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Les Chansons de Bilitis, suivies de Chansons modernes/Les Chansons de Bilitis/115

Slatkine reprints (p. 138).


LA JOUEUSE DE FLÛTE


Mélixô, les jambes serrées, le corps penché, les bras en avant, tu glisses ta double flûte légère entre tes lèvres mouillées de vin et tu joues au-dessus de la couche où Téléas m’étreint encore.


Ne suis-je pas bien imprudente, moi qui loue une aussi jeune fille pour distraire mes heures laborieuses, moi qui la montre ainsi nue aux regards curieux de mes amants, ne suis-je pas inconsidérée ?


Non, Mélixô, petite musicienne, tu es une honnête amie. Hier tu ne m’as pas refusé de changer ta flûte pour une autre quand je désespérais d’accomplir un amour plein de difficultés. Mais tu es sûre.


Car je sais bien à quoi tu penses. Tu attends la fin de cette nuit excessive qui t’anime cruellement en vain et au premier matin tu courras dans la rue, avec ton seul ami Psyllos, vers ton petit matelas défoncé.