Les Fruits de la Paix

Joachim Faiguet de Villeneuve Mercure de France, octobre 1748, p. 19-22

Les Fruits de la Paix



Enfin l’aimable paix, si long-tems attenduë,
De son trône céleste est vers nous descenduë.
Déja des malheureux elle sèche les pleurs,
Et partout sous ses pas fait éclore les fleurs.
D’un tranquille avenir ô flateuse espérance,
Tu charmes tous nos maux, tu ranimes la France !
On voit couler chés nous mille ruisseaux de vin ;
Nos soucis sont noyés dans ce nectar divin.
Les bergers, à l’envi, dans leurs danses légeres,
Aux plaisirs renaissans invitent les bergeres.
Tout respire la joye, et des plus tendres sons
Chacun dans ce beau jour anime ses chansons.
Qu’un rimeur, à son gré, renverse des murailles ;
Qu’échauffé de sa verve il livre des batailles ;
Qu’entraînant aux combats nos rapides guerriers,
Il se couvre avec eux de sang et de lauriers :
Pour moi, divine Paix, plus sensible à tes charmes
Qu’à l’immortel éclat qui signale nos armes,
Je veux, de ta présence exaltant les effets,
Sur l’Empire des Lys annoncer tes bienfaits.
Ton regne, de tout tems aux humains favorable,
Deviendra chaque jour plus doux et plus durable,
Et bien tôt de LOUIS secondant le grand cœur,
De cent monstres affreux tu le rendras vainqueur.
O prodige ! A mes sens l’avenir se découvre ;
Je lis dans les destins, je perce au fond du Louvre.
J’apperçois un Monarque humain pour ses sujets,
Et pour eux méditant les plus nobles projets ;
Monarque, qui gémit des malheurs de la guerre ;
Qui voudroit, s’il se peut, en préserver la terre,
Plus content de régir ses paisibles Etats,
Que d’effrayer chés eux tant de fiers Potentats
J’admire un Général chéri de la victoire,
Que l’on ne vit jamais enyvré de sa gloire ;
Invincible Guerrier, dont les brillants exploits
Ont fixé de nos jours les intérêts des Rois.
Près du trône placés paroissent des Ministres,
Eternels ennemis de tous conseils sinistres,
De l’estime publique uniquement rivaux,
Au seul bien de l’Etat consacrant leurs travaux.
Je vois un ordre sage introduit aux finances,
Allegeant le fardeau des subsides immenses ;
Les peuples pour toujours délivrés des Traitans,
Et les impôts rendus plus simples, plus constans.
 Je trouve en nos cités une exacte police,
Qui protege les bons, en poursuivant le vice ;
Les abus par ses soins en tous lieux réformés ;
Les citoyens pervers, flétris et réprimés.
Tremble aujourd’hui pour toi, tremble, chicane horrible,
Plus que la guerre même au Royaume nuisible.
Dans tes replis en vain tu prétens te cacher ;
Je vois à ta ruine un Héros s’attacher.
Pour vous qui cultivez et Phébus et Minerve,
Que ces Dieux de leurs dons ont comblés sans réserve,
Vos talens dans la paix par le Prince excités,
Vont produire au grand jour mille ouvrages vantés.
Le commerce et les Arts, plus libres, plus faciles,
Augmenteront bien-tôt la splendeur de nos villes ;
Et dans peu, revenus de cent climats divers,
Nos vaisseaux répandront les richesses des mers.
Pour mieux nous assûrer l’espoir de l’abondance
Du Prince et des Prélats l’heureuse intelligence
Va retrancher partout tant de jours mal fêtés,
Et rendre à leurs travaux les Peuples enchantés.
Vous, hélas ! qu’aujourd’hui la misere accompagne,
Habitans désolés de la triste campagne,
Consolez-vous, LOUIS instruit de vos malheurs,
Touché de votre sort, va calmer vos douleurs,
Et vous aurez enfin, que ce trait vous suffise,
L’aisance que Henri vous avoit tant promise.


Faiguet, M. de P. [1]



  1. Joachim Faiguet de Villeneuve, Maître de Pensions