. — Il n’est personne qui n’ait entendu parler des châtaigniers monstrueux du mont Etna.

V. Terres sablo-argilo-ferrugineuses. — Elles ont deux inconvéniens de plus que les terres simplement sablonneuses. — La couleur brunâtre ou violâtre qu’elles doivent à l’oxide de fer, et qui les caractérise autant au moins que leur fâcheuse disposition à s’agglomérer en espèces de pouddingues plus ou moins compactes, les rend d’un accès plus facile encore à l’excessive chaleur, et la surabondance de cet oxide s’oppose parfois complètement à toute végétation. — Il est presque toujours préférable de les cultiver en bois que de toute autre manière. Les taillis de châtaigniers y donnent de lents, mais de bons produits. Les bouleaux y croissent bien, et divers autres arbres peuvent, sinon y prospérer, du moins y végéter avec assez de force pour acquérir de la valeur.

À force d’engrais peu chauds, on peut aussi risquer sur de semblables terrains la culture du seigle, mais on doit s’attendre à le voir manquer complètement, pour peu que les pluies ne soient pas fréquentes pendant la belle saison. — Au moyen d’arrosemens plus multipliés qu’abondans, on obtient généralement dans les sables ferrugineux, en fruits maraîchers et en racines légumineuses, des produits d’une excellente qualité.

VI. Terres de sable de bruyères. Ces terres, que je placerais au rang des meilleures et des plus utiles en jardinage, sont, au contraire, des moins fertiles pour la grande culture. — Elles contiennent cependant, uni à un sable ordinairement très-fin, à une petite quantité d’alumine et d’oxide de fer, une quantité de terreau considérable, dû à la décomposition successive des plantes qui les recouvrent. — Quand elles se trouvent dans des circonstances favorables, leur fertilité est très-grande, au moins pour beaucoup de plantes ; mais, d’une part, comme il n’est que trop facile de s’en convaincre en parcourant les vastes landes de Bordeaux, celles de la Bretagne, de la Sologne, etc., elles offrent rarement assez de profondeur, ou elles reposent sur un sous-sol argileux qui retient l’eau de manière à ce qu’elles deviennent de véritables marais pendant l’hiver, tandis qu’elles se dessèchent complètement pendant l’été ; de l’autre, elles ont trop peu de consistance. — Le seul moyen de remédier à ce double inconvénient, c’est de faciliter l’écoulement des pluies, et de défoncer.

Pour atteindre le premier but, on fait des fossés, ou, si le terrain ne présente pas une pente suffisante, on creuse, de distance en distance, aux endroits les plus bas, de petits étangs, qui n’ont pas d’ailleurs l’unique avantage d’assainir la surface du sol. — Lors même qu’ils ne sont pas susceptibles de recevoir du poisson, ils donnent naissance à des plantes aquatiques que les cultivateurs ont grand soin de retirer pour les transformer en engrais, et ils se couvrent sur leurs bords d’herbes, que leur mauvaise qualité n’empêche pas d’utiliser, faute de meilleurs ou de suffisans pâturages. — Quant aux moyens d’augmenter la masse de terre labourable, nous reviendrons nécessairement sur cet important sujet en traitant prochainement des défrichemens.

Dans la plupart des pays de landes, après avoir ensemencé deux ou trois ans de suite une petite partie du sol en seigle, en sarrazin, en ponmmes-de-terre, etc., on le laisse en jachères beaucoup plus long-temps. — Cependant, dans la Campine, où de vastes landes d’un sable très-maigre reposent sur un fond argilo-terrugineux, on est parvenu, malgré leur stérilité naturelle, à les transformer en champs fertiles par l’adoption de l’assolement suivant : aux bruyères défrichées succèdent les pommes-de-terre, puis l’avoine et le trèfle, du seigle, de la spergule, des navets, assez souvent pâturés sur place, ou du sarrazin enterré en vert ; et enfin une seconde récolte de seigle, qui fait parfois place à un bois taillis. — Dans le Hanovre, sur un défrichement fait à la pioche par des colons pauvres auxquels le terrain était concédé à peu près gratuitement pour de longues années, un assolement analogue a produit des effets aussi satisfaisans. — Bien d’autres preuves attestent que les landes les plus maigres sont susceptibles de devenir d’une culture productive. Si l’on en tire communément un si mauvais parti, il ne faut pas pourtant toujours en accuser l’incurie des propriétaires ; car, quelque facile que soit théoriquement leur amélioration, en pratique elle est souvent rendue impossible par les frais qu’elle occasionerait dans des pays d’autant moins peuplés qu’ils sont naturellement plus improductifs.

Lorsque les terres de bruyères ont une certaine profondeur, elles se prêtent à la culture du bois. — Les Bouleaux, les Chênes rouvre et tauzin, le Châtaignier même, si les eaux ont de l’écoulement, y réussissent assez bien. — Le Pin maritime procure dans les landes de Bordeaux de riches produits par la résine, le goudron qu’on en extrait, et par son bois. — Le Pin sylvestre contribue à l’amélioration des bruyères de la Campine presque aussi puissamment qu’à celle des craies de la Champagne. — Le Pin du lord ou Weimouth réussit de préférence dans des sables un peu frais. Grâce à M. de Morogues, il commence, je crois, à être cultivé avec succès dans la Sologne. — Enfin le Pin rigida, qui vient également dans les graviers arides et dans les terres marécageuses, s’accommode surtout de ces dernières, et pourrait ainsi couvrir certaines landes d’une végétation productive.

VII. Sols de sable pur. — Ils se présentent tantôt en monticules qui bordent les rivages de la mer sous le nom de dunes ; — tantôt en masses plus ou moins régulièrement planes et mouvantes, que les vents poussent de proche en proche dans l’intérieur des terres ; — tantôt enfin en plaines dont la surface mieux abritée se couvre de quelques plantes d’une végétation chétive, qui donnent au sol un premier degré de stabilité.

Conquérir à la culture de semblables terrains, c’est une opération difficile, dont les résultats sont lents, parfois douteux, mais dont l’importance exige que j’entre ici dans quelques détails.

Des dunes. Presque partout, entre la laisse des hautes marées et la base des premières dunes, se trouve un espace assez vaste, à peu près plane, sur lequel les sables, entraînés par le vent, glissent sans s’arrêter. — Tous les cultivateurs qui ont cherché à fixer les dunes sont à peu près d’accord sur ce point, que c’est par cette partie qu’il faut commencer. — On fera bien de ne pas opérer à la fois sur une trop grande étendue.

Les végétaux qui conviennent particulièrement sont ceux qui, non seulement peuvent croître dans les sables les plus arides et vivre dans une atmosphère imprégnée d’émanations salines, même d’eau de mer dans les temps de tourmente, mais encore dont les racines ont la propriété de tracer de proche en proche jusqu’à de grandes distances, et les tiges, lorsqu’elles appartiennent à des plantes vivaces, de présenter une consistance coriace qui les maintient et les conserve le plus long-temps possible à leur place. — Je crois devoir citer particulièrement :

1o Pour le nord de la France, — parmi les plantes vivaces : Les Eryngium maritime et champêtre, les Elymus gigantesque et des sables, l’Arundo ou Oya des Côtes du Nord, le Ray-grass, le Crambé ou chou marin et le Topinambour ; — parmi les arbrisseaux : Le Rhamnoïde ou liciet d’Europe, l’Éphèdre ou raisin de mer, l’Ajonc et le Saule des dunes ; Parmi les arbres de diverses hauteurs : Le Pin laricio, le Pin d’Écosse, le Pin Weimouth, l’Épicéa, le Sapin argenté, le Genévrier de Virginie, les Peupliers blanc et noir, le Tremble, le Saule marsault, le Saule à feuilles d’amandier, le Saule hélix ou bleuâtre ;

2o Pour le midi du même pays, — parmi les plantes vivaces : Le Sparte d’Espagne, l’Echinophora maritime, la Christe-marine ou perce-pierre, le Panicum-Pied-de-poule, l’Asperge maritime, et le Jonc marin ; — parmi les arbrisseaux : Le Chalef à feuilles étroites, le Genêt épineux, le Genêt d’Espagne, l’Arroche ou pourpier de mer, l’Asperge à feuilles aiguës ; — enfin, parmi les arbres verts, outre les espèces déjà désignées pour le nord : Le Pin d’Alep, le Pin maritime, et même le Cyprès commun, et parmi les arbres à feuilles caduques, le Tamarix de Narbonne, le Chêne yeuse ou chêne vert, etc.

On multiplie ces divers végétaux de graines, de boutures au moyen de leurs tiges, ou d’éclats de leurs racines. — On peut donc, selon les circonstances, les semer ou les bouturer en place, ou les planter après les avoir élevés en pépinière.

Je parlerai d’abord des semis. Quelles que soient les graines qu’on aura pu se procurer, on devra mêler, à un tiers de celles des arbres et des arbrisseaux, deux tiers, non pas en poids et en volume, mais en nombre, des semences de plantes vivaces, dont les tiges, d’une croissance, autant que possible, rapide, abriteront pendant leurs premières années les jeunes végétaux ligneux, et empêcheront le sable d’être entraîné de manière à mettre leurs faibles racines à nu. — Les semis se font épais et à la volée ; on enterre les graines par un léger hersage. Puis, pour diminuer la mobilité du terrain, on étend et on fixe à sa surface, au moyen de piquets, des branchages d’arbres verts, ou, à leur défaut, de genêts, d’ajoncs, etc., etc., qui produisent en même temps un obstacle efficace contre les vents, et un abri favorable contre les rayons et la réverbération du soleil. — Ce mode est préférable à tout autre. — Mais si l’on ne peut pas se procurer ces branchages en suffisante quantité, pour suppléer le mieux possible à leurs bons effets, on réunit en cordons des fascines de quelque épaisseur, qu’on dispose ensuite comme les cases d’un damier (fig. 23), et entre lesquelles on fait les semis.

Fig. 23.

— Enfin, lorsque ces cases présentent une trop grande étendue, on peut augmenter les chances de réussite en substituant, par moitié dans le mélange de graines dont j’ai parlé ci-dessus, aux semences des plantes vivaces, d’autres semences de plantes annuelles d’une croissance plus rapide, telles, par exemple, que diverses soudes, des arroches, des anserines ou Chenopodium, la glaciale (Mesembrianthemum cristallinum), quelques amaranthes, etc., etc. Toutes ces plantes, et beaucoup d’autres qu’il serait trop long de citer, croissent de préférence dans les sables marins, et peuvent y donner quelques produits, au moyen de la soude qu’on en extrait par la combustion.

Par de semblables moyens, en peu d’années, on doit obtenir une première ligne de plantation, à l’abri de laquelle d’autres semis réussissent bien plus facilement que les premiers. — Toutefois, sans attendre des années, rien n’empêche de continuer progressivement sur toute la surface du terrain l’opération que je viens de décrire, et qui, à de légères modifications près, peut fort bien s’étendre aux dunes elles-mêmes.

Les boutures se détachent des arbres à la fin de l’automne, après la chute complète des feuilles. — On choisit des scions de 3 à 5 et 6 décimètres (de 1 à 2 pieds) de long, qu’on réunit en petites bottes. — Si le lieu où elles doivent être plantées est éloigné de plusieurs journées, il est utile de les envelopper de mousse fraîche, et de les empailler à la manière des arbres qu’on fait voyager au loin. — Arrivées à leur destination, elles seront déballées et enterrées par leur gros bout à l’exposition du nord, sans délier les paquets qui peuvent rester dans cette position jusqu’au moment de la plantation. — Lorsque les pluies ont pénétré et affermi les sables à une profondeur assez considérable, on transporte sur le terrain autant de paquets de boutures qu’on croit pouvoir en planter dans la journée, on les couvre provisoirement d’une toile humectée ou d’un paillasson, pour les abriter, si besoin est, de la sécheresse de l’air. — Enfin, on les fixe an plantoir à 2, 3 ou 4 décimètres de profondeur (6 po. à un pi. et plus) aux endroits où l’on juge convenable de les planter, de manière à ne laisser hors de terre que les 2 ou 3 derniers yeux. — Les arbres, les arbrisseaux et les arbustes qui se prêtent le mieux à ce mode de multiplication sont, parmi ceux que j’ai précédemment indiqués, les divers peupliers, les saules, le tamarix, le rhamnoïde, le chalef, l’éphèdre, et les arroches ligueuses.

Les plaines de sable mouvant, plus encore que les dunes, sont désastreuses pour les cultures voisines. L’agent qui les a formées, par son action continue, les transporte de proche en proche dans l’intérieur du pays ; elles stérilisent chaque année une étendue toujours croissante de terres labourables. — Les moyens de les fixer et de les féconder sont en tout les mêmes que ceux que je viens d’indiquer.

Quant aux sables qui se trouvent entre ces cultures nouvelles et l’intérieur des terres, leur étendue est parfois si grande, surtout sur les cotes méridionales de l’Océan, et les frais de plantation seraient par conséquent si considérables, que l’on ne peut guère recourir qu’aux semis. Ceux de graines de plantes maritimes annuelles et vivaces, mêlées à d’autres arbres, d’arbrisseaux et d’arbustes d’une germination prompte et d’une croissance rapide, offrent le plus de chances de succès, surtout lorsque la nature du climat ou celle des végétaux permet de les faire en automne.

Si l’on pouvait les couvrir en partie, comme précédemment, par des ramilles, il y a lieu de croire qu’en effectuant ces semis par lignes parallèles et croisées, qui formeraient plus tard des brise-vents et des abris contre l’excessive chaleur, on rendrait infiniment plus facile pour l’avenir le boisement complet.

Les sables des bords des fleuves, ou les grèves, lorsqu’on a le droit de se les approprier, sont d’une amélioration facile. — On peut les fixer et les accroître rapidement au moyen du marcottage des luisettes d’osier qui bordent le rivage Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 33) - Fig 24.jpg (fig. 24), ou de boutures faites à peu près de la manière que j’ai indiquée. Pour paralyser les efforts du courant pendant les grandes eaux, on dispose de distance en distance, dans une direction oblique, des haies d’arçons en saule (fig. 25), derrière lesquelles les sables et le limon ne manquent jamais de s’amonceler. La portion inférieure des deux figures 24 et 25 fait concevoir le détail de l’opération.

Fig. 25.
§ III. — Des sols calcaires.

Il est bien peu de terrains dans lesquels on ne rencontre pas une certaine quantité de calcaire, tantôt en graviers plus ou moins gros, détachés par les cours d’eau des montagnes primitives et secondaires, et auxquels on a donné le nom de sables calcaires, tantôt sous forme pulvérulente.

I. Sables calcaires. — Presque toujours mêlés aux sables siliceux dont, à cause de l’homogénéité de leur composition et de leur dureté, ils partagent à peu près les propriétés physiques, ces sols ne sont ni assez nombreux ni assez différens des sols graveleux pour nous occuper ici bien longuement. Comme ils se modifient cependant à la longue par suite de l’effet des pluies, des gelées et du soleil, et comme le résultat de leur altération est la production d’une terre calcaire le plus ordinairement mêlée d’argile, ils se trouvent dans des circonstances agricoles plus favorables que les sables purement quartzeux.

La chaux carbonatée à l’état pulvérulent forme la base des terrains crayeux, marneux et de tuf.

II. Sols crayeux. — Ces sols, tels qu’on les rencontre dès les environs de Troyes, d’où ils se répandent indéfiniment dans tout le nord-ouest et l’ouest du département de l’Aube et au-delà, sont composés, dans la plupart des cas, de deux tiers environ de calcaire et d’une quantité variable de sable fin, d’argile, et par fois probablement de magnésie, ou plutôt de carbonate de magnésie. — En cet état, ils sont à bien peu près stériles, à moins de frais considérable de culture. — Quelques-unes des plantes des terrains sableux, telles que l’orge, le trèfle, le sarrasin, les topinambours, les pommes-de-terre, les turneps y donnent çà et là de chétives récoltes. — Un petit nombre de fourrages, parmi lesquels il faut citer, en première ligne, le sainfoin, y végètent plus ou moins bien ; enfin, ceux des arbres qu’on y fait croître avec le plus de succès sont les pins.

La craie absorbe et retient l’eau avec une force qui paraît plus nuisible qu’utile à la végétation, parce qu’elle ne s’en dessaisit que lorsqu’elle est sursaturée, c’est-à-dire qu’elle devient boueuse. — En séchant elle s’agglomère à la surface en une croûte, plus ou moins épaisse, qui, quoique très-friable, réunit au désavantage de se fendiller comme les argiles, celui de ne se laisser traverser ni par l’air, ni par des pluies peu durables. — Ces dernières produisent d’autant moins d’effet sur les sols crétacés, que le tuf, qui se trouve communément à peu de profondeur, est doué d’une puissance d’absorption assez grande pour s’emparer en quelques heures de l’humidité des couches supérieures.

La craie, par sa couleur blanche, reflète les rayons solaires ; elle les empêche de pénétrer la masse du sol, et cause à sa surface une réverbération brûlante, double effet également nuisible à la végétation.

Les gelées ont aussi plus de prise sur les terres de cette nature que sur d’autres ; elles les soulèvent de manière à déchausser quelquefois complètement les racines peu profondes.

Mais un dernier inconvénient, de tous le plus grave, c’est que, soit que la chaux carbonatée, même à l’état pulvérulent, absorbe moins facilement et moins abondamment l’oxigène de l’air, que les sols plus riches en argile et en terreau, — soit qu’elle jouisse de la propriété de hâter particulièrement la transformation des engrais, — soit enfin que, par suite de l’extrême mobilité de ses molécules, elle en soit plus facilement dépouillée par les pluies, toujours est-il que la craie a besoin de fumures plus fréquentes que toute autre terre. — Dans l’impossibilité où l’on se trouve trop généralement de lui donner les amendemens convenables, il faut donc chercher par tous les moyens possibles à y suppléer par le choix et la quantité des fumiers.

Une très-bonne pratique consiste à creuser au bas de chaque champ, le long des chemins d’exploitation, partout où se dirigent les eaux pluviales, des fossés ou des mares destinées à recevoir les terreaux et les bonnes terres entraînées pendant les temps d’averses et d’orages. — On fait de ces dépôts des amas plus ou moins considérables qu’on mêle ensuite avec des engrais liquides ou solides, de manière à les transformer en composts excellens pour toutes les cultures.

C’est surtout dans les sols crayeux que la multiplication des prairies artificielles devient la base de tout bon assolement. Malheureusement peu de plantes y prospèrent comme fourrages. Le sainfoin y donne d’assez bons produits, bien qu’il faille les attendre plusieurs années. La pimprenelle s’y élève peu ; elle convient d’ailleurs plutôt aux moutons qu’aux animaux de labour. Les raves, et autres fourrages des terrains secs et légers, sont loin d’y venir partout, même à moitié bien, et il est une foule de localités où aucun d’eux ne peut offrir un dédommagement suffisant des frais de culture. Dans une position aussi désavantageuse, bien peu de ressources restent au cultivateur le plus industrieux.

La plantation des pins lui en offre cependant une importante ; mais ce n’est encore qu’à regret que la nature semble lui faire cette concession, car les semis qui réussissent avec un plein succès dans les sables les plus arides du Maine, peuvent à peine être tentés dans les plaines calcaires de la triste Champagne. — Jusqu’à présent, à ma connaissance, au lieu de semer on plante, et, comme cette opération, si elle acquérait une grande extension, serait excessivement coûteuse, on se borne à disposer à la surface du sol des porte-graines dont les premiers produits devront se faire attendre parfois près d’un quart de siècle (fig. 26). — C’est le pin sylvestre ou d’Écosse (Pinus sylvestris) qu’on cultive le plus généralement dans les terrains crayeux. — Quoiqu’on doive, pour mieux assurer le succès, le planter fort jeune, il convient de donner de suite l’espacement convenable, c’est-à-dire 5 mètres environ en tous sens entre chaque individu, et afin de diminuer la prise des vents, autant que pour conserver un peu d’humidité et pour éviter quelques-uns des inconvéniens du déchaussement par les gelées, il est bon de le buter jusqu’à une certaine hauteur avec le sol environnant. Là se bornent les soins de la plantation, qui s’effectue vers le mois d’avril, autant que possible en bonnes mottes. — Des binages seront nécessaires dans la suite pour faciliter l’extension des racines.

Fig. 26.

Par un semblable moyen, à mesure que les pins commencent à donner de l’ombrage, le sol se couvre en partie de mousses qui favoriseront plus tard les semis naturels. De quinze à vingt ans, on voit lever une infinité de plants dont la réussite est assurée, parce que leurs radicules sont protégées efficacement contre les trop grandes chaleurs, les sécheresses excessives et surtout les gelées produites par le rayonnement.

Cette culture n’exigeant pas, comme on le voit, de frais considérables, n’a vraiment contre elle que la lenteur excessive avec laquelle elle donne ses résultats. Ne pourrait-on pas arriver au même but par des moyens plus prompts ? A-t-on essayé de tous les modes de semis qui sembleraient offrir des chances de succès ? — Les sables blanchâtres d’une partie du Maine sont aussi arides et aussi brûlans que les craies de la Champagne. Les semis de pins, et notamment celui du pin maritime, qui se refuse obstinément à croître dans ce dernier pays, y réussissent cependant, sans le secours d’aucun abri, d’une manière vraiment admirable ; mais il y a entre les deux localités cette différence capitale, que les effets du déchaussement sont peu appréciables sur les sables, tandis qu’ils le sont beaucoup sur les terrains crayeux. — Si l’on voulait semer ceux-ci au lieu de les planter, ce serait donc aux froids de l’hiver bien plus qu’aux chaleurs de l’été qu’il faudrait opposer un abri ; or, l’une n’est pas aussi facile que l’autre en une telle circonstance.

III. Sols tuffeux. — Le tuf, qui accompagne très-souvent la craie à une certaine profondeur, n’est lui-même qu’une craie plus compacte qui acquiert assez de dureté pour être utilisée dans les constructions. Nous n’avons pas à nous en occuper ici comme sous-sol. Lorsqu’il est ramené à la surface, son premier effet, ainsi que celui de toutes les terres qui ont été constamment soustraites aux influences atmosphériques, est de causer la stérilité. Plus que d’autres il possède cette fâcheuse propriété ; il la conserve aussi plus long-temps. — Dans une foule de cas cependant, les recoupes de pierre calcaire d’une autre nature, les marnes, la craie sont d’excellens amendemens ; le tufeau est généralement considéré comme impropre à cet usage, et j’ai été à même d’éprouver plus d’une fois que les vieilles traditions qui proscrivent son usage ne sont pas de simples préjugés. Toutefois il est évident qu’on s’est exagéré ses inconvéniens dans beaucoup de cas.

Les terrains de tuf mélangés à une certaine quantité d’argile et de sable ne sont point infertiles ; le temps, la culture et les engrais les améliorent sensiblement — Lorsqu’ils offrent une profondeur suffisante, ils conviennent aux productions des terres légères. — Les céréales peuvent même y acquérir une bonne qualité. — Les sainfoins, les luzernes, les trèfles, les raves, etc., y réussissent. — Les arbres seuls, ceux surtout qui ont une disposition à pivoter, s’en accommodent fort mal, ce qui est facile à concevoir. La vigne, et, parmi ses nombreuses espèces, celles qui produisent des vins blancs, y donnent particulièrement de très-bons produits sur les hauteurs convenablement exposées.

Les personnes qui ont parcouru les coteaux du Cher, de la Creuse, de l’Indre, une partie d’Indre-et-Loire et de la Vienne depuis Châtelleraut jusqu’à l’embouchure de cette rivière dans la Loire, et qui ont surtout visité avec attention les rives de ce fleuve entre Tours et Saumur, ont pu remarquer avec l’auteur d’un ancien Mémoire inséré dans le tome 3 des Mémoires de la Société d’agriculture de la Seine, que, tantôt les bancs de tuf sont recouverts d’une poussière calcaire, qui communique sa couleur blanchâtre au sol entier, et tantôt, lorsqu’ils se trouvent à une plus grande profondeur, d’un terrain jaunâtre ou rougeâtre dans lequel la quantité du calcaire diminue en proportion de l’augmentation de celle d’argile. Au moyen de cette seule indication, on peut distinguer très-aisément dans ces cantons les terres à vins blancs, des terres à vins rouges.

Quand les sols de tuf sont peu profonds, leur amélioration est d’autant plus lente et plus difficile que le sous-sol jouit plus efficacement de la propriété absorbante dont j’ai déjà parlé, et qu’on ne peut le ramener à la surface, même en petite quantité, sans compromettre plus ou moins long-temps la fécondité de la couche labourable. — En pareil cas cependant, au risque de diminuer encore momentanément les produits, dans l’espérance fondée de les accroître pour l’avenir, on fera bien d’entamer légèrement le tuf inférieur chaque année, lors du premier labour, jusqu’à ce qu’on soit parvenu à une profondeur suffisante.

IV. Terres marneuses. — Les marnes (qui devront être considérées dans un autre chapitre comme amendemens) se trouvent quelquefois à la superficie du terrain, et forment alors des sols calcaires à divers degrés qui sont assez communs pour nous occuper utilement ici.

Les marnes argileuses sont de couleur blanchâtre, grisâtre ou jaunâtre ; elles se délaient à la moindre pluie, se dessèchent et se durcissent par l’effet de la sécheresse la moins prolongée. — Dans ce dernier état elles ne sont pas friables comme la craie. Mais elles se rapprochent des argiles en ce qu’elles retiennent souvent l’eau des pluies, ce qui les rend d’autant plus froides que leur couleur empêche qu’elles ne soient pénétrées par la chaleur solaire. — Elles déchaussent presque aussi facilement que les craies, et, comme ces dernières, elles manquent généralement d’humus.

En des circonstances particulières, lorsqu’elles contiennent peu d’argile, qu’elles présentent une surface inclinée, et qu’elles peuvent être humectées à une certaine profondeur, par suite de leur gonflement et du peu d’adhérence de leurs parties, entraînées par leur propre poids, elles se laissent aller sur elles-mêmes, et glissent parfois à des distances considérables.

Les sols marneux sont peu fertiles. Lorsque l’argile domine dans leur composition, ils rentrent dans la classe des terres glaiseuses ou argilo-calcaires ; — quand c’est la chaux carbonatée, ils se rapprochent plus ou moins de la craie.

§ IV. — Des sols magnésiens.

La magnésie combinée au gaz acide carbonique se montre çà et là dans les terres arables, unie, dans la plupart des cas, à la chaux carbonatée. Quand elle est saturée de ce gaz, elle n’exerce sur la végétation aucune action défavorable, ainsi qu’on peut en acquérir la preuve plutôt en Angleterre et en Allemagne qu’en France. Loudon rapporte qu’elle existe en proportion très-notable dans le Lizard, l’une des parties les plus fertiles du Cornwal. — Il serait facile de citer des exemples analogues sur plusieurs autres comtés, tels que le Leicestershire, le Derbishire, l’Yorkshire, etc., etc, dans lesquels on trouve d’abondans calcaires magnésiens.

Mais, lorsqu’elle a été artificiellement dépouillée de son acide carbonique par la calcination, ou lorsqu’elle a été simplement ramenée à l’état de sous-carbonate (et elle existe parfois ainsi dans la nature), elle exerce une influence des plus fâcheuses, que Davy attribue à son affinité moins grande que la chaux pour le gaz précité. — Elle devient alors un véritable poison pour une foule de végétaux. — Je me vois de nouveau forcé, afin d’éviter des répétitions, de renvoyer le lecteur au chapitre des amendemens pour de plus amples détails.

Les cultivateurs anglais ont constaté, par plusieurs faits, ainsi que l’indiquait la théorie, que le meilleur moyen de neutraliser l’action de la magnésie, c’était d’une part de la mettre en contact dans le sol avec des tourbes ou des engrais qui pussent lui procurer une quantité suffisante de gaz acide carbonique, et de l’autre, d’éviter complètement l’emploi de la chaux sur les terres dans lesquelles elle surabonde.

§ V. — Des sols tourbeux et marécageux.

Lorsque les végétaux se décomposent à la surface du globe sous l’influence de l’oxigène de l’air, ils donnent naissance à du terreau. Quand ils fermentent et s’altèrent dans l’eau, ils forment la tourbe qui s’en distingue par des propriétés chimiques fort différentes. — Tandis que l’un est d’une fertilité, on peut dire excessive, la seconde est complètement impropre à la végétation de toutes plantes autres que celles que la nature a fixées par exception sur les tourbières. Ce dernier fait, qu’on le regarde comme la suite d’une fermentation acide particulière, de la transformation du mucilage en une substance huileuse que les tourbes paraissent contenir en quantité plus considérable que les terreaux, de l’action probable, dans quelques cas seulement, des pyrites, ou de toute autre cause, ce fait, dis-je, est démontré par toutes les expériences connues.

I. Terrains tourbeux. — Ils ont un aspect qui dénote au premier coup-d’œil leur origine. On reconnaît facilement dans leur masse les détritus diversement agglomérés des végétaux qui les ont produits. — Ils sont spongieux et élastiques. — En se desséchant, ils perdent la majeure partie de leur poids. — Leur couleur est d’un brun noirâtre. — Ils s’échauffent cependant et se refroidissent avec une égale lenteur, de sorte qu’on pourrait encore les reconnaître en été à leur fraîcheur ; en hiver, à une température plus élevée que celle des terres d’une autre nature.

Il n’est pas toujours avantageux de transformer les tourbières en terres labourables ; car, partout où le bois a une grande valeur, la tourbe peut, jusqu’à un certain point, le suppléer, et la mise en culture de ces sortes de sols n’est rien moins que facile. Cependant, dans certaines circonstances, on peut trouver profitable de la tenter, ainsi que l’atteste la pratique des habitans des moors hollandais, et des peat-mosses de diverses parties des îles Britanniques.

Après un dessèchement préalable, indispensable dans tous les cas, sur quelques points de l’Écosse, on recouvre à grands frais les tourbières de terre végétale. — Quelques pouces de sable ou de graviers, de calcaires coquilliers, de vase de mer, et principalement d’argile, ont transformé des tourbières improductives en terrains d’un très-bon rapport.

D’autres fois on brûle le plus complètement possible toutes les herbes qui recouvrent la surface du terrain. — On donne ensuite un premier labour destiné à détruire les racines de celles qui repoussent avec une grande facilité, telles que les Eriophorum, les Nardus, etc., etc. — On les réunit en tas avec la tourbe soulevée par la charrue ; on les brûle quand elles sont suffisamment desséchées, et on en répand également les cendres. — Cette opération terminée, après un second labour, on transporte sur le sol une quantité de marne, qui n’est pas moindre de 200 yards cubes par acre (l’yard cube correspond à 0m7645 cubes ; l’acre anglaise à 40a,467). — Puis quand elle a été répandue en temps opportun, on ajoute une quantité raisonnable d’engrais. Une tourbière ainsi amendée peut produire dès la première année, non seulement une récolte de pommes-de-terre, de navets, etc., mais de toute espèce de blés.

Le meilleur moyen d’entretenir ensuite sa fertilité, est de continuer l’emploi des calcaires, et de donner de loin à loin quelques fumures. — On contribue mécaniquement au même but en faisant passer à la surface du sol, afin de diminuer sa porosité trop grande, un rouleau de pesanteur moyenne, autant de fois que le comportent l’état des cultures et les frais de main-d’œuvre. — Nous donnons, d’après Loudon, l’idée d’un rouleau triple de bois (fig. 27), Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 37) - Fig 27.jpg fort convenable pour cette destination.

Les tourbières, simplement égouttées jusqu’à une certaine profondeur, se couvrent spontanément d’une foule d’herbes, en général d’une assez mauvaise nature pour les bestiaux, qui produisent cependant des pâturages recherchés, parce que leur végétation tardive au printemps, se prolonge pendant une grande partie de l’hiver.

Sans autres frais que quelques écobuages et l’emploi de la chaux, j’ai vu de pareils terrains quintupler de valeur. Sous l’influence de ce double stimulant, les plantes marécageuses disparaissent successivement et font place d’autant plus sûrement et plus promptement à des herbages d’une excellente qualité, qu’on répand au hasard à la surface du sol quelques boisseaux de graines ramassées pêle-mêle avec la poussière d’un grenier à bon foin.

De tous les végétaux, les arbres sont les derniers à prospérer dans les tourbières. — M. le comte d’Ourches rapporte qu’il a vu en Souabe, près de Memmingen, dans une plaine à surface tourbeuse, des houblonnières d’une beauté remarquable, et qu’il a depuis obtenu en France, sur des terrains analogues desséchés par d’étroites saignées, des houblons magnifiques, des plantes oléagineuses d’un grand produit, et des asperges d’un volume considérable. Sans doute, il a voulu parler de tourbières déjà améliorées par une culture préalable.

II. Terrains uligineux. — Les sols auxquels Bosc a donné ce nom ont de l’analogie avec les tourbes proprement dites et avec les simples marais, quoiqu’ils diffèrent essentiellement des uns et des autres. « Un terrain en pente (fig. 28) et inférieur à des sommets susceptibles de laisser facilement infiltrer les eaux des pluies, est toujours uligineux, lorsqu’il est formé d’un banc d’argile ou de marne très-argileuse, surmonté d’une couche de terre tourbeuse au plus d’un pied d’épaisseur, lorsque l’eau qui le rend marécageux est celle de la Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 37) - Fig 28b.jpg pluie tombée sur les sommets et arrêtée par le banc argileux, laquelle s’épanche par filets imperceptibles et très-nombreux, de sorte que la totalité de la couche supérieure en est à peu près également imbibée. » (Bosc).

Explication de la figure : A, montagne graveleuse susceptible de laisser infiltrer l’eau des pluies et qui repose sur un lit d’argile ; — B, B, B, fentes qui se trouvent dans l’argile et direction des eaux qui la pénètrent ; — C, terrain uligineux.

Les terres uligineuses diffèrent de la tourbe des lieux submergés, en ce que celle qui les compose est toujours mêlée d’une certaine quantité d’argile, de sable et même de terreau dû à la décomposition des diverses parties des végétaux qui a eu lieu à la superficie du sol, et par conséquent en présence de l’air. — Aussi est-il plus facile de les amener promptement à l’état de terre végétale, et ne faut-il pour cela que les soustraire aux effets toujours agissans des infiltrations, les exposer en couches minces aux influences atmosphériques pendant quelques mois, ou leur donner de la chaux.

Les terrains uligineux sont très-communs sur divers points de la France. Il en existe tout près de Paris, autour de la plupart des buttes à plâtre ; il en existe aussi dans la forêt de Montmorency, et on peut les aller étudier dans le voisinage du château de la Chasse, non loin du tombeau vénéré de l’excellent homme qui les a décrits. — En général, comme les véritables tourbières, ils se couvrent exclusivement de plantes qui leur sont propres. — L’aune, le saule aquatique, le frêne et le bouleau sont à peu près les seuls arbres qui puissent, non pas y prospérer, mais y vivre languissamment.

Les obstacles que la culture rencontre dans de telles localités sont donc de plusieurs sortes, puisqu’à une humidité permanente et presque toujours froide, se joint la qualité semi-tourbeuse du sol et son peu de profondeur. — Pour obvier au premier inconvénient, il est indispensable de creuser à la partie supérieure du terrain uligineux un fossé assez profond pour couper la nappe d’eau qui filtre sur le sous-sol, et de diriger cette eau dans d’autres fossés, jusqu’au fond de la vallée. — J’ai dit plus haut comment on peut parer au second ; j’ajouterai cependant qu’à l’emploi réitéré de la chaux ou, à son défaut, de tout autre amendement calcaire, on fera bien de joindre de loin en loin la pratique de l’écobuage, dont les excellens effets, en pareil cas, ne peuvent être contestés. — Enfin, quant au peu de profondeur de la couche labourable, on peut y remédier en défonçant et en mélangeant l’argile ou la marne argileuse du fond avec la tourbe de la superficie ; opération coûteuse à la vérité, mais d’un effet certain et durable.

III. Sols marécageux. — Ils se confondraient avec les précédens, si, comme eux, ils avaient de la pente et étaient susceptibles de s’égoutter. — Ce sont des terrains sensiblement horizontaux, couverts d’eaux stagnantes, au moins une partie de l’année, et qui ne peuvent en être naturellement débarrassés que par les effets de l’évaporation.

Lorsqu’ils sont totalement et constamment submergés, ils deviennent complètement impropres à toute culture. Deux plantes usuelles y croissent cependant spontanément : le cresson et la macre ou châtaigne-d’eau (Trapa natans, fig. 29). Le fruit bizarre de ce végétal, très-répandu dans les eaux stagnantes d’une partie de l’ouest de la France, contient une pulpe farineuse, nourrissante et d’un goût assez agréable, qui le fait rechercher par beaucoup de personnes à l’égal de la châtaigne, et qui mérite d’être plus généralement apprécié.

Fig. 29.

Lorsque les terrains marécageux ne sont submergés qu’une partie de l’année, ils se couvrent d’une végétation qu’on pourrait appeler mixte, dans laquelle, à côté des joncs, des scirpes, des souchets, etc. (voy., fig. 30), on reconnaît d’autres plantes qui appartiennent aux prairies. Aussi donnent-ils dans les années favorables des foins que leur mauvaise qualité n’empêche pas d’utiliser pour la nourriture des ruminans, quoiqu’ils soient fort peu de leur goût et souvent assez malsains. Il est telles localités où les bœufs perdent toute énergie et se couvrent de poux, dès qu’on est obligé de les nourrir d’herbages de marais.

Dans ces sortes de terrains quelques arbres peuvent croître assez bien sans dessèchement préalable, pour peu que l’argile du fond soit à une assez grande profondeur. Cependant beaucoup manquent à la transplantation ou périssent de ses suites, même parmi les espèces qui réussissent le mieux après la reprise. En beaucoup de cas, les plantations du printemps, si elles étaient possibles, remédieraient en partie du moins à ce grave inconvénient. — Au nombre des arbres qui peuvent croître avec profit dans les marais et contribuer à-la-fois à leur attérissement et à leur assainissement, il faut citer en première ligne les saules, les peupliers, puis l’aune, le bouleau, qui a l’heureuse prérogative de prospérer sur les sables arides des coteaux et dans les fonds vaseux, le cyprès dystique, qui deviendra peut-être un des grands végétaux ligneux les plus utiles en pareil cas, enfin le frêne, etc., etc.

Les contrées marécageuses ne sont pas seulement improductives, elles sont surtout insalubres. Sous ce double rapport, il est également désirable de les dessécher ou de les transformer en étangs. — Nous verrons dans un des chapitres suivans comment il est possible, et dans quels cas il est profitable de faire l’un ou l’autre. Les marais une fois convenablement égouttés, sont ordinairement d’une fertilité d’autant plus grande et plus durable qu’il est facile de leur procurer un degré d’humidité convenable, et qu’ils conservent long-temps quelques débris des végétaux encore imparfaitement décomposés, dont les générations se sont succédé jadis inutilement à leur surface.

Fig. 30.

Les marais salés, lorsqu’on parvient par des digues à les soustraire aux effets des hautes marées, peuvent devenir fertiles dès que le sel dont ils sont imprégnés a été en grande partie entraîné par les eaux pluviales, ou décomposé par la végétation de quelques-unes des plantes dans lesquelles on retrouve particulièrement des muriates ou hydrochlorates, et qu’on cultive parfois pour en extraire la soude ; telles sont celles que j’ai déjà citées en parlant des dunes.

Les anciens marais salés donnent des foins pour lesquels tous les herbivores montrent une avidité remarquable. — Sur les bords submersibles de la basse Tamise, il existe, tout près de Londres, des prairies marécageuses, légèrement salines, dans lesquelles on envoie, moyennant un prix très-élevé, les chevaux fatigués ou malades, pour les rétablir promptement en état de santé, et dans lesquelles aussi les animaux destinés à la boucherie ne manquent jamais d’acquérir en peu de semaines une qualité supérieure, sur laquelle spéculent avec grand avantage les propriétaires de ces sortes de pâturages. — Nous pouvons citer en France, comme exemple des bons effets des herbages salins les moutons de la plupart des cotes de Normandie ; les bœufs des mêmes contrées ; ceux d’une partie de la Charente-Inférieure, des îles de Ré et d’Oléron, etc., etc. Oscar Leclerc-Thoüin

Section iv.Propriétés physiques des sols.

Les sols arables varient bien plus en raison des propriétés physiques des substances qui les composent, que par la composition chimique de celles-ci. — En effet, toute la masse du sol, à quelques centièmes près, ne sert que mécaniquement, soit à loger et maintenir les racines, soit à tenir interposés l’eau, les gaz, les solutions alimentaires ou stimulantes, etc., véritables agens de la végétation. — Ces fonctions du sol dépendent évidemment surtout de ses caractères physiques, et d’ailleurs ceux-ci sont souvent indépendans de la composition intime, et peuvent varier sans que la nature de leurs composans change.

Citons quelques exemples : L’argile plastique (terre glaise), mêlée avec cinq ou six centièmes de craie, contient tous les élémens d’un bon sol (sauf les engrais et les stimulans) ; mais ce mélange est tellement compacte, lourd, difficile à diviser, qu’il ne saurait être mis en culture. — Qu’on le calcine au rouge naissant, puis qu’on le pulvérise, il offrira, au contraire, une sorte de sable léger, poreux, trop sec, propre à rendre plus meubles et meilleures les terres trop compactes. — La chaux carbonatée en parcelles dures, telles que les menus débris de marbres, d’albâtres, de diverses roches, de pierres de taille, etc., ne retiendra que 25 à 30 centièmes de son poids d’eau, tandis que la même substance, en poudre beaucoup plus fine, retiendra de 80 à 90 centièmes d’eau. — Nous rencontrons d’autres faits de ce genre tout aussi remarquables, en traitant des amendemens ; enfin, nous dirons que le soufre, le charbon, le sable, et tous les corps insolubles dans un état pulvérulent convenable, avec de l’eau et un engrais organique azoté, peuvent développer et soutenir une très-belle végétation.

[2:4:1]
§ Ier. — Densité ou poids spécifique des terres.

On désigne ainsi le poids d’un volume de terre comparé au même volume d’eau. — Pour le trouver, il suffit de constater le poids de la terre bien séchée que l’on emploie en remplissant un vase déjà à demi plein d’eau. Ainsi, supposons que dans un flacon A (fig. 31) Deux contenants contenant exactement 2 litres, on ait versé d’abord 1 litre d’eau exactement mesuré, qu’ensuite on ait employé pour le remplir entièrement B, 2 kil. 75, ou 2750 gramm. de sable terreux ; il est évident que ces 2750 gramm. de sable occupent le même volume ou tiennent autant de place qu’un litre d’eau, puisqu’il manquait seulement un litre pour remplir toute la capacité. Or, on sait qu’un litre d’eau, à la température où l’on opère, pèse 1 kil. ou 1000 grammes, donc le sable pèse sous le même volume 2750 gramm. ou 2 fois ¾ davantage. Ainsi 2750 est le poids spécifique du sable comparé à celui de l’eau qui est 1000.

En opérant ainsi, le docteur Schubler a trouvé les poids spécifiques suivans pour les diverses substances qui forment les sols.

Substances terreuses.
Poids
spécifique.
Poids
de l’eau.
Sable calcaire 
2822 1000
Sable siliceux 
2753 1000
Glaise maigre (sableuse) 
2700 1000
Glaise grasse 
2652 1000
Terre argileuse 
2603 1000
Argile privée de sable 
2590 1000
Terre calcaire fine 
2468 1000
Terre de jardin 
2332 1000
Terres arables 
2400 1000
2525 1000
Magnésie carbonatée 
2232 1000
Humus 
1225 1000

Le poids spécifique des terres donne des indices sur leur nature et leur composition ; mais il est en sens inverse de la compacité des sols pour l’argile et le sable. — Ainsi, les sables forment la partie la plus lourde des terres, et abondent cependant sur les sols légers, secs et chauds. — Les argiles, qui constituent les sols compactes, humides et froids, sont d’autant plus légères qu’elles contiennent moins de sable. — La terre calcaire, le calcaire magnésien en poudre et l’humus diminuent la densité et rendent les sols légers, pulvérulens et secs.

[2:4:2]
§ II. — Ténacité et qualité plastique.

La ténacité d’un sol peut se reconnaître approximativement d’une manière fort simple : ou humecte la terre avec assez peu d’eau pour que, tassée et roulée entre les mains, elle forme une boule dure d’environ un pouce de diamètre, on la laisse sécher au soleil ou sur un poêle, puis on l’examine comparativement. — Pour les sols très-sableux et légers, la consistance sera si faible que les boules s’écraseront sous une pression faible, on même spontanément sous leur propre poids. — Les bonnes terres arables résisteront plus ou moins à la pression entre les doigts, mais s’écraseront en poudre sous un certain effort ou un léger choc. — Les glaises, terres argileuses fortes, exigeront le choc d’un corps dur, et resteront en fragmens que l’on ne pourra mettre en poudre sous les doigts.

Si l’on fait chauffer au rouge cerise toutes ces boules, qu’on les laisse refroidir, puis qu’on les mette dans l’eau, les terres sableuses se désagrégeront instantanément. — Les terres très-calcaires se délaieront plus lentement ou même exigeront une pression entre les doigts. — Les argiles et terres argileuses fortes conserveront leurs formes, et même seront beaucoup plus dures qu’avant d’être chauffées. — Si l’on chauffait au rouge presque blanc, les terres calcaires donneraient de la chaux ou se vitrifieraient. — Les argiles et terres argileuses deviendraient de plus en plus dures.

On a essayé de soumettre à des essais rigoureux la ténacité des terres ; nous indiquerons les moyens employés et les nombres obtenus. — On devait aussi chercher à mesurer à l’état humide la consistance plastique, la résistance à la division et le frottement sur les instrumens aratoires, pour mieux apprécier les qualités des terres fortes ou faciles à travailler, ou trop légères. — Les agriculteurs s’en rendent à peu près compte à la quantité en surface et profondeur de terrain humide labouré, pour une égale force employée. En général, une terre est d’autant plus consistante, plus adhérente aux outils, qu’elle renferme plus d’argile plastique. Nous indiquerons les données expérimentales y relatives.

La ténacité et la consistance du sol ont une très-grande influence sur la végétation et sur les procédés de la culture. Ce sont surtout ces propriétés que les cultivateurs désignent par les dénominations de sol léger ou pesant ; il convient donc de les soumettre à un examen approfondi, soit à l’état sec, soit à l’état humide.

Pour éprouver la ténacité des terres à l’état sec, on a fait de chaque terre en particulier, dans son état d’humidité moyenne, des morceaux longs (parallélipipèdes), au moyen d’une forme en bois de la longueur de 20 lignes (45,2, millim.), 6 lignes de largeur (13,5 millim.), et autant de hauteur. Dès qu’ils étaient parfaitement secs, on les posait sur deux points d’appui éloignés l’un de l’autre de 15 lignes (33,6 millim.), puis on les chargeait peu-à-peu de grains de plomb suspendus au milieu des morceaux de terre, au moyen d’un plateau de balance, jusqu’à ce qu’ils vinssent à casser. Le poids qu’ils avaient supporté servait de mesure à leur ténacité.

La quantité de poids dont on est obligé, pour les rompre, de charger les terres contenant de l’argile, est énorme. Elle s’est montée, pour l’argile pure, à 11 kil. 100 gramm. ; la chaux fine et pure, au contraire, ne supportait que 1 kilogramme 720 grammes. Alors, prenant la ténacité de l’argile (11,10 kilog.) pour mesure commune de 100 degrés, on compare à cette mesure les ténacités des autres terres, comme on le verra dans la table qui va suivre.

Cohésion du sol dans l’état humide, et son adhérence aux instrumens d’agriculture. — En travaillant une terre dans l’état humide, il ne faut pas seulement vaincre sa cohésion, mais principalement son adhérence aux instrumens d’agriculture. On s’est servi du moyen suivant pour déterminer la résistance en ce sens des différentes espèces de sols : deux disques d’une égale grandeur, de fer ou de bois de hêtre (ce sont les 2 substances dont on se sert le plus souvent pour confectionner les instrumens de culture), sont attachés aux deux extrémités des bras d’une balance, en ayant soin qu’ils y soient en équilibre. Alors on met un de ces disques en contact, le plus exact possible, avec la terre à examiner, et l’on charge l’autre disque de poids, jusqu’à ce que le premier se détache de la terre ; la quantité des poids ajoutés indique l’adhérence de la terre avec l’autre disque.

Afin de comparer les terres dans un état également humide, ce qui est très-important, on les emploie chaque fois dans l’état où elles se trouvent quand elles sortent des tamis (V. page 42), au moment où elles ne laissent plus dégoutter d’eau.

Les résultats différens obtenus par les deux modes d’essais précités sont réunis dans le tableau suivant :

Espèces de terres. Ténacité de la terre
sèche celle de l’argile
étant 100.
Ténacité
en poids.
 Adhérence à l’état humide
aux instruments d’agriculture
par décimètre carré
de fer de bois
kilog. kilog. kilog.
Sable siliceux 
0 0 0, 0, 17 0, 19
Sable calcaire 
0 0 0, 0, 19 0, 20
Terre calcaire fine 
5 0 0, 55 0, 65 0, 71
Humus 
8 7 0, 97 0, 40 0, 42
Magnésie carbonatée 
11 5 1, 27 0, 26 0, 32
Glaise maigre 
57 3 6, 36 0, 35 0, 40
Glaise grasse 
68 8 7, 64 0, 48 0, 52
Terre argileuse 
83 3 9, 25 0, 78 0, 86
Argile pure (privée de sable par décantation) 
100 0 11, 10 1, 22 1, 32
Terre de jardin 
7 6 0, 84 0, 29 0, 34
Terres arables 
33 0 3, 66 0, 26 0, 28
22 0 2, 44 0, 24 0, 27
Conclusions que l’on peut tirer du tableau qui précède.

1o La désignation de sol léger et de sol pesant ou terre forte, si généralement usitée parmi les agriculteurs, se fonde sur la ténacité de la terre et sur son adhérence aux instrumens d’agriculture : ces dénominations marquent donc surtout un sol plus ou moins facile à travailler, ou un sol plus ou moins adhérent aux outils et consistant. — Par les moyens ci-dessus indiqués, on peut apprécier ces propriétés avec une exactitude suffisante. Un sol est très-facile à travailler si sa ténacité, dans l’état sec, n’excède pas dix degrés ; au contraire, il est déjà assez difficile quand cette ténacité va jusqu’à quarante degrés. — Un sol, dans son état humide, est facile à travailler lorsqu’une surface d’un décimètre n’est retenue que par un poids de  0,20 à 0,30 kilog. ; mais il est déjà difficile quand il lui faut une force de 0,40 kilog. ; l’argile pure exige même 1 kilog. 32 gr. : les terres arables sont entre ces extrêmes avec différens degrés de ténacité et d’adhérence, comme l’indique le tableau ci-dessus.

2o La ténacité d’un sol n’est pas en proportion directe de sa faculté de retenir l’eau ; la terre calcaire fine et l’humus, qui la possèdent éminemment et à un bien plus haut degré que l’argile, ont néanmoins bien moins de ténacité et d’adhérence, et forment un sol facile à travailler. — Plusieurs espèces de sols légers (les sols sablonneux) gagnent beaucoup de cohésion par l’humidité. Le sable sec n’en a aucune ; mouillé, il en acquiert une assez considérable.

3o L’adhérence à une surface de bois est toujours plus forte qu’à une égale surface de fer ; ce phénomène se montre dans chaque terre en particulier, et il se reproduit en grand de plusieurs manières.

4o En général, la consistance d’une terre arable est d’autant plus grande qu’elle contient plus d’argile.

Diminution de la cohésion par l’effet des gelées. — On sait combien la cohésion des mottes de terre diminue quand une terre fraîchement labourée vient à geler, et combien elle devient alors plus friable. Pour suivre ce phénomène de plus près, on forme de longs morceaux de terre d’une égale épaisseur et largeur, on les expose dans un état humide, pendant plusieurs jours, à un froid rigoureux, jusqu’à ce qu’ils soient complètement gelés ; puis on les laisse sécher peu-à-peu dans un appartement habité, avec d’autres morceaux des mêmes terres qui n’avaient pas été exposées au froid : on détermine alors leur ténacité par la méthode précédemment exposée.

La cohésion de ceux qui ont été exposés aux froids diminue quelquefois jusqu’à moitié. Celle de la glaise grasse descend de 68,8 degrés à 45,0 ; celle de la terre arable d’Hoffwill, de 33 à 20 degrés. L’argile pure se laissait réduire en poudre par la seule pression du doigt, ce qui n’était pas possible pour la même argile séchée sans l’influence du froid.

L’humidité est nécessaire pour produire cet effet ; des terres séchées avant d’être soumises à la gelée ne perdent pas de leur ténacité. Voici comment on explique ces effets : la glace prend plus de volume que l’eau dont elle provient ; les particules de terre entre lesquelles s’interposent les cristaux de glace se trouvent donc écartées et désunies. Mais cette diminution de consistance n’est pas toujours de longue durée. En labourant bien la terré dégelée, elle acquiert la même cohésion qu’elle avait auparavant. On voit par là l’influence favorable des labours d’automne ; la gelée (produite par une température au-dessous de zéro) peut pénétrer beaucoup plus dans l’intérieur de la terre ; la masse de celle-ci se gèle mieux et garde plus long-temps sa porosité au printemps ; les labours sont alors moins utiles dans cette saison ; car, opérés par un temps un peu humide, ils font perdre à la terre cette porosité que le froid lui avait procurée.

Si toute la terre est humide lors de ces labours du printemps, dans un sol argileux, le préjudice est considérable et est souvent sensible pendant plusieurs mois[1].

La consistance d’un sol diminue aussi considérablement en le brûlant. — La plupart des qualités physiques changent alors ; l’argile pure, qui auparavant formait le sol le plus compacte, devient, par cette opération, plus friable ; elle perd sa consistance et sa ténacité ordinaires. Il n’est plus possible de la lui rendre en l’humectant. Dans des contrées de l’Ecosse, il est d’usage d’améliorer le sol en brûlant l’argile.

Nous traiterons de cet important phénomène en parlant de l’écobuage.

Une simple dessiccation divise les terres argilo-calcaires, parce que l’argile diminuant plus que le carbonate de chaux, toutes les parties se désagrègent successivement.

§ III. — Perméabilité du sol.

On conçoit combien est utile la perméabilité du sol qui doit laisser arriver aux extrémités spongieuses des racines, l’eau, les solutions nutritives ou stimulantes, l’air et les gaz. C’est ainsi que l’expérience a fait connaitre l’importance de tenir la terre meuble pour les plantes annuelles, de diviser la superficie au-dessus des racines des arbres, etc., etc.

Les expériences comparatives sur la perméabilité sont faciles : — On prend un poids égal de deux ou plusieurs terres sèches à essayer, 1 kil. par exemple ; on délaye chacune d’elles avec un litre d’eau, on jette sur des tamis A, B, C (fig. 32), séparés, posés de niveau sur deux traverses D, E, et qui sont vus en coupe dans la figure.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 42) - Fig 32.jpg
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 42) - Fig 33.jpg

On arrose ensuite successivement avec 10 litres d’eau, en ayant soin que le niveau de la terre se dérange peu, et même aplanissant à chaque fois la superficie avec une palette en bois (fig. 33). — La vitesse avec laquelle la filtration de l’eau aura lieu indiquera le degré de perméabilité du sol entre les deux extrêmes : le sable qui laissera filtrer aussi vite que l’on versera, et les argiles plastiques qui laisseront à peine couler goutte à goutte.

Nous indiquerons plus loin, en parlant des amendemens, les moyens de donner le degré de perméabilité le plus convenable.

§ IV. — Faculté d’absorber l’eau.

Cette propriété des sols est évidemment une des plus importantes, car elle livre à la sève une partie indispensable de l’humidité, fournie quelquefois à de longs intervalles par les pluies.

On l’apprécie facilement en prenant sur un des tamis dont nous venons de parler, et lorsque l’eau ne s’en égoutte plus, 500 grammes de terre toute mouillée ; on en connaît le poids en la plaçant dans une large assiette plate, tarée d’avance, puis on pose cette assiette ainsi pesée, soit sur la sole d’un four après la cuisson du pain, soit sur un poêle : lorsque la dessiccation est complète, c’est-à-dire que le poids ne diminue plus, la différence du poids trouvé alors indique la quantité d’eau que la terre retenait absorbée entre ses parties. — Ainsi, lorsque 500 grammes de terre mouillée seront réduits après la dessiccation à 400, on en conclura que les 400 grammes de terre avaient retenu 100 d’eau, et que 100 auraient retenu 25.

De cette manière on a trouvé les résultats qui suivent.

Substances terreuses essayées.
100 parties retiennent.
Eau.
Sable siliceux 
 25
Sable calcaire 
 29
Glaise maigre 
 40
Glaise grasse 
 50
Terres argileuses 
 60
Argile exempte de sable 
 70
Terre calcaire fine 
 85
Terre de jardin 
 89
Terres arables 
52
48
Magnésie carbonatée 
 456
Humus 
 190

Le tableau précédent montre : 1o Que les sables retiennent le moins d’eau (20 à 30 pour 100) ; — 2o Que les terres argileuses en retiennent d’autant plus qu’elles contiennent moins de sable ; — 3o Que la chaux carbonatée absorbe d’autant plus d’eau qu’elle est plus divisée ; — 4o Que l’humus en retient le plus, sauf la magnésie carbonatée qui ne se trouve jamais pure dans les sols, mais leur fait contenir un excès d’eau.

§V. — Faculté des terres pour se dessécher.

Cette propriété est fort intéressante à connaître ; car il est évident que les sols qui se dessèchent le plus rapidement sont les plus secs et chauds, et doivent recevoir des amendemens appropriés ; réciproquement il faut faciliter la dessiccation des terres qui retiennent trop longuement l’eau pluviale.

M. Schubler propose d’essayer cette faculté en constatant par la perte en poids, pendant une égale durée de temps, dans le même air, combien chaque sorte de terre très-mouillée laisse exhaler d’eau sur la proportion qu’elle renferme. La terre égouttée sur les tamis, comme nous l’avons dit ci-dessus, peut encore servir à ce 3e mode d’expérimentation. — On en prendra de chacune 200 grammes, par exemple ; on l’étendra pendant 5 heures en couche également mince sur une assiette, puis on pèsera de nouveau. Si ces 200 grammes contenaient 120 d’eau et qu’ils en eussent perdu 60, on calculera ainsi : 120 ont laissé évaporer 60 ; 100 auraient perdu 50. Cet essai approximatif donne les résultats suivans.

Substances terreuses. 100 parties d’eau
perdent
Sable siliceux 
 88,4
Sable calcaire 
 75,9
Glaise maigre 
 62
Glaise grasse 
 45,7
Terre argileuse 
 34,9
Argile sans sable 
 31,6
Chaux carbonatée fine 
 28
Terre de jardin 
 24,3
Terres arables 
32
40
Magnésie carbonatée 
 10,8
Humus 
 20,5

D’après les résultats de ce tableau on observe : 1o Que les sables siliceux et calcaire perdent le plus d’eau dans le même temps, ou se dessèchent le plus vite ; aussi concourent-ils à former les sols les plus chauds ; — 2o Que la chaux carbonatée agit d’une manière toute différente, suivant ses différentes formes. En effet, le sable calcaire constitue un sol très-chaud, tandis que la terre calcaire retient très-long-temps l’humidité, et même plus long-temps que l’argile. Toutefois elle mérite une préférence marquée sur cette dernière terre, parce que son action sur les acides lui donne une influence chimique utile sur l’humus, et d’ailleurs parce qu’elle reste toujours légère ; — 3o Que l’argile perd de l’eau quelle contient, une proportion d’autant moindre qu’elle renferme moins de sable ; — 4o Que l’humus retient l’eau plus que la plupart des substances terreuses ordinaires ; une faible proportion entretient donc une humidité utile ; — 5o Que la magnésie carbonatée contribue à rendre les sols froids et humides ; car elle contient le plus d’eau et en laisse exhaler le moins. Nous verrons plus loin qu’elle s’échauffe moins et conserve moins de chaleur que toutes les autres.

§ VI. — Diminution de volume par la dessiccation.

La plupart des terres se serrent davantage quand elles sont desséchées, et il s’ensuit le plus souvent des crevasses dans le sol, qui, trop larges, sont nuisibles à la végétation, en ce que les racines chevelues qui fournissent le plus de nourriture aux plantes, se dessèchent et se rompent dans ces ouvertures.

Pour soumettre cette propriété à une mesure comparative, on s’est servi du moyen suivant : On forme, avec les différentes espèces de terre également humectées, des morceaux cubiques égaux de dix lignes de hauteur, longueur et largeur (c’est-à-dire mille lignes cubes) ; on les fait dessécher à l’ombre dans un appartement, par une température de 15 à 18 degrés, et pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce qu’ils ne perdent plus de leur poids ; alors on détermine leur volume, à l’aide d’une mesure pouvant évaluer chaque côté à un dixième de ligne près. Voici les résultats ainsi obtenus :

Espèces de terres. 1000 parties perdent
de leur volume :
Chaux carbonatée fine 
 50
Glaise maigre 
 60
Glaise grasse 
 89
Terre argileuse 
 114
Argile pure (sans sable) 
 183
Magnésie carbonatée 
 154
Humus 
 200
Terre de jardin 
 149
Terre arable 
 120

NOTA. Les sables siliceux et calcaire ne diminuent pas de volume ou du moins fort peu, et se brisent au plus léger attouchement.

Il résulte du tableau qui précède : 1o De toutes les substances que contiennent les terres, l’humus prend le retrait le plus considérable ; il est égal au cinquième de son volume. L’humus acquiert aussi beaucoup de volume, à mesure qu’on l’humecte. Cela explique un phénomène observé dans les bas-fonds de tourbe : on remarque souvent dans ces contrées un exhaussement considérable de la surface du sol, qui devient surtout sensible quand un temps humide est suivi par un temps froid rigoureux : la terre s’élève quelquefois alors de plusieurs pouces. La cristallisation de l’eau gelée, qui ajoute une autre cause d’accroissement de volume, contribue ici à cette élévation des terrains tourbeux. — 2o Entre toutes les terres qui ne contiennent pas d’humus, l’argile est celle qui perd le plus de son volume par la dessiccation ; cette qualité diminue quand on y ajoute du sable ou de la chaux carbonatée ou de la marne. — 3o La réduction du volume par la dessiccation n’est pas, comme on pour pourrait le croire, proportionnée à la faculté des terres pour retenir l’eau. En effet, la chaux carbonatée fine retient une grande proportion d’eau : et cependant son retrait n’est que de 50 parties sur 1000, tandis que l’argile perd 183 parties. Cette qualité n’a pas non plus de rapport avec la consistance du sol : l’humus possède une ténacité bien moindre que l’argile ; néanmoins son retrait est beaucoup plus considérable. — 4o La pulvérisation de la marne, par les influences atmosphériques, s’explique en partie par la différence de retrait de ses composans, l’argile et la chaux carbonatée fine ; les points de contact des différentes parties sont écartés par le retrait inégal, et les blocs de marne se pulvérisent spontanément. — 5o Ce fait explique encore une partie de l’influence de la marne calcaire, bien préférable à un mélange de sable et d’argile : le carbonate de chaux diminue la consistance et la ténacité du sol, mais en outre il possède un plus grand pouvoir absorbant pour l’eau, il est capable de saturer les acides, propriétés que le sable ne peut offrir.

§ VII. — De l’effet de la capillarité des sols.

L’action capillaire, qui détermine l’ascension et les infiltrations des liquides dans les sols, est fort importante à considérer, bien que cette cause n’agisse pas seule. — On peut facilement se rendre compte de cet effet en plongeant dans l’eau un petit tube ouvert des deux bouts : on verra que le liquide s’élèvera dans le tube au-dessus de son niveau dans le vase, et la différence sera d’autant plus grande que le diamètre du tube sera plus petit, comme le montre la figure 34.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 44) - Fig 34.jpg
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 44) - Fig 35, 36.jpg

Si, comme on le voit fig. 35, on approche deux lames de verre plongées en partie dans l’eau, le liquide s’élèvera entre elles, mais moins que dans les tubes pour un écartement égal au diamètre intérieur de ceux-ci. Enfin, si au lieu de maintenir ces lames parallèles, on les joint sur une de leurs arêtes, de manière à former un angle, comme dans la fig. 36, on verra le liquide s’élever graduellement davantage en s’approchant des arêtes en contact. On voit d’ailleurs sur toutes les surfaces que l’eau peut mouiller, ce liquide s’élever sur la ligne de contact, comme le montrent encore les figures ci-dessus.

Ces phénomènes, qui dépendent et de l’attraction des surfaces précitées, et de l’attraction entre les parties du liquide, ont lieu dans les interstices des corps en grains informes, tels que le sable, et plus sensiblement encore dans les substances poreuses dont les cavités en rapport forment une suite de tubes irréguliers : tels sont les éponges, les platras, les pierres tendres, les terres plus ou moins légères ; aussi voit-on ces substances s’humecter à une hauteur plus ou moins grande lorsqu’elles sont en contact avec l’eau seulement par leur partie inférieure. Cela explique l’humidité constante au-dessus du sol dans les carrelages, murs, etc., construits en matériaux poreux, et une foule de faits qu’il serait trop long de rapporter ici.

La capillarité dans les sols est une de leurs plus importantes propriétés. En effet, c’est elle surtout qui conduit près des parties spongieuses des racines, les liquides environnans, lorsque les solutions en contact sont absorbées ; elle ramène à la superficie les liquides infiltrés, au fur et à mesure que l’évaporation entraîne l’eau dans l’atmosphère. — Ce dernier effet fait aussi revenir près de la surface du sol les substances solubles fixes qui suivent l’eau liquide, mais l’abandonnent lorsqu’elle se vaporise. — Parmi les substances solubles, plusieurs sels augmentent considérablement les effets de la capillarité, en lui fournissant de nouveaux points d’appui ; aussi les voit-on grimper à de grandes hauteurs, ou venir en efflorescence à la superficie du sol.

Ces efflorescences salines permettent de faire de véritables récoltes de sels par un simple balayage en certaines localités. C’est ainsi qu’on se procure le salpêtre de Houssage dans l’Inde.

Dans les terrains trop salés les mêmes phénomènes débarrassent en partie le sol de l’excès du sel. On pourrait augmenter cet effet utile en écroûtant ces terrains pendant les sécheresses, puis exposant à des lavages naturels par les eaux pluviales, ou par des irrigations artificielles, les terres ainsi enlevées, avant de les répandre sur les champs, ou avant de les livrer de nouveau à la culture. Les labours en sillons profonds ont d’ailleurs une efficacité plus immédiate dans la culture des terres trop salées.

La capillarité des sols dépend surtout d’une perméabilité convenable (V. page 42) ; ainsi, trop sableux ou trop argileux, ils entravent la force capillaire : dans le 1er cas, en offrant de trop larges interstices et se desséchant trop complètement ; dans le 2e cas, en rétrécissant tellement les interstices, que toute circulation de l’eau y devient impossible. C’est ce qui arrive aux argiles plastiques ; lorsque celles-ci constituent le sous-sol, la capillarité seule dans la couche arable supérieure peut ramener à la superficie, où elle s’évapore, l’eau excédante que le fonds argileux

retenait, et qui eut altéré les racines des plantes. [2:4:8]
§ viii. — Propriété des terres pour absorber l’humidité atmosphérique.

Cette propriété des terres, évidemment favorable à la végétation, est principalement utile durant les temps secs, afin de compenser en partie par l’absorption dans la nuit, l’énorme évaporation opérée pendant le jour.

On a soumis cette propriété à une mesure approximative à l’aide de plaques en fer blanc, sur lesquelles on répandait en une couche unie des quantités égales des différentes terres eu poudre fine et sèche. Ces terres étaient exposées à un air également chargé de vapeur d’eau, en les enfermant à la même température (de 15 à 18 degrés) sous une cloche de contenance égale et qui était fermée en bas par de l’eau. Après 12, 24, 48, 72 heures de temps, la terre, pesée avec la plaque, indiquait la quantité d’eau absorbée.

SUBSTANCES TERREUSES.
Absorption de 500 centigrammes de terre, étendus sur une surface de 36.000 millimètres carrés.
12 h. 24 h. 48 h. 72 h.
cent. cent. cent. cent.
  Sable siliceux 
0, » 0, » 0, » 0, »
  Sable calcaire 
1,0 1,5 1,5 1,5
  Glaise maigre 
10,5 13,0 14,0 14,0
  Glaise grasse 
12,5 15,0 17,0 17,5
  Terre argileuse 
15,0 18,0 20,0 20,5
  Argile (pure ou sans sable) 
18,5 21,0 24,0 24,5
  Terre calcaire fine 
13,0 15,5 17,5 17,5
  Magnésie carbonatée 
34,5 38,0 40,0 41,0
  Humus 
40,0 48,5 55,0 60,0
  Terre de jardin 
17,5 22,5 25,0 26,0
  Terres arables 
8,0 11,0 11,5 11,5
7,0 9,5 10,0 10,0

Remarques générales sur le tableau qui précède : — 1o Les terres absorbent plus pendant les premières heures ; l’absorption diminue à mesure qu’elles ont acquis plus d’humidité, et cesse après quelques jours ; les terres alors paraissent être saturées ; elles absorbent plus pendant la nuit que durant le jour, sans doute en raison de la température moins élevée dans le 1er cas. — 2o De toutes les substances terreuses, l’humus absorbe le plus d’humidité, et surpasse même, pour cette faculté, le carbonate de magnésie. — 3o Les argiles absorbent d’autant mieux l’humidité, qu’elles contiennent moins de sable, mais jamais autant que l’humus. — 4o Le sable siliceux absorbe à peine l’humidité, ainsi que le sable calcaire ; ils forment ainsi un sol aride, sec, chaud. — 5o Quoique les terres absorbent ordinairement d’autant plus d’humidité qu’elles contiennent plus d’humus, la fertilité du sol ne peut se juger par cet indice seul ; car l’argile, la terre calcaire fine et la magnésie, absorbent beaucoup d’humidité sans contenir d’humus ; d’ailleurs, une terre de jardin très-fertile, qui contenait 7,2 pour cent d’humus, absorbait en 12 heures 17,5 d’humidité ; une terre arable fertile, 8,0, tandis que l’argile infertile seule absorbait, dans le même espace de temps, 18,5 ; la terre calcaire, 13,0, et la magnésie carbonatée, 34,5[2]. — 6o Cette faculté est souvent, mais non dans tous les cas, proportionnée à la faculté des terres pour retenir l’eau ; elle s’accorde moins avec la faculté de se dessécher. Au reste, l’inégalité de la surface et le volume de la terre influent beaucoup sur ces phénomènes.

[2:4:9]
§ ix. — Faculté d’absorption des terres pour les gaz.

Cette propriété est encore fort importante à considérer ; elle n’a pas été éprouvée d’une manière assez approximativement exacte pour que nous reproduisions les nombres trouvés. — Il est probable qu’elle est relative à la faculté de retarder l’évaporation de l’eau, d’autant plus que l’état de porosité lui est également favorable. Elle suivrait donc à peu près l’ordre indiqué par les nombres du tableau du § V, surtout pour les sables et les 5 dernières substances ; les argiles feraient seules exception dans leur état plastique, tandis que légèrement calcinées (brûlées), elles peuvent devenir très-absorbantes pour les gaz.

L’utilité d’absorber et de retenir les gaz est évidente ; car les uns, comme l’oxigène de l’air, sont indispensables à la germination ; les autres, et notamment tous ceux qui renferment du carbone ou de l’azote, sont utiles à la nutrition des plantes, ou pour stimuler leur force végétative ; c’est par suite de ces deux effets que des terres infertiles à une certaine profondeur, peuvent devenir fécondes par un aérage de quelques mois.

Il est démontré, en effet, par un grand nombre de faits, que l’oxigène joue un grand rôle dans l’économie animale et végétale, qu’il favorise beaucoup le développement des parties organiques, principalement la germination des semences, selon les observations de MM. Th. de Saussure et De Candolle. Par la culture et le labourage, plusieurs couches de terre sont mises en contact avec l’air, et, pour ainsi dire, fertilisées par l’absorption de l’oxigène. Ces travaux sont d’autant plus nécessaires, que l’oxigène ne pénètre que lentement à plus de quelques lignes de profondeur, étant d’ailleurs souvent rencontré par des substances organiques avec lesquelles il produit des combinaisons, et notamment de l’acide carbonique.

Si l’on compare plusieurs couches de terres arables, on remarque toujours que les plus profondes sont moins fertiles que celles qui sont en contact immédiat avec l’atmosphère, et qu’il faut quelque temps pour les faire arriver à un même degré de fertilité, même quand leur composition chimique est identique à cela près des gaz interposés. On remarque souvent ce phénomène sur les terres nouvellement défrichées, qui, ayant été autrefois fertiles, paraissent avoir perdu momentanément cette qualité pour avoir été privées long-temps de l’influence de l’air. Cela explique encore pourquoi l’argile et les terres contenant de l’humus, si elles possèdent en même temps la porosité convenable, sont ordinairement des plus fertiles, l’absorption de l’air ayant lieu très-facilement dans ces sols.

Utilité de l’aérage des sols. — Depuis long-temps on a constaté généralement l’utilité de cette pratique, qu’on opère, soit par des labours ou même des défonçages faits à l’avance, soit par des trous profonds creusés plusieurs mois avant la plantation des arbres.

Ces travaux ont plusieurs effets utiles : — 1o Ainsi que nous l’avons démontré plus haut, les terres exposées sur une grande surface aux alternatives de sécheresse et d’humidité, aux variations de la température, se divisent, deviennent plus poreuses, plus facilement perméables aux racines, et plus absorbantes. — 2o L’air et les gaz absorbés sont indispensables, soit à la germination, soit au développement des plantes : c’est ainsi que diverses graines, et de même les tubercules des pommes-de-terre, ne peuvent germer à une profondeur quelquefois peu considérable, où la formation et le séjour de l’acide carbonique a exclu ou combiné tout l’oxigène de l’air. — C’est ainsi que l’on conçoit comment des graines enfermées dans le sol, et même des pommes-de-terre, y peuvent séjourner une, deux ou plusieurs années sans pousser, tandis que ramenées par hasard ou à dessein près de la surface, elles développent rapidement une belle végétation.

§ X. — Faculté d’absorber et de retenir la chaleur.

Cette propriété des sols est fort importante ; en effet, elle offre une des plus puissantes causes de l’activité végétative ; détermine la germination ; compense en partie les inégalités brusques de température de l’atmosphère entre les jours et les nuits, comme entre certaine jours ; évite les transitions trop brusques qui sont si nuisibles aux plantes et aux animaux, et constitue la principale cause de la température générale de la surface du globe, qui peut entretenir la vie des animaux et des plantes. Fourier a démontré, en effet, que la chaleur centrale avait peu d’influence aujourd’hui sur la température de la croûte terrestre. La température de l’atmosphère au milieu de laquelle nous vivons, est, en conséquence, entretenue à peu près exclusivement par l’absorption des rayons calorifiques solaires.

Les différentes sortes de terre sont échauffées différens degrés par les rayons du soleil ; cet effet doit avoir une grande influence sur la végétation, principalement lorsque, au printemps, la terre n’est pas encore ombragée par les feuilles. — C’est sur cette propriété que se fonde en général la dénomination de sol froid ou chaud ; et, quoique l’agriculteur ne semble pas indiquer par là des caractères certains, ils sont néanmoins conformes aux données précédentes. En effet, un sol formé d’une argile humide et de couleur claire sera beaucoup moins et plus lentement échauffé par le soleil qu’un sol sableux de couleur foncée ; ce que le thermomètre peut démontrer facilement. Une terre de jardin, noire et contenant de l’humus, s’échauffera beaucoup plus qu’une terre maigre, calcaire ou argileuse.

Le degré d’échauffement des différentes terres dépend surtout des 4 circonstances suivantes : 1o De la nature de la superficie de la terre ; — 2o De la composition des terres ; — 3o Des différens degrés d’humidité de la terre lorsqu’elle est exposée au soleil ; — 4o Des différens angles que forment les rayons du soleil en tombant sur la superficie du sol.

Diverses expériences ont été entreprises pour déterminer numériquement les facultés des sols pour absorber et retenir la chaleur ; mais elles n’offrent pas assez d’exactitude pour être rapportées ici. Les considérations suivantes nous semblent de nature à donner des notions suffisantes et plus certaines.

Au 1er rang des conditions d’absorption du calorique il faut placer la couleur la plus foncée ; la moyenne d’un grand nombre d’essais a fait voir que la coloration en noir d’un sol blanchâtre peut augmenter de 50 p. 100 sa propriété absorbante. Lampadius a démontré l’efficacité puissante de cette coloration, en recouvrant d’un pouce de charbon en poudre la surface de la terre d’une caisse où des melons cultivés à découvert vinrent à maturité pendant l’été frais de 1813 dans le district des mines de Saxe. La température s’éleva de 37 à 48°, tandis qu’à la superficie du sol ordinaire elle resta entre 25 et 38°. Le noir animalisé, dont nous parlerons en traitant des engrais, produit un effet semblable ; enfin les murs des espaliers peints en noir hâtent et complètent la maturation des fruits.

Pour apprécier l’influence de la couleur de la surface de la terre sur l’échauffement du sol, on fit les essais suivans : des quantités égales de différentes terres furent mises dans des vases d’une égale contenance et d’une superficie de quatre pouces carrés pour un demi-pouce de profondeur, au milieu et au fond desquels étaient placés les boules de thermomètres comparés, capables d’évaluer un dixième de degré. On exposait à l’ardeur du soleil un de ces vases avec sa surface de couleur naturelle ; la superficie de l’autre était teinte en noir, au moyen de noir de fumée, saupoudré à l’aide d’un tamis ; le troisième était coloré en blanc par le moyen de la magnésie carbonatée très-fine et très-blanche. On laissa chaque fois ces vases exposés à l’ardeur du soleil pendant un laps de temps égal, sous un ciel serein (dans les mois d’été entre onze heures et 3 heures, ordinairement pendant 1 heure). En général, une surface noircie acquérait une température plus forte. La température de l’argile teinte en blanc augmentait, par l’action du soleil, de 16° centigrades, pendant que la température d’une quantité égale de terre colorée en noir augmentait de 24°. — Cette augmentation de température, occasionée par les surfaces noires, n’est pas seulement passagère, mais elle demeure constamment plus forte pendant toute la durée de l’action solaire. Exposez au soleil pendant des heures entières les mêmes espèces de terre, avec des surfaces noires et blanches, celles-ci auront constamment une température moindre. — C’est encore sur ce fait que se fonds la pratique de semer au printemps des cendres et de la terre sur la neige pour la faire fondre plus vite[3]. — Diverses observations montrent combien la température des couches supérieures du sol est différente de celle de l’air. — On a observé à Tarascon jusqu’à 51° de température près de la superficie d’une terre sablonneuse, légère, rougeâtre, au mois de juillet.

La plus grande influence de capacité (quantité absorbée) pour la chaleur tient au poids spécifique du sol (Voy. p. 40) ; car, d’un côté, l’air interposé dans une terre très-légère est mauvais conducteur ; de l’autre, à profondeur égale jusqu’à laquelle la température du terrain augmente, la substance terreuse plus lourde offre une plus forte masse, qui, d’après les essais, contient plus de chaleur.

Enfin la quantité d’eau interposée est une cause de refroidissement, par la grande proportion de chaleur que son évaporation exige, et les sols humides sont en effet généralement froids. — La quantité d’humidité influe beaucoup sur réchauffement des terres par le soleil. Des terres humides ont une température moindre de quelques degrés que des terres de la même espèce sèches. Cette moindre température se maintient même au soleil jusqu’à ce que l’évaporation de l’eau soit presque complète. On ne peut pas douter que la grande quantité de chaleur nécessaire à l’évaporation ne soit la cause principale de ce phénomène. La différence de température se montait dans divers essais de 6° à 8°. — Les terres d’une couleur claire et ayant une grande faculté de retenir l’eau, ne s’échauffent donc que très-lentement et faiblement par une double raison : un sol froid, argileux, contient beaucoup d’eau et en perd peu, tandis que le sable, au contraire, forme un sol sec et chaud, en raison du peu d’humidité qu’il contient, et qui d’ailleurs s’évapore bientôt.

Les pentes du terrain ont encore une influence très-marquée sur son échauffement par les rayons du soleil ; la quantité de chaleur absorbée, toute autre circonstance égale d’ailleurs, est d’autant plus grande que les rayons solaires sont plus long-temps dans une situation le plus rapprochée de la perpendiculaire avec la superficie du sol. On conçoit en effet que la même quantité de rayons qui tombe obliquement et s’étend sur une surface double doit produire un effet d’environ moitié moindre. — On se rend facilement compte ainsi des effets très-remarquables observés pour des expositions différentes, et on peut choisir celles qui conviennent le mieux aux diverses cultures.

§ XI. — Influence de l’état électrique des sols.

Les nombreuses observations faites dans ces derniers temps attestent une action puissante de la part de l’électricité dans les phénomènes chimiques comme dans les réactions entre les matières inorganiques et les corps organisés. Une science tout entière, l’électro-chimie, est maintenant fondée sur ces principes ; elle se lie à toutes les sciences d’observation, et les plus récentes expérimentations, notamment de M. Becquerel, prouvent combien les faibles forces électriques, portées par des courans continus, agissent sur la vie et les développemens de végétaux.

On a constaté ainsi que l’électricité négative avait une action stimulante très-favorable sur la végétation, tandis que l’électricité positive était défavorable. — Ces observations s’accordent d’ailleurs avec les faits incontestables qui prouvent l’utilité d’un léger excès des bases alcalines électro-négatives (chaux, ammoniaque, potasse, soude) dans les engrais, tandis que les acides libres électropositifs sont souvent nuisibles, et peuvent même, à faibles doses, arrêter toute germination. — C’est ainsi que divers détritus de végétaux, des fonds de tourbières infertiles, peuvent être rendus très-propres à l’engrais des terres par un mélange avec quelques centièmes de chaux vive ou éteinte, tandis que tous les débris d’animaux susceptibles de donner, par leur décomposition spontanée, une réaction alcaline, forment sans mélange d’excellens engrais, comme nous le démontrerons plus loin. A. Payen..

Section v. — Du sous-sol et de son influence.

On désigne sous la dénomination de sous-sol, la couche de terre, de pierre ou de roche, placée immédiatement au-dessous du sol cultivé, et sur laquelle repose celui-ci. Préservé en tout ou en partie par la terre arable des influences de l’air, le sous-sol présente ses couches géologiques presque dans leur état de pureté ou dans un très-faible commencement de désagrégation. Son influence sur les qualités des terres et l’avantage ou le désavantage que présente son mélange en raison de sa nature, rendent son étude et sa connaissance très-importante pour le cultivateur.

Au commencement de ce chapitre nous avons donné une idée de la manière dont les sols se sont formés peu-à-peu par l’action lente, mais toujours croissante, des élémens atmosphériques et de la végétation. Les roches et les couches dont la décomposition et le mélange ont donné naissance aux terres labourables, sont disposées dans un certain ordre qu’il est bon que le cultivateur instruit connaisse ; nous indiquerons donc, mais brièvement, la succession de ces roches et de ces couches, dont la Géognosie a pour but de faire connaître le gisement et les rapports, dont la Minéralogie étudie la composition intime, et dont la Géologie conclut la structure et la composition du globe, ainsi que les changemens et les révolutions qu’il a subis.

§ 1er. — Notions de géologie et de géognosie.

Les géologues divisent généralement les roches en terrains primitifs, terrains secondaires et terrains tertiaires.

Les terrains primitifs ou ceux qui paraissent les plus anciens puisque tous les autres leur sont généralement superposés, se composent principalement des roches granitiques, quartzeuses et feldspathiques, de schistes micacés, et de roches amphiboliques. — Le quartz, le feld-spath, le mica et l’amphibole dominent en différentes proportions dans ces roches qui constituent les plus hautes montagnes du globe, et se trouvent aussi aux plus grandes profondeurs que l’industrie humaine ait encore pu atteindre.

Les terrains secondaires, appelés aussi intermédiaires ou de transition, et dont l’âge, et par conséquent la position générale, est intermédiaire entre les roches primitives et celles des terrains tertiaires, comprennent : les schistes plus ou moins semblables à l’ardoise ; des calcaires en couches très-épaisses, plus ou moins semblables au marbre, et qui commencent à contenir des coquillages fossiles ; des grès et des pouddingues souvent très-durs, accompagnés dans certaines localités des houilles ou charbons de terre ; les grès bigarrés ; le lias ou calcaires alpin et jurassique, très-riches en débris fossiles, et au milieu desquels on trouve diverses couches de marnes schisteuses noires ou de couleurs variées ; la formation de la craie, composée de grès, d’argiles et de calcaires, où domine la craie proprement dite, et qui forme des couches très-épaisses, très-étendues et très-nombreuses.

Les terrains tertiaires renferment un petit nombre de roches dures ; les sols y sont par conséquent plus profonds. Les couches principales qu’on y distingue sont : les grès des terrains tertiaires, quelquefois durs comme celui des pavés de Paris, quelquefois complètement à l’état de sable ; des argiles plastiques en couches plus ou moins épaisses qui alternent souvent avec des marnes ; enfin les calcaires de formations marines et de formations d’eau douce qui se distinguent principalement par les caractères de leurs fossiles : ces calcaires offrent une multitude de variétés qui en font des calcaires marneux ou siliceux, présentant tous les intermédiaires depuis les marnes argileuses, jusqu’au silex ou pierres meulières. Ces formations, très-étendues, disposées constamment en couches horisontales, se trouvent souvent placées les unes au-dessus des autres, et leur alternance se répète même plusieurs fois dans la même localité, en sorte qu’on peut concevoir que la mer après avoir occupé tel ou tel lieu, a été déplacée, qu’un bassin d’eau douce lui a succédé, puis que ce bassin a fait place à une nouvelle mer, et ainsi de suite. C’est dans ces terrains que se trouvent les lignites ou terres noires bitumino-pyriteuses, entre les argiles plastiques et le calcaire marin ; et au-dessus de celui-ci des gypses ou pierres à plâtre, quelquefois transparens et très-purs, mais plus souvent terreux et calcarifères. — Les terrains tertiaires couvrent de vastes contrées où le sol est généralement fertile, parce qu’il résulte du mélange d’un grand nombre d’élémens divers, et se trouve par conséquent favorablement constitué pour la végétation ; ces élémens sont en effet empruntés à tous les terrains plus anciens, dont les débris entraînés par les eaux ont été déposés par elles et mêles ensemble soit dans les lacs, soit dans le fond des mers. Lorsqu’il se rencontre quelques parties infertiles dans les terrains tertiaires, l’agriculteur peut presque toujours les rendre facilement productives, parce qu’on peut trouver dans ses diverses couches celles dont le mélange devra produire la fertilité : c’est ce que nous verrons dans le chapitre des amendemens. Ainsi, lorsque les grès de la formation marine se trouvent à la surface du sol, ou ne laissent pas une couche cultivable assez épaisse, la terre est infertile parce qu’elle est trop sablonneuse ; mais, presque toujours au-dessous de ces grès ou sables marins, se trouvent des couches de marnes argileuses que l’agriculteur doit exploiter et répandre sur ses champs. Quand ce sont les calcaires ou les argiles qui dominent, les terres sont encore peu fertiles, et c’est le sable ou le sable argileux qu’il faut se procurer pour les améliorer. Du reste, les qualités et les défauts des différens sols ont été traités dans une des précédentes sections ; ce serait nous répéter que d’en parler à propos du sous-sol.

Une 4e classe, moins importante pour le géologue que pour l’agronome, comprend les terrains diluviens et post-diluviens. On y rencontre d’abord les sables et cailloux roulés, qu’on trouve en abondance dans certains sols ; puis les formations marines ou lacustres, qui continuent à s’accumuler dans les mers ou dans les lacs par le dépôt des substances que les eaux contiennent ; enfin les dépôts de transport et d’alluvion, que les cours d’eau actuels charrient et déposent dans leur sein ou vers leurs bords. Ces sols ont été pareillement étudiés précédemment, ainsi que ceux qui appartiennent à la classe des formations volcaniques.

Ces terrains, dits plutoniques, c’est-à-dire qui doivent leur formation à l’action du feu ou des volcans, comprennent un assez grand nombre de roches remarquables, et sont assez répandus dans certaines contrées qui n’offrent plus maintenant aucun signe d’éruptions volcaniques ; les principales de ces roches sont : le porphyre et la serpentine, qu’on trouve en filons ou en masses épanchées au milieu des terrains primitifs et secondaires ; le trachyte et les basaltes, qui se montrent assez fréquemment taillés en prismes ou piliers naturels ; enfin les laves et les scories, que vomissent journellement les volcans en activité, et qu’ont vomies précédemment les volcans éteints.

Complétons cette esquisse géognostique en disant que les veines qui renferment les substances métalliques, telles que les gangues ou minerais dont on extrait le plomb, le cuivre, l’argent, l’or, etc., etc., sont des fissures ou des fentes remplies de matières différentes de celles qui composent les roches qu’elles traversent en tous sens et sous toutes les inclinaisons possibles. On nomme filons ces fentes ainsi remplies de diverses matières et de substances métalliques, pour les distinguer des failles, qui sont des fentes ne contenant que des matières stériles. Les géologues et les minéralogistes ont déterminé des caractères qui permettent de préjuger la rencontre et la richesse de ces filons métallifères.

Il est évident, d’après ce qui précède, qu’on peut rencontrer au-dessous des terres labourables autant de couches différentes qu’il existe de roches ou de formations diverses ; il en résulte aussi qu’il existe au moins autant de variétés de sols que les roches qui se trouvent à la surface de la terre offrent d’espèces. Dans le fait, il y en a beaucoup plus ; car, sans parler des changemens produits par l’industrie humaine et par la culture, les matières dont se composent les couches ont été mêlées et transportées d’un lieu dans un autre par les diverses révolutions qui ont eu lieu sur le globe et par l’action continue des eaux. Une classification scientifique des sols serait inutile ; celle qui est généralement adoptée par les agronomes, et qui a été l’objet de la section 2e de ce chapitre, suffit ; il nous reste à indiquer l’influence du sous-sol dans la culture.

§ II. — Imperméabilité du sous-sol pour les racines.

La couche inférieure du sol est tantôt composée des mêmes élémens que la couche supérieure, à l’exception de l’humus et des principes que celle-ci tire de l’atmosphère avec laquelle elle est en contact ; tantôt elle est composée de substances d’une nature différente.

Lorsque la couche arable repose sur des roches dures et non désagrégées ou dans un commencement de décomposition, elle est ordinairement peu fertile ; on ne pourrait lui donner plus de profondeur que par des transports de terre, toujours trop dispendieux en agriculture sur une surface un peu étendue ; elle offre en outre l’inconvénient de causer fréquemment la rupture des instrumens aratoires. Si cette couche est très-mince, et que la roche n’offre pas de fissures, la terre est presque improductive, et ne présente que peu de chances d’amélioration. Mais, quand le sous-sol est composé de blocs détachés ou qui laissent entre eux des fentes, lors même que quelques parties se montrent au dehors, ces sols peuvent être utilisés surtout en bois, les racines des arbres trouvant moyen de pénétrer dans les fissures et les crevasses, entre les blocs, et d’y puiser l’humidité qui s’y conserve très-bien. On peut aussi les cultiver en plantes céréales ou autres ; mais on est alors obligé le plus communément de se servir des outils à main.

Dans les lieux où le sous-sol est composé de couches compactes, soit argileuses, soit calcaires, soit argilo-calcaires, soit enfin argilo-sableuses, la manière dont le cultivateur doit se comporter dépend de la nature de la terre et des qualités ou défauts qui y dominent. — Lorsque le sous-sol est de nature à améliorer la terre labourable, ou à augmenter son épaisseur sans la détériorer, on doit, par le défoncement ou des labours profonds, en ramener une partie à la surface ; au premier abord, ce mélange amoindrit quelquefois le sol, mais ensuite le terrain en est sensiblement amélioré : telle est la conduite qu’on doit tenir, par exemple, quand un sol léger repose sur une couche compacte ou sur une marne argileuse, ou qu’un terrain trop tenace est superposé à un tuf composé de petites pierres calcaires, de graviers siliceux ou de cailloux. — Au contraire, quand le sous-sol est doué des propriétés qui sont déjà en excès dans la terre qu’on cultive, il faut s’en tenir aux labours superficiels, ou du moins n’attaquer la couche inférieure qu’avec de grands ménagemens, et après de nombreux essais sur les effets que ce mélange doit produire.

Dans les terres qui ont peu de profondeur, la couche inférieure agit donc d’une manière très-importante à apprécier, en arrêtant les racines ou les laissant passer avec plus ou moins de facilité. Dans le premier cas, on doit se borner à la culture des plantes à racines traçantes, les seules qui puissent prospérer dans ces sols ; dans le deuxième, c’est-à-dire si le sous-sol est composé de cailloux, de galets, de pierres, mêlés de substances à l’état friable, il pourra permettre aux racines longues et fortes de s’y insinuer avec avantage pour la végétation, ou bien il se laissera pénétrer par toutes les racines fibreuses, et l’on devra choisir les cultures en conséquence.

§ III. — Du mélange du sous-sol avec la couche végétale.

M. Darblay a parfaitement expliqué comment le précepte que lorsqu’on ramène à la surface, par un labour profond, les terres d’un mauvais sous-sol, on rend la couche supérieure, anciennement cultivée, infertile pour quelques années, comment ce précepte, vrai dans le cas de mauvaises cultures, devient inexact dans le cas de bonnes cultures, où la rotation des récoltes est bien entendue. Si le cultivateur veut immédiatement obtenir une bonne récolte de céréales, sans s’embarrasser de l’amélioration progressive du sol, il n’y a pas de doute que le sous-sol non imprégné d’engrais et des influences atmosphériques, fût-il même de bonne qualité, ne nuise à la végétation de la céréale au lieu de lui être favorable ; il n’y a pas de doute qu’il ne diminue même considérablement la récolte s’il est de mauvaise qualité.

Mais, si le cultivateur veut améliorer le fonds de sa terre ; si, au lieu de regarder à la récolte d’une seule année, il fait attention aux récoltes suivantes, alors les labours profonds deviennent les plus avantageux, parce qu’après quelques cultures ils ont augmenté l’épaisseur de la couche cultivable, ont ainsi donné aux racines la possibilité de s’enfoncer plus avant, et les ont mises en contact avec une plus grande étendue de matière qui les alimente. Par cette raison, la plante est mieux nourrie, les tuyaux sont plus gros, les végétaux tiennent plus au sol, et les pluies et les vents ne peuvent les renverser, les coucher que difficilement ; un autre avantage, c’est qu’un temps sec long-temps continué les fait moins languir, parce que la couche inférieure conserve plus long-temps de l’humidité que la surface. Enfin les labours profonds enfouissent à une grande profondeur et font périr une foule de graines qui, enterrées moins profondément, auraient encore végété et nui à la récolte.

Pour arriver à l’amélioration progressive de cette couche inférieure du sol, il faut une meilleure culture ; il faut que les plantes sarclées et fumées, la pomme-de-terre surtout, commencent la rotation, et que tous les deux ans, dans les commencemens, une nouvelle culture sarclée remplace une culture non sarclée ; il ne faut pas qu’une jachère non labourée vienne permettre au sol de se tasser de nouveau, et aux plantes inutiles de se multiplier en produisant leurs semences. C’est au moyen d’une pareille culture qu’on approfondit sans inconvénient le sol d’un à plusieurs pouces, et qu’on rend, avec le temps et sans frais, très-productifs des terrains qui payaient d’abord à peine leurs frais de culture.

L’effet, nuisible pour les premières récoltes, du mélange du sous-sol avec la terre végétale, a fait rechercher des instrumens avec lesquels on put remuer et ameublir la couche inférieure, sans la retourner et la remuer à la surface immédiatement et avant qu’elle ait pu être améliorée par l’infiltration des engrais et par les influences atmosphériques. M. le Mis de la Boessière a inventé pour cet usage une machine qu’il a appelée drague à claies[4], et qu’on peut comparer à une très-grande et très-forte ratissoire de jardin, montée sur quatre roues, et assez solide pour résister aux efforts les plus puissans. Cette machine parait bien remplir son objet ; nous regrettons de ne pouvoir la décrire ni la figurer ; on lui reproche avec quelque fondement d’être trop compliquée, trop dispendieuse, et de nécessiter l’emploi de 10 à 12 chevaux pour la faire fonctionner. M. Vilmorin emploie dans sa pratique, pour augmenter l’épaisseur de la couche arable d’un à cinq pouces, sans mêler immédiatement cette terre non préparée avec celle de la surface, le cultivateur ordinaire, ou buttoir à pommes-de-terre, instrument très simple, et qui commence à être assez généralement répandu. Pour lui donner cette destination, il suffit d’en enlever les versoirs ou oreilles, et de lui faire suivre la charrue, dans le même sillon ouvert par elle, en l’attelant d’un cheval ou de deux chevaux placés à la file.

§ IV. — Imperméabilité du sous-sol pour les eaux.

C’est le plus communément à l’imperméabilité de la couche inférieure qu’est due la trop grande humidité du sol : lorsqu’il en est ainsi, et que le terrain n’a pas de pente, l’eau, ne pouvant ni s’égoutter ni s’écouler, est retenue comme dans un bassin, la terre meuble devient semblable à une bouillie, et cette humidité excessive est très-nuisible à la plupart des plantes cultivées ; ces terrains, dans leur état naturel, ne peuvent être ressuyés qu’à la longue par l’évaporation. On voit d’après cela combien il importe de bien étudier, dans les champs qu’on veut exploiter, la nature du sous-sol, puisqu’en livrant aux eaux un passage trop facile ou trop difficile, il en résulte que la couche de terre labourable est exposée à être trop desséchée, ou imbibée et même noyée entièrement.

Une couche d’argile sous un sol sablonneux contribue à sa fertilité, en retenant l’eau qui filtre trop facilement au travers, et en y conservant une humidité plus constante ; mais si la couche d’eau retenue par l’argile mouille trop les racines, les plantes languissent. Un sol argileux ou marneux qui repose sur un lit de pierre calcaire et poreuse, est plus fertile que lorsqu’il est assis sur de la roche dure, imperméable à l’eau : parce que dans le 1er cas l’eau filtre et s’échappe, tandis que dans le second elle reste stagnante dans un sol pâteux qui ne retient déjà que trop d’humidité.

On ne peut guère remédier au défaut de laisser passer les eaux comme un tamis que par des moyens indirects, c’est-à-dire en humectant le terrain par des irrigations supérieures ou souterraines lorsque cela est possible, ou en l’abritant de l’action des vents desséchans et du soleil au moyen de plantations en bordures.

Quant à l’imperméabilité du sol inférieur pour les eaux, on en diminue les inconvéniens en donnant les labours par sillons plus ou moins relevés, en pratiquant des écoulemens dans les champs et les prairies, au moyen de saignées plus ou moins profondes et nombreuses, ou bien en formant des couches de cailloux ou de pierrailles sous la terre végétale. En Angleterre, où l’excès de l’humidité a fait plus qu’en France chercher les moyens d’y obvier, on est dans l’usage de percer de nombreux trous de sonde les couches inférieures qui retiennent les eaux, lorsqu’elles sont d’une nature compacte, d’une épaisseur peu considérable, et ont au-dessous d’elles une couche perméable ; on doit pratiquer ces trous dans les endroits où le terrain offre de la déclivité, et dans ceux où les eaux s’amassent davantage à la surface. Au reste, nous devons renvoyer pour plus de détails à ce sujet au chapitre des desséchemens, et à la section qui traite des propriétés physiques des sols pour apprendre à reconnaître dans le sous-sol les qualités ou les défauts que venons de signaler ; on peut aussi consulter sur le dessèchement des terres argileuses et humides, sujettes à être annuellement inondées, les considérations que nous avons publiées pour servir de programme au prix mis au concours par la Société royale et centrale d’agriculture.[5]

§ V. — Principaux sous-sols qu’on rencontre en agriculture.

Dans l’impossibilité de spécifier les variétés des couches inférieures aux terres arables, et qui sont multipliées à l’infini, nous citerons, d’après Thaer, celles qu’on rencontre le plus communément.

Lorsque le sous-sol est marneux ou calcaire, et que la couche supérieure offre à peine des traces de chaux, l’approfondissement du sol, par le défoncement complet ou successif, produit des effets surprenans, et l’améliore en même temps d’une manière durable, parce que la marne, quelque tenace qu’elle soit dans les couches inférieures, lorsqu’elle est amenée à la superficie et mise en contact avec l’air, se divise et se pulvérise, de manière à pouvoir facilement être mêlée avec le sol.

Sous un terrain argileux ou glaiseux on trouve aussi quelquefois une couche de terre sablonneuse : si elle n’est placée ni trop près de la superficie du sol, ni à une trop grande profondeur, c’est-à-dire si elle est à trois ou quatre décimètres (1 pied ou 1 pied ½) au-dessous de la surface, et si sa couche est assez épaisse, elle produit un sol éminemment fécond, qu’on qualifie de pesant et chaud tout à la fois, qui ne souffre jamais de l’humidité en en laissant toujours écouler la partie surabondante.

Le sol où la terre végétale n’a qu’une petite épaisseur et recouvre une couche inférieure de sable, est fortement exposé aux sécheresses, lors même qu’il parait très-fertile dans les saisons humides.

Quelquefois la couche de sable ou de gravier est très-mince, et recouvre elle-même une couche d’argile imperméable. Si le terrain n’a pas de pente, l’eau s’amasse dans la couche de sable comme dans un réservoir et reflue vers la surface ; alors il s’y forme des fondrières, des places humides, le terrain devient froid et stérile, parce que l’eau entraine les particules d’engrais dissoutes, et les dépose dans la couche de sable où elles sont à peu près perdues pour la végétation. Cette espèce de terrain est une des plus mauvaises, si on ne l’améliore par des saignées qui fournissent un écoulement à l’eau : mais à l’aide de ces saignées, ce terrain peut être complètement corrigé.

Plus le sable qui est au-dessous d’un sol déjà sablonneux est sans fond et mouvant, plus ce terrain est sec. Si à une certaine profondeur, le sable prend plus de consistance, et que l’écoulement de l’humidité soit ainsi un peu arrêté, le sol a plus de fraîcheur et est meilleur.

Quelquefois, surtout dans les montagnes et sur les plateaux des collines de formation tertiaire, le sous-sol est composé de pierres qui ne laissent souvent qu’une épaisseur de quelques pouces à la couche végétale. — Lorsqu’il est composé de pierres à chaux, c’est la circonstance la plus favorable ; à la superficie de la couche, cette pierre est le plus souvent délitée et pleine de crevasses ; elle absorbe l’eau, et les racines des plantes, notamment du sainfoin et des arbres et arbrisseaux, y pénètrent très-bien. Les roches calcaires et gypseuses sont donc moins stériles que les autres.

Le schiste argileux, couvert d’une légère couche de terre végétale, se délite lorsque la charrue l’entame ou enlève des morceaux ; on peut ainsi rendre plus profonde et améliorer la couche arable.

Le terrain qui n’a que peu d’épaisseur, et qui recouvre le granit et autres roches presque indécomposables, ne peut s’améliorer qu’en y transportant de la terre végétale ou des déblais et démolitions pour en augmenter la couche.

Lorsque la couche inférieure est composée de cailloux roulés, s’ils sont suffisamment recouverts de terre végétale, ils ne sont pas nuisibles ; et même, si le terrain est argileux, ils peuvent être très-utiles en procurant un écoulement aux eaux surabondantes.

L’ocre ou la mine de fer limoneuse, que l’on trouve assez fréquemment au-dessous de la superficie du sol, est très-nuisible à la végétation, qu’il empoisonne, pour ainsi dire, lorsqu’il n’est pas recouvert d’une couche de terre végétale assez épaisse pour qu’il ne soit pas atteint par les racines. Il est ordinairement au-dessous d’une couche de terre âpre et de couleur brune, de même nature que lui, qui devient plus dure à mesure qu’elle descend, et est enfin transformée en pierre. Les arbres dépérissent aussitôt que leurs racines atteignent cette terre. 25 fév. 1834. — L. Héricart de Thury

Section VI. — De la phorométrie, agronométrie, statique agricole, ou du degré de fertilité des terres.

On désigne sous ces noms la méthode par laquelle les Allemands ont cherché, dans ces dernières années, à mesurer exactement les variations de la fécondité du sol, à les évaluer en chiffres, et à les rendre comparables en les rapportant à une commune échelle. Thaër a le premier ouvert cette voie, que de Wulfen et de Voght ont ensuite élargie et affermie.

Thaër suppose qu’une terre qui donne annuellement, dans une récolte moyenne, 12 hectol. 84 de froment par hectare, possède 100 degrés de fécondité, suppléant, par ce mot abstrait, à tout ce que nous ignorons des qualités réelles du sol. Ces 100° ne sont pas épuisés après la récolte, mais ils ont subi une diminution ; et, pour reconnaître la valeur de cet abaissement, Thaër a eu recours à deux procédés qui se sont contrôlés l’un l’autre : 1o il a pris l’ensemble des résultats fournis par des exploitations bien dirigées dans des années moyennes ; 2o il a aussi fondé ses déductions sur les analyses qu’Einhof a faites de différentes céréales, d’après le principe que les récoltes absorbent les sucs nourriciers contenus dans le sol en proportion directe de la substance nutritive qu’elles-mêmes contiennent, surtout dans leurs graines. Au moyen de ces deux ordres de considérations, il a trouvé qu’une récolte qui succéderait immédiatement et sans engrais à celle que nous avons prise pour type, produirait 7 hectol. 70 du même grain ; d’où il a déduit, par une simple règle de proportion, un épuisement de 40 p. 0/0 sur la première récolte. Par le même procédé, il a été conduit à attribuer un épuisement de 30 p. 0/0 au seigle, de 25 p. 0/0 à l’orge et à l’avoine. Or, il résulte de là que pour donner un hectolitre sur un hectare, le froment consomme 3° 21 de fécondité, le seigle 2,34, l’orge 1,64 et l’avoine 1,18.

On a différens moyens de réparer le déficit de la fécondité, ou de l’augmenter elle-même, entre autres les engrais, le repos de la terre ou sa conversion en pâturage, et la jachère. Thaër estime qu’un chariot de fumier de 2,000 livres augmente de 2° 55 la fécondité d’un hectare ; il ne cherche pas d’ailleurs à faire exactement la part de la qualité du fumier ni celle de l’état de la terre. Il regarde au contraire cette dernière condition comme influant directement sur l’accroissement de la fécondité par le repos. Selon lui,

une terre qui a 10° gagne par année
20°
30°
40° 10°
50° 11°
60° etc. 12°
— De même l’amélioration par la jachère est proportionnelle à la fécondité de la terre, au moment où elle reçoit les cultures. Thaër estime cet effet à 10° pour une terre qui en possède déjà 40, et il l’augmente d’un degré par chaque dizaine de degré au-dessus de cette limite inférieure.

Au moyen de l’échelle phorométrique de Thaër, de même qu’avec celles de ses successeurs, il est facile d’apprécier la valeur comparative des divers assolemens, et de discerner celui qui épuise le moins le sol ; mais le système sur lequel elle s’appuie est incomplet. Toutes les terres ne peuvent pas se ranger dans une seule catégorie ; elles ne cèdent pas toutes les 40/100 de leur fécondité ; elles ne mettent pas toutes en action les engrais dans la même proportion ; elles ne reçoivent pas toutes un même accroissement de valeur par la jachère. Les termes de la formule doivent être également changés suivant les climats. Ainsi, leur valeur peut être affectée de plusieurs variables dont les quantités fixées par Thaër sont, pour ainsi dire, les coefficiens. Ainsi, par exemple, suivant M. de Gasparin, il y a dans le midi de la France des terres qui, sans engrais et au moyen de la jachère seule qui revient tous les 2 ans, peuvent produire 8 hectol. 16 par hectare ; elles possèdent donc 63° de fécondité, et, pour qu’il puisse y avoir égalité entre les récoltes avant et après la jachère, il faut que celle-ci fournisse les 25°68 dont les 8 hectol. 16 ont épuisé le sol. Or, Thaër n’aurait admis dans ce cas que 12°30 de restitution ; il y aurait donc dans ces terrains une faculté de réparation double de celle des climats où il observait ; et, en donnant ces 12°30 pour coefficient à la formule de la fécondité croissante du sol, il faudrait, pour le cas qui nous occupe, multiplier ce coefficient par 1 en Allemagne et par 2,08 dans le midi de la France, pour avoir la vraie valeur de ce terrain. Celle distinction ne tarda pas à être faite. M. de Wulfen conçut que la fécondité devait résulter et des principes nutritifs contenus dans le sol, et de l’aptitude de ce sol à les mettre en action pour les approprier à la végétation. Il vit donc dans la fécondité la résultante de la richesse du sol en matières organiques assimilables par les végétaux, et de sa force ou de son activité à les rendre susceptibles de cette assimilation, en les élaborant dans un temps plus ou moins long, et en transformant ainsi la richesse en fécondité. C’est d’après ce point de vue qu’il donna à l’agronométrie le nom de statistique agricole. Les ouvrages où M. de Wulfen a exposé ces idées neuves sont restés inconnus en France ; nous ne pouvons donc donner à nos lecteurs qu’une idée imparfaite de son système d’après le peu que les journaux allemands en ont dit.

1o Le produit en céréales est dans un rapport direct avec la fécondité du sol.

2o Lorsque le nombre des degrés de la fécondité est connu (c’est-à-dire, apparemment, lorsqu’on a fixé arbitrairement un nombre quelconque, qui sert ensuite de mesure invariable, pour représenter le produit d’un champ), on trouve les nombres qui doivent représenter les deux facteurs de la richesse et de l’activité, dont le produit forme la fécondité, au moyen de la différence des produits que donne une même plante cultivée deux fois de suite sur le même champ, en la supposant chaque fois précédée d’une jachère, afin que l’activité reste égale à elle-même ; cette différence est au degré de fécondité indiqué par la première récolte ce que l’épuisement est à la richesse. La proportion ainsi posée donne le facteur de la richesse, par lequel on divise le nombre des degrés de la fécondité pour avoir le facteur de l’activité. M. de Wulfen a donné dans la langue algébrique un procédé général qui sert à déterminer ces deux facteurs.

3o La valeur numérique de l’activité doit toujours être une fraction de l’unité ; car il n’y a jamais qu’une portion de la richesse qui se transforme en fécondité, et par conséquent celle-ci est plus faible que celle-là. Le produit de la multiplication de la richesse par l’activité est donc toujours moindre que le nombre qui représente la richesse.

4o L’épuisement du sol par les céréales est proportionnel à la quantité de matière nutritive contenue dans le grain, et cet épuisement doit être soustrait du nombre qui exprime la richesse.

5o On peut compenser la diminution de l’activité du sol, ou produire un effet analogue à une élévation de cette activité, par de fréquentes cultures données au sol.

Dans ses estimations et ses calculs, M. de Wulfen paraît n’avoir été guidé que par des vues a priori et des déductions d’observations vagues, banales et peu nombreuses ; lui-même n’a pas entrepris les expériences nécessaires pour confirmer la justesse de ses ingénieux aperçus, et pour donner à ses déterminations le degré de précision convenable.

Mais ce qui manquait à sa théorie sous ce rapport, M. de Voght, propriétaire du domaine de Flotbeck, près de Hambourg, s’est chargé de le suppléer, et les expériences auxquelles il s’est livré ont été si bien faites, si variées, si fréquemment répétées, qu’elles doivent nous inspirer une pleine confiance.

En adoptant le système de M. de Wulfen, le propriétaire de Flotbeck y a introduit un changement important. Au mot activité il a substitué le mot puissance, qui exprime une autre manière d’envisager les faits. En effet, selon M. de Wulfen, l’effet de l’activité sur la richesse est une fécondité inférieure à cette richesse, parce que, selon lui, les substances organiques contenues dans le sol sont les seules matières qui puissent fournir des principes nutritifs aux plantes, et que leur propre masse est toujours supérieure à celle de ces principes élaborés. Selon M. de Voght, au contraire, l’effet de la puissance sur la richesse est une fécondité supérieure à cette richesse, parce que, suivant lui, la terre a la faculté d’absorber les fluides atmosphériques qui s’insinuent aussi dans les végétaux à travers les suçoirs de leurs racines, soit directement, soi après s’être combinés avec quelques-uns des élémens de l’humus. Il résulte de là que les sols qui ont le moins d’activité aux yeux de l’un, ont le plus de puissance aux yeux de l’autre, et réciproquement que ceux qui ont le plus d’activité ont le moins de puissance, c’est-à-dire que les deux échelles sont inverses l’une de l’autre.

Pour point stable de la sienne, M. de Voght a pris un champ de 21 ares, qui, ayant reçu 5 voitures de fumier demi-consommé, formant 435 pieds cubes, avait produit 840 liv. de blé, mesure de Hambourg, ou 406,81 kil. (environ 5 hectol. 35 lit.) ; il a désigné cette fécondité par le chiffre 720, terme qui a déterminé le nombre des divisions dans une étendue donnée de son échelle, et qu’il a choisi parce qu’il croyait rapprocher ainsi sa mesure de celle de M. de Wulfen. Au moyen de cette unité métrique, il pouvait désormais apprécier la fécondité relative de ses autres pièces de terre, par une simple règle de proportion, en connaissant leur produit. Parmi ces essais, il en est un qu’il faut distinguer, parce qu’il a servi d’étalon, de norme pour la détermination des deux facteurs de la fécondité. Situé immédiatement à côté du premier, il produisit 700 livres de blé la même année, sur la même surface de 21 ares et dans des circonstances du reste égales, mais sans avoir été fumé. Il possédait donc 600° de fécondité. Ce point établi, on examina tour-à-tour avec soin ses propriétés physiques et chimiques, ainsi que les plantes qu’il produisait naturellement, et on lui assigna pour l’expression de sa puissance le nombre 8, par la même raison qui avait fait choisir le nombre 720 pour l’expression normale de la fécondité. Pour trouver la richesse naturelle de ce sol ou la décomposition précédente des substances organiques qu’il contenait, il n’y avait plus qu’à diviser le nombre 600, exprimant la fécondité, par le chiffre 8 de la puissance ; on obtint ainsi 75.

Le champ qui avait reçu 5 voitures de fumier par 21 ares ayant manifesté une fécondité de 720°, et sa puissance étant la même que celle du second champ, puisqu’il était dans des conditions identiques, si ce n’est celle du fumier, il en résulte que 435 pieds cubes de fumier par 21 ares ont augmenté la richesse de 15° et la fécondité de 120° ; ainsi chaque voiture de fumier a augmenté de 3° le facteur de la richesse. Tel est l’effet que M. de Voght attribue en moyenne à l’espèce de fumier qu’il emploie.

Si un champ ayant reçu le même engrais eût, dans des circonstances égales, produit plus de 840 livres, 1050 par exemple, c’eût été le résultat d’une plus grande puissance. Pour la déterminer, on chercherait d’abord la fécondité que supposent 1050 livres proportionnellement à 840 livres ; on diviserait ensuite les 900° trouvés par 90, nombre qui exprime la richesse dans ce cas, et l’on trouverait 10° de puissance. Si avec la même quantité d’engrais il produisait moins de 700 livres de blé, qui ne supposent que 600° de fécondité, ce serait dans l’abaissement de la puissance du sol qu’il faudrait chercher la cause de l’abaissement du chiffre de la fécondité, et l’on y parviendrait par un procédé analogue. C’est ainsi que M. de Voght a mesuré la puissance du sol par l’effet d’un engrais de même quantité et de même qualité sur ce sol, toutes les autres circonstances étant exactement les mêmes.

Des influences étrangères, notamment les phénomènes atmosphériques, peuvent faire varier la puissance du sol. Pour échapper autant que possible à ces causes de trouble, M. de Voght a choisi comme base de son système la récolte sur laquelle l’action atmosphérique se fait le moins sentir, savoir, le froment. D’ailleurs il tient note de la température et de son influence sur les phases de la végétation ; puis, combinant ces observations avec le jugement porté par les praticiens sur la productivité de l’année pour chaque espèce de plantes cultivées par lui, il apprécie de combien pour cent elle a été au-dessus ou au-dessous des années moyennes, et hausse ou baisse en conséquence le chiffre de la puissance, qui, par sa multiplication avec celui de la richesse resté le même, lui donne la différence en plus ou en moins de l’année par rapport à une année moyenne. Une seule année ne suffit pas, au reste, pour fixer irrévocablement la puissance du sol ; il faut des comparaisons multipliées pour arriver à une certitude raisonnable.

Ainsi les premières bases de la phorométrie étant une fois posées, on apprécie avec la plus grande facilité le degré de la puissance quand celui de la richesse est connu, ou le degré de celle-ci quand celui de l’autre est déjà déterminé ; on peut savoir avec une exactitude auparavant impossible à atteindre, de combien on augmente la fécondité par une égale quantité de fumier, sur des champs de puissance différente, et de combien par conséquent le produit sera plus considérable. La phorométrie fournit par là le moyen de connaître ce qu’il faut d’engrais à tel ou tel champ pour le faire arriver à une fécondité moyenne, au-delà de laquelle les effets de l’engrais deviennent plutôt pernicieux qu’utiles. Elle nous apprend qu’il y a une proportion à garder entre les degrés de la puissance et ceux de la richesse, selon la fertilité plus ou moins grande du sol, et selon l’espèce des végétaux qu’on y veut cultiver. C’est ainsi, par exemple, qu’à Flotbeck le colza exige 1000 degrés, et n’en supporte guère plus de 1200, et que par conséquent pour être cultivé avec avantage, il doit être placé sur des terres dont la puissance soit au moins de 10°. Les pommes-de-terre fines exigent 800°, les pommes-de-terre communes 600°, l’orge 650 à 700, la spergule 500, etc.

Par des expériences continuées pendant plusieurs années, M. de Voght a trouvé que la production de 100 livres de froment épuise 1°19 de richesse, et enlève 5 à 10 p. 0/0 de la puissance ; que le seigle exerce le même effet sur la puissance, mais qu’il épuise la fécondité de 10 p. 0/0 de moins ; que l’orge épuise la richesse à l’égal du seigle, et l’avoine à l’égal du froment ; que, néanmoins, les grains de printemps ne détériorant pas le sol, la fécondité n’est diminuée que de l’épuisement de la richesse ; que le sarrasin rend à la puissance ce qu’il enlève à la richesse ; que les vesces et la spergule produisent le même effet, ou même peuvent quelquefois ajouter à la puissance et à la richesse ; que le colza épuise la richesse de 1° 60, tandis qu’il élève la puissance de 5 p. 0/0 ; que les pommes-de-terre enlèvent 1/10 de degré à la richesse, mais qu’elles rendent 1 1/2 à 2 p.0/0 à la puissance ; enfin, que la troisième coupe du trèfle, enterrée de 3 à 6 pouces, augmente la puissance de 5 p. 0/0 et la richesse de 6 à 12°. Au moyen de ces données, il est facile de calculer l’augmentation ou la diminution de la fécondité selon l’état préexistant de ses deux facteurs.

Malgré ses immenses travaux, M. de Voght n’a pu arriver à un ensemble systématique de faits généraux et constans ; car chacune de ses données devra subir, dans les différentes localités, une correction dépendant de la différence du climat et même du sol ; mais il a établi, sur de solides fondemens, une méthode dont l’adoption procurera aux agriculteurs tous les avantages attachés à la précision et à l’exactitude, et qu’il serait inutile d’énumérer.

Pour la compléter, M. de Voght a dressé une table destinée à faciliter, dans les pays où l’agriculture est le plus avancée, l’application de l’échelle phorométrique à l’appréciation des récoltes exprimées par les poids et les mesures de ces pays. Pour connaître ce qu’un champ, de quelque fécondité que ce soit, peut produire :

D’hectolit. par hectare en France, divisez le degré de fécondité par 28 ,56
Bushels acre.
Angleterre 
24 ,98
Viertel. bunder.
Brabant 
15 ,61
Mutt. juchart.
Suisse (Berne) 
140 ,07
Metzen joch.
Autriche 
34 ,66
Scheffel. morgen.
Prusse 
60 ,21
Tonne mesure tonno areal
Holstein 
75
Tchetvert. désiatine
Russie 
50 ,60

Réciproquement, pour remonter du produit exprimé en mesures locales de superficie et de capacité, on le multiplierait par le nombre indiqué pour chaque pays ; de cette manière la table phorométrique, désignant purement et simplement le rapport du produit à la faculté productive, ne fait rien préjuger sur les circonstances dont celle-ci dépend, et rend ainsi inutiles des descriptions toujours plus ou moins vagues. Son adoption introduirait plus d’uniformité dans la langue agricole. J. Yung.

Section VII. — Fonctions des sols dans la végétation.

De la germination des graines et de leur premier développement dans les substances terreuses. — Pour observer l’influence diverse des substances que renferment les sols sur la germination, on en mit des quantités égales dans des vases d’une égale capacité, d’un pouce et demi de profondeur et de quatre pouces carrés de surface, exposés à l’air au mois de juillet, de manière à ce qu’ils pouvaient par un temps serein recevoir huit à neuf heures la lumière du soleil. On les arrosa tous en même temps, et aussi souvent que l’eau de la pluie ne paraissait pas suffisante. L’arrosage de la terre arable ordinaire servait de guide, y ayant mis des grains de froment de la même espèce.

Dans le sable quartzeux, les graines germèrent en peu de jours ; les tiges prirent la longueur d’un pouce, mais se flétrirent et séchèrent rapidement par un temps d’été.

Dans le sable calcaire, elles germèrent de même en peu de jours, devinrent de la hauteur d’un pouce et demi, et parurent croître plus vigoureusement que dans le sable de quartz ; mais les tiges se flétrirent et séchèrent par un temps chaud.

Dans la glaise maigre, les semences germèrent bien ; il se développa une radicule et une plumule d’une ligne et demie ; mais elles moururent avant d’avoir percé la surface de la terre, qui se couvrait d’une croûte serrée ; les germes paraissaient être trop faibles pour se faire jour au travers de cette croûte.

Dans la glaise grasse on observait la même chose, mais à un degré plus fort ; la radicule et la plumule ne parvenaient pas à une ligne de longueur, et mouraient bientôt.

Dans la terre argileuse plastique, le développement était moindre encore que dans les précédentes.

On ne pouvait plus remarquer aucune germination dans l’argile exempte de sable ; les semences, pendant quinze jours, y restèrent sans développement, soit que la terre fût mouillée ou sèche, à l’ombre, ou au soleil. Cette argile formait une masse très-ferme et très-consistante.

Les mêmes graines qui paraissaient mortes, mises dans une terre arable ordinaire, germèrent en quelques jours, et poussèrent de belles tiges.

Dans le carbonate de chaux, les graines germaient en peu de jours ; leurs tiges parvenaient à une hauteur considérable ; beaucoup de petites racines se formaient, et paraissaient parfaitement saines.

Dans la magnésie carbonatée, les graines germaient bien aussi en peu de jours, leurs tiges parvenaient vite à une hauteur considérable, et les plantes étaient d’une belle couleur verte et pleine de suc.

Elles poussaient dans l’humus de la même manière que dans la magnésie.

Les semences confiées à la terre de jachère et à la terre arable germaient et se développaient bien ; seulement les plantes paraissaient croître moins vite que semées dans l’humus et dans la magnésie ; ce qui résulte sans doute de la grande proportion d’eau que retiennent ces dernières substances, et de leur porosité, qui permet aux plantes d’être en contact avec l’atmosphère.

Ces résultats montrent que la porosité et l’humidité des terres sont deux des conditions les plus indispensables pour la végétation, et que l’argile pure a une influence nuisible moins par sa grande faculté de retenir l’eau que par sa grande ténacité et sa consistance, enfin, parce qu’elle oppose mécaniquement des obstacles au développement de la jeune plante, et qu’elle la prive du contact de l’air, indispensable à la végétation.

On peut conclure, des données qui précèdent, que les sols servent essentiellement :

1o À offrir aux graines les conditions d’humidité, de température, de présence d’oxigène qui déterminent la germination ;
2o À présenter des interstices dans lesquels les radicules et les plumules puissent s’insinuer, et que les racines, les tubercules et les tiges puissent ensuite élargir, afin de se développer graduellement en assurant à la plante une sorte de scellement ou de base solide qui la fasse résister aux efforts de l’air agité et de quelques autres agens extérieurs ;
3o À conduire l’eau, les solutions alimentaires et stimulantes vers les extrémités spongieuses des racines qui les entraînent dans les conduits séveux, au fur et à mesure que les feuilles et les parties herbacées exhalent dans l’atmosphère l’excès d’humidité ;
4o Et réciproquement, le sol reçoit en réserve l’humidité atmosphérique condensée par les feuilles, et qui compense la déperdition trop considérable éprouvée durant les sécheresses ;
5o À emmagasiner, durant la journée, la chaleur des rayons solaires pour rayonner la chaleur à son tour, pendant les nuits, en plus grande abondance qu’elle n’en reçoit alors : c’est ainsi que se forme un milieu tempéré, dans lequel les plantes sont soustraites à de trop brusques variations de température ;
6o À entretenir l’excitation électrique qui contribue au développement des plantes ;
7o À fournir à l’eau de très-minimes parties de sa propre substance, et notamment de sels calcaires qui, ne pouvant suivre l’eau lorsqu’elle se volatilise dans l’air, restent interposés dans le tissu des végétaux ;
8o À offrir aux détritus végétaux, restés après les récoltes, et aux divers autres engrais organiques répandus à dessein, les circonstances d’humidité et de chaleur qui favorisent leur décomposition, en même temps que la porosité du sol retient une partie des gaz nourriciers résultant de cette altération spontanée.

On voit par ces données, conformes à la théorie comme à la pratique, que l’épuisement du sol n’est jamais à craindre toutes les fois que l’on peut lui rendre la faible proportion d’amendemens, de stimulans et d’engrais que les récoltes lui enlèvent, et que les jachères peuvent être supprimées dans toutes les localités qui ne seront pas inaccessibles aux agens de la fertilisation.

Section viii.Moyens d’apprécier les qualités des sols.

Les propriétés et l’apparence physique peuvent servir très-utilement à apprécier les qualités des sols ; nous citerons aussi les indices que l’on peut tirer des plantes qui croissent spontanément ; enfin nous indiquerons les réactions chimiques qui permettront de faire facilement l’analyse des terres.

[2:8:1]
§ Ier. — Par l’aspect et les propriétés physiques.

Une terre brune ou de couleur jaune, et divisée, offrira les 1ers indices de fertilité. À quelques centimètres, elle devra être assez humide et tenace pour s’agglomérer sous la pression des mains, et redevenir pulvérulente ou facilement divisible entre les doigts.

Au 1er aspect, on peut souvent reconnaître un sol de mauvaise nature, lorsque, par exemple, les parties sableuses ne contractent aucune adhérence entre elles, ou qu’au contraire, fortement plastiques, elles présentent de très-larges crevasses durant les sécheresses, ou se couvrent d’eau pendant les pluies, et adhèrent très-fortement aux pieds comme à tous les ustensiles aratoires.

L’aspect particulier aux sols trop argileux, ou trop sableux, ou meubles et offrant les conditions physiques utiles, se dénote en général très-bien après le 1er labour et le 1er hersage. Ainsi la terre argileuse humide reste en mottes ou tranches consistantes, comme l’indique la fig. 37, et en sillons informes.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 55) - Fig 37.jpg

Le sol sableux est alors, au contraire, pulvérulent, en grains sans adhérence, offrant à peine des traces de sillons, comme on l’a indiqué dans la fig. 38.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 55) - Fig 38.jpg

Le sol meuble et la terre bien amendée, contenant des débris organiques, offrent, dans les mêmes circonstances, une forme moins pulvérulente ; ses parties adhèrent légèrement entre elles, en sorte que les sillons y restent largement tracés, comme on le voit dans la fig. 39.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 55) - Fig 39.jpg

En décrivant plus haut les propriétés physiques les plus importantes, nous avons donné les moyens de les constater. A. Payen.

[2:8:2]
§ II. — Par l’inspection des végétaux qui croissent spontanément sur le sol.

Cette partie de nos connaissances est encore fort peu avancée, et probablement elle parviendra difficilement au degré d’exactitude et de précision nécessaire pour qu’on puisse lui accorder la confiance que méritent les analyses. Depuis que Linné en a réuni les premières notions, plusieurs botanistes et agronomes y ont joint le fruit de leurs observations ; mais, à mesure que l’on recueillait des faits, les exceptions se présentaient en plus grand nombre.

La sécheresse, l’humidité, la hauteur des sols, les abris et l’ombrage ont une si grande influence sur la station des plantes, que la nature même de la terre semble perdre tout-à-fait la sienne vis-à-vis de beaucoup de végétaux. Ainsi, une terre peu élevée au-dessus au niveau de la mer produit des plantes fort différentes de celles qui croissent sur une terre de même nature, mais placée à quelques centaines de toises plus haut. Si un sable sec et aride, qui produit à peine quelques Bruyères, quelques Véroniques et quelques Canches, vient à recevoir une humidité permanente, ces plantes disparaîtront pour faire place à des Laiches, à des Scirpes, des Scrophulaires, des Lysimachies, des Linaigrettes, même à des Saules et des Peupliers. Quand on abat une forêt, non seulement les petites plantes qui croissaient sur ses lisières disparaissent, mais il en vient d’autres à la place de la forêt même, et qu’on n’y avait jamais vues.

D’un autre côté, il y a beaucoup de plantes qui, par la simplicité de leur organisation, s’accommodent de terres fort différentes. Ainsi M. De Candolle observe que les montagnes granitiques des Vosges, et les montagnes calcaires du Jura, nourrissent presque toutes les mêmes plantes. Ce célèbre botaniste dit même « qu’il ne saurait trouver un seul végétal qu’on puisse affirmer n’avoir été trouvé que dans des terrains calcaires ou que dans des terrains granitiques, » et déjà il avait reconnu que la nature de la terre n’a qu’une très-faible influence sur l’habitation générale des végétaux ; mais il en accorde une très-grande : 1o à la température, qui est déterminée par la distance de l’équateur, la hauteur au-dessus de la mer, et l’exposition au sud et au nord ; 2o au mode d’arrosement, qui comprend la quantité plus ou moins considérable d’eau qui peut arriver à la plante, la manière plus ou moins rapide dont cette eau peut se filtrer au travers du sol, les matières utiles ou nuisibles à la végétation de telle ou telle plante, qui sont dissoutes dans l’eau ; 3o au degré de ténacité ou de mobilité du sol.

À ces considérations générales, j’ajouterai que, dans un ouvrage de la nature de celui-ci, il est bien plus question de chercher à donner aux végétaux une terre propre à leur faire prendre le plus de développement possible et toutes leurs qualités, que d’examiner celle où ils croissent spontanément ; car un grand nombre de plantes sont plus parfaites dans nos cultures que dans leur station naturelle. Voyez le Trèfle, la Chicorée sauvage, la Laitue vivace le long de nos chemins ; la Carotte dans les clairières et dans les prés secs ; le Houblon dans nos haies : et considérez ensuite ces mêmes plantes dans nos cultures ! à peine pourrez-vous les reconnaître tant elles y gagnent en volume et en perfection. Le Tussilage (Tussilago farfara), qu’on ne trouve à l’état sauvage que dans l’argile presque pure et noyée d’eau pendant l’hiver, prospère à merveille transplanté en terre calcaire dans nos jardins. Le Salsifis des prés humides, pressé de toutes parts par les herbes à foin, développe une végétation luxuriante cultivé en plante sarclée. Des végétaux même que la nature ne fait croître que dans des fentes de rocher, tels que le Figuier, le Rhododendron, deviennent vingt fois plus grands et plus fertiles en bonne terre dans nos cultures que dans leur station naturelle. Je n’ai jamais trouvé le Buis nain à l’état sauvage que dans des terres argilo-calcaires, et pourtant il prospère dans tous les jardins, quelle que soit la nature de la terre. Dans le Périgord, la terre où croissent les Châtaigniers ne ressemble pas à celle où ils croissent dans la forêt de Montmorency ni dans le bois de Meudon. J’ai trouvé en Virginie plusieurs espèces d’Andromèdes en terre grouéteuse et granitique, que nous ne pouvons faire vivre ici qu’en terre dite de bruyère.

Des considérations d’un autre ordre nous amènent encore à n’accorder qu’une faible importance à la connaissance de la nature de la terre où croissent spontanément les plantes que nous voulons introduire dans nos cultures. Dans les terres légères, les racines se multiplient aux dépens de leur grosseur et de leur longueur ; dans les terres substantielles, mais perméables, elles grossissent et s’alongent aux dépens du nombre. C’est au cultivateur à savoir quelle est celle de ces deux modifications qui lui est le plus utile pour faire choix de la terre. C’est surtout à l’égard des racines alimentaires que nous devons donner, aux plantes qui les produisent, une terre plus riche en parties nutritives que celles où elles croissent naturellement, puisqu’il n’y a pas d’exemple que la nature nous les donne toute seule aussi grosses et aussi succulentes que quand nous les cultivons dans une terre que l’expérience a appris leur convenir.

Les produits végétaux sont généralement de meilleure qualité dans une terre légère que dans une terre forte ; mais on doit attribuer cette supériorité à la juste proportion d’humidité que retient la terre légère, et à la facilité qu’elle offre à l’air de la pénétrer. Si on la rend aquatique, ses produits perdent de leur qualité ; si on la dessèche outre mesure, il n’y croît plus rien. Donc, la nature de la terre est tellement maîtrisée par la température, la sécheresse et l’humidité, que, quoique indispensable à la végétation, son influence sur le développement d’un végétal plutôt que d’un autre n’est pas aussi grande qu’on se l’imagine généralement.

Je suis loin cependant de vouloir dire que l’étude des différentes sortes de terre que les plantes paraissent affecter dans leur station naturelle doive être négligée par le cultivateur ; j’ai seulement voulu montrer que jusqu’ici cette étude n’a encore offert que peu de ressources à l’agriculture. Pour en tirer tout le parti possible, il faudrait, je crois, la combiner avec la température et le degré d’humidité et de sécheresse dont elle est habituellement affectée chaque année. Alors cette étude deviendrait compliquée ; on ne se bornerait plus à dire : telle plante croit spontanément dans telle terre, mais on ajouterait : sous l’influence de telle température, de telle lumière, à telle hauteur, à tel degré d’humidité ou de sécheresse. Ce travail n’étant pas fait et ne pouvant se faire que par l’observation durant une suite de plusieurs années, je suis obligé de suivre le sentier battu, et de me borner à présenter ici le tableau des plantes qui croissent spontanément dans chacune des principales sortes de terres sur le sol de la France. Si d’un côté j’en ajoute quelques-unes aux listes déjà publiées, de l’autre j’en élimine un certain nombre dont la station ne me paraît pas aussi limitée à telle ou telle nature de terre que les collaborateurs du dernier Cours complet d’agriculture l’ont pensé.

La première ou les deux ou trois premières plantes de chaque section sont celles qui se montrent les premières de leur section dès que la terre qui leur est propre a subi assez de mélange pour que la végétation puisse commencer à s’y établir (car, tant que l’argile, la silice et le calcaire restent purs, il n’y a guère de végétation possible), et les deux ou trois dernières indiquent que la terre se trouve déjà assez mélangée pour que la plupart des cultures puissent y prospérer. Ainsi le Tussilage est donné comme exemple de la plante qui se montre la première dans l’argile encore presque pure, et la Chicorée sauvage comme exemple de celles qui ne s’y rencontrent que lorsque l’argile est assez mélangée de silice, de calcaire, ou enfin de terreau, pour que beaucoup d’autres plantes puissent y croître également.

i. Terrains argileux.
Tussilage pas-d’âne.
Laitue vireuse.
Sureau yeble.
Lotier corniculé.
Orobe tubéreux.
Agrostis traçante.
Chicorée sauvage.

ii. Terrains argilo-calcaires.
Anthyllide vulnéraire.
Potentille anserine.
— rampante.
Mélique bleue.
Laitue vivace.
Sainfoin cultivé.
Chondrille joncée.
Frêne commun.

iii. Terrains calcaires.
Brunelle à grandes fleurs.
Boucage saxifrage.
Germandrée petit chêne.
Potentille printanière.
Seslerie bleuâtre.
Globulaire commune.
Noisetier commun.

iv. Terrains sablonneux.
Jasione des montagnes.
Elyme des sables.
Statice des sables.
Laiche des sables.
Roseau des sables.
Fléole des sables.
Saule des sables.
Sabline pourpre.
— à feuilles menues.
Canche naine.
— blanchâtre.
Fétuque rouge.
Drave printanière.
Orpin âcre.
— blanc.
Ciste helianthème.
— moucheté.
Anémone pulsatille.
Oseille petite.
Agrostide des vents.
Véronique en épi.
Saxifrage tridactyle.
Filago des champs.
Œillet armerie.
— des chartreux.
Spergule des champs.
Alysse calicinale.
Carline vulgaire.
Réséda jaune.
Plantain corne-de-cerf.
Géranion sanguin.
Genêt d’Angleterre.
Genêt sagitté.
Bouleau commun.
Châtaignier commun.

v. Terrains ombragés[6].
Lauréole commune.
Cornouiller sanguin.
Paturin des bois.
Brome géant.
Stellaire des bois.
Mélique uniflore.
Pervenche grande.
Viorne mancienne.
Géranion robertin.
Mélampyre des bois.
Euphorbe des bois.
Jacinthe des bois.
Pédiculaire des bois.
Anémone sylvie.
Lierre de Bacchus.
Lierre terrestre.
Moschatcline commune.
Muguet des bois.
Mélite à feuilles de Mélisse.
Pulmonaire officinale.
Sanicle d’Europe.
Mercuriale vivace.
Circée parisienne.
Benoite commune.
Aspérule odorante.
Balsamine des bois.
Laiche (plusieurs espèces).
Verge d’or des bois.
Chèvrefeuille des bois.
Luzule printanière.
Froment des bois.

vi. Plantes plus ou moins aquatiques.
A Dans l’eau toute l’année.
Macre.
Fétuque flottante.
Laiche (plusieurs espèces).
Scirpe (plusieurs espèces).
Souchet (deux espèces).
Nénuphar (deux espèces).
Renoncule (deux espèces).
Roseau à balais.
Massette (deux espèces).
Ményanthe à trois feuilles.
Gratiole officinale.
Butome à ombelle.
Fléchière.
Plantain d’eau.
Véronique (trois espèces).
Menthe poivrée.
Epilobe (deux espèces).
Lythre salicaire.
Et beaucoup d’autres.

B Dans l’eau une partie de l’année seulement.
Saule (beaucoup d’espèces).
Peuplier (plusieurs espèces).
Eupatoire d’Avicenne.
Obier.
Scrophulaire aquatique.
Spirée ulmaire.
Menthe aquatique.
Jonc (plusieurs espèces).
Linaigrette (deux espèces).
Laiche (plusieurs espèces).
Et beaucoup d’autres.

[2:8:3]
§ iii. — De l’analyse chimique des sols.

Les sols ou terres dans lesquels les végétaux se développent et croissent varient considérablement dans leur composition ou dans les proportions des différentes substances qui les constituent. Ces substances sont de certains mélanges ou combinaisons de quelques-unes des terres primitives, de matières animales ou végétales en état de décomposition, et de certains composés salins. Parmi les premières l’on trouve la silice, l’alumine, la magnésie, la chaux, le peroxide de fer et quelquefois le peroxide de manganèse, et au nombre des derniers l’on compte le carbonate de chaux (craie), le sulfate de chaux (gypse), le phosphate de chaux, quelquefois le sulfate de potasse et le nitrate de la même base.

Les substances que nous venons de signaler comme se rencontrant le plus ordinairement dans la composition des terres propres à la culture des végétaux, retiennent l’eau avec plus ou moins de force ; elles existent en proportions très-diverses dans les différens terroirs, à l’état de sable siliceux, d’argile et de terre calcaire ; et c’est pour en déterminer les quantités et découvrir leur mode d’union, qu’on soumet ces terres aux expériences de l’analyse.

En général, lorsqu’on examine un sol stérile dans la vue de l’améliorer, il faut, si cela est possible, le comparer avec un sol extrêmement fertile, voisin du sien, et dans une situation semblable ; la différence que présentera l’analyse de ces sols indiquera les procédés d’amélioration à apporter. En effet, si le sol fertile contenait une grande quantité de sable ou de silice, en proportion de ce qui existe dans le sol stérile, le procédé consisterait simplement à en fournir à ce dernier une certaine quantité, ou bien à ajouter de l’argile ou de la terre calcaire si ces deux dernières terres étaient en quantité insuffisante.

Il importe de prendre des échantillons de la terre du champ qu’on veut examiner, en différens endroits, à 6 ou 7 pouces de profondeur, et de les bien mêler ensemble ; car il arrive quelquefois que dans les plaines tout le sol supérieur est de la même espèce mais dans les vallées et le voisinage des rivières il y a de grandes différences.

Les bornes dans lesquelles nous devons renfermer cet article, et le but pratique de cet ouvrage, nous forcent de décrire d’une manière très-succincte les procédés les plus exacts en même temps que les plus simples.

La proportion d’humidité peut être évaluée en desséchant un poids connu de la terre à analyser, et en ayant soin de ne pas décomposer les substances organiques qui s’y trouvent.

Après cette détermination, on séparera les graviers et pierres, on les pèsera, et on s’assurera de quelle nature ils sont au moyen de l’acide hydrochlorique ou nitrique ; ils seront dissous avec effervescence s’ils sont formés de craie (ou carbonate de chaux), et resteront insolubles si c’est la silice qui en fait la base.

Les sols, outre les graviers et les pierres qui y sont mélangés en quantité variable, contiennent une plus ou moins grande proportion de sable fin, dont on peut opérer la séparation en agitant la terre quelque temps dans l’eau. Le sable, plus lourd, se précipite en moins d’une minute ; on le recueille dans un vase par décantation, et après l’avoir séché on le pèse. Sa nature est aussi facile à reconnaître par un acide que celle des graviers.

Les parties terreuses les plus ténues, et la matière animale et végétale, moins pesantes que le sable, restent plus long-temps en suspension dans l’eau. On filtre la liqueur à travers un papier pour les séparer.

Quant à l’eau qui a servi à cette opération, elle contient les matières salines et les matières organiques solubles, s’il en existait dans la terre ; on l’évapore à siccité dans une capsule pour peser le résidu et l’examiner à part.

La matière divisée du sol, séparée par la filtration, est la plus importante à connaître ; elle renferme ordinairement des débris de matière organique, de la silice, de l’alumine, du peroxide de fer, du carbonate de chaux et parfois du carbonate de magnésie. On en calcine au rouge blanc une portion dans un creuset, pour connaître le poids de la matière organique par la perte de poids éprouvée ; mais comme une partie de cette perte est due aussi à l’acide carbonique qui provient du carbonate calcaire, on estime la quantité de celui-ci par la perte qu’éprouve un autre poids de terre en la dissolvant dans une quantité connue d’acide hydrochlorique faible ; soustrayant alors ce dernier poids de celui qui exprime la pâte par la calcination, on a celui de la matière organique.

Le résidu de la calcination est traité par l’acide hydrochlorique bouillant dans un petit ballon de verre ; tous les oxides sont dissous, à l’exception de la silice, qu’on recueille sur un filtre, et qui, après avoir été bien lavée à l’eau distillée chaude, doit être calcinée avant d’en prendre le poids réel.

La dissolution hydrochlorique est précipitée par une solution de bi-carbonate de potasse. Le peroxide de fer, l’alumine et la chaux sont séparés, tandis que la magnésie reste dans la dissolution filtrée et peut en être retirée en la faisant bouillir.

Le précipité formé par le bi-carbonate de potasse est recueilli par décantation ou filtration ; on le met encore humide avec une solution de potasse caustique, et on fait bouillir pour enlever l’alumine, qu’on sépare ensuite de cette solution alcaline par une solution d’hydrochlorate d’ammoniaque.

La portion du précipité insoluble dans la potasse ne contient plus que le peroxide de fer et le carbonate de chaux ; on les redissout dans l’acide hydrochlorique, et, en ajoutant ensuite de l’ammoniaque, le peroxide de fer est isolé de la chaux, qui reste dans la liqueur surnageante, et qu’on précipite à son tour par une solution de carbonate de potasse.

Chaque principe séparé par la méthode indiquée doit être fortement calciné et pesé, afin de connaître dans quel rapport il se trouve dans l’échantillon de terre soumise à l’analyse.

De l’humus et de sa composition. — On a donné le nom d’humus au résidu que forme le détritus de la décomposition plus ou moins avancée des substances organiques exposées au contact de l’air. Ce résidu noirâtre, en raison de son aspect terreux, est désigné encore sous le nom de terreau végétal ou animal, suivant qu’il provient des substances végétales ou animales ; il fournit à l’agriculture, un engrais excellent et paraît agir dans l’acte de la végétation, non seulement par les principes solubles salins qu’il renferme, mais encore par la propriété qu’il a, suivant les observations de MM. Théodore de Saussure et de Humbolt, d’absorber par son carbone une certaine quantité d’oxigène à l’air, et de produire du gaz acide carbonique qui, décomposé par les plantes, devient pour elles un de leurs principaux alimens.

Les recherches entreprises par M. Théodore de Saussure ont démontré que le terreau végétal contenait une très-petite quantité de matière extractive soluble dans l’eau et l’alcool, mais qu’il était presqu’entièrement formé d’une matière brune noirâtre, soluble dans les solutions alcalines, et ayant les caractères de l’ulmine ; et que, à poids égaux, il contenait plus de carbone et d’azote, et moins d’hydrogène et d’oxigène que les végétaux qui l’avaient fourni.

Bien que la composition des terreaux se rapproche en général de celle que nous avons présentée, elle varie suivant la nature de la substance organique qui les produit.

Principaux ustensiles employés dans l’analyse chimique des sols. — Tous les réactifs que nous avons employés pour l’analyse des terres se trouvent à très-bon marché chez tous les pharmaciens. — Les ustensiles ou vases nécessaires pour l’exécution des différentes opérations que nous avons rapportées plus haut, ne sont également ni nombreux, ni dispendieux. Ce sont : (figure 40) Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 58) - Fig 40.jpg capsule en porcelaine A sur son fourneau pour dessécher un poids déterminé de terre, et connaître la proportion d’eau qu’elle renferme.

(Figure 41) Grand vase cylindrique en verre pour séparer par décantation dans l’eau le sable de la partie fine de la terre.

(Figure 42) Petit matras en verre, ou ballon sur son fourneau pour traiter la terre par l’acide hydrochlorique, afin de dissoudre

tous les principes solubles dans cet acide.
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, I (page 59) - Fig 41, 42, 43, 44.jpg

(Figure 43). Creuset et son couvercle en porcelaine, ou en terre fine, pour calciner les différens produits extraits par l’analyse.

(Figure 44) Coupe d’un fourneau ordinaire, dans lequel le creuset est disposé au milieu des charbons pour une calcination au rouge obscur. J. Lassaigne.


Chapitre iii. — des amendemens.

Section ire.Considérations générales.

On a vu dans le chapitre précédent comment une proportion excessive de quelques-unes des terres élémentaires et même d’humus peut être nuisible au sol, en dérangeant l’équilibre de ses propriétés physiques, en détruisant sa consistance ou sa disposition, soit à retenir, soit à laisser écouler l’humidité, etc.; c’est amender le sol, que de corriger ces défauts par l’emploi de substances ayant des qualités opposées.

Avant d’appliquer des amendemens sur les champs, la première chose est donc de déterminer exactement la nature, les propriétés et les parties constituantes du sol ; la deuxième est de connaître, également d’une manière bien positive, la nature, les propriétés et la composition des substances qu’on veut employer. Ces notions se trouvent enseignées avec détail dans les articles relatifs aux différentes espèces de terre et à leurs propriétés physiques, et les moyens de connaître leur composition se trouvent indiqués dans le § qui traite des indices de la qualité des terres et notamment de leur analyse chimique, nous n’avons pas ici à nous occuper du choix des amendemens en général pour les différentes espèces déterres, choix qui sera suffisamment enseigné en parlant de chaque amendement en particulier.

L’amendement du sol est appelé, par Thaër, une amélioration physique, pour la distinguer de l’amélioration chimique qui consiste dans l’emploi, non seulement des engrais proprement dits, c’est-à-dire des alimens destinés à la nutrition des végétaux, mais encore des stimulans, c’est-à-dire des substances dont le rôle principal parait être de développer ces alimens et d’exciter les organes des plantes à les assimiler. Cette amélioration des qualités physiques de la terre, par l’addition d’une substance dont le mélange corrige les défauts du terrain qu’il s’agit d’améliorer, est sans doute toujours dans l’ordre des choses possibles ; mais les circonstances où elle peut s’opérer avec profit sont loin de se rencontrer constamment.

§ Ier. — Études préliminaires.

En conséquence, avant de songer à employer des amendemens à l’amélioration des terres, le fermier et le propriétaire doivent déterminer rigoureusement les circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés relativement à cette opération. Faisons remarquer avant tout que ces deux classes d’exploitans ne sont pas, sous ce rapport, dans une situation semblable. L’amélioration qui résulte de l’emploi des amendemens ayant des effets durables et quelquefois assez lents, il s’ensuit qu’une opération de cette nature, avantageuse dans certaines conditions pour le propriétaire, peut ne pas l’être dans ces mêmes circonstances pour le fermier, du moins si son bail n’a pas une longue durée. — De même, comme l’extraction et les charrois sont en général les principales dépenses qu’entraînent l’amendement d’une terre, le cultivateur qui a des bras et des moyens de transport économiques à sa disposition, ou qui serait obligé de les laisser chômer s’il ne les appliquait à ce travail, est dans une position qui lui permet de donner à ses champs cette sorte d’amélioration avec avantage, tandis que celui qui serait obligé de la faire exécuter à prix d’argent n’y trouverait que de la perte.

L’examen préliminaire auquel on doit se livrer consiste donc :

1o À bien connaître la nature, l’état et la composition du sol qu’on se propose d’amender ;

2o À rechercher les substances les plus proches et les plus faciles à extraire propres à cet amendement. Les indices géognostiques doivent à cet égard être consultés, et conduiront souvent à d’heureux résultats ; mais ce sont surtout les sondages auxquels on doit demander cette solution : car il arrive assez souvent que les couches inférieures d’un terrain recèlent à une profondeur plus ou moins considérable, sans que rien semble l’indiquera la surface, des substances très-convenables à l’amélioration de la couche cultivable. Les divers moyens d’opérer les sondages seront décrits et figurés dans le chapitre des desséchemens.

  1. M. de Gasparin rapporte avoir vu dans son climat du midi un champ ouvert, un peu humide au printemps, qui ne put être semé en automne, faute d’en pouvoir briser les mottes. — J’ai souvent observé ce fait dans quelques champs placés au bas des buttes qui environnent Paris, et dont le sol est en grande partie composé d’argile mêlée à du sable.
  2. Davy, dans ses Élémens de chimie agricole, avait comparé la faculté d’absorber l’humidité de plusieurs espèces de terres arables, et avait toujours trouvé qu’elle était plus grande dans les terres fertiles ; de sorte qu’il indique cette propriété comme une marque de la fertilité du sol.
  3. C’est de la terre noire que répandent sur la neige les habitans de Chamouny pour en accélérer la fonte et avancer l’époque où ils pourront ensemencer leurs champs. (de Saussure.)
  4. Voyez Annales d’Agriculture française. Février 1834.
  5. Du dessèchement des terres cultivables sujettes à être inondées, pour servir de Programme au prix propose par la Société royale et centrale d’agriculture, sur le dessèchement des terres argileuses et humides, au moyen de puisards artificiels, de sondages, etc. — Paris, in-8o, chez Mme Huzard
  6. Quoique ce soit plus en vertu de l’ombre qu’en vertu du terrain que plusieurs plantes croissent sous bois plutôt que dans les plaines découvertes, j’en citerai cependant ici quelques-unes ; je relaterai même dans une section à part plusieurs plantes plus ou moins aquatiques, plutôt pour ne pas rétrécir le cadre tracé par mes prédécesseurs, que par conviction d’utilité dans un ouvrage de la nature de celui-ci.