Traduction par Edmondo Fazio alias Edmond Fazy.
E. Sansot (p. 88-89).

60. — UNE LEÇON D’ARITHMÉTIQUE[1]

Un paysan avait épousé une pucelle confite en dévotions.

Dix-huit semaines après la noce, la pieuse jeune femme accouche d’un rougeaud qui ressemble étrangement au curé du village.

Notre paysan se fâche, et grogne :

— « Ce garçon ne peut pas être de moi. Je refuse de le reconnaître. »

Alors, le curé et le sacristain endoctrinent le trouble-fête :

— « Mais, malheureux, tu ne sais donc pas compter ? Et les nuits ? Récapitule sur tes doigts : dix-huit semaines diurnes, plus dix-huit semaines nocturnes, cela fait trente-six semaines. Ta sainte femme a porté neuf mois cet ange, et c’est toi qui en es le père ! »

Notre paysan est convaincu. En vain, sa mère proteste :

— « Imbécile ! Ne vois-tu pas qu’on se moque de toi ? Garde ta putain de femme, puisqu’elle a du bien, mais rend le môme à son véritable père ! Regarde-moi un peu cette trogne ! N’est-ce pas notre sac à vin de curé tout craché ? »

Le butor a écouté religieusement la leçon des fripons d’Église. Il n’en démord plus. Il réplique à l’impie :

— « Tais-toi ! Nous ne savons ni lire ni écrire. Ce n’est pas à nous d’en remontrer à des hommes qui parlent latin. En outre, j’ai réfléchi : le temps de la gestation est plus que complet. Dans la saison d’hiver où nous sommes, les nuits sont plus longues que les jours. Il n’y a pas de tromperie possible. Le garçon est amplement de moi ! »

  1. Livre III, 136. De eo qui puerum non suum accepit.