Les Quarante Médaillons de l’Académie/27


XXVII


M. EMPIS


Est-ce Empis-Picard ?… Est-ce Empis-Mennechet ?… Est-ce Empis-Cournol ?… Est-ce Empis-Mazères ?… Car ce diable de M. Empis, qu’aucuns appellent « Tant pis ! » a-t-il jamais été tout seul M. Empis ? Il faut qu’il soit deux pour avoir l’esprit d’un seul, et souvent de personne ! Tous ces gens à collaboration me font l’effet du veau à deux têtes, ce vieux phénomène ! Seulement, eux, ils n’en sont point un. De têtes, M. Empis en a quatre pour son compte, sans compter la sienne. C’est l’idole assyrienne de l’Académie, comme M. Pongerville en est la momie égyptienne. La seule différence qu’il y ait entre eux, c’est qu’on sait nettement ce qu’a fait M. de Pongerville ; c’est qu’on se rend très-bien compte de cet énorme effort de la traduction de Lucrèce, qui l’a crevé… Mais on n’a jamais su, on ne sait jamais ce qu’a fait M. Empis ! On voit jouer une pièce qui peut être de tout le monde et qui en est ; on vous dit que c’est de M. Empis, et vous en êtes bien aise pour l’idée que vous vous faites de ce brave homme. Mais quand vous reverrez cette pièce, il vous sera impossible de vous rappeler que c’est de M. Empis. Quel talent pour se graver dans la mémoire ! Ah ! l’Académie n’oublie jamais les hommes de cette puissance d’impression. Elle se reconnaît en eux et elle leur ouvre ses portes. M. Empis, académicien ! Mais comment ! il est né de l’Académie ! Si tous les Quarante étaient des Empis, je dirais tant mieux ! ce serait l’Idéal de l’institution !!!