Lettre de M. de Siébold

ANVERS.Lettre de M. de Siebold à M. de Ferussac [1]. — « La part que vous prenez à mes recherches sur le Japon, et aux aventures que j’y ai eues dans la dernière année de mon séjour, m’oblige à vous exprimer toute ma reconnaissance.

» Après une détention de près de treize mois, je parvins enfin à m’embarquer pour Batavia à la fin de décembre 1829 ; j’y arrivai le 28 janvier 1830, assez heureusement, avec mes collections et mes travaux littéraires, mais avec une santé bien délabrée. Ces collections se composent d’objets d’histoire naturelle que j’ai recueillis dans les dernières années au Japon (celles faites précédemment avaient déjà été envoyées dans les Pays-Bas), et d’objets qui ne peuvent avoir qu’un intérêt scientifique, comme livres, dessins, peintures, monnaies ; bref, des objets qui peuvent jeter un jour sur l’état des arts et des sciences de ce pays remarquable. J’ai aussi sauvé tous mes travaux littéraires et une copie de la carte du pays qui a été la cause de tous les désagrémens que j’ai éprouvés.

» Le 5 mars 1830, je quittai la rade de Batavia à bord du même navire marchand qui m’avait amené du Japon ; le 3 mai, nous doublâmes le Cap ; le 20, nous étions à Sainte-Hélène, et enfin, le 7 juillet, à la rade de Flessingue.

» Je m’occupai d’abord à transporter mes collections au lieu de leur destination. Des nombreuses plantes vivantes, j’en ai conservé avec beaucoup de peine deux cent cinquante en vie, et parmi les animaux il se trouve une grande espèce de Salamandre (ou Triton) qui paraît ressembler au Triton giganteus ; cet individu vivant a plus de deux pieds de France. Le plan d’après lequel je travaillai pendant mon long séjour au Japon, m’imposa l’obligation de recueillir, non-seulement le nouveau et l’extraordinaire, mais de tendre à obtenir une revue générale des produits naturels de ce pays remarquable, de façon qu’il se présente pour la description classique du Japon, un vaste champ dans lequel les savans Hollandais m’offrent leurs services avec la même libéralité que la compagnie m’a soutenu pendant huit années dans mes entreprises, et j’espère que les savans étrangers, qui, par leur correspondance instructive, m’étaient d’une si grande utilité lorsque j’étais dans les régions lointaines, m’accorderont d’autant plus volontiers de l’intérêt que je suis plus rapproché d’eux. Avant tout, je me sens obligé de témoigner publiquement ma reconnaissance à la Société asiatique de Paris, à vous, Monsieur, à MM. Temminck, Blume, De Candolle, Nees, d’Ésenbeck, Dollinger, à tous les amis des sciences dont les secours actifs me sont parvenus, et aux protecteurs qui ont pris un si grand intérêt à ma situation critique.

» Vos efforts pour obtenir une connaissance intime des mollusques terrestres et d’eau douce m’étaient déjà connus lors de mon séjour au Japon, par votre Bulletin des Sciences naturelles, et j’ai chargé M. de Villeneuve, dessinateur, qui fait cette année, en qualité de secrétaire, le voyage de la Cour à Yedo, de recueillir particulièrement ces mollusques ; je lui ai envoyé de Batavia votre instruction à ce sujet. Pendant mon séjour de Batavia, j’ai eu le plaisir de présenter à la Société des Sciences et Arts un rapport succinct sur les résultats de mes recherches scientifiques au Japon ; et, à mon arrivée ici, j’ai eu l’honneur de déposer au ministère des colonies un exposé historique des malheurs que j’ai essuyés. »

Anvers… 1830.

  1. Nous sommes heureux que les craintes que nous avions manifestées sur le retour de M. Siebold dans notre numéro du mois de janvier 1830 (Relation inédite du voyage au Japon de don Rodrigo de Vivero Velasco), ne se soient pas réalisées. Notre article a été traduit par plusieurs journaux anglais, notamment l’Asiatic journal jusque-là rien que de naturel, un journal qui trouve des documens curieux dans un recueil étranger a droit d’en faire jouir son pays ; mais ce qui l’est moins, c’est qu’un journal périodique français ait retraduit de l’anglais des fragmens de notre article pour en gratifier ses lecteurs ; il eût été plus simple de nous copier en nous citant. (Note du directeur.)