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Œuvres de Sully PrudhommeAlphonse LemerrePoésies 1865-1866 (p. 172-173).


LE GALOP


 
Agite, bon cheval, ta crinière fuyante ;
Que l’air autour de nous se remplisse de voix !
Que j’entende craquer sous ta corne bruyante
Le gravier des ruisseaux et les débris des bois !

Aux vapeurs de tes flancs mêle ta chaude haleine,
Aux éclairs de tes pieds ton écume et ton sang !
Cours, comme on voit un aigle en effleurant la plaine
Fouetter l’herbe d’un vol sonore et frémissant !

« Allons, les jeunes gens, à la nage ! à la nage ! »
Crie à ses cavaliers le vieux chef de tribu ;
Et les fils du désert respirent le pillage,
Et les chevaux sont fous du grand air qu’ils ont bu !


Nage ainsi dans l’espace, ô mon cheval rapide,
Abreuve-moi d’air pur, baigne-moi dans le vent ;
L’étrier bat ton ventre, et j’ai lâché la bride,
Mon corps te touche à peine, il vole en te suivant.

Brise tout, le buisson, la barrière ou la branche ;
Torrents, fossés, talus, franchis tout d’un seul bond ;
Cours, je rêve, et sur toi, les yeux clos, je me penche…
Emporte, emporte-moi dans l’inconnu profond !