Les Amours (1553)/Poème 46



Les amours de P. de Ronsard Vandomois, nouvellement augmentées par lui, & commentées par Marc Antoine de Muret. Plus quelques odes de l'auteur, non encor imprimées
chez la veuve Maurice de la Porte (p. 56-57).

Amour me tue, & si je ne veus dire
Le plaisant mal que ce m’est de mourir :
Tant j’ai grand peur, qu’on veuille secourir
Le mal, par qui doucement je soupire

Il est bien vrai, que ma langueur desire,
Qu’avec le tans je me puisse guerir :
Mais je ne veux ma dame requerir
Pour ma fiancé : tant me plaist mon martire.

Tai toi langueur, je sen venir le jour,
Que ma maistresse, apres si long sejour,
Voiant le soin, qui ronge ma pensée

Toute une nuit, folatrement m’aiant
Entre ses bras, prodigue, ira paiant
Les interés de ma peine avancée.