Les titres de Théodoric

LES TITRES DE THÉODORIC[1]


Dans son excellent mémoire sur le médaillon d’or de Théodoric, M. F. Gnecchi a présente au monde savant une pièce unique à plusieurs points de vue.

Si je me permets d’y revenir c’est par rapport à un détail de la légende dont l’interprétation me semble offrir quelque difficulté.

Avec M. Gnecchi (voir Rivista 1895, p. 149 suiv.) je lis l’inscription de l’avers : REX THEODERICVS PIVS PRINCIS ; mais dans le dernier mot, je ne puis me contenter d’y voir seulement l’abréviation de princeps. Je sépare : PRINC(eps) I S ; il reste donc à expliquer le sens des deux dernières lettres I S. Ne formant pas le commencement d’un mot latin qui entrerait dans les titres princiers d’un roi ostrogoth ou empereur du bas-empire, je crois pouvoir en déduire les sigles de deux mots. Plusieurs hypothèses peuvent se présenter pour l’interprétation de ces deux lettres ; je vais les reproduire ici, espérant, au cas même où mon opinion ne serait pas admise, qu’elles serviront néanmoins à indiquer la voie à suivre pour arriver à une lecture sûre.

a) PRINC · I · S = princeps juventutis senatus. Cette combinaison offre peu de vraisemblance ; on ne doit cependant pas oublier que Julien l’Apostat, étant empereur, portait le titre de princeps juventutis (voir Dessau Inscriptiones n. 751). “ Princeps juvante salvatore „ correspondrait à l’expression “ juvante deo „ ou “ domino „ de Cassiodore et au sens de “ dei gratia „ des monnaies médiévales. “ Princeps inclyta stirpe „ pourrait se dire par analogie avec l’expression “ divina stirpe „ qui se trouve sous Valentinien III (l. c., n. 779). “ Princeps, imperator salutatus „ : pour le titre imperator il est bon de rappeler que Théodoric s’appelle Dominus noster et Augustus, et qu’il parle dans beaucoup de ses lettres de l’“ imperium nostrum „ comme il parle de l’empire de ses prédécesseurs romains, ce qui permet de supposer qu’il n’aurait pas dédaigné d’être salué empereur : I(mperator) S(alutatus). En remontant au temps de la république on pourrait nommer à l’appui de cette thèse les deniers de Sexte Pompée portant la légende : SEX · MAGNVS IMP. SAL · (Cohen I², p. 4, n. 14, n. 13 et n. 15).

b) I · “ justus „ (voir Cassiodore éd. Mommsen Mon. Germ. hist. XII, p. 60, 29) ; “ illustrissimus „ ; illustris est le titre des hauts fonctionnaires sous Théodoric, jusqu’aux consuls, préfets du prétoire, préfets de la ville et patriciens. “ Indulgentissimus „ est un titre dont se servent beaucoup d’empereurs du bas-empire. Mais parmi les épithètes des titres princiers commençant avec la lettre I “ invictissimus „ est la plus usitée. L’adjectif “ invictus „ qui se trouve déjà sur les monnaies de Aurélien, Probus, Carus, Carausius et Maxence, avait cédé la place depuis longtemps au superlatif “ invictissimus. „ Ce dernier qualifiant avec “ princeps „ se rencontre très souvent sur les inscriptions des Césars du bas-empire, je cite Julien l’Apostat, Valentinien I, Valens, Gratien, Théodose I, Arcadius, Honorius, Théodose II et Constance III. Étant donnés les ornements guerriers du buste de Théodoric, reproduit sur notre médaillon, la statuette de la victoire placée dans sa main gauche, la figure de la victoire sur le revers et la légende qui s’y rapporte “ VICTOR GENTIVM „ je suis porté à croire que c’est “ invictissimus „ que le graveur du coin voulait sous-entendre avec son I.

Si ce n’est pas la victoire qui est rappelée tant de fois sur le médaillon qui nous occupe, je vois alors dans la lettre I le mot “ inclytus „ suivant l’inscription de la via Appienne : DN · GLRSMVS ADQ · INCLYT REX THEODORICVS VICT AC TRIVMF SEMPER AVG. En comparant ce texte avec la légende du médaillon, INCLYT correspondrait à l’I de l’avers et VICT(or) serait ce que la pièce d’or veut exprimer avec VICTOR GENTIVM.

c) S · Le I représentant donc Invictissimus ou inclytus, il me reste à expliquer le S. “ Sanctissimus „ très usité au III ème siècle est du temps de Théodoric un titre ecclésiastique ; “ serenissimus princeps „ se trouve chez Cassiodore (l. c., p. 320, 10, 32 ; p. 321, 2). En admettant mes interprétations de I, le choix pour la dernière lettre de la légende est limité à “ sempiternus „ et “ semper. „ À l’appui de ces deux expressions on pourrait citer des exemples nombreux ; je me borne à rappeler la fin de l’inscription reproduite ci-dessus : SEMPER AVG. Notons encore d’après Cassiodore les expressions “ florens semper purpura „, “ semper felix Roma „ et il ne semblera plus alors y avoir de raison plausible de douter de la juste interprétation de IS par les deux mots : “ Invictissimus (ou inclytus) semper. „


La légende du revers est en partie une répétition de celle de l’avers : REX THEODERICVS VICTOR GENTIVM ; à l’exergue COMOB, ce qui veut dire “ monnaie de grain fin constantinopolitain. „ Malheureusement deux anneaux, transformant le médaillon en broche cachent les sigles du champ ; ces dernières doivent se rapporter à l’atelier de monnaie soit Milan M|D ou M|*, Rome R|M ou Ravenne R|V. J’omets les ateliers ostrogoths de Bologne (BON), fermé déjà vers 497 et de Pavie (TICINVS), qui ne commence à frapper monnaie que sous Totila 541-552.

Quant à la date de notre médaillon, qui était destine à une libéralité du roi, nous n’arriverons pas à la préciser, avant que l’année de la “ Formula comitivae sacrarum largitionum „ soit trouvée. Cette formule, conservée par Cassiodore (Var. VI, 7) contient le passage suivant :

“ Verum hanc liberalitatem nostram alio decoras obsequio, ut figura vultus nostri metallis usualibus imprimatur, monetamque facis de nostris temporibus futura saecula commonere. „

Quelques portraits du roi Théodoric sont mentionnés par les écrivains : la statue dorée érigée par le sénat (Isidore H. d. R. Goth. 39), la statue équestre dédiée par l’empereur Zénon (Jordan. Get. 57) et une mosaïque du forum de Naples (Proc. Goth. I, 24).

Les portraits ostrogoths sont d’une extrême rareté ; je ne connais qu’une tête en marbre du musée archéologique de Bréra et la prétendue Matasunda publiée dans le Bulletino della Commissione arch. comunale 1888, Tavola VI.

Zurich.

E. A. Stückelberg.

  1. Quando tre anni sono pubblicai il Medaglione di Teoderico, terminavo la mia memoria con queste parole : “ E qui chiudo le mie poche impressioni ed osservazioni ; altre ne trarrà certamente chi è di me più erudito nella storia e nell’arte bizantina. „ È quindi colla massima soddisfazione che vedo oggi non uno, ma due colleghi di me più eruditi tornare sull’argomento e colmare una lacuna che veramente esisteva nella mia pubblicazione, relativamente alla leggenda.

    Fu verso la fine dello scorso anno che ebbi la fortuna di conoscere qui a Milano il Prof. Stückelberg di Zurigo, il quale, onorandomi di una sua visita, quando ebbe fra le mani il medaglione, tosto s’avvide che il princis terminante la leggenda del dritto non poteva essere interpretato per una abbreviazione o una storpiatura di princeps ; ma doveva invece contenere qualche altro significato velato da iniziali. Che cioè quelle lettere non formavano una sola parola ; ma dovevano essere divise per dare un significato soddisfacente. Frutto delle sue ricerche è la memoria che qui pubblichiamo, la quale poi diede motivo al distintissimo filologo Don Tommaso Allara di farvi una appendice che pure pubblichiamo in seguito. Quantunque, come sempre avviene nel campo dell’induzione, le due memorie non addivengano a una soluzione difinitiva e indiscutibile del problema, parmi che le eruditissime e profonde ricerche storiche e filologiche dei due egregi professori abbiano messo in luce tutte le probabilità o possibilità, e fra queste al lettore è libera la scelta.

    F. Gnecchi.