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Les Radeaux improvisés

LES RADEAUX IMPROVISÉS

L’année 1873 a été, comme on le sait, exceptionnellement féconde en naufrages. D’après le Journal du Havre et le Shipping Gazette, le nombre des sinistres enregistrés à la fin de décembre dépassait 2 200, tandis que la moyenne ordinaire n’est que de 1 200. Cette triste période fut ouverte par le grand naufrage du North-Fleet, rencontré près du Dungeness par le Murillo. Nous n’avons point à revenir sur cette horrible tragédie, dans laquelle le capitaine espagnol fit preuve d’une barbarie digne des temps sauvages, abandonnant lâchement ceux qu’il venait de couler bas, afin d’ensevelir dans l’Océan toutes les conséquences de sa fausse manœuvre. Ces scènes révoltantes excitèrent de l’autre côté du détroit un sentiment de réprobation universelle, en même temps qu’un vif désir de protéger la vie des marins à la mer. Le lord-maire se mit à la tête d’une souscription en faveur des victimes du North-Fleet. Mais ce n’était point assez de soulager tant d’infortunes, il fallait encore diminuer les chances du retour de ces grandes catastrophes ; il fut donc décide qu’on organiserait à Mansion-House une exposition payante de tous les moyens de sauvetage. Des expériences pour signaux furent instituées sur la Serpentine River.

Parmi les idées nouvelles qui excitèrent quelque intérêt, nous signalerons la fabrication des radeaux instantanés, à l’aide des débris de la passerelle servant aux commandements du capitaine, et qui viennent d’être le nouvel objet de l’attention publique en Angleterre. Nous n’avons pas besoin d’entrer dans de longues explications à ce sujet, car les vignettes que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs nous dispenseront de tout commentaire. On voit d’un côté les parties du navire qui sont destinées à constituer ce radeau, et, de l’autre, le radeau flottant à la surface de l’eau, On peut même, comme l’indique notre gravure inférieure, le garnir de voiles de fortune permettant de tenir une certaine direction à la mer.

La vitesse avec laquelle les navires disparaissent dans les abîmes océaniques, dans le cas de collision notable, oblige à se préoccuper de procédés de ce genre. Il faut augmenter systématiquement, et sans nuire à la solidité des manœuvres, le nombre des pièces de bois susceptibles de flotter et de maintenir des hommes nageant à la mer. Le poids d’un homme ne dépasse pas un petit nombre de kilos, si l’on en déduit son déplacement d’eau, même lorsqu’il tient la tête dehors : on voit donc que le problème des bouées dont nous avons parlé est des plus simples. Mais avec la bouée, l’homme périt par le froid, tandis qu’avec le radeau il a une existence qui peut durer quelques jours, quoiqu’il ne faille pas se faire trop d’illusions à cet égard.

Nouveau système de radeau instantané. — 1° Le radeau formant la passerelle. — 2° Le radeau à la mer.

Un dixième seulement des passagers de la Méduse a survécu à neuf ou dix jours de mer. Sur le radeau de l’Arctic, sauf un seul, échappé par miracle, tous les naufragés ont trouvé successivement la mort en peu de jours. Le radeau lui-même n’est qu’un expédient tout à fait insuffisant si le naufrage a lieu en plein Océan et loin des routes fréquentées par les navires. Cependant, prolonger l’agonie, c’est, qu’on ne l’oublie pas, augmenter les chances de sauvetage.