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Les espaliers (Verhaeren)

PoèmesSociété du Mercure de France (p. 140).
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LES ESPALIERS


D’énormes espaliers tendaient des rameaux longs,
Où les fruits allumaient leur chair et leur pléthore,
Pareils, dans la verdure, à ces rouges ballons
Qu’on voit flamber les nuits de kermesse sonore.

Pendant vingt ans, malgré l’hiver et ses grelons,
Malgré les gels du soir, les givres de l’aurore,
Ils s’étaient accrochés aux fentes des moellons,
Pour monter jusqu’au toit, monter, monter encore.

Maintenant ils couvraient de leur largeur les murs,
Et sur les pignons hauts et clairs, poires et pommes,
Bombaient superbement des seins pourprés et mûrs.

Les troncs géants, crevés partout, suaient des gommes ;
Les racines plongaient jusqu’aux prochains ruisseaux,
Et les feuilles luisaient comme des vols d’oiseaux.