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Le roi Charles-Albert d’après une biographie récente
George Valbert

Revue des Deux Mondes tome 100, 1890


Le prince Charles-Albert de Savoie-Carignan, qui fut roi de Piémont de 1831 à 1849. a dit souvent : « Ce monde est fait pour aller mal : questo mondo è fatto per andar male. « Il disait aussi dans les dernières années de sa morose et tragique existence : « Ma vie fut un roman, cl je n’ai pas été connu. » Dans sa jeunesse, sa devise était : « J’attends mon astre. » Cet astre qu’il attendait ne s’est jamais levé. Ce prince d’une taille au-dessus de l’ordinaire, au long visage émacié, à la figure immobile et mystérieuse, au regard triste et aussi inquiétant que sa voix était caressante, mérite une place d’honneur parmi les rois malheureux, parmi ceux qui ont le plus souffert et bu le calice jusqu’à la lie.

Dès ses premières années, tout lui fut contraire. Il était né le 2 octobre 1798, et quelques jours après, le Directoire chassait de Turin la vieille dynastie sarde. Il passe son enfance dans l’exil. Il a perdu son père, et bientôt il a le chagrin d’apprendre que sa mère, qui était la plus délurée et la plus fantasque des honnêtes femmes, se remarie avec un auditeur au conseil d’état, petit homme laid et boiteux, le comte de Montléart. « Imaginez, disait l’enfant, que par un froid de quatorze ou quinze degrés, M. de Montléart me faisait monter sur le siège de la voiture où il s’enfermait avec elle ; ce que j’ai souffert de sa part ne peut se dire. » Pour se débarrasser de lui, on l’envoie faire ses études dans un pensionnat genevois, où ce futur roi partage son lit avec le fils d’un pasteur protestant, qui lui reprochait de trop bouger et le traitait de mauvais coucheur. Cependant Napoléon a connu la défaite, l’heure des restaurations a sonné. Le 21 mai 1814, Victor-Emmanuel Ier a repris possession de sa capitale, où il rentre avec sa perruque, son catogan et son chapeau à la Frédéric II. Il a quatre filles, que la loi salique exclut du trône. Son successeur sera son frère Charles-Félix, qui lui-même n’a point de fils, et après la mort de Charles-Félix, la couronne passera à la branche cadette, aux Carignan, et Charles-Albert sera roi. Mais en dépit de la loi salique, M. de Metternich s’est promis secrètement de le dépouiller de ses droits ; pendant de longues années, le jeune héritier présomptif sera sur le qui-vive et devra défendre son bien contre les vautours et les renards.

On l’a rappelé en Piémont, et dès 1816 il tient sa petite cour dans le château des Carignan, à Raconis. En sa qualité de prince royal, il se plaît, selon la règle, à contrecarrer la politique absolutiste du roi régnant. Il lie commerce avec les libéraux italiens, et comme le disait un de ses serviteurs, « il ne sent pas la queue de la poêle lui rougir dans la main. » Une conspiration militaire éclate en 1821, et il se voit condamné à choisir entre ses goûts et son devoir, entre ses amitiés et son roi. Il sacrifie ses amis, qui lui reprocheront longtemps sa trahison. L’émeute triomphante a contraint Victor-Emmanuel d’abdiquer ; en attendant le retour de Charles-Félix qui est à Modène, Charles-Albert, nommé régent provisoire, se laisse extorquer une constitution. Le nouveau roi le désavoue et l’exile à Florence. Pour rentrer en grâce, il devra se résigner à d’humiliantes démarches, contracter de tristes engagemens. En 1823, il prouvera qu’il s’est brouillé à jamais avec les libéraux en allant se battre contre les constitutionnels espagnols, et il se signalera par son brillant courage au Trocadéro. Mais avant de l’autoriser à revenir à Turin, on lui fera signer un acte par lequel il s’oblige « à conserver intactes et les bases fondamentales et les formes organiques de la monarchie absolue, » et on lui donne à entendre qu’il ne pourra manquer à sa parole sans faillir à l’honneur. Du même coup, il est stipulé que le jour de son avènement, cet interdit se donnera un conseil judiciaire, formé des prélats piémontais et de tous les chevaliers de l’Annonciade. Lorsqu’il montera sur le trône, ce conseil le tiendra en tutelle ; il ne régnera que de nom, le vieux parti piémontais gouvernera pour lui. Ses sujets s’en étonneront ; l’engagement souscrit est demeuré secret d’état. On ne voyait pas sa chaîne, mais il en sentait le poids.

Cependant, la révolution, qu’on croyait avoir étouffée dans le sang, préparait clandestinement sa revanche, le carbonarisme travaille l’Italie. Dès 1846, l’effervescence va croissant ; un pape libéral semble appeler sur les agitateurs les bénédictions du Ciel, les Bourbons de Naples eux-mêmes tentent de s’accommoder avec leurs peuples. Ce qu’accorde un Ferdinand II, Charles-Albert peut-il le refuser ? Au commencement de 1848, il promet à ses sujets cette constitution ou ce statut qu’il avait juré de ne jamais leur donner, et il pense sauver son honneur en manquant à sa parole. De ce jour, il a changé de tuteurs : ce n’est plus le parti rétrograde, c’est la révolution qui le tient ; elle ne le lâchera pas. Elle lui commande de se battre pour l’indépendance italienne. Il déclare la guerre à l’Autriche, remporte quelques avantages, arrive sur les bords du Mincio, prend Peschiera. Son astre s’est-il enfin levé ? Sa joie sera courte ; dès sa naissance, il a été promis au malheur.

Ses alliés l’abandonnent, et soldat vaillant, mais général incapable, il n’est pas homme à se tirer d’affaire. Après avoir repris Vicence, Radetsky le bat à Custozza. Il faut songer à la retraite, et cette retraite se tournera en déroute. Quelques mois auparavant, lorsqu’il traversait les cités lombardes, les fleurs pleuvaient sur lui et les plus belles femmes de l’Italie baisaient dévotement ses éperons. Quand il rentre à Milan, peu s’en faut qu’il n’y soit massacré. Il repasse le Tessin, signe un armistice. Son visage dévasté, ses traits rigides, ses yeux creux racontent ses désastres, et il porte sur son front la pâleur de ces ennuis qui tuent. Ce n’est plus qu’une ombre de roi ; mais vraiment, avait-il jamais été autre chose ? C’est à peine si on lui permet d’exercer les droits que lui reconnaît la constitution ; ses ministres ne le consultent plus. Il se trouve dans une de ces situations désespérées où les partis les plus absurdes paraissent les plus sûrs, où la folie devient sagesse. La politique lui commande de s’arranger à tout prix avec l’Autriche, et sa brave armée, elle-même à bout de forces, lui demande grâce. Se flatte-t-il d’avoir lassé sa calamiteuse destinée, ou veut-il mourir ? Il dénonce l’armistice, rentre en campagne, essuie à Novare une fatale et suprême défaite. Cette fois, c’en est fait. Ce roi, qui n’est qu’une ombre, abdique, laissant à son fils le soin de traiter avec le vainqueur, et sans avoir revu la reine, il s’exile en Portugal, à Oporto, où il meurt quatre mois plus tard, le 28 juillet 1849.

Ce malheureux souverain, qui se plaignait de n’avoir pas été connu, aurait éprouvé un grand soulagement d’esprit dans sa douloureuse agonie s’il avait pu prévoir que, quarante ans après sa mort, sa mémoire trouverait un chaleureux et éloquent défenseur, et que ce défenseur appartiendrait à une de ces vieilles familles savoyardes dont il avait mis souvent à l’épreuve le zèle et la fidélité. Un Costa avait été l’ami de sa jeunesse ; un autre fut le confident de ses dernières douleurs ; c’était affaire à leur petit-neveu de raconter le roman d’un prince qu’ils avaient vu de très près et longtemps pratiqué. M. le marquis Costa, déjà connu par son histoire si goûtée d’un Homme d’autrefois, a trouvé dans les archives de Beauregard de précieux documens pour composer son nouveau livre ; les archives de Faverges, de Sonnaz lui en ont fourni d’autres. Personne n’en pouvait tirer un meilleur parti que lui. Il y a beaucoup d’action dans sa manière d’écrire ; sa plume est vive, alerte, et au mouvement, à la verve, il joint le don de la couleur. Je connais peu de lectures plus attachantes que celle des deux volumes qu’il a intitulés le Prologue et l’Épilogue d’un Règne [1].

Il était amoureux de son sujet, et il est bon qu’un historien soit amoureux ; mais il ne faut pas que son amour soit crédule. Le chevalier Sylvain Costa, qui fut l’un des premiers écuyers du prince Charles-Albert de Carignan, écrivait dans son journal : « Au bout de quinze jours, mon opinion était faite ; j’étais convaincu que j’aimerais mon prince, mais qu’il importait avant tout que cet amour-là ne portât pas de bandeau. » L’affection qu’a vouée le marquis Costa au souverain qu’ont servi ses ancêtres ne porte pas non plus de bandeau. A la vérité, il a succombé plus d’une fois à la tentation de grandir outre mesure son héros. Dans l’occasion, il le traitera « de grande âme qui a soif et faim de justice, » ou il le comparera à l’un des grands sphinx du désert égyptien, ou, chose plus étonnante encore, il ne craindra pas de le rapprocher du prince Eugène. Ne vous laissez pas prendre à ces coquetteries de sa plume. Dans le fond, il sait fort bien à quoi s’en tenir, et que personne n’eut moins de génie que Charles-Albert. Grattez la métaphore, grattez l’hyperbole, la vérité est dessous. « Ma sincérité à raconter les grandeurs et les défaillances de cette âme douloureuse, a-t-il pu dire en conscience, continuera ici une tradition. Chez nous, au service du prince, le franc parler a toujours égalé le dévoûment. Comme Montluc avec son roi Henri IV, « le cul sur la selle, on était compagnons. » Les grandes souffrances transfigurent les hommes les plus ordinaires, et le marquis Costa s’est fait quelquefois le courtisan du malheur ; mais tournez la page, il s’est remis en selle, et c’est le compagnon qui parle : ses aveux dussent-ils lui brûler les lèvres, il vous dira tout ce que vous désirez savoir, et vous n’aurez que la peine de conclure.

C’est une grande épreuve pour un roi que de vivre dans des temps troublés où il ne peut résister à son peuple sans exposer sa couronne, ni lui rien céder sans manquer à sa parole ou sans compromettre sa dignité. C’est un malheur que de haïr la révolution et tour à tour de coqueter avec elle par politique ou de la servir, l’épée à la main, par nécessité. Ce sont de noires tristesses que les exils et les batailles perdues, et c’est un cuisant chagrin que de tromper les rêves de toute une nation qui avait cru voir en vous le libérateur que sa servitude attendait. Mais un malheur plus grand encore est d’avoir commis dans sa jeunesse, à l’âge des espérances et de la fierté, une de ces actions douteuses, louches, équivoques, qui ternissent une réputation dans sa fleur et que le monde refuse d’oublier. On a beau les justifier, les expliquer ; ceux qui vous croient aujourd’hui ne vous croiront plus demain, et jusqu’à la fin, jusqu’au tombeau, il faudra s’expliquer sans cesse.

Au mois de mars 1821, quelques chefs du parti libéral, et dans le nombre le comte de Santa-Rosa, s’étaient présentés chez leur ami le prince de Carignan. Après lui avoir demandé le secret « sur une chose extrêmement importante qu’ils avaient à lui confier, » ils lui avouèrent qu’ils appartenaient à des sociétés qui depuis longtemps travaillaient dans l’ombre pour l’indépendance de l’Italie, et ils l’exhortèrent à se mettre à leur tête pour obtenir du roi au moins quelques concessions. Lui auraient-ils fait de si graves confidences, s’il ne leur eût donné des gages et le droit de compter sur lui ? Il les raisonna, paraît-il, tâcha de leur prouver la folie de leur entreprise. Ils répondirent que les paroles ne servaient de rien, qu’ils étaient liés par un serment. Ils poussèrent la confiance jusqu’à montrer au prince la liste des conjurés, et il y vit avec stupeur les noms de la plupart des officiers de l’artillerie piémontaise dont il était le grand-maître. Après que ses amis se furent retirés en lui recommandant de nouveau le secret, le prince fit appeler le ministre de la guerre et lui révéla tout, et plus tard il parla au roi, « avec des sous-entendus auxquels Victor-Emmanuel ne comprit rien. »

Voilà l’action douteuse que le monde ne pardonnera pas à Charles-Albert, et pour laquelle son biographe s’est montré peut-être trop indulgent. Le poète Monti s’était écrié un jour : « Heureuse jeunesse du Piémont ! tu verras le salut de l’Italie, car tu as le prince de Carignan. Celui-là est un soleil qui s’est levé sur ton horizon et que tu dois adorer. » Byron dira plus tard : « Quand tout fut prêt pour la révolte, la peste soit de l’imbécillité de Carignan ! J’aurais pu lui pardonner encore s’il n’avait pas dénoncé ses complices. » Et Berchet dira à son tour : « Traître, tu as livré aux rois ta patrie et tes compagnons qui croyaient en toi. Ton nom sera exécré des nations. Il n’est climat si lointain où la douleur et le blasphème d’un exilé ne te proclameront traître ! »

De ce jour, personne ne pourra croire en lui, et ce sera la plus amère de ses souffrances. On lui prêtera des arrière-pensées, on le soupçonnera toujours d’équivoque ; ses sermens, sa parole de gentilhomme ne valent plus leur prix, l’or s’est changé en plomb, et quand sa bouche dira oui, on croira lire un refus dans son regard. Il a rompu avec ses amis, et pourtant son oncle Charles-Félix doutera, jusqu’à la fin, de son repentir : « Alors même qu’il ferait toutes les pénitences d’un anachorète et se donnerait la discipline jusqu’au sang, on ne pourrait encore regarder sa conversion comme sincère… Ses grandes moustaches sont plus d’un carbonaro que d’un converti. Dieu seul voit les cœurs. Il peut avoir opéré le miracle de sa conversion, mais il n’a pas encore fait celui de m’en rendre convaincu. » Si malgré les marques de soumission qu’il lui donne, son oncle demeure incrédule, les libéraux italiens, avec qui il renouera dans les dernières années de sa vie, douteront aussi. « Pendant que le roi me parlait, raconte d’Azeglio dans ses Souvenirs, j’en étais réduit à me redire sans cesse : Maxime, délie-toi ! Massimo, Massimo, non ti fidar ! »

Dès l’âge de trente-trois ans, il ressemblait à un négociant qui a compromis son crédit dans de fâcheuses spéculations : il est au-dessous de ses affaires ; désormais il travaillera jour et nuit, non dans l’espérance de faire fortune, mais pour payer sa dette et dégager son honneur. Hélas ! quoi qu’il puisse dire ou faire, on se défie. En vain prouvera-t-il, dans la campagne de 1848, que par son intrépide bravoure il est un vrai prince de Savoie. En vain s’amuse-t-il « à regarder les canons sous le nez. » En vain, pendant le siège de Peschiera, viendra-t-il au pas de son grand cheval isabelle se croiser les bras en face d’un bastion autrichien et se mettre là, « en espalier, » jusqu’à ce que deux ou trois boulets lui aient effleuré le visage. Selon la forte expression de son biographe, « il avait devant la mort toutes les tristesses d’un amant dédaigné. » Il n’importe, le soupçon maudit le poursuit toujours. Il a joué une fois un double jeu, il s’est laissé prendre, et toute sa vie il passera pour un homme à double face. « Quoi que je fasse, disait-il mélancoliquement, jamais l’Italie n’aura confiance en moi. » Mazzini, traitant avec ce roi, lui fera le suprême outrage d’exiger un engagement écrit. Que sera-ce quand il aura perdu la partie ! A peine a-t-il repassé le Mincio, on lui crache l’injure au visage : « A bas l’Autrichien ! A bas le traître ! Mort à celui qui nous livre à l’Autriche ! » Un homme affolé, monté sur un cheval sans bride et sans selle, court ventre à terre les rues de Milan en criant : « Trahison ! trahison ! » Après Novare, il prouvera sa bonne foi en abdiquant, et cette fois on l’en crut ; mais il était bien tard, il ne lui restait plus qu’à mourir. Destinée vraiment cruelle ! Ce roi de Piémont avait un orgueil immense, et il n’avait pas le droit d’être fier.

L’histoire nous montre des souverains qui ont commis des actions douteuses et n’ont pas eu de peine à effacer leur tache. Après la Saint-Barthélémy, Henri IV se donna l’air de renier ses amis et de se réconcilier avec leurs assassins. Il entra dans des intrigues qu’il réprouvait, se rendit complice d’entreprises qu’il condamnait, mit sa main dans des mains sanglantes qui lui faisaient horreur. Dès qu’une dure nécessité ne pesa plus sur lui, dès qu’il put se reprendre, s’appartenir, il jeta le masque, et les huguenots reconnurent le visage qu’ils aimaient. Il s’était acquis une réputation de faiblesse et d’hypocrisie ; il en appela et fut absous. C’est qu’Henri IV avait l’âme grande et généreuse ; sa grâce fut la plus forte. Malheureusement pour Charles-Albert, il était le moins généreux des hommes. Son biographe en convient : « Il fallait, nous dit-il, que son âme fût née avec une plaie, et que, par cette plaie, se fussent échappées toutes les sèves heureuses de la vie. De là cette anémie du cœur qu’on lui a tant reprochée et dont parfois ses plus fidèles se plaignaient. « Selon les cas, les malheurs précoces attendrissent ou dessèchent le cœur. Charles-Albert était un de ces tristes qui n’aiment rien ni personne.

Il n’avait pas attendu d’avoir vingt ans pour régler son compte avec les hommes et avec la vie. « Je connaissais peu mon nouveau seigneur, écrivait son écuyer Sylvain Costa, et il m’avait été conté qu’il était fin à l’excès et peu scrupuleux parfois à compromettre les naïfs qui y allaient avec lui trop simplement. Je ne tardai pas, en effet, à m’apercevoir qu’il me tâtait et cherchait le défaut de ma cuirasse. Comme j’y savais plusieurs défauts, je les tamponnais de mon mieux. » Sylvain nous apprend encore qu’un trait caractéristique de son seigneur, « qui, ne voyant guère que le côté ridicule ou mauvais des gens et des choses, » donnait des sobriquets à tout le monde et appelait l’un don Grognard, l’autre don Pissard, était son invincible répugnance pour toute conversation générale. « Il avait de perpétuels chuchotemens, des tête-à-tête dans tous les coins, si bien que vingt personnes contre une pouvaient toujours croire qu’on se moquait d’elles… On voit que mon prince n’était pas parfait, » concluait Sylvain ; mais il ajoutait que ce jouvenceau, qui se piquait de connaître les hommes, était, en revanche, fort naïf dans ses relations avec les femmes. « Pas une ne le regardait qu’il ne la crût aussitôt amoureuse folle de lui. Dès qu’un astre nouveau se montrait, c’était vers ce point de l’horizon que se dirigeaient nos chevauchées. On caracolait, on saluait avec grâce, et, dans la moindre révérence rendue du haut d’un balcon, on voyait les déclarations de l’amour le plus passionné. » Il n’eut jamais que des fantaisies, jamais il ne s’est donné. Il a confessé, dans un moment de franchise, qu’il n’était sûr de lui ni en politique ni en amour.

On eût dit qu’il se soulageait de ses souffrances en faisant souffrir tout ce qui l’entourait. Pendant quelques semaines, il aima en tourtereau la fraîche et blonde archiduchesse de Toscane qu’il avait épousée ; il affecta bientôt de la négliger et lui refusa jusqu’aux égards qui consolent de l’amour perdu. Cependant elle ne se plaignait pas. « Bien au contraire, nous dit le marquis Costar l’admirable princesse jouait l’enfantine comédie d’un bonheur parfait, si parfait vraiment qu’un jour qu’elle avait dit gaîment qu’elle passait chez le prince, ses dames, restées au salon, virent pendant plus d’une heure sa robe prise dans le battant de la porte. Sans doute elle avait passé cette heure-là à prier. » Quand il n’était que prince royal, il maudissait l’étiquette ; devenu roi, il s’en fit une religion, et les murailles de son palais de Turin suintaient l’ennui. « Il y a quelques jours, écrivait la marquise d’Azeglio, la duchesse de Savoie a été prise d’une curiosité excessive de voir les boutiques des portiques. Elle s’est adressée au roi, qui l’a refusée. Mais c’était apparemment une envie de grossesse qu’il fallait satisfaire à tout prix, car, malgré tous les refus, elle s’est bien voilée, bien encapuchonnée, et les voilà partis, elle et son mari. Ont-ils mangé des petits pâtés chez Basso ou se sont-ils contentés de les regarder ? C’est sur quoi on n’est pas d’accord. Ce qui est plus positif, c’est qu’en rentrant chez eux, les malheureux, le roi a envoyé Victor aux arrêts. » Il semblait parfois que son cœur se fût pétrifié, qu’il accomplît en automate les devoirs qu’il s’imposait, et on pouvait dire de lui qu’il n’y avait rien de plus aride que ses bonnes grâces. Dans la guerre de 1848, il visita plus d’une fois les hôpitaux ; impassible, rigide, la figure froide et sèche, l’ennui dans les yeux, il allait de lit en lit, adressant à chaque malade trois phrases apprises, auxquelles il ne changeait pas un mot. C’est le même homme qui, en 1845, avait posé ses deux mains sur les épaules d’Azeglio et l’avait embrassé en lui promettant de sacrifier à la cause italienne sa vie, ses enfans, ses trésors, son armée. « Ah ! ce baiser ! lit-on dans les Souvenirs du marquis, il avait quelque chose de si froid, de si funèbre, qu’il me glaça. »

Les sphinx d’Egypte sont de mystérieux personnages, mais ils ne sont pas sournois. Ils gardent leur secret, ils ne cherchent pas à surprendre le vôtre ; s’il vous plaît de le leur confier, ils ne vous trahiront point, l’univers ne saura rien. Enveloppés comme eux de mystère, certains princes sont des confidens plus dangereux : Massimo, non ti fidar ! Charles-Albert était incapable de perfidies calculées. Les ambiguïtés de sa conduite, que les Italiens lui ont tant reprochées en vers comme en prose, tenaient à l’inconsistance de son caractère. Sa volonté et son esprit n’étaient pas sûrs de leurs lendemains ; le moyen de compter sur un prince qui lui-même ne pouvait compter sur lui ! Il faut accorder à son spirituel biographe « qu’il eut cette sincérité propre aux imaginatifs, et qu’un philosophe appelait la sincérité momentanée. » Dès sa jeunesse, il a l’humeur mobile, ondoyante, inquiète autant que chagrine ; ses goûts sont versatiles, rien ne peut le fixer, et Sylvain Costa, don Sylvain s’en plaignait : « Monseigneur vient d’imaginer un habit de chasse, que nous nous sommes fait faire. C’est un habit vert, avec boutons et passementeries d’argent. Le chapeau est de feutre, avec des plumes noires. La culotte est de nankin, avec de grandes bottes. Voilà le sixième uniforme qu’il me faut endosser depuis trois mois que je suis au service du prince. Son amour du pittoresque me coûte, de cette façon, déjà près de cent louis. Ce même amour du pittoresque nous transforme en maçons, en jardiniers, en arpenteurs. Nous bouleversons tout ici, murs, rivières, plates-bandes. A grand renfort d’écus, la Macra va couler à droite au lieu de couler à gauche. En serons-nous plus heureux ? »

Mais ce fut surtout pendant son séjour à Florence qu’on vit onduler dans tous les sens ce roseau qui rêvait et ne pensait point. Selon les hauts et les bas de son humeur, ce prince exilé se noie dans l’ennui ou s’étourdit par le plaisir. Il projette, par momens, de quitter l’Italie, d’aller faire la guerre au Turc ou de traverser l’Océan. « Mgr rêve tantôt d’Amérique et tantôt des grandes Indes. Nous discutons le plus sérieusement du monde, tous les jours, l’endroit où nous pourrions donner les plus belles estocades et nous faire le plus utilement casser les os. » Le lendemain, le vent a sauté. Il disserte, il moralise ; il n’entend plus s’occuper que de l’éducation de son fils et de donner au petit Victor de grands et généreux sentimens : à cet effet, il compose des Contes moraux ou consigne dans un immense album des proverbes, des maximes qu’il ramasse de toutes mains et compile avec fureur. Puis, de nouveau, le vent saute. Il a pris la terre en pitié, il ne travaille qu’à faire son salut, il se plonge dans les contemplations mystiques, dans les extases ; il a résolu de se retirer à la Trappe, et, quelques jours plus tard, il s’afflige de n’être pas né au temps de la chevalerie. Que ne peut-il, sa visière baissée, s’acheminer vers quelque château romantique, que lui ont montré ses songes ! Un nain annoncerait, en sonnant trois fois du cor, « la venue d’un chevalier à la taille gigantesque et à la moustache rabattue, signe d’un cœur soucieux. » Écoutez-le ; il est revenu de tout, les grandeurs humaines ne sont que fumée, il maudit son métier de prince, et cependant, pour posséder un jour la couronne qu’il méprise, rien ne lui coûtera. Charles-Félix et M. de Metternich peuvent lui faire leurs conditions ; il est résigné d’avance à tous les abaissemens.

Incohérence et contradictions, voilà son lot. Toute sa vie il se cherchera sans réussir à se trouver, et toute sa vie il jettera la plume au vent. « Les noires pensées de mon prince, écrit le clairvoyant Sylvain, ont heureusement leur dérivatif rose dans une demoiselle de compagnie que la grande-duchesse a fait venir de Dresde ; la pauvre fille m’a fait ses confidences ; je ne crois pas cependant l’avoir persuadée du danger… Le mysticisme de mon jeune seigneur, écrit-il encore, est gros de quelque sottise. A lui tâter le pouls, je crois qu’il accouchera bientôt. En attendant, nous sommes en grande ferveur avec un dominicain qui, à défaut de patrie, nous montre le ciel entre-bâillé. Cette perspective adoucit toutes nos misères terrestres et nous permet d’attendre, avec le paradis au bout, un congrès dont on parle pour l’année prochaine. Puisse jusque-là la dévotion de mon prince ne s’être pas cassé le nez ! » Don Sylvain, que vous êtes indiscret ! Don Sylvain, il vous en cuira ! « Sans faire semblant de rien, je suivais ses petits manèges. C’est ainsi que je voyais son gros livre de messe servir de boîte aux lettres. Chaque matin, en entrant au Duomo, son valet de pied y puisait quelque galant message qu’il portait à son adresse pendant l’office et qu’il remplaçait à Vite, missa est, par une réponse non moins galante. C’étaient tantôt la comtesse A.., tantôt mesdemoiselles Stroff, et si je nomme celles-ci, c’est qu’un jour, pour se sauver de je ne sais quel mauvais pas où il se trouvait engagé avec elles, monseigneur donna mon nom au lieu du sien, ce qui n’eut pas l’heur de me plaire. » Cette fois, don Sylvain est sur le point de se fâcher ; mais quoiqu’il ne s’en vante pas, il est né philosophe : la Savoie est peut-être le pays du monde qui produit le plus de philosophes sans le savoir.

Ce prince qui rusait avec les femmes, avec ses amis, avec Dieu même et à qui son livre de messe servait de boîte aux lettres, prouva qu’on peut être à la fois le moins sur et le moins politique des hommes ; ses habiletés ne lui profitaient guère. Il appartenait cependant à une famille royale où la politique semble avoir été héréditaire comme le courage. Mais s’il ressemblait à l’un des siens, ce fut à ce Victor-Amédée qui, tour à tour ennemi de la France et de l’Autriche, vécut dans les incertitudes et las de lui-même, abdiquait à l’âge de soixante-quatre ans. Le fond de la politique est l’art des combinaisons ; Charles-Albert était aussi incapable de combiner un plan de conduite que de concerter un plan de campagne. Esprit court autant que faible, il ne sut jamais rien prévoir ni rien préparer : « En voilà assez pour aujourd’hui, » disait-il souvent. On l’avait surnommé le roi Tentenna, le roi tâtonneur ; une chanson en huit couplets le représentait aux prises avec deux conseillers, dont l’un Biagio disait toujours noir et l’autre, Martino, toujours blanc : Tentenna n’avait pas fini d’approuver Martino qu’il donnait raison à Biagio. « Le roi Charles-Albert, écrivait Metternich, a une fois de plus tourné le dos à ses amis de la veille. Il n’oublie jamais qu’il a deux épaules, mais il a tort de croire que Dieu les lui a données pour mettre sur l’une le pour et sur l’autre le contre. »

Le premier degré de la sagesse est de savoir se conduire soi-même, le second est d’écouter les bons avis. Cet infortuné souverain n’avait ni l’une ni l’autre de ces sagesses. Les conseils d’hommes blanchis dans les affaires lui étaient suspects, des intrigans de bas étage, des personnages interlopes lui semblaient plus dignes de sa confiance. Il avait un faible pour eux ; il les recevait par la petite porte, à l’insu de ses ministres. En 1849, il remit le commandement de son armée à un médiocre aventurier, qui petit, camus, laid comme un singe, n’osait se montrer aux soldats. Du même coup, il confiait un poste d’honneur au misérable Ramorino ; à l’heure où Radetsky franchira le Tessin, ce galant homme sera à deux lieues de là, banquetant en joyeuse compagnie.

Charles-Albert vivait d’expédiens, au jour le jour, et il comptait sur ses bienheureux patrons, sur les saints de la maison de Savoie, pour réparer ses fautes. Ils ne l’ont pas trahi, mais ils ne l’ont guère secouru ; ils ne secourent que ceux qui s’aident. D’année en année, il avait eu plus de penchant à l’ascétisme. Il se levait avant l’aube, demeurait une heure agenouillé devant son crucifix ; puis il entendait une messe, quelquefois deux, après quoi il mangeait un morceau de pain et buvait un verre d’eau glacée. Sa piété, devenue sincère, était sans doute fort respectable ; mais ce n’était pas celle qui convient à un roi. Si elle l’aida à bien mourir, elle l’avait empêché de vivre. De quoi lui servirent, pendant la campagne de Lombardie, ses macérations et ses jeûnes ? Après la prise de Peschiera, quand tous les instans étaient précieux et quoi qu’en put dire son état-major, il célébra la fête de l’Ascension par d’interminables Te Deum, dont Radetsky profita pour se porter sur Legnago et donner la main au général Welden, qui lui amenait des renforts. A quelque temps de là, à Crémone, il passa près de douze heures en prières. Après comme avant, l’esprit de conseil et de force lui manqua.

Le marquis Costa, qui lui reproche sa dévotion romanesque et la traite « d’ataxie religieuse, » l’impute à sa première éducation. Il prétend que le chef du pensionnat genevois où il n’avait que la moitié d’un lit, M. Vaucher, « était fort dévot à Jean-Jacques et pétrissait de sentimentalité Pâme de ses élèves, que Charles-Albert, par la très grande faute de sa mère, a porté l’estampille de Rousseau. » Je suis tenté de croire que M. Vaucher était médiocrement sentimental, et au surplus, qu’a donc à voir Rousseau dans cette affaire ? La religion raisonnée et raisonneuse du Vicaire savoyard n’était pas celle d’un roi qui prit si souvent le signe de la bête pour le signe de l’ange. Quand on se défie également de soi-même et des autres, il ne reste plus qu’à s’en remettre au ciel. Charles-Albert était un de ces hommes à qui leurs actions font peur. Son abandonnement aux volontés divines lui procurait une sorte d’irresponsabilité qui mettait sa faiblesse à couvert et son âme en repos.

Quel que fût l’événement, il disait à Dieu et à ses saints : « C’est vous qui l’avez voulu. » Croira-t-on qu’une Claudine Rongeon, en religion sœur Marie-Thérèse, que la maladie avait contrainte de quitter son couvent et qui vivait à Cognin, petit village près de Chambéry, exerça une influence considérable sur les opérations militaires du roi en 1848 ? Elle communiquait avec lui par des voies mystérieuses, et ce que cette visionnaire lui disait de faire, il le faisait. On s’étonnait du décousu de ses ordres, suivis de contre-ordres inexplicables ; on s’enquit, on s’informa, et on découvrit que Claudine Rongeon réglait ses marches et ses contremarches, lui enjoignait tour à tour d’accepter ou de refuser la bataille. Il se tenait pour l’élu de la Providence ; il n’était que le jouet de la fortune et des hommes, une lugubre marionnette dont le hasard manœuvrait les fils. Il n’en est pas moins vrai qu’il a été le précurseur de la libération de l’Italie. Il fut mêlé à l’un des grands drames de l’histoire, sa fin a été tragique. Son nom ne périra pas, et il méritait de trouver un historien.

S’il n’avait tenu qu’à son entourage, aux gens de sa maison, il eût été plus heureux et plus avisé. Parmi ses serviteurs les plus fidèles et les plus méritans, ressortent au premier plan quelque figure de Savoyards, dont le marquis Costa a croqué en passant l’expressive physionomie. Il aime tendrement sa terre natale, et vraiment il a raison. Elle produit des hommes qui, sous une écorce un peu rude, sous une enveloppe qui peut sembler épaisse, cachent une finesse exquise. D’habitude, quand on est trop subtil, quand on découvre sans peine l’envers de toute chose, les principes, la morale, les vertus, tout se volatilise, tout s’évapore. Mais la finesse du Savoyard n’est qu’un bon sens très aiguisé, qui l’empêche de s’abuser sur rien : il prend ce monde pour ce qu’il est, et il ne laisse pas de faire son devoir et quelquefois plus que son devoir. Témoin cette héroïque brigade de Savoie, dont le sang coula pour une cause qui ne l’intéressait point. « Gloire à vous surtout, fils de la Savoie, leur disait Charles-Albert lui-même, à vous, qui sans être Italiens, avez combattu pour la liberté de l’Italie avec une bravoure et une constance qu’elle aurait voulu voir chez tous ses enfans ! Ils promettaient et conspiraient tandis que vous offriez vos poitrines aux balles autrichiennes. »

Le Savoyard sait se battre sans enthousiasme, il sait aussi servir sans illusions et se dévouer à ses maîtres en les jugeant. Tel fut ce délicieux épicurien don Sylvain, ce gros homme court, narquois et bourru, qui « toujours hérissé, toujours grondant, déguisait son bon cœur sous les dehors d’une catapulte et ne vit jamais les choses qu’à travers un verre noirci comme on regarde une éclipse. » Il grognait sans cesse et n’en était que plus gai. Son Carignan lui en voulait de trop bien le connaître ; mais il ne prenait rien au tragique. Cet écuyer ne ressemblait guère à son confrère Grimaldi, à qui leur commun maître fit un cruel affront et qui se retira chez les jésuites de Chieri. Charles-Albert alla l’y relancer comme il balayait la cuisine : « Remerciez le prince, dit-il, de s’être souvenu de moi. Je ne puis paraître devant lui, ma tâche n’est pas achevée. » Sylvain n’était pas homme à se retirer au couvent. « Il accompagnait son seigneur, mais il ne l’accompagnait pas en mesure. » Il lui reprochait ses folies, il disait : « Je bourre à tous hasards ses poches de cailloux pour empêcher ses pétarades divines et humaines, et je n’empêche rien. » Aussi se comparait-il au Sancho d’un nouveau don Quichotte ; mais il y avait cette différence entre Sancho et lui qu’il ne rêvait pas d’une île et qu’il ne craignait point les coups. Plus d’une fois il porta le poids de péchés qu’il n’avait pas commis, plus d’une fois il fut la victime volontaire des intrigues galantes de son patron.

Un certain soir, à Florence, le prince était aux pieds d’une jolie femme ; le mari, consul d’une grande puissance, faillit le surprendre. Il s’échappa, maison le suivit jusqu’au Poggio impériale où il logeait « sa grande ombre fuyante. » Quand l’homme outragé s’y présenta le lendemain pour demander satisfaction, il fut bien étonné d’avoir affaire à Sylvain, qui lui dit : « C’était moi. » Avec une fatuité qu’excusait son dévoûment, ce bon serviteur s’offrit à payer en quelque monnaie que l’on voulût. L’affaire fut étouffée, et il écrivait à son frère : « Juge de la stupeur de ce mari-consul quand il s’est inopinément trouvé en présence de mon gros ventre et de ma jolie figure. Cela n’a pas paru flatter son amour-propre autant que l’était le mien d’avoir pu passer pour galant. » En contant cette aventure, son petit-neveu ajoute : « Comme la vieille alouette déplumée, à chaque coup de fusil, Sylvain plongeait ainsi plus bas sur le miroir. »

Il était difficile d’écrire une histoire vivante et colorée d’un roi qui ne fut qu’une ombre, et il semblait que ce triste, qui n’aimait rien, ne pût inspirer qu’un livre triste. Par l’agrément de ses récits, par les gaîtés de sa plume, par la séduction de son talent, le marquis Costa a sauvé les côtés ingrats de son sujet. Il n’en conviendra pas, il rapporterait volontiers à Charles-Albert tout l’honneur de son succès. Il parle quelque part « de ces ambassadeurs du vieux temps qui épousaient par procuration la femme de leur souverain et prenaient des airs entendus à l’annonce du premier dauphin. » Son cas est tout contraire : il s’efface modestement, il a l’air de dire qu’il n’y est pour rien, et pourtant il sait bien que c’est lui qui a fait l’enfant.


G. VALBERT.


  1. Prologue d’un règne ; la jeunesse du roi Charles-Albert, par le marquis Costa de Beauregard. Paris, 1889. — Épilogue d’un règne : les Dernières années du roi Charles-Albert. Paris, 1890 ; Plon.