Les richesses incompréhensibles de Christ


LES RICHESSES INCOMPRÉHENSIBLES[1]
DE CHRIST

MÉDITATION SUR ÉPHÉSIENS III,

Du 19 novembre 1848.

Seconde édition.

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Quand nous pensons, chers amis, à notre entière indignité, à notre état de péché, et combien nous sommes incapables d’avoir encore des relations quelconques avec Dieu ; si ce n’était pas sa grâce toute pure, si ce n’était pas que Dieu a voulu manifester les immenses richesses de sa grâce dans les siècles à venir, nous ne pourrions pas supposer la possibilité de telles relations avec un Dieu saint. Non, on n’oserait pas prendre la Bible, et en parler comme de choses qui nous regardent. Si nous ne savions pas que le Seigneur a voulu magnifier sa miséricorde, non, nous ne pourrions pas comprendre qu’il ait pris des pécheurs tels que nous, pour les établir en sa présence.

Quand nous avons la conscience de tout le péché qui est en nous, de tant d’égoïsme et de vanité, nous sommes tentés de dire, même en vue de la gloire de Dieu, je ne suis rien que péché.

C’est la conscience du péché qui nous dirige vers Dieu, quand Dieu agit dans sa grâce et dans son amour.

Si nous n’avions que la conscience du péché, nous n’oserions pas penser au jugement de Dieu.

Ce qui nous met à notre aise, c’est de penser à cette grâce et à cet amour de Dieu, qui se déploient malgré notre péché et notre chair corrompue.

Les droits de l’homme à l’amour de Dieu sont entièrement nuls. — Je ne peux me mettre en rapport avec Dieu, je ne puis pas toucher à ce qui lui appartient.

Ce qui nous met à notre aise, c’est la conscience que c’est la grâce qui agit, et que même, dans un certain sens, plus nous sommes pécheurs, plus nous devons à Dieu, plus il est glorifié, et excellent dans ses voies. — C’est ce qui ouvre la bouche, à quelque pécheur que ce soit, pour en parler pour lui-même et pour en parler aux autres.

On voit, dans l’apôtre Paul, jusqu’à quel point son cœur était rempli de cette pensée. Le mot qu’il emploie, sort de toutes les règles du langage ordinaire, quand il veut exprimer que lui, le plus grand des pécheurs, est le plus petit de tous les saints. Quand il pense à lui-même et au prix de toutes les grâces que Dieu lui a faites en lui pardonnant ses péchés, et non-seulement cela, mais en lui confiant encore la parole de cette grâce pour les autres, il est rendu confus devant Dieu.

Deux exemples de cette grâce, deux vases d’élection ont été remarquables dans leur œuvre : Pierre et Paul.

Comment Pierre a-t-il été préparé pour fortifier ses frères, pour paître les agneaux ? En reniant le Sauveur ; c’est là sa préparation ; c’est là, l’éducation qui lui faisait comprendre qu’il était pis que rien. — Et Paul, comment a-t-il été préparé ? En persécutant et en ravageant l’Église : en déployant une énergie exécrable contre Christ. — Si Pierre disait aux Juifs : vous avez renié le Saint et le Juste, on aurait pu lui dire : et toi, tu l’as fait aussi. Si Paul leur disait : vous avez rempli la coupe de la colère de Dieu, on aurait pu lui répondre : et toi, qu’as-tu été ? le ministre de Satan, quand tu persécutais les chrétiens, en les forçant à blasphémer et en les traînant en prison.

Voilà, quant aux circonstances, l’éducation que Dieu a faite à ces deux hommes, afin que la chair leur fût connue pour ce qu’elle est ; le cœur pour ce qu’il est.

Quand Paul annonce la foi aux gentils, lui, qui a été élevé jusqu’au troisième ciel, il faut, à cause de l’importance de ses révélations, qu’il ait une écharde en la chair.

J’ajoute tout cela, pour faire voir que la méchanceté de la chair est toujours la même.

Quant aux autres Apôtres, ils disparaissent, pour ainsi dire, de la scène ; toute l’œuvre en général est placée entre les mains de Pierre et de Paul. Celui-là est l’apôtre de la circoncision ; celui-ci l’apôtre des gentils.

C’était très-humiliant pour la chair, au moins quand on songe à tout ce que ces deux hommes avaient fait, que de se dire : j’ai renié le Seigneur, celui qui a été si bon pour moi, qui m’a tant aimé, celui qui m’a prévenu et averti du danger.

C’était une chose très-humiliante d’avoir tué des chrétiens, et d’être obligé de se dire : je l’ai fait de tout mon cœur. Toute ma religion n’a rien servi qu’à faire de moi un ennemi acharné de Dieu.

Toutefois, cela remplit le cœur du sentiment de la grâce, parce que Dieu était là ; et, où le péché a abondé, la grâce a surabondé. Non-seulement cela, mais les vases mêmes, dans lesquels ce dépôt était placé, avaient été préparés, non par de belles qualités, mais par de tristes expériences.

Paul avait été préparé, parce que, comme homme, il devait être rendu sensible à la grâce qui lui était nécessaire, afin qu’en lui, tous ceux qui croiraient plus tard, connussent toutes les richesses de cette grâce.

L’apôtre devait être le témoin de la bonté et de la grâce de Christ ; il devait pouvoir montrer en lui le péché tel qu’il est, placé en face de l’amour et de la grâce de Dieu. Ainsi, chers amis, la chair était à sa place, et Paul pouvait annoncer parmi les gentils les richesses incompréhensibles de Christ. — On voit, en Paul, que la grâce déborde constamment, dès que sa pensée se tourne vers la grâce de Dieu.

Le fait était toujours le même quant aux Juifs ; mais ils s’attendaient à quelque chose, parce qu’ils avaient des promesses. Pierre, l’apôtre de la circoncision, s’adressait à un peuple qui était extérieurement le peuple de Dieu ; il pouvait leur dire : vous êtes les enfants de la promesse, les enfants d’Abraham, les prémices. Quant aux gentils, ils étaient de petits chiens, comme disait Jésus à la femme cananéenne : Il ne convient pas de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. (Matth. XV, 26.)

Quand Paul s’adresse aux gentils, il puise le droit de leur parler de Christ, dans le fond de cette grâce qui ne connaissait rien que le droit de Dieu à faire grâce.

Cette pauvre Syrophénicienne, qui était d’une race maudite extérieurement, qui n’avait droit à rien, reconnaît qu’elle n’est qu’un petit chien, et elle goûte toutes les douceurs de la grâce de Dieu. — Tout ce que tu veux, dit le Seigneur. — S’il s’agissait de tes droits, je te dirais : tu n’as droit à rien ; je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël, et tu n’es pas une de ces brebis.

Mais c’est à la grâce que cette femme a recours ; et il y a tant de grâce en Dieu, qu’elle peut dire : je mangerai tout de même ; alors le Seigneur ne pouvait pas lui dire : Non, tu ne peux pas.

L’annonce du salut aux gentils, mettait en évidence toutes les richesses de la grâce qui était en Dieu pour nous. Les circonstances qui donnaient lieu à la chair, donnaient aussi lieu à cette manifestation des richesses incompréhensibles de Christ, dont nous parlons et, qu’en effet, on ne peut pas comprendre.

Prenez un juif ; il ne pouvait pas dire que ces richesses étaient incompréhensibles, quoique la grâce fût la même ; il pouvait dire : Voilà la grâce qui me vient.

Les prophètes, Ésaïe, par exemple, ou tout autre prophète, aurait pris la loi, et il eût trouvé des choses qui lui appartenaient : il eût trouvé le Messie. Voilà ce que la loi lui montrait. Il pouvait dire : Voyez quelle promesse magnifique s’accomplira pour nous. Il pouvait montrer la faveur remarquable de Dieu envers son peuple. C’était quelque chose qui se comprenait par ce lui qui avait l’intelligence des paroles de Dieu. C’était une promesse faite à une race à laquelle Dieu avait annoncé des bénédictions remarquables, mais qui mettait l’homme en relation avec Dieu sur le pied de promesses connues.

Mais, dès qu’il s’agissait d’un gentil, il n’y avait plus rien de tout cela (Rom. IX, 3-5 ; Éph. II, 12 ; Phil. III, 4-7).

Quant à « la grâce de Christ, » il fallait les spirituels pour la chercher dans les prophètes. Un juif pouvait dire : Ce sera un roi élevé au dessus de tous les peuples ; toutes les promesses de Dieu seront sa couronne de gloire. Mais quand il s’agissait d’un gentil, il fallait découvrir les bénédictions qui découlaient pour lui des conseils éternels de Dieu ; non pas seulement un peuple appelé à jouir des bénédictions, mais il fallait recevoir Christ selon les conseils de Dieu. La grâce allait trouver un pauvre pécheur qui, n’avait droit à rien, qui était incapable de jouir des promesses et incapable de les comprendre. Elle prenait ces pauvres pécheurs, qui n’avaient aucune idée ni aucun sentiment en rapport avec Dieu, pour les placer dans la jouissance de toutes les richesses des pensées de Dieu, dans le Christ Lui-même. C’est pourquoi l’apôtre dit que ce sont « les richesses incompréhensibles de Christ. » Ce n’était pas seulement des choses qui convenaient à l’homme, mais des choses qui convenaient à Dieu ; des choses même toutes nouvelles ; non pas dans les pensées de Dieu, mais dans la révélation, et qui devaient être manifestées aux Puissances et aux Principautés dans les cieux, afin que la sagesse de Dieu fût donnée à connaître dans les lieux célestes par l’Église même, et par cette révélation.

Examinons un peu quelle est cette grâce, et pour la mieux comprendre, prenons les Colossiens, chap. I, 26, 27 : « Mystère qui avait été caché dès les siècles et dès les générations, mais qui a été maintenant manifesté à ses saints, auxquels Dieu a voulu donner à connaître quelles sont les richesses de la gloire de ce mystère parmi les nations, c’est à savoir Christ en vous, l’espérance de la gloire. »

Voilà ce qui fait voir quelles sont ces richesses incompréhensibles. Si c’était un Christ pour les juifs, ce n’était pas un Christ espérance de la gloire, mais un Christ qui accomplissait la gloire. Ici, c’est un Christ qui n’est pas la gloire, mais seulement l’espérance de la gloire, parce que, tout en étant dans le ciel, il demeure en nous et au milieu de nous par son Esprit. C’est une idée toute nouvelle ; mais, après tout, ce n’est qu’une espérance; voilà l’idée que l’apôtre nous présente. Nous allons voir comment il amène cela, et nous conduit à cette position précieuse de l’enfant de Dieu, d’avoir « Christ en lui, » par son Esprit, comme cela est dit, Rom. VIII, 9, 10. — Christ en nous la source de la force et des relations intérieures, c’est l’espérance de la gloire. Voilà la position dans la quelle il nous place ; c’est là notre joie.

Dans Éphés. II, 12, Paul dit, en parlant des gentils : « Vous étiez en ce temps-là sans Christ, sans droit de cité en Israël et étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance, et sans Dieu dans le monde. » Enfants de colère comme les autres ; sans espérance et athées.

Maintenant sur quelle base, sur quel fondement est-ce que Dieu établit cette espérance glorieuse ? Tout au commencement Dieu avait dit à Adam : tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage. Ce n’est pas une promesse, car il n’y en a point de faite à Adam ; les épines et les chardons ne sont pas une promesse. Qu’est-ce que Dieu a dit ? Il a dit au serpent, en le jugeant : la semence de la femme t’écrasera la tête. Chers amis, quel est l’homme qui n’est pas la semence de la femme ? C’est Adam. Il était exclus de cette promesse, comme chef de la race. C’est dans le « second Adam » que les promesses sont oui et amen. Ce n’est pas une promesse faite à des hommes ; mais à Christ, le second Adam, parce que Dieu avait mis extérieurement de côté le premier Adam, comme objet des promesses de Dieu. Il y en a un autre qui est introduit, et qui est l’objet de toutes les promesses ; c’est le second Adam, la semence de la femme.

Nous avons bien de la peine à consentir à descendre aussi bas ; à nous connaître, et à dire : Je suis pécheur et rien que pécheur ; je n’ai droit à rien ; j’ai péché contre Dieu, contre les lumières de ma conscience, contre la connaissance ; je n’ai rien, et je n’ai droit à rien qu’à la condamnation. Toutefois la chose est vraie, et la conscience nous le dit, quand même la volonté ne veut pas s’y soumettre. — Vous, chers amis, si vous dites que vous pouvez vous présenter devant Dieu, allez ; mais vous ne pourrez lui répondre une seule chose sur mille ; votre conscience en est témoin, comme l’était la conscience d’Adam. Lui, n’a pas attendu la présence de Dieu ; il est allé se cacher dans les arbres du jardin, parce qu’il n’osait pas se présenter devant Dieu. Eh bien, êtes-vous prêts à être jugés ? Aimeriez-vous que tout ce que vous avez fait, vînt à être mis en évidence devant tout le monde ? Qui que vous soyez, vous n’oseriez pas vous présenter devant Dieu tels que vous êtes, avec tout ce que vous avez fait ; votre conscience rend ainsi témoignage à la justice de Dieu. Vous savez que vous êtes coupables ; si votre volonté ne vous le dit pas, vous faites bien de vous excuser. Vous aimeriez bien dire : la femme que tu m’as donnée m’a fait tomber ; mais, quoique votre conscience ne le dise pas, Dieu, dans sa bonté, a pris soin de tout ; il a pris connaissance du bien et du mal.

Quand même un homme est incrédule, sa conscience lui dit des vérités auxquelles il ne saurait échapper.

Voulez-vous qu’une conscience mauvaise soit heureuse dans le ciel ! Non, cela ne se peut pas. Je ne parle pas ici de la grâce.

Peut-être vous pensez pouvoir le faire quant à la conscience naturelle ; eh bien, voilà l’homme, et voilà ce que Dieu dit à l’homme ; c’est de ne pas craindre la chair, car il nous veut par la grâce, qui remédie à toutes choses. Dieu met de côté l’homme qui est condamné ; puis, il introduit le nouvel homme, et même des condamnés, dans sa gloire. Il a placé la vie éternelle dans le nouvel homme, dans la semence de la femme ; elle est dans le Fils, et nous avons la vie en lui.

Voilà ! dès le commencement, dans le second Adam, toute les promesses sont oui et amen, en Christ ; à la gloire de Dieu. — C’est ce Christ qui est l’objet de toutes les pensées de Dieu. On comprend maintenant quelles sont les richesses de cette grâce, car c’est du Fils de Dieu qu’il s’agit, du second Adam, qui est aussi le Saint et le Juste.

Il faut qu’il soit revêtu de tout, et que toutes les gloires lui soient données. Il faut que tout ce qui peut être la manifestation de Dieu se trouve en lui, et se déploie en lui qui en est l’unique objet.

Voilà pourquoi l’amour de Christ surpasse toute intelligence. Eh bien, chers amis, c’est pour nous que la chose s’accomplit, et qu’elle prend ses dimensions ; or, quand je dis ses dimensions, je parle de l’infini, et c’est Christ qui est l’objet de la manifestation de la gloire de Dieu.

Quant à ce pauvre monde, toute différence entre les juifs et les gentils disparaît ; tout est effacé. Dieu fait grâce aux gentils aussi bien qu’aux juifs. Ce sont tous de malheureux pécheurs ; et, si les juifs ont entrepris de jouir des promesses par leur justice, ils sont encore plus coupables, parce qu’ils ont la lumière de la loi. Tous sont « des impies sans force. » Quand le vrai Dieu était là, quand il intervenait au milieu d’eux par des miracles, ils étaient sans force, parce qu’ils avaient violé la loi. La conséquence était de démontrer que le temps convenable était là, quant à l’homme, puisqu’il avait manifesté sa complète incapacité ; or c’était aussi le temps convenable pour Dieu. Pourquoi ? parce qu’il allait manifester son pur amour, et montrer que tout dépendait uniquement de cet amour.

Quand on en est venu là, on trouve toute la plénitude de cette bénédiction de l’amour de Dieu. Toute différence est donc effacée entre les juifs et les gentils ; car les Juifs, les héritiers, étaient de leur nature des enfants de colère comme les autres.

L’homme a fait voir ce qu’est l’homme, et Dieu, ce qu’est Dieu. — Nous aussi, nous étions des enfants de colère comme les autres ; nous n’avions rien que le jugement à attendre, mais Dieu s’est montré riche en miséricorde.

C’est par là qu’il faut commencer ; il faut prendre l’autre bout de la chose, si l’on peut appeler bout ce qui ne finit pas ; alors on trouve en Dieu, les ressources de grâce et de bonté qui s’emploient en faveur d’un être éloigné de lui, et son ennemi. Il faut voir la grâce de Celui qui a satisfait à toutes les exigences de Sa sainteté, et qui veut sauver le pécheur malgré sa méchanceté, et quoi qu’il en soit.

Dieu est un Dieu qui agit en grâce envers ceux qui sont méchants ; envers de pauvres pécheurs qui n’ont droit à rien. — Qui est-ce qui peut comprendre cela ? Ce sont les richesses incompréhensibles de Christ, qui ont dû être révélées aux Principautés et aux Puissances. — Christ devient le vase de toute cette grâce ; c’est l’amour de Jésus qui se déploie envers les plus misérables pécheurs, même envers celui qui ne voudrait pas se présenter devant Dieu, et qui n’a droit à rien. « Dieu, qui est riche en miséricorde, » vient sauver celui qui est dans le péché et dans le malheur.

Au lieu de faire venir l’homme vers lui, Comme cela aurait dû être, Dieu vient lui-même au-devant de l’homme, pour Se faire connaître. — Il vient au milieu du mal, parce que l’homme ne veut, ni ne peut se présenter au milieu du bien. — Dieu vient « en chair » au milieu de toute cette iniquité, pour montrer ce qu’elle est ; mais il vient dans la sainteté pour montrer aussi ce qu’elle est. C’est l’amour d’un Dieu parfait qui est loin de repousser les iniquités ; il vient les chercher, au contraire. On est heureux, chers amis, de sentir qu’on a affaire à Dieu, à un Dieu infini et infiniment saint. S’il n’était pas entièrement saint, je pourrais croire que mon salut n’est pas encore fait ; mais c’est un Dieu infiniment saint qui me présente l’amour ; et qui, tout en étant saint, vient chercher le pécheur, les gens de mauvaise vie, pour leur présenter sa grâce et pour les mettre en paix avec Lui-même.

C’est lui qui est là, avec la femme adultère, avec les femmes de mauvaise vie, comme on le lui reprochait. C’est Dieu qui mange, et qui se fait le compagnon des gens de mauvaise vie. Est-ce là qu’on rechercherait Dieu s’il était dans cette ville ? Ce qu’on y rechercherait, c’est l’iniquité. Dieu sauve les gens de mauvaise vie et il en est d’autant plus glorifié. — Il met de côté l’orgueil de l’homme, manifestant ainsi que, si l’homme n’a pas cherché Dieu, Dieu a cherché l’homme. Eh bien, chers amis, c’est là que nous avons toutes ces richesses incompréhensibles de Christ : tout est là, dans sa personne. Christ, comme Créateur, comme Fils de Dieu, héritier des promesses, et comme homme a droit à tout. Il a rendu témoignage à l’amour et à la sainteté par sa vie, et Dieu a été pleinement glorifié en lui. Jésus a pu dire : « j’ai achevé l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. » S’il s’agit de la sainteté de Dieu, il rend témoignage à cette sainteté, il mérite d’être assis à la droite de Dieu. — « Je t’ai glorifié sur la terre, dit-il, et maintenant, glorifie-moi, toi Père, auprès de toi-même, de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que le monde fût. » Il a droit à cette gloire par son œuvre, et il y avait déjà droit sans cela.

Quelle œuvre que la sienne ! Voici encore les richesses incompréhensibles de cette grâce, quand il a été fait péché pour nous. Voilà où ces deux bouts se rencontrent, si l’on peut parler des bouts de l’infini ; c’est quand le Saint a été fait péché ; c’est quand le Fils de Dieu, qui est le Prince de la vie, s’est soumis à la mort ; quand la colère de Dieu est tombée sur le Bien-aimé, sur le Fils, et tout cela « pour nous, » pauvres misérables pécheurs, loin de Dieu, ne désirant point d’être à lui. Celui qui portait nos péchés, dans le moment où il suait du sang et subissait la colère affreuse de Dieu, était, dans ce moment-là même, l’objet le plus précieux de l’amour infini de son Père, parce qu’il le glorifiait parfaitement. — Tout cela a été fait entre Dieu et Christ. Les anges désiraient de regarder jusqu’au fond de ce mystère, et l’homme s’enfuyait de tout cela. Le dehors même de tout cela était trop sérieux et trop solennel pour que l’homme osât se présenter à une pareille lutte. — Oui, notre pardon est une œuvre toute divine.

Dans le premier chapitre des Hébreux, l’apôtre nous présente la gloire divine de Christ. « Dieu nous a parlé dans (le) Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par lequel aussi il a fait les mondes, qui étant la splendeur de sa gloire et l’empreinte de sa substance, et soutenant toutes choses par la parole de sa puissance, ayant fait par lui-même la purification de nos péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauts lieux. »

Quelle preuve l’apôtre nous donne de la gloire de Jésus et de son œuvre divine ! « Il nous a purifiés de nos péchés, » c’est la partie la plus glorieuse de sa grâce. — Il se montre, dans l’amour de la rédemption, plus excellent que dans la création. Jésus a-t-il cessé d’être homme ? Non, c’est l’homme-Dieu, qui se manifeste comme l’homme fait péché. Ce n’est pas un Messie qui accomplissait les promesses faites à un peuple ; c’est plus que cela : il s’agissait de tout ce qui se passe entre Dieu et l’homme ; entre Satan et le péché ; sans cela la bénédiction aurait été impossible. Si je dis : est-ce que le péché me sépare de Dieu ; est-ce que la puissance de Satan me sépare de Dieu ? Non. — Est-ce que, moralement même, il y a une barrière entre le cœur de Dieu et l’homme ? — Non. Tout ce qui pouvait être considéré comme une barrière entre moi et Dieu, a été ôté dans la mort de Jésus. Là où les difficultés sont insurmontables, là où se découvre le cœur de l’homme qui ne peut pas s’élever à la hauteur des pensées de Dieu, Christ s’est présenté, dans la faiblesse la plus complète. Il est venu dans les parties les plus basses de la terre ; et, là, Il a posé cette pierre inébranlable, ce rocher des siècles ; c’est là, que nous avons trouvé la certitude de notre salut. C’est là, que sont les richesses incompréhensibles de Christ. Qu’est-ce qui peut nous être refusé, maintenant que Dieu a passé Lui-même par là ? Peut-il me rester un doute, une difficulté ? Dieu a pourvu à tout. S’il me manque, il n’aurait pas ce que lui-même a mérité. Nous appartenons à Christ ; comme il est dit : « Il jouira du travail de son âme. » S’il ne m’a pas, il ne jouira pas du travail de son âme. Voilà, tout a été manifesté, tout a agi en face de l’œuvre de l’amour de Dieu, et n’a servi qu’à manifester la puissance de son amour.

Tout ce qui mettait une barrière au salut de l’homme est détruit, et n’a servi qu’à tout accomplir. Quant à ce que j’étais, tout a été jugé ; l’amour de Dieu a été supérieur à ma haine ; il a ôté tout le mal. J’étais un instrument de Satan ; la malice de mon cœur était là ; le péché que j’avais commis était là ; tout est fini. Il n’y a plus de barrière entre Dieu et moi ; c’est Christ qui a tout pris et tout ôté.

Dieu a montré que son amour était supérieur au mal. — À la croix, j’ai fait la découverte de tout cela. — Où étais-je ? Parmi ces malheureux qui haïssaient le Seigneur ; avec Pierre qui n’a pas su le confesser. C’est à la croix que j’ai trouvé la grâce ; c’est là que j’ai trouvé ce dont mon cœur avait besoin : Dieu lui-même, qui a ôté mon péché, qui a fait les choses qui me sauvent, et m’a introduit dans tout ce qui lui appartient. — Christ, où est-il entré ? Dans la lumière et dans la présence de Dieu. Il a accompli ce qui glorifie pleinement son Père.

J’ai la justice de Dieu qui est mort pour mon péché ; j’ai la vie dans le Fils, dans le second Adam ; ma part est d’être avec Lui. Je sais que Jésus m’apporte la justice de Dieu, et le prix de cette justice.

Dieu m’a aimé en Jésus ; il a donné pour moi son Fils, ce qu’il a de plus précieux dans le ciel. Je suis l’objet de son amour ; et, maintenant, monté au-dessus des nuages épais qui étaient entre moi et Dieu, je suis en la présence de celui qui m’a conduit à la demeure de sa sainteté. — Je suis dans le Père, parce que Christ a fait la paix par le sang de sa croix. Cette paix parfaite est en Lui. Maintenant j’ai la paix, chers amis, et tous ceux qui croient l’ont aussi. Je suis assez élevé, et je puis dire, en contemplant Jésus : Ah ! il l’a bien mérité.

Dès qu’on est placé dans la présence de Dieu, on sent toute sa petitesse. — J’ai mérité l’enfer, peut-on se dire, mais je puis comprendre ce que Dieu me donne. Où donc ai-je trouvé tout cela ? En Christ. Qu’est-ce qui ne lui appartient pas ? Christ est l’objet de tout l’amour de Dieu. Autant j’ai de force pour compter tout ce que je trouve en Dieu, autant je puis m’en approprier. Celui qui est descendu dans les parties les plus basses de la terre, c’est Christ ; mais maintenant il est monté au-dessus de toutes choses, et il remplit toutes choses. — Je suis en lui, et lui en moi. J’ai trouvé la rédemption, et j’entre dans la pleine possession de toutes choses. Je jouis de Christ, partout où je me trouve. — Voilà où l’apôtre se trouvait ; et voilà où est placé un pauvre malheureux gentil qui n’avait pas droit à une seule promesse, mais qui, maintenant, possède Christ, l’objet de tout l’amour de Dieu.

Examinez ce que l’amour de Dieu a fait, au lieu de considérer ce que l’homme a fait par sa ruine. Qu’est-ce qui est à la suite de tout cela ? Christ, à la droite de Dieu, est l’objet de cette foi. Il habite en nous pour que nous jouissions de l’amour de Dieu, comme il l’exprime : « l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » Christ a une demeure en nous, par son Esprit, et nous sommes en Lui. Mes pensées sont dirigées vers Lui. « Vous connaîtrez, dit-il, que je suis en vous et vous en moi. » — Christ est en moi « l’espérance de la gloire, » et je jouis de tout ce qu’Il est. L’espérance que j’ai ne confond point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans mon cœur, afin que, dans la faiblesse de mon pauvre corps, j’apprenne dans les difficultés, dans les tentations, en présence de Satan, comme en présence de Dieu, toute la fidélité, toute la tendresse, toute la bonté de ce Jésus, et cela, dans tous les détails actuels de ma vie. Je fais sa connaissance d’une manière intime ; je connais celui qui est « l’espérance de la gloire. » Ce n’est pas pour moi un Christ étranger, inconnu ; mais un Christ que je connais dans tous les besoins de ma vie ; un Christ qui me reflète Dieu dans toute sa plénitude, qui m’accompagne comme un ami, qui sait approprier toutes les richesses de sa grâce aux besoins de mon cœur. Oui, je le connais ; je n’ai pas peur de monter au ciel, par la foi, car c’est là qu’est celui qui m’aime ; il m’entend, quoique je ne sois pas encore là, mais bientôt il jouira du travail de son âme et il s’en satisfera quand je serai auprès de Lui. Christ a accompli la grâce pour les siens, plus tard il leur communiquera la gloire qu’il a présentement. Tels que son Père les veut, il les présentera à son Père, afin que le cœur du Père soit satisfait.

Je n’ai présenté que quelques points de ces richesses incompréhensibles de Christ. Les anges sont les spectateurs de toutes ces choses et nous en sommes les objets. Dieu agit pour notre salut, et il faut que la chair même apprenne ce que Dieu est dans les voies de sa grâce. Il faut que nous sachions apprendre quelle est cette grâce, cette bonté de Dieu, cet amour infini dont nous sommes les objets, et sans lesquels nous serions perdus.

Que Dieu nous abaisse par la puissance de son Esprit, et nous fasse comprendre ce que nous n’avons pas encore bien compris : quelle est l’horreur du péché ; ce que c’est que d’être sans Dieu, ennemis de Dieu, afin que nous puissions comprendre, dans toute sa plénitude, cette grâce qui nous introduit dans les richesses de la gloire.

Il faut que notre pauvre cœur apprenne, dans les détails de la vie, la bonté du Seigneur Jésus lui-même ; et, dans sa faveur et dans sa grâce, la faveur et la grâce même de Dieu. Il faut que nous fassions la connaissance de Dieu, pour jouir de Lui-même.

Que, par son Esprit, Il applique à nos pauvres cœurs cette grâce et tous ses reflets qui se trouvent en Jésus. Que Dieu nous fasse croître dans la connaissance de Celui qui est la paix de nos cœurs, afin que nous comprenions toutes ses richesses et tout son amour.


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  1. Le sens exact du mot grec est : « inscrutable. » La « nouvelle version » l’indique en note : « dont on ne peut suivre les traces. » En effet ; c’est un terme de chasse, exprimant l’acte de découvrir la retraite d’une proie, ou celui de la poursuivre, au moyen de divers indices — le substantif signifiant : Piste, ou : Traces (de pieds, ou autres).

    Notre mot ne se trouve qu’en Éphés. III, 8, et en Rom. XI, 55. En le traduisant par : inscrutable, on éviterait une confusion en Rom. XI, 55. Là, le mot est joint à un autre dont le sens est exactement : insondable.

    « Incompréhensible » faussait un peu le sens. Le Conseil de Dieu, en Christ, est la source inexplorable de ses propres voies et des richesses qui sont en Christ. Mais Dieu nous a révélé ces dernières par son Esprit, afin que nous les comprenions, et que nous en profitions à sa gloire. (L’Éditeur.)