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Luther condamné par Photius


Luther condamné par Photius, traduit du russe.
Le Correspondant, tome trente-sixième. Charles Douniol, Paris, 1855. (pp. 769-785)


LUTHER CONDAMNÉ PAR PHOTIUS.


TRADUIT DU RUSSE.


« Les idées justes, de quelque part qu’elles viennent, finissent par triompher. »


Dieu est toujours la première, la plus vaste passion de l’humanité : tel fut le sujet d’une des plus éclatantes conférences de Notre-Dame. En méditant à l’écart, en versant plus d’une larme sur les événements dont nous sommes les témoins étonnés, j’ai compris les paroles de l’éloquent dominicain que, naguère, je n’avais qu’admiré.

En effet, la question d’Orient est une question religieuse, ou elle n’est rien.

On serait criminel d’allumer la mèche d’un seul canon si on ne luttait pas pour la liberté religieuse, la civilisation, l’ordre social dans toute la chrétienté, et le comte Nesselrode a, cette fois, parlé pour tous quand il a dit : « que le sentiment national de la Russie attache une importance si haute et si grave au but unanimement avoué de sauvegarder, par une transaction européenne, l’avenir des populations chrétiennes d’Orient, sans distinction du rit qu’elles professent, que feu l’empereur (qui n’est plus l’ennemi de personne !) avait prescrit à ses représentants de placer ce but sacré à la tête du traité de pacification qui se fera un jour[1]. »

Ce sentiment de nationalité, invoqué par le chancelier de l’empire russe, n’est pas une fiction. Il est incontestable que le peuple russe se bat ou croit se battre pour sa religion. Quelle est donc cette religion qui, dans un siècle qu’on supposait assoupi, opère tout à coup ce phénomène, peut-être funeste, mais réel ? Il devient au moins aussi intéressant de la connaître que la carte de la mer Putride, et s’il est difficile de l’apprécier, parce qu’elle « ne se distingue que par une soumission passive au pouvoir temporel qui la dirige et avec lequel elle est confondue[2], » les rares documents qu’elle vient à nous fournir elle-même me paraissent mériter d’autant plus d’être scrupuleusement étudiés.

Un écrivain russe, mais qui ne trace pas une seule ligne sans la sanction du très-saint Synode, s’est posé depuis quelques années à Saint-Pétersbourg comme le champion de l’Église russe. Aidé par Fleury, par Bingham et leurs successeurs, il croit avoir dit tout ce qu’il y a de plus fort en sa faveur. Ses ouvrages, répandus dans la société russe, m’ont semblé un moyen de connaître son opinion, d’approfondir son égarement. M. André Mourawieff (tel est le nom connu que porte cet écrivain qui, d’ailleurs et bien entendu, ne manque pas de mérite) a publié deux écrits à la genèse de la question d’Orient. L’un, dirigé contre le catholicisme, a été traduit et aussitôt réfuté par une main habile[3]. Celui-ci, lancé contre le protestantisme, renferme des aveux précieux à enregistrer, des contradictions utiles à constater. Il nous révèle que, si malheureusement le Russe a de l’antipathie pour le catholique, heureusement il n’a guère de sympathie pour le protestant, sur lequel, comme l’a observé un écrivain qui a tout dit, il a un immense avantage ; car le « protestant ne saurait presque exercer son culte sans nier implicitement un dogme fondamental du christianisme. Par exemple, lorsqu’il reçoit la communion, il nie la présence réelle ; de manière que s’il avait le bonheur de reconnaître la vérité, sa conscience devrait souffrir excessivement. Le Russe n’est pas dans le cas de se reprocher aucune simulation. Il croit ce que nous croyons ; il reçoit le même pain que nous. C’est un acte qu’il peut régulariser en y ajoutant le vœu sincère de manger ce pain à la table de saint Pierre[4]. »

Saint Augustin s’écrie dans ses merveilleuses Confessions : « Je pleurais Didon, morte pour avoir aimé un Troyen, et je ne pleurais pas sur moi-même, mort aussi pour avoir renoncé à votre amour, ô mon Dieu, lumière de mon esprit[5] ! »

Les gémissements de M. Mourawieff sur les protestants, qui partent déjà d’un mouvement louable, m’ont rappelé les larmes de saint Augustin sur le sort de Didon se plongeant, dans l’égarement de sa passion, un poignard dans le sein, et me font espérer qu’il pourra bien suivre saint Augustin dans la seconde et meilleure phase de sa vie.

En combattant les doctrines de Luther, les sectateurs de Photius approchent souvent de la vérité, toujours ils la prouvent contre eux-mêmes : spectacle curieux et instructif. Ainsi l’opuscule, dont nous offrons la traduction aux esprits légitimement préoccupés de l’avenir du nord de l’Europe, établit la nécessité de la prière pour les morts, par conséquent le dogme catholique et du bon sens du purgatoire.

Un document récent est venu confirmer cette croyance. On ne nous reprochera pas de le citer avec émotion. Le testament de Sa Majesté l’empereur Nicolas se termine par cette touchante recommandation : Je prie tous ceux qui m’aimaient de prier pour le repos de mon âme.

L’accord entre les catholiques et les Russes peut donc être considéré comme atteint sur cet article. Il ne reste plus que deux questions à trancher de bonne foi, et, en réalité, il ne manque à la Russie qu’une seule chose, — de régulariser sa piété, comme le disait le comte de Maistre, qui la connaissait et l’aimait, en dirigeant sa barque, pour ne pas périr, à la remorque de cette barque mystérieuse de Pierre, battue de tous côtés et jamais engloutie, parce que le Seigneur est avec elle jusqu’à la consommation des siècles.

En revendiquant vainement pour son Église acéphale l’apostolicité, inséparable de l’unité, le théologien russe, sans le sentir, s’agenouille sur le tombeau de saint Pierre, sur lequel, naguère, s’est également prosterné Sa Majesté l’empereur Nicolas.

En professant une profonde vénération pour la tradition, l’Église grecque n’a encore là qu’un pas de plus à faire dans la voie dont elle ne s’est pas écartée dans les premiers siècles du christianisme.

Mais c’est surtout touchant le culte extérieur que nous sommes tenus de rendre à notre Créateur que le Russe est dans le vrai quand il adresse des reproches au protestant. La liturgie slave s’est miraculeusement maintenue orthodoxe. On a corrompu l’exposition scientifique du dogme ; on a laissé intact le chant populaire qui le proclame. Le catholique n’a qu’une syllabe à y ajouter. Comme nous, le peuple russe a de longs jours de pénitence auxquels il est même plus fidèle que nous. Toutes nos fêtes sont les siennes, sans excepter celle de l’Immaculée Conception, qu’il célèbre le 9 décembre depuis un temps immémorial. Cette similitude importante, ce zèle pour la stricte observation des rites antiques est un grand moyen, un bien doux espoir de rapprochement intime et complet. Il est impossible que tout homme simplement logique, ébranlé un jour par la grâce divine, ne soit amené à reconnaître la vérité qu’il chante quotidiennement à haute voix.

En somme, ces pages, provenant de l’écrivain religieux le plus goûté par la société de Saint-Pétersbourg, m’ont paru pouvoir servir de pièce dans le procès qui se poursuit, devant l’univers épouvanté, entre le schisme et la vérité. Le lecteur chrétien y trouvera des indices propres à augmenter son espérance, qui a le droit d’être immense comme la rédemption où elle prend sa source. Et là où il ne rencontrera qu’obscurité et erreur, il répétera avec un nouvel élan d’amour ces paroles de notre divin Maître à la Samaritaine : « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons. »


LUTHER CONDAMNÉ PAR PHOTIUS.


On entend fréquemment des personnes sincèrement attachées à l’Église, mais peu familiarisées avec sa constitution, avancer qu’il n’y a presque pas de différence dogmatique entre les orthodoxes et les protestants, et que ce ne sont uniquement que des cérémonies extérieures qui les séparent. Cette opinion erronée est particulièrement dangereuse quand on a des protestants dans sa propre famille. Rien, dans leur doctrine, ne séduit davantage les esprits nonchalants que cette facilité qu’elle laisse d’enfreindre impunément les obligations extérieures de la religion, de ne pas consacrer certains jours au jeûne et aux œuvres de pénitence. L’homme, abandonné ainsi à son bon plaisir, insuffisamment éclairé, commence par mépriser les Commandements de l’Église ; puis, libre de juger les vérités fondamentales du christianisme d’après ses propres lumières, sous l’influence de ses passions, il ne tarde pas à devenir indifférent aux dogmes de la foi. Il est bien triste de voir arbitrairement rejeté, avec notre enseignement si élevé, ces cérémonies religieuses, sagement instituées par ces grands flambeaux des premiers siècles de l’Église, qui nous servent de guides vers le Christ ; cérémonies si importantes qu’elles suffisent à elles seules, pourvu qu’on veuille bien en approfondir le sens, à nous initier aux dogmes de la foi. Souvent l’assistance régulière à l’office divin a amené des hommes, manquant d’éducation, complétement illettrés, à une perfection chrétienne, à une science bien plus haute que celle des plus savants de ce monde. Cette indifférence pour les saints usages de l’Église ne se conçoit pas, surtout chez nous, où ils sont si intimement liés aux souvenirs patriotiques que le mot orthodoxe exprime à la fois notre religion et notre nationalité.

Celui qui aime les siens, qui est habitué à la douce vie de famille, célèbre fidèlement les jours d’allégresse ou de douleur, consacrés par le souvenir de ceux qui lui sont chers. Si ces parents ne sont plus, il en porte scrupuleusement le deuil ; s’il a encore le bonheur de les posséder, il accourt les embrasser à leurs jours de fête, il tient à commencer avec eux la nouvelle année, il les rejoint pour Pâques et Noël, qu’une antique coutume veut que l’on passe ensemble, — inutile de le lui rappeler, — aucune distance ne l’arrête pour venir prendre sa place au banquet de famille ; il rentre sous le toit paternel comme la tourterelle vole vers son nid, et il y trouve une consolation inexprimable comme l’amour dont elle découle.

Pourquoi ne témoignons-nous pas un amour semblable à notre Rédempteur ? Comment ne nous souvenons-nous pas de tout ce qu’il a enduré pour nous ? Comment ne songeons-nous jamais à tout ce qu’il a souffert sur la croix ? Comment pouvons-nous être indifférents pour ces jours bénis qui, annuellement, renouvellent à notre mémoire ses grands exploits ? Si nous nous souvenions de l’agonie du Fils de Dieu, n’aurions-nous pas conscience de trouver trop rigoureux le Carême, l’abstinence des mercredis[6] et des vendredis, institués du temps des Apôtres pour honorer le crucifiement du Seigneur ? Si chaque Pâques était pour nous une véritable résurrection, nous aurions soin de nous y préparer par l’assistance aux offices divins qui la précèdent, au lieu de ne pas discontinuer ces plaisirs profanes qui mettent obstacle aux plus simples devoirs de religion. D’où vient une telle insouciance pour les fêtes de l’Église dans des hommes qui cultivent si tendrement les joies et les douleurs de famille ? Ne provient-elle pas de ce qu’on a grandi dans une ignorance profonde des lois de l’Église ? Souvent, on entend demander : Quelle fête célèbre-t-on aujourd’hui, pourquoi jeûne-t-on ? La transgression des préceptes de l’Église fait ainsi perdre de vue ses traditions, si bien gardées par nos pères, quoiqu’ils fussent contemporains de plus terribles tempêtes de l’incrédulité.

La source de ce déplorable oubli vient en partie de la dissipation du monde et quelquefois du commerce de parents, dignes d’estime sans doute, mais qui n’ont pas salutairement appris de leurs aïeux à se soumettre à l’Église, et qui professent une croyance qui ne les oblige à aucun devoir extérieur. Les enfants adoptent insensiblement la manière de dire de leurs parents, qui, d’ailleurs, ne leur donnent que de bons exemples, qui semblent même incliner vers l’orthodoxie et ne font aucune difficulté d’entrer dans nos églises, convaincus que tout est égal dans les deux confessions. Or, cette condescendance même prouve leur indifférence, fondée sur une ignorante souverainement dangereuse pour les jeunes gens inexpérimentés entraînés à les imiter.

Ce danger me remplit de compassion et m’engage à préciser sommairement la différence qui existe entre la vérité orthodoxe et la doctrine protestante, afin que quiconque désire connaître cette première puisse quelque peu s’en rendre compte. Elle frappera indubitablement celui qui ne voudra pas rester étranger aux dogmes de son Église, et cherchera dans son sein la paix de l’âme et le salut. Je ne veux ici ni blâmer, ni condamner. Nous ne devons pas oublier pour nous-mêmes ces paroles de l’Apôtre : « Qui êtes-vous pour oser condamner le serviteur d’autrui ? S’il tombe ou s’il demeure ferme, cela regarde son Maître. Mais il demeurera ferme, Dieu est puissant pour le soutenir[7]. »

Il n’est pas nécessaire de prêter beaucoup d’attention pour sentir, pour voir au premier coup d’œil la différence qui existe entre l’Église orthodoxe et le protestantisme. Il n’y a qu’à entrer dans la maison où s’assemblent les protestants, et ensuite dans le temple où s’accomplit la liturgie des orthodoxes. Le regard, le cœur saisiront aussitôt cette différence avant que l’esprit n’en soit pénétré par le raisonnement.

Qui est-ce qui s’offre à la vue du chrétien qui entre dans une maison de prières protestante ?

Une vaste chambre, bien moins ornée que celles que nous voyons dans les habitations des riches ; rien de particulier ne nous révèle un lieu de prières. Il s’y trouve bien l’image du crucifié ; mais elle est également dans la demeure de tout homme pieux.

Qui est-ce qui s’offre à la vue du chrétien qui entre dans un temple orthodoxe ?

Dès qu’il y met le pied, une émotion, dont il ne peut d’abord se rendre compte, s’empare de son âme ; il voit clairement qu’il n’est pas seulement dans un appartement attribué à la prière, mais bien dans la maison de Dieu, où tout lui parle de Dieu et se ressent de sa présence.

L’Invisible par essence y apparaît d’une manière visible. Le divin enseignement de la foi, renfermé dans l’Évangile, y est si éclatant que celui qui ne peut pas lire les saintes Écritures apprend l’histoire évangélique dans la contemplation des saintes images, devant lesquelles il se prosterne en reportant mentalement son hommage à celui qu’elles représentent.

Il voit l’image de la sainte Trinité ou celle du Fils de Dieu, il l’adore comme la créature adore son Créateur. Il vénère celles des amis de Dieu qui nous servent de modèles, mais il ne leur rend pas un culte pareil à celui qui n’est dû qu’à Dieu seul. Parmi les images des saints, son regard s’attache particulièrement sur celle de la très-pure Vierge, Mère de Jésus ; sur celles des Prophètes, des Apôtres, des Apôtres qui ont annoncé sa parole ; sur celles des Anges auxquels Dieu a permis de nous apparaître pour notre salut.

La barrière mystérieuse formée par ces saintes images, l’iconostase avec ses trois portes conduisant au sanctuaire, dont l’entrée n’est pas licite pour tous, montre qu’il s’y accomplit quelque chose de sublime, quelque chose qui n’est pas humain. En effet, ce ne sont pas de simples prières qui s’y récitent, comme celles que l’on entend le dimanche dans les oratoires protestants, que tout chrétien peut chaque jour lire à domicile. On y célèbre la mystérieuse mémoire de la rédemption de l’humanité par le Fils de Dieu ; on y offre à Dieu le Père, pour le soulagement de notre infirmité et la rémission de nos péchés en cette vie et en l’autre, l’oblation réelle du corps et du sang de Jésus-Christ sous les espèces du pain et du vin, sur un autel qui devient le trône de Dieu, un nouveau Golgotha. C’est bien là la maison du Seigneur, la porte du ciel, et non un lieu de réunion quelconque ; et voici déjà une différence bien essentielle : elle n’est pas la seule et se lie à bien d’autres.

Ceux qui offrent cette oblation sacrée du corps et du sang du Christ doivent être absolument, exclusivement dévoués à Dieu pour oser remplir un ministère si grave ; les profanes en sont indignes. Ils doivent avoir reçu l’onction sacerdotale d’hommes ayant la plénitude du sacerdoce, le droit légitime de le transmettre, parce qu’eux-mêmes l’ont reçue de leurs prédécesseurs, et cette succession du sacerdoce doit nécessairement remonter jusqu’aux Apôtres et à notre Seigneur Jésus-Christ, qui l’a instituée.

Cette condition est indispensable ; nous la voyons strictement réalisée chez les orthodoxes. Leurs prêtres sont ordonnés par des évêques qui peuvent montrer leur consécration l’un par l’autre, jusqu’aux temps apostoliques ; la vertu de l’Esprit saint, qui constitue le sacerdoce, n’a pas cessé un seul instant de couler, depuis notre Seigneur jusqu’aux plus humbles ministres des autels orthodoxes, quand même sa conduite serait peu conforme à sa vocation. Quelle vérité consolante, destinée à confirmer chaque chrétien orthodoxe dans la vérité de sa foi ?

Les protestants peuvent-ils se prévaloir de cet avantage ? Ils n’ont pas de liturgie quotidienne. De temps à autre, les plus pieux d’entre eux reçoivent le corps et le sang du Christ, dans la conviction de faire une œuvre salutaire[8]. Ils n’ont pas la hardiesse de s’administrer eux-mêmes ce sacrement redoutable. Un pasteur, un homme considéré par eux comme un prêtre, leur distribue la communion. Mais quel est le caractère de cet homme, qui est-ce qui l’a ordonné prêtre, quel est l’évêque qui a imposé ses mains sur sa tête ? Ils n’ont pas d’évêques. Luther, leur fondateur, était un simple prêtre ; il n’avait pas un seul évêque parmi ses adeptes quand il se sépara de l’Église romaine, il ne pouvait pas transmettre à d’autres le sacerdoce que l’évêque seul a le droit légitime de transmettre. Qui est-ce qui consacre donc leurs pasteurs ? Personne. Ces pasteurs sont simplement des hommes ayant fait des études théologiques ; le consistoire, une administration où siégent des membres laïques, les autorise à s’appeler pasteurs et à officier. Or, quand un laïque est élu prêtre par d’autres laïques, sans la grâce du Saint-Esprit, les dons sur lesquels il prononce sa prière infirme peuvent-ils être considérés comme le corps et le sang du Christ ? Comment qualifier la communion des protestants ? Qu’ils descendent dans leurs consciences et y répondent eux-mêmes ! Nous n’avons pas l’intention de les juger ; nous ne voulons représenter les choses que telles qu’elles sont et se révèlent à l’observation. Il est étrange, il est effrayant de voir des hommes sans mission, sans avoir préalablement reçu le sacrement de l’Ordre, dont les Apôtres ont été revêtus par notre Seigneur, mettre la main, se faire les dispensateurs du sacrement redoutable qu’il a également institué.

Le sacrement de l’Ordre n’existant pas chez les protestants, celui de l’Eucharistie ne peut donc y exister, et ce ne sont pas les seuls sacrements qui leur manquent.

Quelles sont les dispositions qu’un chrétien doit apporter au mystère de l’Eucharistie afin de ne pas se rendre coupable, selon l’avertissement de l’Apôtre, et de ne pas manger sa condamnation et sa mort au lieu de recevoir un gage de salut et de vie éternelle ? Il doit y apporter un regret sincère de ses péchés, les rejeter de son cœur par la confession. Si un serpent se cachait dans notre sein, nous nous hâterions de l’en chasser, d’appeler à grands cris celui qui peut nous en délivrer. L’homme peut-il éprouver soi-même sa conscience, être son propre juge dans une œuvre aussi difficile que la connaissance de ses fautes ? Et, s’il parvient à les reconnaître, ne lui est-il pas bien salutaire de les avouer à un autre homme, sujet comme lui aux passions, mais consacré, pourvu d’un droit légitime, par la puissance qui lui a été donnée d’en haut, de nous juger dignes ou indignes de la réception du corps et du sang du Christ ? Le Seigneur a dit aux Apôtres : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié au ciel, tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Ce pouvoir a été transmis, par l’imposition successive des mains, des Apôtres aux évêques, des évêques aux prêtres.

L’Église orthodoxe appelle ce sacrement un second baptême, parce qu’il efface les péchés commis après que nous avons été lavés de la tache originelle dans les eaux baptismales.

Les protestants n’admettent pas ce sacrement, indispensable pour une communion méritoire, en ce qu’il arrête ceux qui n’y sont pas préparés et les stimule à s’amender. Et il est utile de remarquer que, quand même ils voudraient le conserver, ils ne le pourraient plus. Chacun peut se repentir de ses fautes ; mais, pour les absoudre, celui-là seul le peut auquel la puissance a été donnée de lier et de délier.

Ils sont d’accord avec nous sur le sens des sacrements. Comme nous, ils disent qu’ils consistent en une grâce invisible, en un don de l’Esprit saint, qui nous est communiqué par un signe visible et extérieur ; mais, au lieu d’en avoir sept comme nous, ils n’en acceptent que deux, celui du baptême et celui du mariage. Nous avons vu que l’eucharistie n’est pas précédée chez eux par les sacrements de l’ordre et de la pénitence qui lui sont étroitement liés ; nous allons voir que le baptême n’y est pas suivi du sacrement de la confirmation qui en est inséparable.

L’Église orthodoxe reconnaît régulier tout baptême administré avec de l’eau au nom de la sainte Trinité, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, quand même il est administré en cas d’urgence par un laïque. Elle reconnaît le baptême protestant, mais elle le complète comme son propre baptême par le sacrement de la confirmation. À l’exemple des Apôtres qui envoyèrent deux d’entre eux confirmer dans la foi les nouveaux convertis de Samarie, en leur communiquant l’Esprit-Saint, — elle fait une onction mystérieuse sur l’enfant ou l’adulte, dépouillé du péché originel d’Adam, régénéré dans l’eau baptismale, afin qu’il s’avance courageusement dans la vie chrétienne.

Les protestants sentent la nécessité de ce sacrement, ils en ont conservé la dénomination à une cérémonie qui précède la première communion de leurs adolescents. Mais ce sacrement ne peut être administré que par un évêque, et s’il l’est par un prêtre, ce n’est qu’avec de la myrrhe consacrée par un évêque. Les protestants n’ont pas de hiérarchie ecclésiastique ; ils n’ont même pas de prêtres : ils n’ont, par conséquent, personne pour répandre les dons du Saint-Esprit sur leurs nouveaux baptisés.

Le sacrement du mariage a été institué dès l’origine du monde par le Créateur, béni par notre Sauveur quand il est descendu sur la terre. L’Apôtre l’appelle un grand sacrement[9] et a exposé les obligations des époux dans son admirable épître aux Éphésiens. Les pasteurs protestants donnent bien une bénédiction nuptiale ; mais ne considèrent pas le mariage, unissant deux en un seul, produisant des êtres raisonnables à l’image de Dieu, comme un sacrement, et ce lien sacré tombe chez eux moins dans le domaine de l’Église que dans celui de l’État.

Enfin, l’onction que l’on fait avec l’huile sainte sur le malade pour sa guérison spirituelle et corporelle, que les Apôtres pratiquaient en la présence même de Notre-Seigneur[10] et que saint Jacques nous a spécialement recommandée[11], est regardée comme inutile chez les protestants. Le malade y est abandonné à lui-même. Telle n’est pas la conduite de l’Église orthodoxe. Elle soulage ses souffrances spirituelles et corporelles par le sacrement de l’extrême-onction ; par la confession, elle le délivre du fardeau de ses péchés ; quand l’heure de sa mort approche, elle lui apporte le saint viatique et ne cesse de l’accompagner de ses prières et de ses bienfaits jusqu’aux portes de l’éternité. Quelle richesse spirituelle, quelle sollicitude maternelle d’un côté, — quel dénûment, quelle insouciance de l’autre ! Est-il besoin de faire encore ressortir d’autres contrastes ? Ils ne sont que trop frappants.

La piété de l’Église ne cesse de guider, de purifier, de sanctifier, d’entourer ses enfants de consolations, du berceau à la tombe. À peine l’enfant est-il venu au monde que le prêtre récite déjà une prière sur sa tête et sur celle de sa mère. À peine mis au nombre des chrétiens, on s’empresse de le faire participer aux saints mystères, afin qu’il se nourrisse de cette nourriture céleste en même temps que du lait maternel. Un chrétien est-il malade, l’Église implore en commun sa guérison. Est-il dans la joie, elle lui prête ses accents pour louer Dieu. Elle a des prières particulières pour les époques inclémentes, elle parcourt elle-même les champs pour y attirer l’abondance. Avez-vous construit une nouvelle habitation ? vous disposez-vous à entreprendre un voyage ? L’Église répandra sur vous et tout ce qui vous appartient une bénédiction spéciale. Qui est-ce qui peut énumérer ses bienfaits, exprimer sa tendresse ? Son amour a tout prévu, il ne nous abandonne dans aucune circonstance de notre existence ; il n’est pas limité comme elle et nous suit même au delà de la tombe.

« Quand un protestant a rendu le dernier soupir, on prie pour lui seulement en l’enterrant, on le laisse ensuite et pour toujours sans prières, ce qui est une contradiction manifeste ; car, si la prière n’est pas utile à son âme, il ne faut pas prier du tout ; mais, si elle lui apporte du soulagement, il ne faut jamais la discontinuer, et, après avoir mis le corps en terre, ne pas moins songer à l’âme du défunt : il n’en est pas ainsi dans l’Église orthodoxe. Dès qu’un de ses enfants a fermé les yeux, elle ne cesse plus de chanter des psaumes, de réciter des panikides[12] pour son repos ; elle prolonge perpétuellement cette œuvre de miséricorde en offrant à la messe une portion du pain d’oblation en faveur des défunts, parce qu’elle croit fermement que sa prière leur est utile. Elle sait que les âmes quittent cette vie dans différents degrés de péché ou de perfection, et, comme elles sont privées dans l’autre monde de la possibilité de satisfaire par elles-mêmes pour leurs fautes, l’Église prend sur elle cette œuvre d’amour, et, suivant l’antique tradition apostolique, elle offre pour eux le sacrifice salutaire du corps et du sang de Jésus-Christ, qui apporte du soulagement à ceux qui souffrent encore et augmente la joie spirituelle de ceux qui sont déjà bienheureux[13]. »

Les protestants ne croient pas à cette communication mystérieuse entre les deux Églises, entre celle qui est visible sur la terre et celle qui est invisible dans les cieux. Non-seulement ils considèrent comme inutiles nos prières pour les défunts, mais ils vont jusqu’à nous blâmer d’invoquer les saints qui intercèdent constamment auprès de Dieu pour nous. Étrange chose ! Tant que mon prochain est revêtu de la chair humaine, je puis lui dire : Prie pour moi ! Je suis entraîné surtout à le demander à celui dont la piété m’édifie. Et quand, dépouillé de la forme terrestre, cet homme sera plus près de Dieu, qui n’est qu’amour, il me serait défendu de le lui répéter ! — On dit que leur médiation est inutile, parce que Dieu sait qui sauver dans les prières de ses saints ; mais alors toute prière serait vaine. Le Seigneur a dit, en effet, qu’avant que nous lui demandions quelque chose, notre Père céleste sait ce qu’il doit nous donner ; mais malgré cela il nous a ordonné de prier, les Apôtres ont recommandé la prière réciproque, conjuraient les fidèles de leur temps de les aider par leurs prières[14]. La prière est l’expression la plus haute de l’amour. Les saints portent nos aspirations au Christ, en complètent l’insuffisance par la pureté de leurs élans. La prière persévérante du juste peut beaucoup, dit l’apôtre saint Jacques[15]. Nous voyons souvent dans les annales saintes des villes entières, condamnées à périr, être sauvées en considération d’un ou plusieurs justes[16]. Les protestants semblent avoir oublié tout cela, quoiqu’ils aient foi dans les saintes Écritures.

Ils ne rendent pas de culte aux saints qui sont dans les cieux, ils ne vénèrent pas ce qui en reste sur la terre. Pour nous, l’incorruptibilité des corps de ces belles âmes, qui ont été agréables à Dieu par la sainteté de leur vie, nous sert de consolant présage de la résurrection de nos propres corps dans la vie future. Leurs reliques, miraculeusement conservées, rendent la santé à ceux qui les honorent, de même que nous lisons dans l’Écriture que les malades sur lesquels on plaçait les mouchoirs et le linge qui avaient touché le corps de saint Paul étaient aussitôt guéris[17], et qu’un cadavre ayant, par hasard, touché les os d’Élisée, il ressuscita et se leva sur ses pieds[18]. Les protestants, acceptant les saintes Écritures, ne peuvent nier ces faits si nombreux et si clairs qui se rencontrent dans l’Ancien aussi bien que dans le Nouveau Testament. Comment rejettent-ils donc la vertu miraculeuse de ces corps bénis, habitués naguère et destinés à l’être encore par ces saintes âmes qui, toujours vivantes en Dieu, sont douées d’une activité qui n’est pas éteinte et demeurent, par conséquent, dans une communication spirituelle permanente avec leurs frères qui ne les ont pas encore rejointes.

Le mépris des protestants pour les reliques s’étend à leurs images, à celles même de notre Seigneur et de sa très-pure Mère. Étrangers à l’enseignement réel de l’Église orthodoxe touchant les images, ils nous accusent d’idolâtrie. Ce reproche n’a aucun fondement. Les conciles ont clairement établi que l’hommage qu’on leur rend ne se rapporte qu’à celui qu’elles représentent. D’après ce principe, celui aussi qui ne rend pas à une image l’honneur qui lui est dû outrage celui qu’elle représente.

Les protestants ne saluent pas l’image de la très-pure Vierge, ils trouvent inutile de recourir à son intercession. Cependant les premiers fidèles y recouraient déjà quand elle était encore parmi eux. Le premier miracle de Jésus aux noces de Cana en est la preuve éclatante. Son heure n’était pas encore venue, dit-il, et pourtant il le fait dès que sa divine Mère le lui demande, tant son intercession est efficace ! De là, les protestants tombent dans l’erreur touchant des dogmes importants au sujet de la Vierge Immaculée. L’ange lui a annoncé qu’elle demeurerait vierge en devenant Mère du Fils de Dieu. Les protestants le nient ; — ils lisent bien dans l’Évangile que le Seigneur ressuscité apparut au milieu de ses disciples, toutes les portes du lieu où ils se tenaient étant fermées ; et ils ne veulent pas qu’il ait usé de la même force divine en daignant s’incarner dans un flanc virginal sans le maculer. Il convenait cependant que cela fût ainsi. Notre Seigneur Jésus-Christ est descendu sur terre pour notre salut, a vécu, est mort comme un homme ordinaire ; mais pourtant il naquit, il vécut, il mourut comme un Dieu seul pouvait le faire ; il fallait que toutes ses actions humaines soient marquées du sceau de sa divinité. D’où vient chez les protestants cette révolte manifeste contre les dogmes, les lois de l’Église fondées entièrement sur l’enseignement évangélique ? Ah ! c’est qu’en renonçant au sacerdoce, ils ont renoncé en même temps à cette sainte tradition de l’Église que les Apôtres nous ont tant recommandée dans leurs épîtres de respecter, à laquelle nous sommes redevables de la conservation même des saintes Écritures. Les protestants, en rompant ce lien sacré qui unit les temps apostoliques aux nôtres, qui fait toute la force de la société régie, sous l’inspiration du Saint-Esprit, par ses légitimes pasteurs, ont perdu en même temps l’intelligence correcte de l’Église elle-même[19]. Ils essayèrent de remplacer par leurs progrès arguments le vide subit que le rejet des traditions de nos Pères a produit dans leur doctrine ; mais ce déchirement de liens séculaires, consacrés par l’autorité des Pasteurs, des Docteurs de l’Église et celle des canons des conciles, ne pouvait rester impunie. Il a fatalement empoisonné même ce qu’ils s’imaginent avoir conservé intact. Ils prétendent s’en tenir à l’Écriture, et leur interprétation arbitraire a corrompu les vérités les plus fondamentales qui en découlent directement. Nous l’avons vu par rapport aux sacrements qui tous ont été institués par notre Seigneur et les Apôtres : sans le sacrement de l’ordre, ils restent complétement privés de toute consécration, car il en est la source. Nous l’avons vu par rapport aux dogmes, comme la communion des Saints, la commémoration des Morts. Nous allons encore le juger par rapport aux rits extérieurs qu’ils ont presque entièrement anéantis, oubliant que l’homme, composé d’une âme et d’un corps, a naturellement besoin de stimulants extérieurs pour s’élever vers les régions supérieures, et que les sacrements eux-mêmes consistent en un signe visible représentant une grâce qui ne l’est pas.

La plupart d’entre eux vont jusqu’à rejeter le plus fréquent, le plus caractéristique des usages chrétiens, celui de faire le signe de la croix ; usage qui, accompli avec foi, équivaut à la confession du nom de Jésus crucifié[20]. — Les jeûnes furent établis comme de puissants auxiliaires à la prière par notre Seigneur lui-même et les Apôtres : l’Église n’a fait que les régler, leur donner une forme commune. Les protestants n’en observent aucun. Ceux qui vénèrent tant la Bible ne lisent-ils pas cependant dans l’Ancien Testament que ce n’est qu’après un jeûne de quarante jours que Moïse et Élie parvenaient à la contemplation de Dieu, et dans le Nouveau Testament la vie de Jean-Baptiste n’est-elle pas un jeûne perpétuel, modèle et origine de la vie célibataire et sublime du cloître qu’ils n’admettent pas non plus ? Le Précurseur, père de nos premiers solitaires d’Orient, mérita d’être appelé par notre Sauveur le plus grand d’entre les enfants des femmes. Lui-même n’a-t-il pas jeûné dans le désert au jour de la tentation ? Dans les Actes des Apôtres, ne voyons-nous pas qu’avant d’aller propager la foi, ils s’y préparaient d’abord par la prière et le jeûne ? « Pendant qu’ils sacrifiaient au Seigneur et jeûnaient, le Saint-Esprit leur dit : Séparez-moi Saul et Barnabé pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, jeûnant et priant, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent partir[21]. » Que de témoignages semblables on peut tirer des épîtres seules du grand Paul, quoique quelques-uns prétendent, par des textes tronqués, s’appuyer sur son autorité pour infirmer la nécessité de l’observance du jeûne. Il suffit d’en citer ce précepte si souvent transgressé : « Si ce que je mange scandalise mon frère, je ne mangerai jamais aucune viande pour ne pas scandaliser mon frère[22]. » Voilà pourquoi nous nous préparons également par le jeûne et la prière aux grandes solennités de notre foi, telles que Pâques et Noël. Comme notre Seigneur et ses prophètes, nous jeûnons pendant quarante jours. Nous honorons par un carême la prédication des Apôtres commencée par le jeûne. Nous en avons un avant la bienheureuse assomption de la Vierge très-pure, qui a commencé et terminé ses jours ici-bas dans le jeûne et la prière.

Les protestants regardent encore comme inutiles les prières que de tout temps l’Église ne cesse d’adresser au ciel matin et soir. Ils n’ont même pas la sainte Messe, image de la Cène mystérieuse, instituée par le commandement exprès de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous savons cependant que les Apôtres se rassemblaient tous les jours dans le temple pour rompre ensemble le pain[23]. C’est d’eux que nous tenons notre liturgie, qui a reçu son perfectionnement par les saints Pères dans les premiers siècles du christianisme.

Les protestants sont aussi coupables d’une subtilité touchant le Saint-Esprit dans le symbole ou exposition de la doctrine chrétienne, transmise par les Apôtres, confirmée par les conciles œcuméniques. Conformément à la doctrine de l’Église latine, qu’ils ont apostasiée, ils disent que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, contrairement aux paroles précises du Sauveur, qui promit à ses Apôtres l’Esprit de vérité qui procède du Père, d’après lesquelles l’Église orthodoxe enseigne qu’il procède seulement du Père, n’osant pas violer le texte de l’Écriture[24].

Nous n’en finirions pas si nous voulions nous étendre sur les nombreux errements des protestants qui, entraînés par les sophismes humains, s’imaginent cependant avoir conservé la foi dans toute sa pureté. L’erreur dogmatique réagit fatalement sur toute l’activité chrétienne. L’origine de toutes leurs erreurs consiste en ce qu’ils rejettent la vertu indispensable des lois de l’Église et des conciles, de ce qu’ils les remplacent par leurs opinions individuelles, arbitraires, et s’écartent ainsi du sens réel des saintes Écritures. Rendant grâces à Dieu d’être nés et élevés dans les dogmes de l’Église orthodoxe, ne nous prévalons pourtant pas sur eux de cet avantage ; souvenons-nous plutôt de notre propre misère, priant humblement Dieu de daigner les réunir avec nous dans le sein de l’orthodoxie, de nous y conserver nous-mêmes inébranlables, pour la plus grande gloire de son saint nom.


Prince Augustin Galitzin.
  1. Circulaire du 28 avril 1855.
  2. La Civilisation et la Russie, par le comte Gurowski, Saint-Pétersbourg. 1840.
  3. Voy. : La question religieuse en Orient. Paris, chez Lanier, rue de Bucy, 4.
  4. Lettre du comte de Maistre à une dame russe sur le schisme.
  5. L. I, c. 13.
  6. Les Grecs font maigre le mercredi au lieu du samedi. (Note du traducteur.)
  7. Rom. xiv, 4.
  8. Je parle ici des luthériens. Les réformés, qui forment une même société avec eux sous la dénomination de l’Église évangélique, ne croient pas à la présence réelle de Notre Seigneur dans l’Eucharistie et ne la regardent que comme un symbole de la sainte Cène.
  9. Voy. v, 32.
  10. Marc, vi, 13.
  11. Voy. v, 14.
  12. Prières spéciales pour les défunts.
  13. S. A. S. la grande duchesse Hélène, si remarquable par son esprit et son amour pour les lettres, a fait récemment traduire en français du grec et du slavon les prières à l’usage des chrétiens de l’Église orthodoxe catholique d’Orient. Ce gracieux volume contient les plus touchantes oraisons pour les défunts et je ne saurais résister au bonheur d’en citer une :

    « Souvenez-vous, Seigneur, des âmes de ses serviteurs trépassés : de mon père, de ma mère, de tous mes parents selon la chair. Pardonnez-leur tous leurs péchés volontaires et involontaires ; faites-les participer à votre royaume céleste, à vos incorruptibles biens, afin qu’ils soient appelés à jouir de la vie bienheureuse dans l’éternité.

    « Ô Vierge très-pure et sans tache, qui avez donné le jour d’une manière toute miraculeuse au Dieu sauveur de nos âmes, priez pour celui que nous vous recommandons. » (Note du traducteur.)

  14. Rom. xv, 30.
  15. Voy. v, 16.
  16. Genès. xviii, 26.
  17. Act. Apost., xix, 12.
  18. IV Rois, xiii, 21.
  19. On peut consulter avec fruit sur ce point : « A Letter to a protestant friend on the Holy scriptures, by Demetrius Galitzin. (Note du traducteur.)
  20. Saint Basile a écrit sur l’importance des coutumes de l’Église et spécialement sur le signe de la croix. Nos dogmes et nos usages ont leur origine soit dans la loi écrite, soit dans la tradition apostolique. C’est de cette dernière source, par exemple, que nous tenons le pieux usage de nous couvrir du signe de la croix. Je le demande, qui est-ce qui a pu l’apprendre dans l’Écriture ?
  21. xiii, 2.
  22. 1 Corinth., viii, 13.
  23. Act. des Ap., ii, 46.
  24. Voici le texte complet sur lequel l’auteur prétend s’appuyer : « Or, lorsque le consolateur sera venu, cet Esprit de vérité, qui procède du Père et que je vous enverrai de la part de mon Père, rendra témoignage de moi (Saint Jean, xv, 26). » Le Sauveur dit que le Saint-Esprit procède du Père, mais que c’est lui qui l’enverra de sa part, et, dans le chapitre précédent, il dit : L’Esprit saint que le Père enverra en mon nom. Il est impossible d’établir une plus grande égalité sous le rapport de la procession du Saint-Esprit. Tantôt le Sauveur dit qu’il l’enverra au nom de son Père, tantôt il dit que le Père l’enverra en son nom : donc le Saint-Esprit est inséparable des deux et en procède.

    La croyance de l’Église est justifiée par plusieurs autres textes de l’Évangile de saint Jean : vii, 39 ; — xiv, 26 ; — xvi, 7 ; — xvi, 14 ; — xvi, 15 ; — xx, 22.

    Les Pères de l’Église grecque sont unanimes à proclamer ce dogme.

    Saint Cyrille, dans sa lettre contre Nestorius, lue et approuvé dans les 3e, 4e et 5e conciles généraux, dit : « L’Esprit n’est point étranger au Fils, puisqu’il est appelé l’Esprit de Vérité. Jésus est la Vérité, l’Esprit procède de lui comme de Dieu le Père. Christus veritas et proinde, quoque ab illo, atque à Deo Patre procedit.

    Saint Jean Chrysostome dit : « Tel est l’Esprit qui procède du Père et du Fils et qui répartit ses dons selon qu’il lui plaît. Hic est Spiritus de Patre et Filio procedens, qui dividit propria dona sicut vult. (Hom. 1, in Symbol. Apostol.). »

    Enfin le catéchisme russe lui-même enseigne catholiquement, en s’attachant aux paroles de saint Jean Damascène, que le Saint-Esprit procède du Fils par le Père. (Note du traducteur.)