Mémoires de madame la comtesse de La Boutetière de Saint-Mars/11

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1799

La colonie française avait de temps en temps l’honneur d’être admise au cercle de Madame Royale. Au mois de mai 1799, ce fut pour la dernière fois. Elle allait partir sous peu pour Mittau rejoindre Louis XVIII et se marier avec Mgr le duc d’Angoulême. Nous étions toutes debout formant un grand cercle. Elle s’arrêtait devant chaque dame, dit un mot à tous ; venue à moi, elle me dit : « Nous nous reverrons. – Ah ! Madame, cette seule espérance et celle de votre bonheur détruit jusqu’à la pensée de nos maux. » Elle m’inclina la tête et je ne l’ai revue, cette auguste princesse, qu’à son retour en France en 1814.

Dans la même année, mon fils, qui était à Londres, repassa en France[1]. Les Vendéens reprenaient les armes, il brûlait du désir de combattre pour la cause royale. Il partit de Londres avec le baron de Suzannet. À son débarquement devant l’île d’Houat, il écrivit sur un chiffon de papier, étant encore sur le rivage : « Me voilà en France, je pars à l’instant pour rejoindre l’armée royale. Ma santé est bonne ; Dieux veuille que les vôtres soient de même ! » Mon frère nous apporta ce billet ; il nous était venu par sa correspondance de Londres. Nous fûmes alarmés des dangers qu’il allait courir ; il avait dix-sept ans, était livré à lui-même, que de raisons de craindre pour lui !

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Notes :
  1. L’éducation donnée gratuitement aux petits émigrés à l’école militaire de Penn était sans doute un bienfait, mais l’utilitaire Albion entendait en profiter. À la fin des cours, on les expédiait au ministère de la guerre, où on leur donnait vingt-quatre heures pour accepter une commission d’officier dans un régiment anglais, ou être mis sans ressources sur le pavé de Londres. Louis de La Boutetière refusa le grade de lieutenant dans un régiment d’artillerie à Saint-Jean-d’Acre.