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Raison.

Les hommes sont plus enclins à imiter les actions d’autruy, qu’à suivre les regles de la raison.

Les causes qui manquent de raison, ont besoin de fortes paroles.

Si la raison vous pouvoit aussi bien soulager qu’elle m’excuse, je vous dirois avec autant de respect que de hardiesse, ce qui pourroit flatter vostre courroux.

Je vous prie de poiser vos raisons avec ma cause, afin de voir le bon droit de l’un ou de l’autre.

Ma foy s’est tousjours arrestee au pied de la raison.

Prenez la raison pour estoille, elle vous garantira de son naufrage.

Les sens, pour ne comprendre ce qui est de la raison, sont souvent trompez par l’apparence.

La raison fait aux sages, ce que le temps apporte aux plus foibles pour toutes les autres passions.

Ces raisons ici manquent plus de diligence, que de conseil, plus d’effet, que de discours.

Celuy commande à tout, qui obeit à la raison.

Cest folle creance vous deçoit, et comme un Icare nouveau, vous porte si pres de ce Soleil, que ses feux fondent les aisles de vostre raison et vous precipitent en la mer de vostre malheur.

La raison est la ferme disposition de nostre volonté, à suivre ce qui est honneste et convenable.

La fantaisie fait souvent la loy à la raison.

Rapports et mesdisances.

Plusieurs offusquans la raison d’une nuee d’impatience, croyent plustost les rapports d’aucunes personnes mesdisantes et vicieuses, que leur propre conscience et certaine experience.

Ceux qui s’attaquent à moy et à ma reputation, n’y gaigneront jamais autre chose, que ce que gaigne ceux qui crachent contre le Ciel.

Je ne doute point qu’ils n’ayent autant d’imprudence pour le nier, comme ils ont eu d’infidelité pour le commettre.

La mesdisance est un vice, qui ne desrobe pas seulement l’honneur d’autruy, mais encor celuy de son maistre, s’il en a.

Ils ont esté aussi temeraires à me juger, qu’impatiens à m’escouter.

Vous avez censuré mes vœux sur un faux tesmoignage, et interessé mon honneur, pour favoriser vostre injustice.

La mesdisance est meurtriere de l’honneur, le fleau des gens de bien, le supplice des innocens, la trompette de calomnie, et la semence de divorce.

Quand nous sommes avec des mesdisans qui veulent passer le temps de nos imperfections, il faut commencer des premiers, car c’est une espece de vengeance que de leur oster la volupté des premices de la mesdisance.

Leurs persecutions et leurs mesdisances m’acquierent plus de reputation, que moy mesme ne m’en fusse peu promettre, par mes labeurs.

Je veux desormais recevoir leurs calomnies, non à leur intention, mais aux effets qui en procedent.

Le mensonge vient des hommes serfs, et la verité des hommes libres.

Je ne m’estonne pas que les meschans ayent suivi leur coustume de mesdire et faire mal, mais je trouve estrange, et m’offence fort qu’ils soyent creuz de gens de bien.

La vertu est ordinairement abbayée par ceux qui souillent leur vie dans les cloaques du vice et par les esprits envieux, qui sentans leur malheur, sont marris de la felicité des autres.

Nous ne devons pas beaucoup nous soucier des langues des hommes, mais de nostre conscience.

Le mensonge est une chose prompte et facile à ceux qui sont accoustumez à mal faire.

La calomnie suit tousjours ceux qui paroissent sur le theatre des actions humaines.

Si j’ay dit cela en secret, comme l’a il peu descouvrir, si sa meschanceté ne luy a servy d’esprit familier, duquel il entend tout ce qu’il dit et seme ses faussetez ?

Les oreilles croyent bien souvent à autruy, et les yeux ne croyent pas à eux mesmes.

Les flesches de leurs calomnies n’ont point la pointe assez acerée, ni d’assez bonne trempe, pour enfoncer la dureté de ma constance.

Confesse librement que tes paroles indigentes de verité ont mieux servy ta perfidie, que ta conscience.

Ceux là qui sont enclins à la mesdisance, apprennent en vostre sujet à dire du bien d’autruy.

Ne vous mettez point en peine de la mauvaise opinion qu’ils ont de moy, car je ne l’ay pas meilleure d’eux, et si la mienne est asseurée sur des raisons beaucoup plus fermes et veritables.

La calmonie est le pinceau de Satan, le poinçon de Beelzebuth, et le crayon de tous ceux qui se sont graduez en l’escole tenebreuse.

Il ne se faut estonner, s’ils mesdisent d’autruy, car ils n’ont jamais appris à bien dire de personne : C’est parquoy je leur pardonne, de la façon qu’on pardonne aux corbeaux croassans, d’autant qu’ils ont ce langage de nature.

Recerches d’Amour.

Ce n’est pas une humeur vagabonde, ni l’aisle d’un desir volage, qui force mes volontez à la recerche d’une conqueste si glorieuse : c’est la foy de vostre vertu, qui seulle engage dans les chaisnes de l’honneur la puissance de mon courage.

Mon dessein n’aspire qu’à l’engagement de vostre foy, sous l’hostage de la mienne : vous asseurant que la perfidie n’a rien de meslé en ce qui touche la fermeté de ma constance.

Tant de considerations conçeues au sein d’une si belle ame comme la vostre, ne doivent rendre vaine l’esperance de mes fidelles desirs, ni traverser ma foy en vostre imagination.

C’est du plus seur de mon ame, que j’ay tiré l’obeissance que mes vœux sacrifient aux pieds de vos perfections.

Je vous prie de n’entrer point sous l’ombrage d’une perfide desloyauté, que j’abhorre sur toutes les inclinations des hommes.

Les uns employent les puissances de l’amour, pour posseder les corps, les autres les effets de la foy et de l’obeissance, pour meriter les faveurs du cœur.

Ouvrez la porte du cabinet de vostre ame, pour donner entrée à mes paroles veritables qui naissent de mes levres, en la mesme forme que ma fidelité leur a donné, concevant l’idée veritable de vos graces.

Ma qualité ne peut recevoir des mains de la fortune une gloire plus haute que l’estat de vostre merite.

Vous ne devez ravir à mon affection l’aisle de son esperance, qui se limite sous l’heureuse alliance d’un doux hymen.

Faites que je reçoive par l’organe seulle de vostre volonté, l’armonieuse douceur qui doit prononcer l’arrest de ma vie.

Si ma constance, mes vœux, mon amour et ma fidelité ombragent la douceur de vostre ame, je dois recevoir de vous l’honorable preuve d’amitié que j’implore pour le salut de ma peine.

Si l’offre de mon obeissance vous est aggreable, j’esleveray le trophée de ceste conqueste par dessus tous les triomphes que je pretens du monde.

Mon demerite me peut priver de l’honneur de vostre recerche : mais ma fidelité vous estant cogneue, pourra suppleer à ce defaut de nature.

Recevez ma fidelité qui vient a vous, non comme chose esgalle à la grandeur des gloires de vostre ame : mais avec le colier d’esclave, pour recevoir les loix de vos commandemens.

Voyez Requerir.

Recognoistre.

Je regrette que mes vœux ne puissent recognoistre vostre merite.

Cela m’oblige à le recognoistre, et à faire naistre des desirs pour m’en acquiter.

Je ne puis avoir aucun moyen de recognoistre ceste favorable preuve de vostre honnesteté.

Vous recognoistrez en fin que mes vœux ne portent autre chose, sinon que vous viviez aussi content, comme je suis vostre.

Vous me tesmoignez plus d’honnesteté, que je ne puis vous rendre de service.

Voyez rendre graces.

Recommander.

Vous n’estes pas moins recommandé de courtoisie, que vostre generosité vous rend recommandable.

Je vous recommande d’estre d’autant plus proche de nous en amitié, que vous en estes esloigné en personne.

Il vous plaira de me continuer le bien de vos bonnes graces.

Jamais je n’eus rien en si grande recommandation que le bien de vostre service.

Comme les obligations que je vous ay sont infinies, aussi les recommandations que je vous fay sont sans nombre.

Ayez tousjours en vos particulieres recommandations, celuy qui sur tout autre à recommandé vos merites en tous bons lieux ou vous pouvez esperer de la faveur.

Refvser.

Vous ne denierez point vostre bien-veillance à celuy lequel, pour vous estre loyal, veut estre infidelle aux autres, et leur desobeir pour se tesmoigner vostre.

Si pour le bien que je pretens, je n’ay que du refus, mon esprit demy mort, s’esteignant peu à peu, ne sera pas long temps sans esteindre sa vie.

Mon refus offenceroit autant vostre merite, qu’il feroit de tort à mon inclination, si je ne m’inclinois à vostre requeste.

Aux demandes inciviles, les refus sont jugez raisonnables.

Tout requeste qui contre le devoir, se doit justement esconduire et refuser.

Les premieres demandes d’une personne qui nous a obligez estroitement, sont malaisées à refuser.

Je lisois en vostre visage des refus, dont la seule apprehension me faisoit mourir de desplaisir.

Ne refusez point à un qui ne vivra plus, la faveur de voir ce qu’il ayme.

Ne me reputez point si loin, pour tascher à me faire perdre l’envie de vous voir.

Mon inclination et vostre amour ne peuvent produire que des effets dissemblables.

Où tourneray-je le vol de ma premiere esperance, qui me promettoit une vie si heureuse et si asseurée, au lieu de tant de morts rigoureuses, que me donne vostre refus ?

Je ne puis trop mespriser celuy, qui au lieu de me porter une sincere et pudique amitié, ne tasche qu’à m’abuser.

Elle rendit inutile les attaques, r’envoyant par un honneste refus une demande injuste.

Regards, voyez yeux.

Regrets.

Je ne verray donc plus les regrettées lumieres qui donnoyent la clarté à mes yeux, et l’esperance à mes vœux.

J’aurois trop de regret, si mes vœux ne vous estoyent agreables, d’estre desadvoué pour vostre serviteur.

Je regrette tellement nostre separation, que rien ne touchera jamais mon ame à l’esgal du desplaisir que j’en supporte.

Le mal que vous pourriez encourir en ceste entreprise, me laisseroit un regret eternel.

Le plus grand regret que j’emporte avec moy, partant de ce lieu, c’est de me voir à jamais privé de vostre belle presence.

Je cachois sous le voile d’un prudent silence le desplaisir que je recevois, de voir ainsi mes desirs traversez.

Si je n’allegeois le regret que j’emporte de l’esperance que j’ay de vous revoir bien tost, je croirois que la nef de ma vie aborderoit plustost au rivage de la mort, qu’aux terres ou je pretens.

Si vous bastissez sur ce sable mouvant, je porteray un regret eternel, que vostre fidelité pipée n’ait eu pour reciproque qu’un masque soustenu d’inconstance et de desloyauté.

Religion et Devotion.

Les saintes flammes d’un amour divin, ont consommé les feux qui m’eschauffoyent au service du monde, ma repentance en jette devotement les cendres au vent de mes souspirs.

J’entreray au service des cieux pour recercher en ma devotion le repos que je n’ay peu trouver en mon amour.

Desdaignant la conversation du monde, j’en retire mes vœux, les donnant à celuy qui s’est donné pour nous tous.

À celuy qui de la terre prend la route du Ciel, le moindre sejour est nuisible, la danger estant à l’attente.

C’est un riche et heureux acquest, d’acheter l’eternité par un travail de peu d’années.

Il n’y a vertu qui merite plus de louange, que celle qui est approuvee par le tesmoignage de Dieu.

La divinité l’a ravy aux humains, mais luy-mesme s’est osté du monde, et n’a pas craint de captiver son jeune corps, pour mettre un jour en liberté son ame.

Nous pouvons aimer Dieu par religion, et le monde par modestie, en l’un exerçant la foy, en l’autre les bonnes mœurs.

La religion est le feul et plus digne objet de l’ame et le propre exercice de l’homme, et si propre qu’il n’en a point de plus naturel.

Mon esprit retirant ses feux engagez dans les cendres de la terre, a traversé les nuées, pour toucher le firmament de l’immortalité.

Je me retire du monde, pour y favoriser vostre repos.

Je veux dire adieu au monde et à sa lignee, et prenant pour espouse la mere commune de tous fidelles, je ne respireray plus que son saint amour.

Je desire faire eschange des honneurs terrestres, aux fortunes du Ciel.

Il a changé les faveurs qui dependent de la fortune, avec les benedictions qui procedent de la grace celeste.

La religion sans ceremonies, est comme un arbre sans verdure, un vaisseau sans voile, un Ciel sans estoilles.

Je trafiqueray avec les Anges, et mettray mes prieres à rente dans les Cieux.

C’est un escole celeste, où la vertu s’apprend, et la vanité s’oublie, où la devotion fait son fort, et d’où mondanité est exilée.

Leur vie n’est pas moins sainte, que solitaire, et d’autant plus embrasée que louable.

C’est une chaste court, où se traicte l’amour divin, où les esprits sont amoureusement passionnez, et passionnément amoureux de sa misericorde.

C’est là où les palmes de continence ombragent les Autels.

Remedes.

On est bien loin de guarison, quand on fuit le remede.

Le principal de la santé est en la volonté de celuy qui la desire.

Aux maladies desesperées, il faut appliquer des remedes hazardeux.

Ce remede est trop faux, pour un mal si veritable.

Il est aisé à une ame qui n’est point asservie à la douleur, d’appliquer quelque remede au desplaisir des autres.

La medecine plus singuliere pour les infortunez, c’est l’oubliance du bien.

C’est la longueur du temps, qui amoindrit, ou bien augmente la douleur des maladies plus cruelles.

Ceux là ne pensent jamais aux remedes, qui content leur maladie pour santé.

Rendre Graces.

Vos presens me seront tousjours presens en la memoire, j’en auray tousjours la louange à la langue, et l’obligation au cœur.

Vos services m’ont rendu tant de tesmoignage de vostre devotion, que ne le croire, ce seroit apporter du doute à la verité.

Je vous en remercie plus avec le cœur, qu’avec la plume.

Ce m’est plaisir de voir croistre de jour en jour l’obligation que je vous ay, car plus je vous suis tenu et plus je pense gaigner.

Vous estes trop liberal de vos vœux, et prodigue d’honnesteté, pour une creature envers laquelle le Ciel a esté si avare de ses dons.

Tant plus je vous suis obligé, et moins je suis solvable.

Je ne puis perdre le souvenir de vos bons offices, qu’en oubliant mon devoir.

Les obligations que je vous ay sont si grandes, que j’estime mon pouvoir trop petit, pour dignement recognoistre le moindre.

Je vous feray juger mon cœur, autant ennemy de l’ingrate oubliance, que curieux de conserver sans fin le souvenir d’une si rare faveur.

Je ne tiens ce bien fait de vous que par emprunt, mon affection vous en payera la rente.

Apres ma mort dedans le sepulchre je respireray encor ces obligations.

J’ay grand regret que ma fortune adverse, n’a permis que je recompensasse la grande obligation que vous avez acquise sur moy.

Si je vous ay fait quelque service agreable, croyez que ce n’estoit encor que l’ombre de ce que je vous desire monstrer par veritables effets.

Je voudrois avoir plusieurs cœurs et plusieurs entendemens, afin d’estre plus capable de penser en vous, et de loger tant d’obligations.

On dit que c’est perdre les anciens bien-faits, que de n’y en adjouster point de nouveaux, c’est paraventure ce qui fait que vous continuez à me favoriser.

Si les services que je vous ay faits on esté petits, la volonté que j’ay eue de recognoistre les biens et honneurs que j’ay reçeus de vous, est grande en toute extrémité.

Je ne puis mettre au silence vos bien faits, sans rendre la parole pour mon ingratitude.

Je ne puis autre chose, que vous en remercier du cœur et de l’esprit, et si ceste passion est commune, je vous asseureray toutesfois, que la pensee et l’affection dont elle procede, ne l’est point, mais vous est particulierement dediee.

Reparties.

Il ne m’a point d’obligation, ni moy point de merite, qui l’oblige, si je l’ay aimé, c’estoit mon devoir.

Je suis plus obligé de ces louanges à vostre courtoisie, qu’à la verité.

Cela procede de vostre volonté, et non de mon merite.

Ce que vos commandemens peuvent acquerir, vous ne le devez pas recercher par des prieres.

Ma creance s’accorde beaucoup mieux à vostre honnesteté, que ne fait ma condition à vos louanges.

Le respect et la courtoisie que vous exercez si librement aux despens de mon amour, sont si grands, qu’ils vous font mespriser la verité.

C’est pour rendre manifeste vostre honnesteté que vous tournez, c’est honnesteté à mon avantage.

C'est vostre courtoisie qui me preste les faveurs, que le ciel et la nature m'avoient deniées.

Ce ne sont pas mes opinions qui vous gratifient, mais c'est la verité, qui m'oblige de croire de vous ce qu'un chacun admire.

Cela seroit bon à ceux qui ont eu la vertu pour nourrice, le bon-heur pour berceau, et vos vertus pour exemple.

Ce qui justement est nostre, ne nous peut venir du bien fait d'autruy.

La courtoisie de la beauté de vostre ame ne se peut cacher, puisque la cognoissance du monde la void sans difficulté.

L’on ne peut donner par courtoisie, ce que le Ciel et nature nous ont laissé en propre.

Tant de louanges sans apparence de suict, me rendent tout confus.

Ce n’est pas pour servir, que le Ciel vous a fait naistre, mais bien pour estre servie.

Ce ne me sera jamais peine de vous tesmoigner le service que je vous ay voué, ains beaucoup de contentement.

Vostre merite est trop grand, et vos desirs volent trop superbement, pour arrester en si bas lieu le suict de vos ambitions.

Vous prenez mon devoir pour courtoisie.

Vostre grandeur est trop differente à ma condition, et moy trop ennemie de la vanité pour luy donner entrée à ma presomption.

Si le don m’est aggreable, celuy qui me le fait, me plaist encor plus.

Je ne puis obliger ma creance à recognoistre tant de passion, ne voyant point de sujet d’où elles puissent tirer leur estre.

Ces belles perfections, dont vostre honneur me gratifie, ne me sont acquises qu’en idée.

J’aime mieux estre aimé de vous, que loué, par ce que mes effets ne sçauroient respondre à vos louanges.

C’est moy qui dois cet hommage à vos merites.

Mes presens n’ont pas respondu à son attente, ni ses merites à la mienne : car si je ne luy ay pas tant donné comme il esperoit, aussi esperoit-il plus qu’il ne devoit ?

L’affection que je vous porte, vient du merite de vos vertus, et non pas de ma courtoisie, comme vous dites.

Renom, voyez honneur, louanges, merites, et vertu.

Repentir.

Je vous supplie de prendre ma repentance, en satisfaction du mal que je vous ay pourchassé, avec le sacrifice de ma propre vie.

La penitence n’a point de merite, quand elle prendra sa cause de la contrainte.

En toutes choses faut voir premier que s’y embarquer, qu’elle en pourra estre la fin.

Les trophées de repentance accroissent tousjours la douleur, comme les belles actions la joye.

Cela fait succeder au plaisir desiré une repentance inesperée.

Ne commençons rien, dont la fin puis apres nous puisse engendrer du repentir.

Le repentir ne prend ordinairement les Dames, qu’au temps qu’il ne leur peut plus servir.

Le repentir ne s’introduira jamais parmy ce que j’ay fait pour vous.

Les pleurs de la contrition honorent la repentance, et luy donnent ceste proprieté de reparer les ruines de l’innocence.

Ceux qui demeurent tousjours acroupis aux cendres, sont chez eux comme dans un tombeau, ils peuvent bien mettre leur nom en marbre sur la porte : car ils se sont faits enterrer devant que d’estre morts.

Ce n’est point un humeur vollage, qui m’a imprimé ceste repentance, mais plustost une juste congnoissance, que la verité de vos merites ont donnez à mon ame de son infidelité.

Reproches.

Mon affection meritoit bien que je fusse gratifié de quelque effet de vostre souvenance.

C’est folie à vous de reprocher pour crime, ce qu’un chacun recognoist pour vertu.

Reprocher les biens-faits n’est autre chose qu’acheter haine.

Raconter les services à ceux qui les ont reçeuz, semble etre leur reprocher, et leur vouloir marquer l’ingratitude sur le front.

Mon affection estoit bien digne de la vostre, mais mon peu de merite et ma fortune m’ont rendu indigne de vous posseder qu’en mon ame.

Si les faveurs dont vous m’avez usé, m’ont esté grandes, je les ay achetées avec tant de peine que je ne vous en dois nulle obligation.

Vous avez fait banqueroute aux affections, que vous aviez vouées à mon amour.

C’est une heresie en amour, de promettre foy à deux personnes.

Il faut plus craindre les reproches, que le danger.

Il vaudroit mieux mourir avec quelque glorieuse action, que de commettre quelque chose au surplus de la vie qui en deshonore la memoire.

Je ne pense pas que ce mespris soit advoué de vostre prudence.

Un jour le ciel ayant pitié de moy, vous esmouvera à regretter ma perte.

Où sont les jours qui esclairoient à nostre felicité, lors que nos mutuelles affections transformerent nos volontez en une, et firent de deux ames une ame.

Je croy, que je seray tousjours si iniquement traitee par la malice de mon destin, que mes actions les plus sinceres vous seront les plus suspectes.

Que sera-ce de toy, si les tesmoins, qui sont prisonniers en ta conscience, sont eslargis, pour ton remors, et appellez en tesmoignage, pour descouvrir ta meschanceté.

Quelqu’un moins aggreable que moy occupera vostre cœur, et glorieux de se voir recerché de vous, bravera vostre langueur, et vous fera essayer les traverses, que indignement vous me faites sentir.

Je prie le Ciel, qu’il accomplisse vos souhaits, et qu’il me tienne pour jamais delivré des chaines de toutes les infidelles et ingrattes qui vous ressemblent.

Je ne sçay plus quels efforts de patience opposer à mon ennuy : veu que vous seule (de qui doit naistre mon bien) ne faites estat de mon amitié, ni de ma constance.

Reqverir.

Mon importunité importune vostre grandeur, avant que de luy avoir rendu du service.

Si jamais la courtoisie fut hostesse de vostre ame, et si jamais vostre secours a esté favorable aux affligez, n’en deniez maintenant, quelque partie à celuy qui vous en requiert si humblement.

Je ne requiers de vos douceurs, que ce que veut l’honneur.

Donnez moy cela d’une main aussi liberale, que d’un cœur devot je vous le demande.

Vous presterez, s’il vous plaist, vos oreilles à mon discours, et vostre soin, et vos devoirs à ma fortune.

Permettez que mon amour recouvre le droit que j’avois en vostre bien-veillance.

Si je vous ay recerchee, remettez plus ceste faute sur vostre perfection, qu’en aucune legereté qui me l’ait fait commettre.

La seule requeste que mon amour demande à vostre ame, est que vous ne consentiez jamais à la ruine de mes affections.

Faites moy, s’il vous plaist, revivre, en me voulant du bien, puis que le doute que j’en ay, me fait mourir d’une mort continue.

Dieu reçoit volontiers les larmes de ceux qui justement l’implorent et requerent.

Resister.

On surmonte facilement l’amour quand on resiste à ses premiers assauts.

Il resistoit tousjours par une douce force, aux efforts de ses persuasions.

Les deffences en amour, servent de loy pour aimer d’avantage.

La plus forte resistance que la mort puisse trouver en nous, c’est la vertu.

Faites paroistre à la fortune, que vous avez plus de constance, pour luy resister genereusement, qu’elle n’a de traverses, pour vous attaquer indignement.

La fortune cede aux efforts de vostre valeur, et se retire honteuse que tant de malheurs qu’elle a versez sur vous ne peuvent faire perir vostre constance, dans les tempestueux flots de tant de calamitez.

J’espere que plus nous trouverons de resistence, tant plus nous en remporterons de gloire.

Respect et discretion.

J’ay mesuré ma discretion à vostre beauté, et mon respect à vos merites.

Le respect est tousjours escrit en vos paroles, et la discretion en vos actions.

Une amitié sainte et parfaite est tousjours allaictée du respect et de la crainte.

Cela est du devoir de ceux qui ont presté le serment de fidelité à la discretion.

Ce seroit un blaspheme contre ma discretion, de rompre un dessein qui est loué de la vostre.

Sa diseretion commandant le silence, la rendit aussi tost convaincue qu’accusée.

Le respect que je vous doy est trop grand, et pour ce je n’ay garde d’user de licence à parler insolemment en vostre endroit.

Il me suffit que vous disposiez de vostre discretion à l’usage de vostre honneur, et que j’y aye la part que mon affection merite.

Elle luy descouvroit bien et de cœur et de bouche ce que devant le monde, elle tenoit sous le voile de sa discretion.

Je n’ay jamais suivi que ce que la bien seance du respect et de l’honnesteté m’avoit ordonné.

Responce.

Que mon ame n’esprouve pas moins de douceur en vostre responce, que elle en recogneut dans vos yeux, alors qu’ils me charmerent.

La plus douce nourriture de mon esprit, est d’entendre de vos nouvelles.

La vertu accompagne peu souvent les temeraires harangues, et les audacieuses responses.

Il y va du peril de vostre honneur, d’apporter une responce vuide de considerations.

J’attens une responce de vous, ou un trespas de moy.

Si je ne vous ay donné responce avec la plume, je vous ay donné responce du cœur et de l’affection.

L’impatience me fait brusler d’une extréme desir de sçavoir vos volontez, afin d’y porter tout ce que pourra mon obeissance.

Resolvtion.

Aux grands accidents, ni preveuz, il est difficile de resoudre promptement.

Observez les resolutions que vous avez prises comme loix, et comme estant une espece d’impieté, de les outrepasser.

J’ay tousjours creu qu’une resolution prise avec soin et prudent jugement, il n’y peut arriver de mutation.

Il se faut resoudre, un brave courage veut estre certain de ses destinees.

Les loix ne sont pas faites seulement pour les effets, mais encor pour les conseils et resolutions.

Je ne suis pas aisé à persuader, au contraire de ce que j’ay une fois prins en mes resolutions.

En une ame bien resolue, et qui est à soy, l’amour n’a pas plus de force que les autres passions humaines.

Je vous prie de prendre la resolution de mon ame pour le plus asseuré gage que je desire donner à la conservation de nos amours.

Retour.

Avancez vous, et venez rendre la clarté à mon esprit, lequel est maintenant si offusqué d’un nuage mortel, que les premieres nouvelles que vous aurez de moy, seront la fin desesperée de vostre plus fidelle.

Mon cœur passionné de regret, ne prendra jamais repos jusques à ce que mes yeux ayent jouy de vostre presence et retour tres-desiré.

La fortune qui renverse à tous propos les desseins, à retardé mon retour par un malheureux destin.

On doit supporter quelquesfois l’absence d’un amy, pour l’esperance d’une nouvelle joye à son retour.

Hastez vostre retour, si vous voulez que mon ame n’avance son depart.

L’attente de vostre retour m’a fait exercer ma patience, plus long temps que vous ne deviez permettre.

Vostre retour reparera la bresche, que vostre absence à faite à mon repos.

L’imagination des douceurs que mon ame espere de recevoir à vostre venue, me servent d’un demy contentement pour flatter l’ennuy que je souffre à cause de vostre absence.

Richesse.

L’abondance des biens de la terre, nous rend le plus souvent necessiteux de ceux du Ciel.

Il est tres difficile d’amasser de grands richesses, et demeurer grand homme de bien.

Il est meilleur d’avoir un bon amy, que plusieurs richesses.

Les richesses du monde sont tributaires au malheur, celles que vous possedez prenant leur cours de la divinité, ont fait leur essence immortelle, et sont hors des embusches du destin.

Les riches sont ordinairement intollerables aux pauvres, et les pauvres envient la felicité des riches.

Les richesses mal acquises, engendrent ordinairement des courts plaisirs et de longs ennuis.

Les robes trop longues empeschent le corps, et les richesses mondaines l’ame.

Les richesses sont des fascheux hostes, qui payent communément de fueilles, au lieu de fruict, et nous mettent en ombre d’une jouyssance vaine, au lieu d’un veritable corps.

Le plus court chemin aux richesses, c’est de les mespriser : car il est plus aisé de desdaigner tout, que de posseder la plus grande part.

La vie des riches le plus souvent est miserable.

Par les richesses les villes sont bandees les unes contre les autres, les armees dressees et affrontees, c’est la peste de la societé civile, c’est l’eau de depart qui des-unit les freres, voire separe le pere d’avec les enfans.

Ceux qui pour cercher l’accroissement de leurs richesses en perdent l’usage, au lieu d’en estre les maistres n’en sont que les soliciteurs.

Comme les festins ne sont pas aggreables sans compagnies, ainsi les richesses ne sont point voluptueuses sans amis.

Qui se confie aux richesses, iceluy s’en va en ruine.

Nous voyons tous les thresors humains fondre à la longueur du temps, dans les coffres de la mort.

Ce ne sont pas les biens mondains, qui nous rendent vrais hommes, mais ce sont les richesses de l’ame.

Qui vit selon l’opinion n’est jamais riche, et qui vit selon la nature, n’est jamais pauvre.

Les moyens seuls sont peres de la noblesse de ce siecle.

Pour enrichir un homme, il ne faut pas adjouster à ses moyens, mais diminuer à ses desirs.

Celuy là est plus riche que la fortune, qui peut plus refuser qu’elle n’a pouvoir de luy departir.

La richesse est chose precieuse, mais qui gist en la puissance de fortune, qui l’oste souvent à ceux qui l’avoient, et la donne à ceux qui ne l’esperoient point, et en fin est le but des larrons.

Les richesses sont comme les habillemens, lesquels quand ils sont de mesure, servent d’ornement et de commodité, et quand ils sont trop amples, servent d’empeschement et de difformité.

Rigvevr.

Je veux que vostre rigueur serve d’autant d’exercice à ma constance, que d’eternelle gloire à ma fermeté.

La severité perd son authorité, quand on la met à tous les jours, car le peuple pense que le nombre efface l’infamie.

Toutes les fois que la douleur me donnera quelque trefve, je vous escriray mes passions, afin que les cognoissans si cruelles, vous en accroissez vostre contentement.

Je m’esbahis comme il est possible, qu’avec la grande beauté et prudence qui est en vous, la rigueur et le desdain vous puissent commander.

Je feray qu’au milieu de vos rigueurs ma patience plantera ses trophees.

La misericorde est morte pour nous, et les rigueurs nous refusent ceste grace, que nous esperions.

Il est necessaire d’estre severe à faire les loix, au contraire benin et amiable à les executer en ce qu’elles commandent.

N’eclypse point ma vie d’une nuee de rigueur, mais dissipez ma mort d’un crayon de pitié.

Ce sont impressions sans forme, de vous imaginer de la rigueur en moy.

Ta rigueur endormira tes sens, et pour n’ouyr la voix de ta conscience, tu seras sourd des oreilles de l’ame.

Souvent la rigueur des loix, trompe l’innocence de nos pensees.

Je combatray si vivement vostre rigueur, avec les fideles effets de ma perseverance, que mes devotions me gaigneront, ou vostre amour, ou le tombeau.

Il semble que vos rigueurs, et vos beautez s’accroissent d’heure à autre, pour mes malheurs.

Roys et Princes, voyez gouvernement.

Sagesse.

Il n’y a pas une plus grande sagesse, ne plus utile au monde, que d’endurer la folie d’autruy.

Les hommes ne sont heureux, qu’au temps qu’ils sont sages et prevoyans.

L’homme sage ne se dit jamais malheureux, ou s’il s’estime tel, il ne doit pas estre tenu sage.

Le vray moyen de se faire sage, est de reprendre en soy mesme ce qu’on trouve de mauvais en autruy.

Le sage ne peut vivre ni en esperance, ni en crainte, car rien ne se peut n’y oster n’y adjouster en sa felicité.

La perfection de l’homme sage en sa doctrine, c’est d’en estre le precepteur et tesmoin.

Le sage doit aussi bien supporter les vices des meschans sans colere, que leur prosperité sans envie.

Le sage ne doit non plus vivre en esperance qu’en crainte.

Le sage ne se doit point douloir des choses passees, ne se resjouyr des presentes.

Il faut que nostre ame soit sage, auparavant nostre langue.

Les esperances de ceux que sont sages ne sont vaines, mais des imprudens elles sont legeres, vuides et difficiles.

Le precepte du sage nous deffend d’estre juges entre nos amis.

Comme les estoilles vont contre le cours du monde, ainsi le sage se gouverne contre les opinions du peuple.

Toute terre est pays à l’homme sage et vertueux, ou plustost nulle terre ne luy est pays.

Le propre du sage, est de pouvoir et ne pouvoir pas nuire : et du fol de le vouloir, encor qu’il n’en aye pas le pouvoir.

Le plus sage des mortels n’est pas tousjours sage.

La pratique de sagesse à qui se veut servir d’exemple, edifie plus que la parole.

Secret.

Ne revelez vostre secret à personne, sinon qu’il soit autant expedient à ceux qui l’oyent, de le taire, qu’à vous qui leur declarez.

Soyez plus soigneux de garder vostre parole, que l’argent qui vous est baillé en depost.

Les choses bonnes deviennent mauvaises, quand elles viennent hors de propos.

Ne dy pont ce que tu ne voudrois pas ouyr, et n’entens point ce que tu ne voudrois pas dire.

Celuy qui ne sçait rien taire, ne sçait rien.

Ne faire point une chose, où la faire si secrettement que personne n’en sçache rien, revient presque l’un à l’autre.

Commandez moy hardiment tout ce qui vous sera aggreable, et avec autant de foy que je le tairay, comme si vous le disiez à vostre propre ame.

Silence.

Savoir se taire, est un grand advantage à bien parler.

Le silence est le pere du discours, et la fontaine de la raison.

Selon que la langue est guidee, elle est instrument de folie, ou de sagesse.

Qui ne sçait tenir la langue, est indigne du titre de l’homme.

La licence des paroles deshonnestes, attire apres soy de semblables effets.

Je ne sacrifieray jamais au silence le los que je doy consacrer à vostre memoire.

Mes paroles sont dites sous le toict du silence.

Il vaut mieux chopper des pieds, que de la langue.

Vostre trop long silence a rendu aucunement mon ame douteuse en l’amitié que j’esperois de vous.

Le silence accompagne les veritables douleurs, les souspirs et les larmes sont trop peu de chose pour regretter un grand malheur.

Une ame se peut repentir de ce que sa langue aura calomnieusement proferé, mais sa repentance n’efface point les taches qu’elle fait en l’honneur de l’interessé.

Encor que je me teusse, mes services parloyent assez pour moy.

Bien dire et beaucoup, n’est pas le fait d’un mesme ouvrier.

Le papier, messager du silence, nous fera entrevoir.

Si j’eusse esté aussi libre à parler à vous, que j’estois contraint en mon silence, vous n’eussiez pas long temps ignoré ce que je voulois vous declarer.

Sovhaits.

Les souhaits esloignez de l’honneur, ne sont jamais suivis que de tragicques infortunes.

Je m’estime en l’estat de parfaite felicité, d’obtenir ce que je souhaite, et suis à vous, pour estre ce qu’il vous plaira.

La loy de nos affections est de ne desirer rien que nous ne peussions souhaiter publiquement.

J’ay autant de richesses que je souhaite, ayant cest heur de vous avoir.

Face le Ciel que vous me soyez aussi fidelle, que vous m’estes chere.

Dieu vous rende la plus heureuse qui vive, tout ansi qu’il vous a faite la plus belle et la plus accomplie.

L’acquest plus glorieux que je puisse faire, c’est celuy de vos bonnes graces, sans lequel celuy de tout le monde ne m’est rien.

Jamais mes souhaits n’ont pretendu chose que la vertu ne doive avouer pour legitime.

Ces souhaits là sont des feux pour mon desir, et des cendres, pour mon esperance.

Les souhaits d’une belle ame, comme la vostre, ne peuvent estre divertis du cours de leurs esperances, qu’avec beaucoup de peines.

Sovffrir et endvrer.

De la souffrance, vient la patience, et la patience fait vaincre.

Il n’y a rien si equitable que de souffrir pour soy ce qu’on a ordonné pour autruy.

Je veux souffrir en vous aymant, et vous aimer en souffrant toutes sortes de maux.

Je cercheray par patience, ce que je n’ay peu obtenir par grace.

Il n’y a si cruel effort, qui ne soit surmonté par la patience.

Le Sage porte les inconsiderations du temeraire, avec la mesme patience que le Medecin les injures du Phrenetique.

Endurer pour un si digne sujet que vous, c’est enrichir ma constance d’un honorable trophee.

Depeindre la patience à celle qui en est le vray patron, seroit porter à autruy, ce dont il auroit moins faute que moy.

Les afflictions qui sont portees constamment, et avec le contrepoix de la raison, nous entretiennent droits et fermes.

La fortune entre ses benefices nous a donné des sujets pour exercer nostre patience en ceste misere.

Si vous souffrez quelque desplaisir, vostre souffrance est plustost volontaire que forcee.

Le temps apprend toutes choses, et à souffrir, ce qui à l’instant semble impossible.

Endurons tout pour l’honneur de Dieu, et pour le salut que nous acquerrons par nostre patience.

Accoustumez vous volontairement à endurer, afin de le pouvoir mieux faire quand y serez contrainte.

Soupçon, voyez crainte.

Sovvenance.

Si quelque estincelle de nos anciennes flammes, volle encores à l’entour de vostre memoire, souvenez vous de vostre fidelle.

Donnez moy quelques preuves de vostre souvenir, pour me rendre sociable à la patience, et consoler mes yeux en la perte qu’ils ont fait des vostres.

Mon affection meritoit bien que je fusse gratifiée de quelque effet de vostre souvenance.

Ce seroit un erreur, de croire que toutes les grandeurs du monde, me sçeussent bannir le souvenir d’un cœur que j’aime tant comme le vostre.

Cest agreable souvenir sert d’entretien à mes affections, qui vous paroistront par tout aussi entieres que je les escris.

Il bannit le souvenir de ses belles amours, pour faire triompher la gloire d’une esperance, aussi desesperee pour luy, qu’indigne de son acquistion.

Je n’en perdray jamais la souvenance, si premierement ne perissent en moy, toutes les parties où la memoire se conserve.

Je vous promets de garder la souvenance de ceste obligation eternellement vive en ma memoire.

Vos beautez ont si imperieusement commandé en ma souvenance, que vous avez eu part en toutes mes conceptions.

Carrassez le souvenir de celuy qui ne cherist que le vostre, afin qu’un desespoir ancré dans les cœurs ennemis de nostre contentement, leur face tenir pour impossible la ruine de nostre amour.

Asseurez vous que vostre nom, n’aura pas moins de part en ma souvenance, que vous en avez en moy.

Tristesse.

Le recit des vieilles douleurs, apporte des nouvelles tristesses.

Vostre honnesteté me donne plus de part en vos faveurs, que ma consideration ne vous en laisse en mes ennuis.

Tous mes esprits delaissez de la raison, ont esté transportez par la tristesse, dans les deserts d’impatience.

Je me persuade que vous ayez reçeu quelque desplaifir, où les tristes effets servent de pinceau, pour en peindre l’idee sur vostre visage.

J’ay commandé à toutes mes pensées de vous aller trouver, pour vous raconter au long les tristesses que vous donnez à ma pauvre ame.

Les mesmes choses qui attristent les uns, resjouyssent les autres.

Je n’ay plus des yeux que pour pleurer, des voix que pour me plaindre, et du sentiment que pour ressentir mon ennuy.

Tromper.

Mes souhaits ne sont nullement engagez aux loix de la tromperie.

Il n’y a rien si sujet à estre trompe que la prudence humaine.

Vous avez l’ame trop bien formee, et estes née avec trop d’honneur, pour livrer vostre foy à estre violée sous les appasts d’une decevante volupté.

Dieu hayt une ame desguisée, et benist un amour basti sur la baze de l’honneur.

Ne me pipez plus avec les apparences d’un bien imaginaire, au lieu des peines si veritables où vous me laissez maintenant.

Il n’y a personne si mal né au monde, qui ne se fasche d’errer, d’ignorer, et d’estre trompé.

C’est enseigner à tromper, que le deffier d’estre trompé.

Il n’estoit point besoin de tant d’artifices, la prise de ma facilité estoit assez aisée.

Si les choses futures estoient presentes aux hommes, comme elles leur sont incogneues, il se trouveroit peu de gens trompez.

Personne ne peut tromper plus facilement que luy qui a reputation de ne pouvoir tromper.

Si quelqu’un choisit le faux, la verité n’est pas pour cela offencee, mais celuy qui le trompe à choisir.

L’effet de la perfidie paroissent un jour dans vostre memoire, bastiroit un temple aux regrets de vostre repentance.

Vos beaux yeux ont trop de majesté, pour servir de phare aux appasts d’un amour simulé.

La verité vient du Ciel, et la tromperie est fille des tenebres.

L’apparence de soupçon, sert de couleur à la tromperie.

Sous l’apparence d’un beau semblant, vous nous voulez contenter d’un indecent artifice.

Ès choses qui trompent sans dommage, la tromperie est agreable.

Vous sçavez bien mesler les artifices agreables, avec les rencontres serieuses.

Ne trompez pas celuy qui veut braver la mort, pour asseurer vostre vie.

C’est monstrer la rose, et donner l’espine.

Il y a des choses ou il vaut mieux estre trompé, que de se deffier.

C’est aussi bien vice de se fier à tout le monde, que de ne se fier à personne : mais l’un est plus honneste, et l’autre plus asseuré.

Il n’y a rien si facile que de tromper une femme, mais la tromperie a autant plus de honte, qu’elle a moins de difficulté.

Prendre conseil d’un amy feinct, c’est boire du poison dans un vase d’or.

C’est le seul Argus qu’il me faut tromper, mais je ne le puis faire, que vous ne me serviez de Mercure pour l’endormir.

Violer la foy promise à ses amis est impieté, mais abuser ses ennemis, non seulement est juste, mais aussi plaisant et profitable.

C’est mal fait de tromper les autres, mais c’est encor pis de se tromper foy-mesme a credit, comme j’ay fait pour vous complaire.

Vaincre.

Vaincre soy mesme, est œuvre tenant plus du celeste que de l’humanité.

Le moyen de vaincre, c’est de combatre vertueusement.

Vaincre et pardonner, sont deux choses communément familieres aux cœurs nobles et magnanimes.

Je seray invincible à tous les coups de la fortune, sinon quand vous luy voudrez donner des armes pour m’offencer.

C’est le fait d’un grand courage, que ne desirer pas vivre, mais vaincre.

La marque d’une ame bien composee, est de ne sentir point la cholere, ou de la surmonter.

Il n’y a victoire plus glorieuse, que celle qui s’acquiert en espargnant le sang des siens, et conservant l’honneur et la justice de sa cause.

La vertu se plaist aux difficultez, et n’y a chose si douce que de vaincre ce qui semble inexpugnable.

Vous pouvez vous rendre invincible, en ne combattant que ce que vous pouvez vaincre.

Je n’ay point desir de vaincre, où je ne combats point.

On ne peut vous vaincre, non plus par le bien dire, que par le bien faire.

C’est un beau trophee, que de se vaincre soy-mesme, et pardonner plustost que de se venger.

Aux autres choses, la fortune a quelque part, mais aux victoires la fortune est toute au vainqueur.

C’est une belle chose de sçavoir estre vaincu, ou la victoire est pernicieuse.

La vengeance qu’on peut prendre d’un homme, est de le vaincre.

Je prie le Ciel que vostre vaillance grave tellement le carractere de la crainte aux ames de vos ennemis, que le but de l’univers soit le but de vos conquestes.

Valevr.

Les obligations que nous avons à vostre valeur, ne peuvent tomber sous le prix d’aucune recompense.

Il portoit en la premiere fleur de sa jeunesse, les marques de sa valeur imprimees par ses playes en sa personne.

Vostre valeur secondant vos intentions, poussera l’infiny de tos triomphes dans la voûte des Cieux.

Vostre valeur se produisant en siecles eternels, fait cognoistre que peut un beau courage, quand il veut s’exercer.

Le Ciel approuve vos valeurs, la terre les admire, et les hommes les craignent et adorent.

Vanitez.

La vertu seulle rend nos delices compagnes de l’infinité : mais un amour qui a pour fondement les vanitez du monde, nous enterre dans sa ruine, à l’heure que nos esperances croyent avoir le but de nos perfections.

Un dessein fondé sur la vertu, ne peut estre blasmé que de ceux qui s’armans de la vantité, font vainement trophee des grandeurs perissables du siecle.

Le desdain n’a rien de commun à la vertu, la separation d’icelle, et de la vanité à une espace si grande, qu’elle ne peut estre ternie par la rigueur de l’indiscretion d’un courroux passionné.

Vengeance.

La plus cruelle vengeance qu’on puisse tirer d’un homme, c’est de ne l’estimer pas digne de vengeance.

L’offence et la vengeance ne different pas de peché, mais d’excuse.

Un grand courage ne venge pas les injures, par ce qu’il ne les sent point : car la vengeance est confession de douleur, et tout homme est moindre que celuy duquel il se pense mesprisé.

Oublier les injures, si c’est d’un moindre, c’est luy pardonner, si c’est d’un grand, c’est pardonner à vous mesme.

Je sçay qu’il ne vous manque ni sujet de vous courroucer, ni puissance de vous venger.

Il faut que l’appetit de se venger, cesse devant le sujet : car la vengeance oste le moyen de nuire à peu, et en donne envie à beaucoup.

Veoir.

L’object qui est opposé à la veue, a ordinairement plus de force d’esmouvoir le cœur, que ce que l’on se presente par idée.

L’object qui paroist à la veue, asseure nostre cognoissance avec plus de foy qu’une representation par figure.

Souffrez desormais que mes yeux puissent recevoir ceste faveur de se repaistre de vostre belle veue à tout le moins une fois le jour.

On ne pouvoit la voir sans l’aymer, ni ne la pouvoit-on aymer sans la craindre.

Ce m’est un arrest inviolable, de ne recognoistre point autre terre pour pays, que celle où j’auray cest heur de vous voir.

Je vous prie de daigner accepter mes visites pour service, et ma bonne volonté pour devoir.

La jouissance de ce que l’on ayme, est le printemps et les delices de l’ame.

Elle ne se peut jamais voir sans laisser les marques de sa veue aux ames capables d’une belle impression.

C’est un Paradis que de vous voir, et c’est un enfer qu’estre loin de vostre veue.

Verité.

Je vous feray lire en mes actions, mes paroles autant veritables, que vos merites sont eternels.

Ceux qui font profession d’estre louables en leurs actions, sont veritables en leurs paroles.

La verité n’a qu’un visage, et n’y a que les choses fausses qui varient et sont dissemblables.

La force de la verité est si grande, que bien souvent elle est confessee par la bouche de l’ennemy ne le voulant pas.

La verité est maistresse chez soy, et l’opinion chez les autres.

Il ne faut pas seulement regarder si nous disons la verité, mais si celuy à qui nous le disons la peut endurer.

Croyez mes paroles aussi veritables, comme les effets en seront certains.

La verité est la forme de nostre entendement.

La verité vient du Ciel, et la tromperie est fille des tenebres.

Toute la philosophie du monde ne consiste qu’à bien entendre la verité.

Je suis bien aise de vous reduire aux termes de la verité, et desplaisant que vous ayez tant souffert, pour en avoir la parfaite cognoissance.

La louange de la verité est simple, et n’a besoin d’autre tesmoignage que du sien.

Le fruict des beaux actes est de les avoir faits : car hors de la vertu, il n’y a point d’assez beaux loyers pour elle.

Celuy qui ferme les yeux et les oreilles à la verité, laisse volontiers une tresmauvaise opinion de la sincerité de son ame en la bouche des hommes.

J’aurois l’ame autant ingratte qu’infidelle, si je ne croyois vos sermens, qui ne sont instruits que de la verité.

Il nous faut ouvrir et dessiller les yeux de l’esprit, afin de penetrer au travers de la divine lumiere, jusques au profond de la verité eternelle.

Vertv.

Il n’y a que la seule vertu qui rende un homme noble.

Ce que la fortune octroye, la justice le tempere entre ceux qui ont de la prudence à conserver, et de la modestie à recevoir.

La vertu, qui est l’ame de l’honneur, veut ce qui est propre à l’ame, et non au corps.

La vertu fait que nos amis nous regardent tousjours, encor que nous soyons esloignez d’eux, et quand les envieux l’attaquent, elle sçait triompher de leur envie.

Il n’appartient qu’à la vertu de faire naistre un durable plaisir.

La vertu va au devant de ceux qui la fuyent, elle luit mesmes à ceux qui ne la suivent pas.

La vertu qui ne peut recevoir le vice pour pair, ne reçoit pas de supplice pour compagnon.

Tout ainsi que sous l’orbe lunaire ne se void action plus belle, plus noble, ni plus recommandable que la vertu : aussi n’est il chose plus difforme ni plus blasmable que les actes qui ne sont colloquees sous ceste cathegorie.

Un dessein fondé sur la vertu ne peut estre blasmé que de ceux qui s’armans de la vanité, font vainement trophee des grandeurs perissables du siecle.

Ayant la verité pour guide, et la vertu pour aide, toutes vos actions marchent au compas de la raison.

L’exemple de la vertu des autres, est un gage à la nostre, et leur louange nous est une exhortation à leur ressembler.

Vostre vertu est si bien logee en mon ame, que l’authorité de sa presence sanctifie toutes mes pensees.

À une vertu qui est rare, ne se peut donner honneur convenable.

La vertu ne sçauroit trouver hors de soy recompense digne d’elle.

Qui poursuit quelque chose avec la vertu, est bien aisé d’avoir un compagnon à la poursuitte.

La grande vie et la grande vertu, ne se rencontrent gueres ensemble.

Il n’y a rien si doux au monde, ni qui contente plus nostre ame, que le tesmoignage qui rend nostre conscience à la vertu.

Tous les illustres de l’antiquité, sont nos ayeulx quand nous sommes heritiers de leurs vertus et de leurs actions.

Vos faits et vos vertus ne sont cachez qu’à ceux qui sont a naistre.

La vertu requiert l’ornement de l’ame et non celuy du corps, car estant de soy naifve et simple, elle desdaigne les fresles faveurs de l’artifice.

Vostre vertu a gaigné tant d’avantage dans le plus fort de mes conceptions, que les despouilles de ceste victoire signallant les triomphes de vostre ame en laisseront des marques à mon cœur, jusques au dernier periode de ma vie.

La vertu ne consiste pas en paroles, mais en belles et genereuses resolutions.

Vos vertus peuvent faire parler les corps du tout inanimez.

Les vertus ont cela de propre, de ne s’attribuer jamais les louanges de ce qu’elles font.

La nature ne peut establir aucune chose tant haute, que la vertu ne se puisse appuyer à elle.

Vous avez signalé vostre vertu en tant d’endroits, que toutes choses portent les marques de vos honneurs.

Vous ne cognoissez la vertu que par reputation, et ne la celebrez que par hypocrisie.

La vertu a cela qu’elle porte en soy le merite et la recompense.

La vertu n’est qu’un nom, qui signifie ce que vous estes, et vous estes l’estre parfait de tout ce qu’elle signifie.

Vos vertus ont gaigné tel avantage sur moy, que le partage de ma vie seroit injuste, si elle n’estoit plus à vous qu’à moy-mesme.

Vous estes si bien partagee de vertus, qu’on diroit que vous avez fait le voyage du Ciel, pour apporter ces thresors precieux au monde.

La plus forte resistence que la mort puisse trouver en nous, c’est la vertu.

La vertu (comme dit le Sage) est le repos de la conscience.

Toutes les choses humaines ont un temps limité, excepté la vertu, qui regne eternellement.

Chacune de vos vertus à part, vous peut hautement eslever, mais jointes ensemble, elles vous font voisiner la divinité. La vertu desdaigne l’esclat des pompes mondaines, et se loge plustost sous la pauvreté, que sous la richesse.

La vertu est une fille du Ciel, indigente des biens du monde, et que l’on ne peut carresser qu’avec l’esprit, ni l’espouser qu’avec les mœurs.

La vertu est l’ancienne ennemie de la tombe, la trompette de la gloire, et le fondement de la noblesse.

La vertu sert de lumiere à la vie, de temperance aux mouvemens, de frein aux volontez, de patience et de consolation aux infortunez.

Vice.

Le vice n’est point aux jours de l’homme, mais aux mœurs de la personne.

Il y aura des vices au monde, tant qu’il y aura des hommes.

Le nombre est plus grand de ceux qui vont au vice, que des autres qui suivent la vertu.

Quand les vices cessent et ne faillent pas en un homme, ils retournent avec usure.

Il est permis d’attaquer les vices, et chacun y est receu avec ses armes.

Toutes sortes de vices procedent generallement de la corruption de l’ame, mais tous n’ont pas mesme fin et mesme action.

Il faudroit renouveller le monde, pour le purger de ceste maladie, qui vieillit tous les jours avec l’aage.

Mal revient à l’homme de faire mal, en se laissant porter au vice et à la passion.

Faire mourir ses vices devant que l’on meure, c’est voir mourir ses ennemis devant soy.

Hannibal vainquit par les armes, mais il fut vaincu par les vices.

C’est estre bien infame, que de vouloir par la force du vice, offusquer la vertu de quelqu’un.

Il ne faut point capituler avec nos vices, car jamais ils ne contractent de bonne foy avec nous.

Il n’y a point de cachette pour le meschant (disoit Epicurus) que sa conscience ne le descouvre par tout.

Le vice a cela, qu’il n’est pas si tost né, qu’il n’ait son Juge, ses tesmoins, son bourreau, et son gibet à sa suitte.

Si vous avez la vertu, vous avez tout, si vous avez les vices, vous n’avez pas vous mesmes.

Vie.

La vie n’est jamais imparfaite, si elle est honneste.

La vie est bonne, si on vit avec vertu, et mauvaise, si elle est accompagnee de meschanceté.

La vie est courte à l’homme heureux, mais elle n’est que trop longue au malheureux.

C’est au superieur de donner la vie, mais de l’oster, c’est aussi bien à l’inferieur, car chacun peut tuer contre les loix, mais il n’y a que le Prince qui puisse sauver contre les loix.

Le vivre long temps gist en la destinee, et le vivre assez en la sagesse.

Nostre vie mortelle et miserable, n’est autre chose qu’une similitude d’ombre, et un fardeau inutil à la terre.

Il est quasi fatal aux personnes illustres, de ne vivre pas long temps.

Nostre vie est comme une farce, il est question de la bien jouer, et non pas longuement.

La vie est une comedie, laquelle il n’importe combien elle soit longue, mais qu’elle soit bien jouée.

Rien ne nous chatouille si avant l’esprit, que la gloire qui se presente, et se promet à celuy qui se comporte vertueusement en sa vie.

La vie briefve deffend d’avoir longue esperance.

C’est peu que de vivre, les bestes vivent, les arbres, et toutes les plantes, mais c’est beaucoup que de bien vivre, et bien mourir.

La bonne vie est plus aisee, que la mauvaise, le calme est en celle là, et les orages sont en l’autre.

Quelque courte que puisse estre nostre vie, la science d’en user la fait longue.

La parole des hommes ne peut pas tant, pour persuader que leur bonne vie.

Nostre vie esclave, est bien souvent allongee, pour estre plus long temps martyree.

La vie est amere sans joye et amour.

Il est plus necessaire de regarder avec qui vous vivez, que de quoy vous vivez.

Il est en la puissance de chacun de bien vivre, et n’est au pouvoir de personne de vivre longuement, et toutesfois chacun regarde de vivre longuement, et personne ne tasche à bien vivre.

Ceux qui consomment leur vie à cercher moyen de vivre, ne sont pas vivans, mais desirans vivre.

Vieillesse.

Il ne nous faut desirer ne fuir la vieillesse : car ce nous est une agreable chose d’estre long temps avec nous, quand nous nous sommes rendus dignes de nostre compagnie.

Les vieilles gens ne meurent jamais si tost, qu’ils n’ayent plus viste qu’on ne pensoit.

L’on est tenu de cela à la vieillesse qu’elle fait, ne pouvoir ce qu’on doit ne vouloir.

Les riches vieillards ont plus de provision, que de chemin à faire.

Le moyen de vieillir, est de ne rien faire n’y manger par volupté.

Il n’y a point de plus douce mort que la vieillesse, mais aussi n’y en a il point de plus longue.

C’est une grand’ honte de commencer à vivre, quand il faut achever devant que d’avoir commencé.

Si nous avons vescu en la mer, pour le moins mourons au port.

C’est une grand’ honte à celuy qui a beaucoup d’ans, de n’avoir autre marque de son aage que la vieillesse.

Vœvx.

Esperez de mes vœux, tout ce que pouvez desirer, d’un qui vous cherist et affectionne de tout son cœur.

Le Ciel fut favorable à mes premiers vœux, mais il s’est monstré rigoureux à mes derniers desirs.

Mon vœu, nourry de vertu, est tellement Roy de mon ame, qu’il en sera Seigneur à jamais.

Mes vœux sont en commun avec les vostres.

Mes protestations et mes vœux, enfans legitimes de ma foy, n’ont jamais aspiré et n’aspirent en rien ou les regles de la vertu ne marchent en teste.

Mes conceptions sont tellement unies avec le devoir, que je n’ose me persuader le moindre de vos vœux.

Il n’y a point d’obligations si grandes, qui ne se puissent recognoistre avec les vœux et les offrandes.

Quelque part que mes destinées me portent, mes vœux et mes prieres pour vostre prosperité, seront continuellement tournees vers le Ciel.

Je vous prie d’avoir mes vœux pour aggreables, et les recognoistre plus entiers qu’imitables.

Mon amitié vous est si saintement vouee, que la felicité tirera son estre plus parfait, de l’affection inviolable que je vous porte.

Si vous desirez sçavoir de ma bouche, ce que mon cœur a voué à vostre amour, faites que le temps, et mes effets le disent pour moy.

Vnion.

Nos esprits que le Ciel a unis, seront tousjours liez, comme nos volontez sont inseparables.

Nos ames sont unies avec une si ferme union, que la mort mesme ne les pourra des-unir.

Ils ont eternellement lié leur foy, en desliant, sans scrupule leurs esperances.

L’union de vos noms, semble veritablement representer celle de vos volontez.

Ils n’avoyent point deux esprits divisez, mais une seule ame, qui informoit deux corps.

Volonté.

Mes volontez n’auront doresnavant pour guide que vos commandemens, pour loy que vos desirs, et pour conduite que vostre contentement.

Nos volontez seront inseparables, et nos fortunes communes.

Une volonté vouée d’une sainte affection, conduist avec foy une fin saintement louable, et hors de la puissance du malheur.

Je n’entens point que mes volontez aillent devant les vostres, ni quelles offencent l’obeissance que je vous doy.

Il n’y a point d’autre destin en mes evenemens, que vostre unique volonté.

La fortune a usurpé sur ma volonté, ce que mon devoir vous reservoit.

Mon cœur formé au patron de vos volontez, peut recevoir toute impression de vous, sinon une, qui est de n’estre point vostre.

Plus vous m’offrez de bonne volonté, plus vous acquerez de pouvoir sur moy.

Ou la volonté franche et libre est necessaire, la contrainte ne doit avoir lieu.

Les executions des volontez sont plus en la main de Dieu, qu’au pouvoir de ceux qui les pensent executer.

Je n’auray durant mes jours aucune volonté qui n’obeisse à la vostre.

Ce doute me travaillera, jusques à ce que vos volontez m’en ayent esclarcy.

Ce qui s’entreprend volontairement, n’est point travail.

Tenez ma bonne volonté, pour une conqueste, beaucoup moindre, que vostre ambition.

Je n’ay point d’autre regle que vos volontez, lesquelles ont un absolu pouvoir sur les miennes.

C’est la volonté qui oblige l’homme, et non pas sa langue.

Yeux.

Les yeux d’un chacun, comme enchesnez à ses regards, suivoyent le mouvement de son corps, tout ainsi que les rochers charmez par la lyre d’Orphee se laissoient trainer apres ses doux accents.

Vos beaux yeux ainsi comme deux soleils rebouchent par les esclairs des rayons de leur lumiere, la clarté de ceux qui proches d’une telle divinité, semblent paistre leur veue d’une si douce nourriture.

Elle tiroit les cœurs par ses yeux, à tous ceux qui estoient là presens.

Ma vie languissante ne peut avoir un moment agreable, sinon ceux ausquels j’ay quelquefois cest heur d’estre en passant esclairé de l’astre de vos yeux.

Que la rigueur de vos paroles ne me tue point, puis que vos yeux me donnent la vie.

Il n’y a point de si dangereuse blesseure, que celle qu’on reçoit des yeux.

Le Soleil ne possede pas plus de qualitez, pour eschauffer les corps, que vos yeux en ont pour consommer mon ame.

Vos yeux jettent tant d’esclairs, que (comme Soleils) ils reboucheroyent la pointe de la veue à tous ceux qui les osent regarder.

Vous avez tellement estably vostre souveraineté sur mon ame, qu’un seul clin de vos yeux dispose de l’estat de ma vie.

Si mes yeux vous ont eslancé des esclairs de ma bonne volonté, mon ame les advoue.

Il fallut en la fin que ses desportemens interpretassent ses œillades, et publiassent ce que sa langue laissoit au silence.

Les artifices de ses yeux guidoyent tous cœurs à sa volonté.

Si tost que ceste beauté esprouvoit ses yeux sur quelque sujet, il se donnoit à elle.

Ils n’osoyent s’entredonner autres asseurances de leur affection, que par les yeux, qui estant libres, dans leur captivité, usurperent pour lors l’office de leurs langues.

Elle recommençoit à parler de ses yeux, desquels un seul mouvement descouvroit plus de passion, que tous ses autres discours.

S’il est vray que les yeux soyent fidelles messagers de l’ame, les vostres me font esperer plus de faveurs, que mon merite ne m’en peut acquerir.

Si l’extrémité où mon ame est reduite par l’effort de vos beaux yeux, vous estoit aussi manifeste, comme mes devotions vous sont fidellement dediées, j’esperois, que de l’estre de mon mal sortiroit l’essence de mon bien.

Ce qui ne plaist point à l’œil, est odieux au cœur.

FIN.