Le secret de l’amulette/Avant-propos

Éditions Édouard Garand (p. 3-4).
LE SECRET DE L’AMULETTE
par
RÉGIS ROY

1925
AVANT-PROPOS

Il nous a paru bon de placer en tête de cette nouvelle historique, quelques notes généalogiques de la famille Gauthier de Varennes de la Vérendrye, afin de la faire connaître et apprécier justement par le lecteur qui voudra bien lire les pages suivantes.

La plus ancienne mention relevée de cette maison remonte à Gauthier de Varennes, anobli en 1354, alors qu’il était argentier du roi Jean II, dit le Bon[1].

René Gauthier, sieur de Varennes, lieutenant dans la compagnie de Laubia, du régiment de Carignan, passa en Canada, en 1665 avec cette troupe. La campagne contre les Iroquois terminée, le lieutenant abandonna son régiment et s’établit dans la colonie. Il épousa en 1667, Marie Boucher, et fut gouverneur de Trois-Rivières. René mourut en 1689, âgé de 55 ans. Il était originaire de Bécon, près Angers, dans la généralité ou intendance de Tours. Nous avons, relevé dans cette division territoriale plusieurs Gauthier tous apparentés, tels que : Gauthier, sieur de Fontaines, demeurant à Tours : Gauthier, sieur de Brullon[2] aussi à Tours : Gauthier, sieur de Boumois, de Saint-Martin-de-la-Place, près Saumur : Gauthier, sieur de Boumois demeurant à Boumois : Gauthier, sieur de la Grange, demeurant à Angers ; Gauthier, sieur des Plasses, à Angers ; Gauthier, sieur de Chanzy, et Gauthier, sieur de Saint-Germain, demeurant à Richelieu, près Saumur.

René Gauthier n’étant pas abondamment pourvu des biens de ce monde, son traitement de gouverneur ne suffisait guère aux besoins de sa famille et il fut obligé de faire comme bien d’autres, c’est-à-dire, se livrer à la traite des fourrures, clandestinement, avec les sauvages, à un poste nommé la Gabelle, qu’il avait tout près de Trois-Rivières.

Son fils aîné, Louis, naquît en 1673 à Trois-Rivières. Il fut enseigne en 1686 : Il passa en France pour servir sous les drapeaux vers 1701-02. Fut capitaine au régiment de Bretagne en 1707, et, dit-on, mourut en France vers 1711. Nous n’avons rien de positif là-dessus, puisqu’il paraît que d’après un tableau préparé à Marly en mai 1714[3] il y est marqué : « De Varennes, Canadien, lieutenant depuis 1701, deviendra bon officier ». Ceci ne pouvait s’adresser qu’à Louis. Dans ce cas on pourrait supposer qu’il vivait encore en 1714 ?

Jean-Baptiste et Jacques-René, frères jumeaux, nés en 1677, portèrent tous deux le nom de Varennes.

Jean-Baptiste fut ordonné prêtre en 1700. Il devint archidiacre, grand vicaire, directeur du séminaire des missions étrangères à Québec. Conseiller-clerc au Conseil Souverain, en 1724. L’année de sa mort, l’évêque de Québec l’avait recommandé comme doyen du chapitre[4].

Jacques-René fut enseigne en 1707 : lieutenant, 1710. Il épousa Jeanne Le Moyne en 1712. Il parait qu’en 1711 il voulut se marier avec l’une des filles de M. Robineau de Bécancour, mais le gouverneur de Vaudreuil s’y opposa et ce projet d’union n’eut pas de suite. René passa capitaine en 1736. Il fut cassé de ce grade en 1744 pour avoir refusé de prêter main-forte pour l’arrestation de son beau-frère, le Dr Sylvain. René mourut à Montréal en 1757.

Nous venons maintenant à Pierre, le Découvreur de l’Ouest, sieur de Boumois et de la Vérendrie. Il a été dit quelque part que Pierre prit ce surnom de La Vérendrie après le décès de Louis, son aîné. Mais cela n’est pas exact puisque, en 1707, Pierre signait déjà Gauthier de la Vérendrie. Il naquît à Trois-Rivières en 1685. Il fut cadet dans les troupes en 1697. Fit partie d’une expédition au Massachusetts en 1704. L’année suivante, alors qu’il était encore cadet, il alla à Terreneuve avec un parti de Français. En 1707, il est enseigne et va retrouver son frère en France. Lieutenant en 1709. il est blessé à Malplaquet, et revint en Canada en 1711. En 1712, étant promu enseigne de la marine, il épousa Marie-Anne Dandonneau du Sablé. Son contrat de mariage avait été signé en 1707 avant son départ pour la France. Il commanda dans un poste de l’ouest près de Nipigon, en 1727. La même année il lui fut accordé un congé pour aller en France. En 1731, il commence ses voyages de découvertes dans l’ouest. Il est fait enseigne en Canada en 1734 ; lieutenant, 1740 ; capitaine, 1745, et chevalier de Saint-Louis en 1749, date du terme de ses jours.

Son fils aîné, Jean-Baptiste, né à Sorel en 1713, construisit le fort Maurepas en 1734 et fut massacré par les sauvages deux ans plus tard, à sept lieues du fort Saint-Charles, au lac des Bois, où se trouvait son père.

Pierre, sieur de Boumois et de la Vérendrie, naquît à Sorel, en 1714. Il fut Cadet-soldat dans les troupes de 1728 à 1730. II accompagna son père dans l’ouest en 1731. Établit les forts La Reine et Dauphin en 1739 ; part pour l’ouest avec deux hommes en 1741, et revint à Montréal en 1745. Il fit figure dans les expéditions de M. de Saint-Pierre en 1745 à Sarastau (Saratoga), et en 1746 à l’Acadie. Il reçut l’aiguillette et partit pour l’ouest en 1747. Il fut promu enseigne-en-second et en-pied en 1749. Il alla de nouveau à l’Acadie, en 1752. Il était encore à Montréal en 1756 (Bull. Rech. Hist. 1921, p. 294).

François, sieur du Tremblay, baptisé à Sorel en 1715 découvre les Montagnes Rocheuses, en 1743. C’est le survivant des La Vérendrie, rapporté dans « l’État de la noblesse canadienne en 1767 », comme enseigne, pas marié, demeurant à Montréal, âgé d’environ 40 ans. Avec lui s’éteint en 1794, le dernier descendant de ce rameau de la maison des De Varennes.

Louis-Joseph, chevalier de la Vérendrie, le héro de notre nouvelle historique, naquît en 1717. Il commença ses voyages dans l’Ouest en 1735. Il bâtit le fort Paskoyac en 1748 ; enseigne-en-second, 1749. Épouse Marie-Amable Testard de Montigny en 1755. Il devint lieutenant en 1757. Il épouse Louise-Antoinette de Mézière de l’Épervanche en 1758. Il périt dans le naufrage de l’AUGUSTE, en 1761, près du Cap Breton.

La filiation des De Varennes a été continuée par Jean-Hypolite, fils de Jacques-René.


Régis Roy.


  1. Bachelin-Deflorenne, Dictionnaire des anoblis, p. 378. Le titre d’argentier paraît pour la première fois en France, en 1317. C’était le chef de l’argenterie, (comptabilité particulière de l’hôtel du roi), il était préposé à la garde des joyaux de la couronne et de tout ce qui concernait dans l’hôtel du roi, l’ameublement et l’habillement.
  2. Gauthier de Brullon a été prêtre en Canada et curé de Trois-Rivières.
  3. Bull. Rech. Hist., avril 1915. p. 110.
  4. M. Alexis De Varennes, d’Ottawa, décédé depuis un certain nombre d’années, nous confia un jour que ceux de son nom pouvaient recevoir leur instruction gratuitement à Québec, et que lui-même en avait profité. Serait-ce par une fondation du grand vicaire ?