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Mélanges (Prudhomme)/La Chanson de l’Air

Œuvres de Sully PrudhommeAlphonse LemerrePoésies 1865-1866 (p. 134-135).
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LA CHANSON DE L'AIR


 
À l’Air, le dieu puissant qui soulève les ondes
             Et fouette les hivers,
À l’Air, le dieu léger qui rend les fleurs fécondes
             Et sonores les vers,
Salut ! C’est le grand dieu dont la robe flottante
             Fait le ciel animé ;
Et c’est le dieu furtif qui murmure à l’amante :
             « Voici le bien-aimé. »
C’est lui qui fait courir le long des oriflammes
             Les frissons belliqueux,
Et qui fait voltiger sur le cou blanc des femmes
             Le ruban des cheveux.
C’est par lui que les eaux vont en lourdes nuées
             Rafraîchir les moissons,

Qu’aux lèvres des rêveurs s’élèvent remuées
             Les senteurs des buissons.
Il berce également l’herbe sur les collines,
             Les flottes sur les mers ;
C’est le breuvage épars des feuilles aux poitrines,
             L’esprit de l’univers.
Il va, toujours présent dans son immense empire
             En tous lieux à la fois,
Renouveler la vie à tout ce qui respire,
             Hommes, bêtes et bois ;
Et dans le froid concert des forces éternelles
             Seul il chante joyeux,
Errant comme les cœurs, libre comme les ailes,
             Et beau comme les yeux !