imprimerie de la Vérité (Ip. 304-305).

L’ÉGLISE ET L’ÉTAT


21 janvier 1882


Le News. de Saint-Jean d’Iberville, discute longuement notre article sur le scrutin secret. Chose singulière, notre confrère, tout en se prononçant contre le vote secret, trouve mauvais les arguments sur lesquels nous nous appuyons pour demander l’abolition du mode de votation que nous avons adopté trop inconsidérément.

Le News mêlant, sans à propos aucun, le clergé catholique à cette affaire, déclare que le scrutin a été désastreux pour l’autorité religieuse, et il favorise ce mode de votation en tant qu’engin anti-clérical. Il est inutile pour nous d’engager une longue discussion avec le News sur ce point. Nous avons, sur les rapports qui doivent exister entre l’Église et l’État, des principes que notre confrère n’accepte pas ; nous croyons à la suprématie de l’Église, nous croyons que le spirituel est supérieur au temporel, que la fin dernière de l’homme est la seule question vraiment, importante. Le News ne comprend pas toutes ces choses et ne voit pus dans l’Église ce que nous y voyons.

Nous ferons remarquer au News que l’Église ne cherche jamais à empiéter sur le domaine purement matériel. Si l’État ne s’occupait que de chemins de fer, de canaux, de phares, de télégraphes, etc, il n’y aurait jamais de conflit entre l’Église et l’État. Mais les gouvernements civils, dans tous les temps, se sont toujours mêlés aux affaires qui regardent la fin dernière de l’homme, son salut éternel. C’est que l’homme ne peut pas être séparé en deux. Dès ce moment, l’Église et L’État viennent, nécessairement en contact. Lorsque L’État, comprenant son rôle, reconnaît et respecte les droits de l’Église, lorsque les lois civiles sont conformes aux lois divines, tout marche sans secousse ; lu paix régate sur la terre

Mais lorsque le contraire arrive, lorsque les gouvernements. se donnant, une mission qu’ils n’ont pas reçue, cherchent à créer une morale en dehors de l’Église ; lorsqu’ils se soustraient à l’autorité de Jésus-Christ et qu’ils veulent en même temps y soustraire les gouvernés ; lorsque, en un mot, l’État sort de son rôle et empiète sur le domaine spirituel, les conflits naissent de tous côtés, car l’Église, qui ne peut pas faillir, dira toujours à ses enfants : « Rendez à César ce qui appartient à César, mais à Dieu ce qui appartient à Dieu. »

Voilà pourquoi tout catholique admet le droit que possède l’Église d’exercer sa haute surveillance sur la politique, qui ne consiste pas uniquement en questions matérielles.

Le News nous demande ensuite pourquoi nous sommes si opposé à l’instruction obligatoire. La raison en est bien simple : C’est parce que nous ne reconnaissons pas à l’État le droit d’enseigner ; tout ce qu’il peut posséder, en matière d’enseignement, c’est le droit d’aider la famille et l’Église.

L’Église a reçu la mission d’enseigner, non l’État.

L’enseignement, à nos yeux, est une chose sacrée et non profane. C’est pourquoi nous avons dit que, lorsque l’État veut s’introduire de force dans le sanctuaire de l’enseignement, où l’Église et la famille ont seules de véritables droits, c’est l’abomination de la désolation : Abominatio desolationis stans in loco sancto.

Le News dit que l’éducation étant une chose bonne en soi, l’État fait bien de la rendre obligatoire pour tout le monde. Beau raisonnement, en vérité, et qui nous porterait loin si nous en tirions les dernières conséquences.

Par exemple, le mariage est bon, il est même nécessaire à l’existence de l’État. Est-ce que le News voudrait établir le mariage obligatoire ?

Lorsque l’État touche à ce qui ne le regarde pas, il tombe toujours dans l’absurde ou l’arbitraire, et presque toujours dans les deux à la fois.