P.-G. Delisle (p. 234-235).


À MON FRÈRE


De Roma nunquàm satis.


Ce rêve que nos cœurs ont longtemps caressé,
Et dont la perspective apparaissait si belle,
Voilà, frère, qu’il est enfin réalisé :
Nous avons tour à tour vu la Ville-Éternelle !

Oui, nous les avons vus ces lieux tant vénérés,
Ces monuments pieux, inondés de lumière,
Ces marbres éloquents et ces autels sacrés,
Qui glorifient toujours l’Église, notre Mère !

Agenouillés, tremblants, sur les mêmes pavés
Nous avons donc à Dieu dit les mêmes prières,
Versé les mêmes pleurs dont les cœurs sont lavés,
Courbé nos fronts émus dans les mêmes poussières !


Nous avons vu Pie-Neuf, ce roi prodigieux
Qui seul gouverne encore avec force et justice ;
Nous avons contemplé ses traits majestueux,
Sur nos lèvres pressé sa main consolatrice.

De Saint-Paul-hors-les-murs à Saint-Jean de Latran,
Du Forum au Pincio couvert de frais ombrages,
De la Porte-Majeure au mont du Vatican
Nous avons poursuivi notre pèlerinage ;

Admirant tour à tour les temples, les tombeaux,
Les palais somptueux, les villas en ruines,
Et tous ces monuments tombés, mais toujours beaux,
Couvrant de leurs débris la ville aux sept collines ;

Et tour à tour cherchant sur les tronçons épars
Les souvenirs lointains des histoires passées,
Les noms presqu’oubliés des antiques Césars,
Ou du sang des martyrs les traces effacées.

Ah ! frère, bien souvent mon cœur alla vers toi
Lorsque je contemplais ces scènes toujours belles ;
De même, à l’avenir, tu penseras à moi
Quand tes yeux tomberont sur ces pages fidèles.


Malbaie, Mai 1876.