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Briard (Poulet-Malassis) (p. i-iii).

PRÉAMBULE NÉCESSAIRE.




L’ordre, ou la fraternité des Aphrodites, aussi nommés Morosophes[1], se forma dès la régence du fameux duc d’Orléans, tout ensemble homme d’État et homme de plaisir, au surplus bien différent de son arrière-petit-fils, qui s’est aussi fait une réputation dans l’une et l’autre carrière.

Soit qu’un inviolable secret ait constamment garanti les anciens Aphrodites de l’animadversation de l’autorité publique (si sévère, comme on sait, contre le libertinage porté à certains excès), soit que dans le nombre de ses fidèles associés il y en eût plusieurs d’assez puissants pour rendre vaine la rigueur des lois qui aurait pu les disperser et les punir, jamais avant la Révolution leur société n’avait souffert d’échec de quelque conséquence ; mais ce récent événement a frappé plus des trois quarts des frères et sœurs ; les plus solides colonnes de l’ordre ont été brisées ; le local même, qui était dans Paris, a été abandonné.

Des débris de l’ancienne institution s’est formée celle dont ces feuilles donneront une idée. On y verra se développer progressivement le lubrique système et les capricieuses habitudes des Aphrodites, gens fort répréhensibles peut-être, mais qui du moins ne sont pas dangereux, et qui, fort contents de leur Constitution, ne songent nullement à constituer l’univers.

Ci-devant il n’y avait pas eu d’exemple qu’un seul statut, un seul usage des Aphrodites eût été divulgué ; mais ce n’est pas quand un nouvel ordre de choses existe, quand mille petites récréations (criminelles du temps de l’ancien régime), comme la calomnie, les délations, les exécutions impromptues, sont, sinon encouragées, du moins tolérées, qu’ont à craindre de se livrer sans beaucoup de mystère aux leurs, des citoyens infiniment actifs qui, d’accord avec la nation, reconnaissent la liberté, l’égalité, pour bases de leur bonheur ; qui, comme elle, méprisent toutes distinctions de naissance, de rang et de fortune ; qui savent tirer la vraie quintessence des droits de l’homme, si heureusement dévoilés de nos jours, et ne font rien, en un mot, qui n’ait pour but la paix, l’union, la concorde, suivies (surtout pour eux) du calme et de la tranquillité.

C’est au peu d’intérêt qu’ont les Aphrodites modernes à cacher ce qui se passe dans leur sanctuaire, que nous devons les scènes fidèles dont sera composé ce joyeux recueil.

  1. De deux mots grecs dont l’un signifie folie et l’autre sagesse. Ainsi les Morosophes sont des gens dont la sagesse est d’être fous à leur manière : Insanire juvat.