Les Quarante Médaillons de l’Académie/14

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XIV


M. MIGNET


Mignet aux cheveux blonds, au talent blond, mais pas blond comme madame de Senantes, des Mémoires de Gramont, qui, si elle avait voulu, l’heureuse femme ! aurait pu passer pour rousse. De talent, M. Mignet ne sera jamais que filasse… Bellâtre de lettres, qui fut, avec Edmond Mallac, la fleur des pois du règne de Louis-Philippe. Dans ce temps-là, on avait compté sur son physique pour faire de la diplomatie en Espagne, mais le diplomate fut éconduit. Il n’aurait pas été plus grand écrivain avec la reine d’Espagne qu’avec nous ! M. Mignet, l’ami de M. Thiers, est son contraste. Il est dans le sec ce que cet homme, à petite pluie de paroles incessantes, est dans l’humide. Comme M. Thiers, il débuta dans les lettres par une Histoire de la Révolution, ce pont aux ânes que tout le monde passe, depuis M. de Cony jusqu’à M. Morin ! M. Mignet fit la sienne tout comme un autre. Très-petit livre médiocre et duriuscule, qu’il faut opposer à ce livre lâché et verbeux de la Révolution par M. Thiers, pour juger les deux tempéraments ! M. Mignet est, de nature, ce que Montaigne appelle « un esprit constipé. » Mais il a fait quelque traitement sans doute, car il a perdu la sécheresse de sa jeunesse, depuis qu’il est secrétaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Ses notices sur les Académiciens qui trépassent ont la mollesse et la copiosité nécessaires à ce genre d’élucubrations. Écrivain sans initiative, qui vit sur de vieux papiers, il a rapporté d’Espagne de quoi faire son Histoire d’Antonio Perez, et de Belgique les notes des dîners de Charles-Quint, le mangeur d’huîtres, à Saint-Juste. Pompeux et terne, prétentieux et incorrect, c’est un Salvandy maigre. De titre, pour être entré à l’Académie, je ne lui en connais pas plus que pour être entré au Conseil d’État dans le temps, si ce n’est, comme disent les bonnes, d’avoir été le « petit camarade du petit Thiers. » Puisqu’ils l’ont été toute leur vie, qu’ils le soient encore ici.