Ouvrir le menu principal

Édition du Mercure de France (Tome premierp. 105-110).


PEUPLIERS


À Bernard Lazare.



Les blonds hallebardiers gardent les âmes du vallon.

— « Laissez-moi visiter les damoiselles, minces à l’infini, des donjons d’émeraude ! » ai-je dit

aux blonds hallebardiers gardant les âmes du vallon.

Afin de pavoiser d’amples refus l’espace ils déhanchèrent leur superbe de l’orient à l’occident et puis de l’occident à l’orient,

les blonds hallebardiers gardant les âmes du vallon.

— « Mais je suis l’Élu qui vient dégrafer le mystère où sourit un retour éternel d’hirondelles ! » chantai-je

aux blonds hallebardiers gardant les âmes du vallon.

Narquoisement, ils m’éventèrent de fantômales révérences,

les blonds hallebardiers gardant les âmes du vallon.

Irrité, je criai : « Tous je vous couperai, jets suzerains, pour qu’aux époques d’eau sculptée vos squelettes rosissent les joues blêmes des mendiants qui vont, leur culotte restée dans la gueule des chiens,

ô blonds hallebardiers gardant les âmes du vallon ! »

Alors chaque peuple de feuilles, comme une perruche ahurie, frissonna — sans que pourtant s’épanouissent les donjons d’émeraude, et point n’osais trancher la jambe ferme

des blonds hallebardiers gardant les âmes du vallon.

Désolé je m’enfuis, à travers les papillons hagards qui s’épivardent loin des fleurs en cervelles tragiques, je m’enfuis

des blonds hallebardiers gardant les âmes du vallon.

Tandis que sous un if je pleurais, maints doigts plus frêles que regards d’aïeules vinrent illuminer mon front : mes prunelles avaient inconscientes versé l’ingénue monnaie qui seulement soudoye

les blonds hallebardiers gardant les âmes du vallon.