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Les Chansons de Bilitis, suivies de Chansons modernes/Les Chansons de Bilitis/90

Slatkine reprints (p. 110).


À LA POUPÉE DE CIRE


Poupée de cire, jouet chéri qu’elle appelait son enfant, elle t’a laissée toi aussi et elle t’oublie comme moi, qui fus avec elle ton père ou ta mère, je ne sais.


La pression de ses lèvres avait déteint tes petites joues ; et à ta main gauche voici ce doigt cassé qui la fit tant pleurer. Cette petite cyclas que tu portes, c’est elle qui te l’a brodée.


À l’entendre, tu savais déjà lire. Pourtant tu n’étais pas sevrée, et le soir, penchée sur toi, elle ouvrait sa tunique et te donnait le sein, « afin que tu ne pleures pas », disait-elle.


Poupée, si je voulais la revoir, je te donnerais à l’Aphrodite, comme le plus cher de mes cadeaux. Mais je veux penser qu’elle est tout à fait morte.