Le vingtiesme d’Avril couché sur l’herbelette

Les Amours
Texte établi par Hugues VaganayGarnier (2p. 40).

IIII

Le vingtiesme d’Avril couché sur l’herbelette,
Je vy ce me sembloit, en dormant un Chevreuil,
Qui çà, qui là marchoit où le menoit son vueil,
Foulant les belles fleurs de mainte gambelette.
Une corne et une autre encore nouvelette
Enfloit son petit front d’un gracieux orgueil :
Comme un Soleil luisoit la rondeur de son œil,
Et un carquan pendoit sous sa gorge douillette.
Si tost que je le vy, je voulu courre apres,
Et luy qui m’avisa, print sa fuite és forests,
Où se mocquant de moy, ne me voulut attendre :
Mais en suivant son trac, je ne m’avisay pas
D’un piege entre les fleurs, qui^me lia les pas :
Ainsi pour prendre autruy, moymesme me feis prendre.